CXLIII

Je ne sais pas combien de temps, monsieur, je restai ainsi évanouie de

douleur sur les marches de la petite chapelle, au milieu du pont,

devant la niche grillée de la Madone. Quand je revins à moi, je me

trouvai toujours couchée dans la poussière du chemin, sur le bord du

pont; mais une jolie contadine, en habit de fête, penchait son

gracieux visage sur le mien, me donnait de l'air au front avec son

éventail de papier vert tout pailleté d'or, et me faisait respirer, à

défaut d'eau de senteur, son gros bouquet de fleurs de limons qu'elle

tenait à la main comme une fiancée de la campagne; elle était

tellement belle de visage, de robe, de dentelles et de rubans,

monsieur, qu'en rouvrant les yeux je crus que c'était un miracle, que

la Madone vivante était descendue de sa niche ou de son paradis pour

m'assister, et je fis un signe de croix, comme devant le

Saint-Sacrement, quand le prêtre l'élève à la messe et le fait adorer

aux chrétiens de la montagne au milieu d'un nuage d'encens, à la lueur

du soleil du matin, qui reluit sur le calice.

Cours familier de Littérature - Volume 22 · 第 7 / 186 题