Comment en partant pour Venise on arrive à Florence.
Rien ne me retenait plus à Rome, que j'avais, ainsi que ses environs,
visitée pendant mon premier passage. Tous mes préparatifs étaient
faits: je pris donc congé de mon bon et brave Jadin, qui comptait y
rester un an avec Milord; et, le coeur tout serré de cette double
séparation, je quittai la ville éternelle le jour même, avec
l'intention de me rendre a Venise. Mais c'est pour l'Italie surtout
qu'a été fait le proverbe: L'homme propose et Dieu dispose.
Le lendemain, comme la voiture s'était arrêtée un instant à
Civitta-Castellana pour faire reposer notre attelage, et que je
profitais de ce moment pour courir la ville, deux carabiniers
m'accostèrent dans la rue pendant que j'essayais de déchiffrer une
mauvaise inscription, écrite en mauvais latin, au pied d'une mauvaise
statue. Ces messieurs m'invitèrent à me rendre au bureau de la
police, où notre hôte, esclave des formalités, avait déjà envoyé mon
passeport; je m'y rendis assez tranquillement, malgré ce qui venait
de m'arriver à Naples, et quoique en Italie de pareilles invitations
renferment toujours quelque chose de ténébreux et de sinistre. Mais il
n'y avait que deux jours que j'avais eu l'honneur d'être reçu, comme
je l'ai dit, par Sa Sainteté: j'avais passé une heure avec elle; elle
avait eu la bonté de m'inviter à revenir; je l'avais quittée avec sa
bénédiction, je me croyais donc en état de grâce.
Je trouvai, dans le bureau où l'on me conduisit, un monsieur qui me
reçut assis, le chapeau sur la tête et les sourcils froncés; avant
qu'il m'eût adressé une seule parole, j'avais pris un siége, enfoncé
ma casquette sur mes oreilles et réglé mon visage à l'unisson du sien.
C'est en Italie surtout qu'il faut n'avoir pour les autres que les
égards qu'ils ont pour vous: il resta un instant sans parler, je
gardai le silence; enfin il prit, dans une liasse de papiers, un
dossier à mon nom, et se tournant de mon côté:
--Vous êtes M. Alexandre Dumas? me dit-il.
--Oui.
--Auteur dramatique?
--Oui.
--Et vous vous rendez à Venise?
--Oui.
--Eh bien! monsieur, j'ai l'ordre de vous faire conduire hors des
États pontificaux dans le plus bref délai possible.
--Si vous voulez vous donner la peine de regarder le visa de mon
passeport, vous verrez que votre ordre s'accorde merveilleusement avec
mon désir.
--Mais votre passeport est visé pour Ancône, et, comme la frontière la
plus rapprochée est celle de Pérouse, vous ne vous étonnerez pas que
je vous fasse prendre le chemin de cette ville.
--Comme vous voudrez, monsieur, j'irai à Venise par Bologne.
--Oui; mais j'ai encore à vous signifier qu'en remettant les pieds
dans les États de Sa Sainteté, vous encourez cinq ans de galères.
--Très bien. Alors j'irai par le Tyrol; j'ai le temps.
--Vous êtes de bonne composition, monsieur.
--J'ai l'habitude de ne discuter les lois qu'avec ceux qui les font,
de ne résister aux ordres qu'en face de ceux qui les donnent, de ne
me regarder comme insulté que par mon égal, et de ne demander
satisfaction qu'à ceux qui se battent.
--En ce cas, monsieur, vous ne me refuserez sans doute pas de signer
ce papier?
--Voyons, d'abord.
Il me le présenta.
C'était la reconnaissance que l'ordre m'avait été signifié, l'aveu
que je faisais d'avoir mérité cette décision, et l'engagement que je
prenais de ne jamais remettre le pied dans les États romains, sous
peine de cinq ans de galères. Je haussai les épaules et lui rendis ce
papier.
--Vous refusez, monsieur?
--Je refuse.
--Trouvez bon que j'envoie chercher deux témoins pour constater votre
refus.
--Envoyez.
Les deux témoins arrivèrent et servirent à un double emploi; non
seulement ils constatèrent mon refus, mais encore ils me donnèrent
une attestation que j'avais refusé; je mis cette attestation dans une
lettre à M. le marquis de Tallenay, je la pliai, et la remettant à
l'employé de la police de Civitta-Castellana:
--Maintenant, monsieur, lui dis-je, chargez-vous sur votre
responsabilité de faire parvenir cette lettre; elle est tout ouverte;
la police romaine n'aura pas besoin d'en briser le cachet.
L'employé lut la lettre. Je priais M. le marquis de Tallenay d'aller
trouver Sa Sainteté, de lui exposer ce qui venait de m'arriver dans
ses États, et de lui rappeler l'invitation qu'elle m'avait faite
elle-même d'y revenir pour la semaine-sainte. L'employé me regarda
d'un air de doute.
--Vous avez été reçu hier par Sa Sainteté? me dit-il.
--Voici la lettre de monseigneur Fieschi, qui m'accorde cette grâce.
--Cependant, vous êtes bien M. Alexandre Dumas?
--Je suis bien M. Alexandre Dumas.
