CCLXIV

--Et maintenant, monsieur, reprit la tante en filant sa quenouille, je

vais vous dire comment cela se passa, grâce à la Providence et à la

bonne duchesse. Elle ne se doutait pas que Fior d'Aliza portait dans

son sein un gage d'amour et d'agonie, mais l'amour est plus fort que

la mort, écrit le livre qui est là sur la fenêtre, dit-elle en

montrant l'_Imitation de Jésus-Christ_; elle savait seulement par

l'évêque et par les moines que Fior d'Aliza avait été mariée et

qu'elle ne consentirait jamais à laisser son mari se consumer seul

dans la honte et dans la peine à Livourne, sans aller lui porter les

consolations que la loi italienne autorise les femmes à porter à leur

mari captif à la grille de leur cabanon ou dans les rigueurs de leurs

chaînes, au milieu de leurs rudes travaux.

Elle craignit pour elle, à cause de sa jeunesse et de son extrême

beauté qui nous avait déjà fait tant de mal, les dangers et les propos

des mauvaises gens qui hantent les grandes villes; elle lui envoya par

le père Hilario une lettre de recommandation pour la supérieure des

soeurs de charité de Saint-Pierre aux Liens, couvent de Livourne. Ces

saintes femmes s'occupent spécialement de la guérison des galériens

dans leurs maladies. Elle lui demandait de permettre que la pauvre

montagnarde eût un asile dans sa maison pendant la nuit pour y

recueillir sa misère, en lui permettant d'en sortir le jour pour voir

son mari meurtrier condamné à mort, gracié et commué en deux ans de

peine, enchaîné dans les galères du port de Livourne.

Cours familier de Littérature - Volume 22 · 第 140 / 186 题