Vous me mandez que mes nièces avaient écrit des lettres fort civiles
à M. le prince de Conti et à Mme la comtesse de Soissons. Vous ne
me dites pas qu'elles ont fait ce grand effort seulement le jour
auparavant leur départ de La Rochelle, quoique vous savez que je
leur avais fait assez connaître qu'elles ne devaient pas différer
un moment à faire cette civilité; mais ma nièce (Marie) sait mieux
comme il faut se conduire que moi, et, Dieu merci, a trop d'esprit
pour se pouvoir résoudre à déférer au conseil de personne. Je vois
même avec grand déplaisir qu'elle entraîne Hortense dans toutes ses
résolutions; mais je n'en suis pas surpris, parce que ma nièce lui
aura persuadé que, se conformant à sa volonté, elle lui fera avoir une
grande fortune, et Hortense, qui est encore une enfant, doit croire
cela comme parole d'Évangile. On me mande de la cour qu'elle et sa sœur
[non seulement] n'avaient pas visité la princesse de Conti et Mme la
comtesse [de Soissons] qui les avaient conviées à souper, mais qu'elles
ne leur avaient pas parlé. Voyez si cela est bon, et si ceux qui en
font des risées n'ont pas raison. Je vous promets que la cour en est
scandalisée, et qu'il est honteux que mes nièces par leur mauvaise
conduite donnent sujet à tout le monde de faire des comédies à leurs
dépens.