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Je buvais toutes ces paroles et je roulais déjà dans ma pensée, avec

l'horreur de notre sort à tous les deux, le rêve d'y faire échapper,

malgré lui s'il le fallait, celui qui ne voulait pas vivre sans moi et

après lequel moi-même je ne voulais que mourir.

Quand je fus peu à peu, en apparence, remise des confidences de la

bonne femme, je repris le panier et je rentrai dans la cour pour

distribuer la soupe du soir de loge en loge. Lorsque je fus arrivée à

la dernière loge, dont le pilier du cloître empêchait la vue aux

autres, j'appelai à voix basse Hyeronimo et je lui dis rapidement ce

que m'avait dit longuement la maîtresse des prisons, afin que, si

c'était pour lui la mort, la voix qui la lui annonçait la lui fît plus

douce, et que, si c'était la vie, la parole qui la lui apportait la

lui fît plus chère.

--Mais c'est la vie! lui dis-je, Hyeronimo, mon frère, mon compagnon

dans le paradis comme sur la terre, ce sera la vie, sois-en sûr! Tu ne

me refuseras pas de la recevoir de ma main pour nos parents; ces

quatre semaines de soulagement de ta chaîne descellée du mur, de

prières, de visites, de consolations, d'entretiens avec le prêtre

appelé par toi dans ton cachot, nous offriront un moyen ou l'autre de

nous sauver ensemble de ces murs.

--Oh! si c'est ensemble, dit-il, en me jetant un regard qui semblait

réfléchir le firmament et éclairer le cachot tout entier; oh! si c'est

ensemble, je le veux bien, je le veux comme je veux respirer pour

vivre: avec toi, tout; sans toi, rien; me délivrer par ta captivité à

ma place, plutôt mourir un million de fois au lieu d'une!

Cours familier de Littérature - Volume 22 · 第 72 / 186 题