Le lendemain, de grand matin, pendant que je balayais le vestibule et
la geôle, un grand nombre de messieurs, vêtus de robes noires et
rouges, vinrent lire au pauvre Hyeronimo son arrêt et lui signifier
que le duc ayant ratifié la sentence, il n'avait plus de recours qu'en
Dieu et qu'il avait quatre semaines et quatre jours pour se préparer à
la mort.
Il devait être fusillé sur les remparts de Lucques, au milieu d'une
petite place, devant la caserne des sbires, en réparation de ceux de
cette caserne qu'il avait tués ou blessés.
Par bonheur, je n'assistai pas à la lecture de la sentence, parce que,
dans ces occasions, la justice ne laissait entrer avec elle que le
_bargello_.
Quand ils sortirent, les hommes noirs disaient entre eux:
--Quel dommage qu'un si jeune homme et un si bel adolescent ait un
visage si trompeur et si candide! Avez-vous vu de quel front
tranquille et résigné il a entendu son arrêt sans vouloir ni confesser
son crime, ni demander sa grâce, ni insolenter la justice? Ce serait
un bien grand innocent, si ce n'était pas le plus précoce des
hypocrites.