--Mais quel moyen? me dit-il en se désespérant et en ouvrant ses deux
bras étendus en croix derrière lui, tel qu'un homme qui tombe à la
renverse.
Je songeai un peu, puis je lui dis:
--Je crois que j'en sais un!
--Et lequel? s'écria-t-il en se rapprochant de moi comme pour mieux
entendre.
--Rien que la vérité, répondis-je. Dis au père Hilario, ton
confesseur, et qui donnerait son sang pour ton salut, ce que tu viens
de me dire, dis-lui que tu mourras dans l'impénitence finale et dans
le désespoir sans pardon, si, avant de mourir, tu n'emportes pas la
certitude de mourir inséparable de moi après cette vie, et de vivre
_sposo e sposa_ dans le paradis, puisque nous n'avons pu vivre ainsi
dans ce monde, et que, pour t'assurer que le paradis ne sera pour nous
deux qu'une absence et qu'une attente de quelques années d'un monde à
l'autre, il faut que nous ayons été époux, ne fût-ce qu'un jour dans
notre malheur. Jure-lui, par ton salut éternel, que, sans cette
charité de sa part, il sera responsable à Dieu de la perdition de nos
deux âmes, de la tienne par la vengeance que tu emporteras dans
l'éternité contre nos ennemis les sbires; de la mienne, par le
désespoir qui me fera maudire à jamais la Providence à laquelle je ne
croirais plus après toi! Il est bon, il est saint, il nous aime, il
risquera sa vie même pour nous sauver. Il consentira, par vertu, à
nous fiancer secrètement pour le paradis avant le jour de ton supplice
(si ce jour fatal doit jamais luire!), ou à nous fiancer pour ce
monde, si tu parviens à t'enlever par la fuite à tes bourreaux!...