Nous vous avons dit en commençant cet entretien que le jeune
_Tourgueneff_, après avoir dépensé son adolescence en plein air et en
pleins champs dans les terres de sa famille, était venu achever son
éducation à _Moscou_, à _Pétersbourg_, à _Berlin_, et que, sollicité
par une vocation puissante et naturelle, il avait publié de premiers
Essais dans une revue littéraire russe, pendant qu'il faisait ses
premières armes dans un corps de noblesse, à Pétersbourg. Il débuta
par _les Chasseurs russes_, dont la collection réunie forme
aujourd'hui deux volumes. C'étaient les premiers souvenirs et les
mentions les plus fraîches de sa vie vagabonde d'enfance, devenues
ainsi les annales pittoresques des steppes de son pays. Je possède ce
recueil et je vais vous en ouvrir quelques chapitres qui, je crois, ne
vous laisseront pas libres de ne pas lire tout, si vous avez comme moi
le goût du vrai, le sentiment du fin et la passion de l'originalité.
Lisons d'abord ensemble et en les abrégeant par quelques analyses
succinctes la première et la plus intéressante de ces nouvelles. Elle
est intitulée _les Deux Amis_.
Voyez comme cela commence, comme toute chose et comme tout le monde.