De Couhé, 6 juillet 1659[413].
«Je n'ai pas voulu écrire au Roi quelque chose dont je vous
informerai, car je n'ai pas pu m'imaginer qu'elle eût fondement, et
que, d'ailleurs, je croirais lui faire tort et à moi aussi, si je
témoignais avoir le moindre ombrage de lui et de le croire capable de
tenir une conduite qui ternirait sa réputation dans le temps qu'il est
le plus résolu de faire toutes choses pour la relever. Je vous dirai
donc qu'outre les avis que j'en ai reçus, j'ai vu, entre les mains de
quelques personnes de celles qui m'accompagnent, des lettres qui le
confirment, portant que le jeune de Vivonne est en grande faveur et
qu'il affecte avec beaucoup de soin d'en faire voir encore davantage, à
tel point que Mme de Mesmes en a reçu des compliments, et que Mlle de
Beaumont en a parlé en plusieurs lieux comme d'une chose bien certaine.
Le _confident_ sait que ce personnage ne doit rien aux plus emportés
dans le vice et dans l'impiété. Il sait aussi que, dès ses premiers
ans, il fit assez connaître les inclinations qu'il aurait toute sa
vie; témoin ce qu'il eut la hardiesse de dire au _confident_ même à
Compiègne; et je puis dire avec vérité que c'est lui qui a entièrement
perdu mon neveu[414]. Je sais des particularités sur ce sujet, que,
si je les eusse représentées au _confident_, comme j'aurais fait sans
la considération de son père, assurément il eût été envoyé plus loin
que mon neveu. Enfin, je puis dire sans exagération qu'il ne vaut
rien, et qu'il n'a pas affaire d'aller à l'école de celui qu'on dit
_avoir fait le catéchisme_. Mais il est bon que vous et le _confident_
sachiez qu'il ne m'aime pas, à cause peut-être des réprimandes que
je lui ai fait faire; car, pour le surplus, je suis assez ami de
son père, et j'ai assez obligé toute la famille pour qu'il en doive
user autrement. J'avoue que j'ai reconnu en diverses rencontres que
le _confident_ avait de l'inclination pour lui: mais ils sont d'une
humeur si différente, et l'un d'eux est autant vertueux et zélé pour
Dieu que l'autre est vicieux et impie, que je n'ai jamais cru possible
qu'il pût faire aucun progrès dans l'esprit du _confident_, et je me
confirme encore plus en cette opinion par l'expérience que j'ai faite
de l'amitié du _confident_, lequel a eu la bonté de ne considérer pas
beaucoup ceux qu'il a su qui n'en avaient pas pour moi. Il faut donc
attribuer à la vanité du personnage le bruit qui court, et non pas à
aucun sujet que le _confident_ lui en ait donné. Il sera bon pourtant
que vous lui disiez, et même de ma part, si vous voulez, qu'il importe
qu'il vive avec lui, en sorte que chacun soit détrompé de ce qu'il veut
faire croire, et quoique, par les raisons que je vous ai marquées, je
n'aie pas jugé à propos d'écrire au _confident_ sur cette matière, vous
pouvez pourtant lui dire ce que je vous ai mandé, puisque vous savez
qu'il ne doit y avoir rien de caché entre lui, vous et moi. Je finirai
en vous protestant du meilleur de mon cœur ce qui vous peut plaire
davantage.