Je remontai seul encore au grand châtaignier; les dernières feuilles
tombaient humides sous le beau vent d'équinoxe qui résonnait par
bouffées dans la montagne, comme l'orgue de la Toussaint dans la
cathédrale des couvents lointains.
Fior d'Aliza jouait avec son enfant sous le rayon du soleil qui
tombait de l'arbre dépouillé, à travers les rameaux. Le père et la
tante écorçaient les châtaignes que les premières gelées avaient fait
fendre sous les feuilles jaunies, et l'heureux Hyeronimo relevait avec
de la terre légèrement mouillée le bourrelet de glaise durcie que
l'été avait desséché sur le coup de hache des bûcherons, quand il
avait donné sa vie pour la vie de l'arbre.
Le bonheur était incrusté sur toutes les figures, comme si aucun
accident de la vie ne pouvait jamais l'altérer. Seulement le père
Hilario ne pouvait plus sortir du couvent à cause de ses infirmités
croissantes, et la reconnaissante famille lui préparait un panier de
châtaignes choisies, que Hyeronimo et Fior d'Aliza devaient lui
porter, le lendemain, au monastère, en souvenir du salut qu'ils lui
devaient.