CLXXI

Cependant je tombai à genoux pour bénir Dieu d'avoir pu seulement

entendre le son de ses chaînes; toute ma crainte était qu'on ne

m'éloignât tout à l'heure de l'asile que le hasard m'avait ouvert la

veille; j'aurais été contente d'être une pierre scellée dans ces

murailles, afin qu'on ne pût jamais m'arracher d'auprès de lui! Mais

qu'allais-je devenir au réveil du _bargello_ et de sa femme?

Au moment où je roulais ces transes de mon coeur dans ma pensée, à

genoux devant mon lit, les mains jointes sur la zampogne muette, et le

visage, baigné de larmes, enfoui dans les poils de bête du manteau de

mon oncle, la porte de la chambre s'ouvrit sans bruit, comme si une

main d'ange l'avait poussée, et la femme du _bargello_ entra, croyant

que je dormais encore.

En me voyant ainsi, tout habillée de si bon matin et faisant si

dévotement ma prière (elle le crut ainsi du moins), la brave créature

conçut encore, à ce qu'elle m'a dit depuis, une meilleure idée du

petit _pifferaro_ et une plus vive compassion de mon isolement dans

cette grande ville de Lucques.

Je m'étais levée toute confuse au bruit, et je tremblais qu'elle vînt

me demander compte des airs de musique dont j'avais troublé, sans

doute, le sommeil de ses prisonniers. Je cherchais dans ma tête une

réponse apparente à lui faire, et je baissais les yeux sur la pointe

de mes souliers de peur qu'elle ne lût je ne sais quoi dans mes yeux.

Cours familier de Littérature - Volume 22 · 第 34 / 186 题