Le lendemain, avant le soleil levé, on frappa à la porte de la prison,
c'était le frère Hilario; le _bargello_ l'introduisit dans la cour et
dans le cachot d'Hyeronimo, et les laissa seuls ensemble dans la
chapelle.
J'avais eu soin de ne pas me montrer, de peur qu'une exclamation du
bon frère quêteur ne révélât involontairement ma ruse et ma personne
au _bargello_. Quand je redescendis de ma tour dans le préau pour mon
service, Hyeronimo avait eu le temps de prévenir le moine de ma
présence.
--Je le savais, lui dit notre saint ami, la zampogne que j'avais
entendue au sommet de la tour de la prison m'avait révélé la présence
de Fior d'Aliza derrière ces grilles; seulement j'ignorais par quel
artifice la pauvre innocente avait pu s'introduire si près de toi.
Rassure-toi, avait-il ajouté, je ne serai pas plus dur que la
Providence, je ne séparerai pas avant la mort ceux qu'elle a réunis;
je ne ferai rien connaître au _bargello_ ni à sa femme de votre
secret; il est peut-être dans les desseins de cette Providence.
Après avoir parlé ainsi et prié un moment avec Hyeronimo dans
l'oratoire, le saint prêtre en sortit, et, me rencontrant sous le
cloître, il me donna son chapelet à baiser, et il me le colla
fortement sur les lèvres comme pour me dire: Silence!
Je me gardai bien, à cause des autres prisonniers, d'avoir l'air de
connaître le frère quêteur. Je restai longtemps à genoux, pleurant
tout bas contre la muraille, après qu'il fut sorti du cloître. Il s'en
alla demander asile à un couvent voisin de son ordre, promettant à la
femme du _bargello_ de revenir tous les matins dire la messe, et tous
les soirs donner la bénédiction au jeune criminel.