CLXXVIII

Quelques-uns étaient libres dans leur cachot et pouvaient faire cinq

ou six pas d'un mur à l'autre; les plus coupables étaient attachés à

des anneaux rivés dans les murs du cachot, par de longues chaînes

nouées à leurs jambes par des anneaux d'acier. On ne voyait rien au

fond de leur loge à demi obscure qu'un grabat, une cruche d'eau et une

litière de paille fraîche semblable à celle que nous étendions dans

l'étable sous nos chèvres. Le pavé de la loge était en pente et

communiquait, par une grille sous leurs pieds, avec le grand égout de

la ville où on leur faisait balayer leur paille tous les matins.

Ils mangeaient sans table ni nappe, assis à terre, sur leurs genoux.

Ils se taisaient, ou ils parlaient entre eux, ou ils chantaient, ou

ils sifflaient tout le reste du jour.

Quand on voulait leur passer leur nourriture, on les faisait retirer

au fond de la loge, comme les lions ou les tigres qu'on montre dans la

ménagerie ambulante de Livourne; on faisait glisser au milieu du

cachot une seconde grille aussi forte que la première; on déposait

entre ces deux grilles ce qu'on leur apportait, puis on ressortait.

On refermait aux verrous le premier grillage, on faisait remonter par

une coulisse, dans la voûte, la seconde barrière; ils rentraient alors

en possession de toute la loge et ils trouvaient ce qu'on leur avait

apporté dans l'espace compris entre les deux grilles. Ils ne pouvaient

ainsi ni s'échapper ni faire de mal aux serviteurs de la prison.

Deux manivelles à roues, placées extérieurement sous les arcades,

servaient à faire descendre ou remonter tour à tour ces forts

grillages de fer, qu'aucun marteau de forgeron n'aurait pu briser du

dedans, et qu'une main d'enfant pouvait faire manoeuvrer du dehors.

Cours familier de Littérature - Volume 22 · 第 42 / 186 题