J'entrai avec eux dans leurs cabanes; tout y était propre, vivant,
joyeux, même le petit chien à trois pattes qui me reconnut et me fit
fête, parce qu'il se souvenait de m'avoir vu le soir du retour de son
jeune maître. Les caresses de ce pauvre animal m'attestèrent une fois
de plus combien il prend part aux douleurs et aux joies de l'homme.
Je me rafraîchis avec eux. Jamais Fior d'Aliza n'avait été plus belle;
elle portait son enfant comme une vierge de Raphaël, ignorant comment
ce fruit d'innocence lui était venu dans une nuit de mort! Elle le
regardait sans cesse comme pour voir si c'était un miracle ou un vrai
enfant des hommes! puis, reconnaissant dans ses yeux la couleur des
siens, et sur ses lèvres le rire gai et tendre d'Hyeronimo, elle le
rapprochait de son visage et le baisait avec cette sorte d'ivresse que
l'enfant à la mamelle donne à sa mère.
--Que le bon Dieu bénisse à jamais cet arbre, cette maison et cette
famille, dis-je tout bas en me retirant; ils sont heureux, et que leur
bonheur se perpétue d'âge en âge et de génération en génération!