--Quel philosophe, que cette pauvre jeune femme qui ne sait pas lire!
me dis-je tout bas cette fois en moi-même, pour ne pas interrompre
l'intéressante histoire.
Fior d'Aliza ne s'aperçut même pas de ma réflexion: elle était toute à
son émotion désespérée pendant la nuit de silence qui lui avait duré
un siècle.
--Anéantie par ce silence qui répondait seul à l'air que la zampogne
venait de jouer au hasard, pour interroger la profondeur des cachots
ou bien pour apprendre à Hyeronimo, s'il était là, que Fior d'Aliza y
était aussi, se souvenant de lui dans son malheur, je laissai tomber à
terre la zampogne et je glissai moi-même, découragée, au pied de la
lucarne, les bras accrochés aux barreaux de fer de la fenêtre sans en
sentir seulement le froid.
Mais au moment où mes genoux touchaient terre, monsieur, voilà qu'un
lourd bruit de chaînes qu'on remue monte d'en bas jusqu'à la lucarne,
et qu'une faible voix, comme celle d'un mineur qui parle aux vivants
du fond d'un puits, fait entendre distinctement, quoique bien bas, ces
trois mots séparés par de longs intervalles: _Fior d'Aliza, sei tu?
Est-ce toi, Fior d'Aliza?_
Anges du ciel! c'était lui; la zampogne avait fait ce miracle de me
découvrir son cachot. Pour toute réponse, je ramassai l'instrument de
musique à terre, et je jouai une seconde fois l'air d'Hyeronimo et de
Fior d'Aliza; mais je le jouai d'un mouvement plus vif, plus pressé,
plus joyeux, avec des doigts qui avaient la fièvre et qui
communiquaient aux sons le délire de mon contentement d'avoir
découvert mon cousin.