II

Je connais légèrement _Ivan Tourgueneff_. Retenu seul à Paris, en

1861, pendant les chaleurs d'un brûlant été, j'ouvris par oisiveté un

de ses volumes: _les Chasseurs russes_. Je passai beaucoup d'heures

solitaires pendant l'ardeur du jour, étendu nonchalamment sur un

canapé dans une chambre obscure, à attendre que le soleil baissât pour

me permettre d'aller respirer la brise du soir dans les bois de

Meudon. Je lisais le premier ouvrage de Tourgueneff: _les Chasseurs

russes_, et je faisais durer autant que possible le plaisir, en posant

souvent le volume sur mes genoux et en m'enivrant des moeurs naïves et

des charmantes images dont chacune de ces _nouvelles_ était un recueil

délicieux. Quand j'eus fini, je cherchai à me procurer tout ce que les

traductions pouvaient me permettre de savourer du même écrivain. Je

passai, avec lui et grâce à lui, tout un été dans ce même ravissement

d'imagination.

J'appris qu'il habitait Paris. L'intervention d'une femme lettrée,

cosmopolite, ravissante de figure et d'esprit, me valut le plaisir de

le connaître. Il me donna tous ses ouvrages; je les emportai à la

campagne; j'aurais voulu emporter l'auteur!

Cours familier de Littérature - Volume 22 · 第 156 / 186 题