Quelques-uns étaient libres dans leur cachot et pouvaient faire cinq
ou six pas d'un mur à l'autre; les plus coupables étaient attachés à
des anneaux rivés dans les murs du cachot, par de longues chaînes
nouées à leurs jambes par des anneaux d'acier. On ne voyait rien au
fond de leur loge à demi obscure qu'un grabat, une cruche d'eau et une
litière de paille fraîche semblable à celle que nous étendions dans
l'étable sous nos chèvres. Le pavé de la loge était en pente et
communiquait, par une grille sous leurs pieds, avec le grand égout de
la ville où on leur faisait balayer leur paille tous les matins.
Ils mangeaient sans table ni nappe, assis à terre, sur leurs genoux.
Ils se taisaient, ou ils parlaient entre eux, ou ils chantaient, ou
ils sifflaient tout le reste du jour.
Quand on voulait leur passer leur nourriture, on les faisait retirer
au fond de la loge, comme les lions ou les tigres qu'on montre dans la
ménagerie ambulante de Livourne; on faisait glisser au milieu du
cachot une seconde grille aussi forte que la première; on déposait
entre ces deux grilles ce qu'on leur apportait, puis on ressortait.
On refermait aux verrous le premier grillage, on faisait remonter par
une coulisse, dans la voûte, la seconde barrière; ils rentraient alors
en possession de toute la loge et ils trouvaient ce qu'on leur avait
apporté dans l'espace compris entre les deux grilles. Ils ne pouvaient
ainsi ni s'échapper ni faire de mal aux serviteurs de la prison.
Deux manivelles à roues, placées extérieurement sous les arcades,
servaient à faire descendre ou remonter tour à tour ces forts
grillages de fer, qu'aucun marteau de forgeron n'aurait pu briser du
dedans, et qu'une main d'enfant pouvait faire manoeuvrer du dehors.