A Saint-Jean-de-Luz, le 13 juin 1660.
Monsieur mon frère, oncle et beau-père,
Je ne puis demeurer davantage sans renouveler à Votre Majesté
les assurances de mon amitié, qui augmente tous les jours, dans
la possession du précieux gage qu'elle m'a laissé de la sienne.
Votre Majesté agréera aussi que j'entre un peu dans le domestique
avec Elle pour lui communiquer ma joie et mes satisfactions, ne
se pouvant rien ajouter, ni pour l'honneur ni pour l'esprit, ni
généralement pour toutes les qualités personnelles aux douceurs
de la compagne[236] qu'elle a bien voulu me donner. Puisse Votre
Majesté arriver en santé parfaite auprès de ce qu'Elle aime le
mieux, comme j'attendrai de le savoir avec grande impatience, et
jouir au reste d'une vie aussi longue et aussi heureuse que je la
lui souhaite de tout mon cœur, étant,
Monsieur mon frère, oncle et beau-père,
bon frère, neveu et gendre de Votre Majesté.
_Signé_: L.[237].
Deux jours après, le Roi, suivi des deux Reines et de toute sa cour,
quitta Saint-Jean-de-Luz pour retourner à Paris. Il se rendit à
Bordeaux, où il fut accueilli au milieu des fêtes et des transports
de joie. Puis de Bordeaux il conduisit la cour à Saintes, où elle dut
séjourner par ses ordres jusqu'au moment où il devait la rejoindre.
Sous prétexte d'aller visiter La Rochelle, il partit seul en poste avec
quelques confidents. Mais le but secret de cette excursion, c'était
d'aller à Brouage[238], pour voir les lieux qui furent témoins de la
passion et des souffrances de son amie.
Nous n'avons aucun détail sur ce voyage, que Mlle de Montpensier se
contente d'enregistrer sans la moindre réflexion dans ses Mémoires.
Cette chevaleresque équipée, ce pèlerinage d'amour, empreint de je ne
sais quelle poétique mélancolie, nous est une preuve que Louis, même au
milieu des premières joies du mariage, n'était pas encore complètement
guéri de ce mal si plein de charme et de tourments que lui avait fait
sentir pour la première fois l'orageuse passion d'une Italienne.