Le _bargello_ tira des verrous, tourna des clefs énormes dans les
serrures, en me montrant comment il fallait m'y prendre pour ouvrir la
petite porte basse encastrée dans la grande, et comment il fallait
bien refermer cette portelle sur moi, avant d'entrer dans la cour, de
peur de surprise; puis nous nous trouvâmes dans le préau.
C'était une espèce de cloître entouré d'arcades basses tout autour
d'une cour pavée, où il n'y avait qu'un puits et un gros if, taillé en
croix, à côté du puits. Cinq ou six couples de jolies colombes bleues
roucoulaient tout le jour sur les margelles de l'auge, à côté du
puits, offrant ainsi, comme une moquerie du sort, une image d'amour
et de liberté, au milieu des victimes de la captivité et de la haine.
Sous chacune des arcades de ce cloître qui entourait la cour,
s'ouvrait une large fenêtre, en forme de lucarne demi-cintrée par en
haut, plate par en bas, grillée de bas en haut et de côté à côté, par
des barres de fer qui s'encastraient les unes dans les autres chaque
fois qu'elles se rencontraient de haut en bas ou de gauche à droite,
de façon qu'elles formaient comme un treillis de petits carrés à
travers lesquels on pouvait passer les mains, mais non la tête. Chacun
de ces cachots sous les arcades était la demeure d'un prisonnier ou de
sa famille, quand il n'était pas seul emprisonné. Un petit mur à
hauteur d'appui, dans lequel la grille était scellée par le bas, leur
servait à s'accouder tout le jour pour respirer, pour regarder le
puits et les colombes, ou pour causer de loin avec les prisonniers des
autres loges qui leur faisaient face de l'autre côté de la cour.