CCXXIX

--Mais quel moyen? me dit-il en se désespérant et en ouvrant ses deux

bras étendus en croix derrière lui, tel qu'un homme qui tombe à la

renverse.

Je songeai un peu, puis je lui dis:

--Je crois que j'en sais un!

--Et lequel? s'écria-t-il en se rapprochant de moi comme pour mieux

entendre.

--Rien que la vérité, répondis-je. Dis au père Hilario, ton

confesseur, et qui donnerait son sang pour ton salut, ce que tu viens

de me dire, dis-lui que tu mourras dans l'impénitence finale et dans

le désespoir sans pardon, si, avant de mourir, tu n'emportes pas la

certitude de mourir inséparable de moi après cette vie, et de vivre

_sposo e sposa_ dans le paradis, puisque nous n'avons pu vivre ainsi

dans ce monde, et que, pour t'assurer que le paradis ne sera pour nous

deux qu'une absence et qu'une attente de quelques années d'un monde à

l'autre, il faut que nous ayons été époux, ne fût-ce qu'un jour dans

notre malheur. Jure-lui, par ton salut éternel, que, sans cette

charité de sa part, il sera responsable à Dieu de la perdition de nos

deux âmes, de la tienne par la vengeance que tu emporteras dans

l'éternité contre nos ennemis les sbires; de la mienne, par le

désespoir qui me fera maudire à jamais la Providence à laquelle je ne

croirais plus après toi! Il est bon, il est saint, il nous aime, il

risquera sa vie même pour nous sauver. Il consentira, par vertu, à

nous fiancer secrètement pour le paradis avant le jour de ton supplice

(si ce jour fatal doit jamais luire!), ou à nous fiancer pour ce

monde, si tu parviens à t'enlever par la fuite à tes bourreaux!...

Cours familier de Littérature - Volume 22 · 第 101 / 186 题