--Alors, je n'y comprends rien.
--Comme ce n'est pas votre état de comprendre, ayez la bonté,
monsieur, de vous borner à faire votre état.
--Eh bien! mon état, monsieur, est, pour le moment, de vous faire
reconduire hors de la frontière.
--Ordonnez que mes effets soient déchargés de la voiture de Venise et
faites venir un vetturino.
--Mais je ne dois pas vous cacher que deux carabiniers vous
reconduiront jusqu'à Pérouse, et qu'il ne vous sera permis de vous
arrêter ni le jour ni la nuit.
--Je connais déjà la route, par conséquent je ne tiens pas à m'arrêter
le jour. Quant aux nuits, j'aime autant les passer dans une voiture
propre que dans vos auberges sales. Restent donc les voleurs. Vous me
donnez une escorte. On n'est pas plus aimable. Je suis prêt à partir,
monsieur.
On fit venir mon conducteur, qui me fit payer ma place et mon excédant
de bagages jusqu'à Venise, et un vetturino qui, voyant que je n'avais
pas le temps de discuter le prix de sa calèche, me demanda deux cents
francs pour me conduire jusqu'à Pérouse. C'était cent francs par jour.
Je lui comptai les deux cents francs et lui fis signer son reçu.
Lorsque je le tins, je lui fis observer qu'il était encore plus bête
que voleur, puisqu'il pouvait m'en demander quatre cents, et que
j'aurais été obligé de les lui donner de même. Le vetturino comprit
parfaitement la chose, et s'arracha les cheveux de désespoir; mais il
n'y avait pas moyen de revenir sur le traité, il était signé.
Un quart d'heure après je roulais sur la route de Pérouse, établi
carrément dans mon voiturin, et ayant mes deux carabiniers dans le
cabriolet.
Le lendemain j'avais établi, à l'aide d'un vasistas qui communiquait
de l'intérieur à l'extérieur, et de quelques bouteilles d'orviette
qui étaient sorties pleines et rentrées vides, de si bonnes relations
entre le cabriolet et l'intérieur, que mes carabiniers me proposèrent
les premiers de faire une station dans la patrie du Pérugin.
J'acceptai, sûr que j'étais par l'expérience que j'en avais faite
à mon premier passage de retrouver là une des premières auberges
d'Italie. Je donnait en conséquence l'ordre au vetturino de nous
conduire à l'hôtel de la Poste.
Je m'attendais à ce que la vue de ma suite changerait quelque peu les
dispositions de mon hôte; mais, au contraire, il vint à moi d'un pas
plus leste et avec un visage plus gracieux encore que la première
fois: c'est qu'en Italie ce sont surtout les idées qu'on reconduit aux
frontières, et la considération d'un étranger s'accroît en raison du
nombre de gendarmes dont il est escorté. J'eus donc le pas sur un
Anglais qui avait eu l'imprudence d'arriver tout seul, et la meilleure
chambre et le meilleur dîner de l'hôtel furent pour moi. Quant
aux carabiniers qui, étaient vraiment d'excellens garçons je les
recommandai à la cuisine.
L'hôte me servit lui-même à table, chose fort rare en Italie, où l'on
n'aperçoit jamais le maître de l'auberge qu'au moment où il vous
montre la carte; encore quelquefois s'épargne-t-il cette peine, et
se contente-t-il de vous attendre, le chapeau à la main, près du
marchepied de la voiture. Cette formalité a pour but de demander si
sa seigneurie est contente, et sur sa réponse affirmative, de se
recommander aux amis de son excellence.
Cependant que les voyageurs qui se trouveraient dans la position où
je me trouvais fassent attention aux aubergistes qui les serviront
eux-mêmes: tous, peut-être, ne rempliraient pas l'office d'écuyers
tranchans avec des intentions aussi désintéressées que l'étaient
celles de mon ami l'hôtelier de Pérouse, et quelques paroles
imprudentes tombées entre le potage et le macaroni pourraient bien
amener pour le dessert un surcroît de gendarmerie locale, avec
invitation à l'illustre voyageur de se rendre à la prison de la ville
ou de continuer sa route, ce qui n'empêcherait pas son excellence de
payer le lit, comme je payai l'excédant de bagages.
Mais pour cette fois rien de pareil n'était à craindre: nous causâmes
bien pendant le dîner, mais de toutes choses étrangères à la
politique, et ce furent le Pérugin et Raphaël qui firent tous les
frais de la conversation. Au dessert, mon hôte m'apporta l'affiche du
théâtre.
--Qu'est cela? lui dis-je en souriant.
--La liste des pièces que représentent aujourd'hui les comédiens de
l'archiduchesse Marie-Louise.
--Que voulez-vous que je fasse de ce papier si vous ne m'apportez pas
des cigares avec?
--Je pensais que son excellence irait peut-être au spectacle.
--Certes, mon excellence irait très volontiers; mais je la crois tant
soit peu empêchée de faire pour le moment ce que bon lui semble.
--Et par qui?
--Mais par les honorables carabiniers qu'elle mène à sa suite.
--Point du tout, ils sont aux ordres qu'elle voudra leur donner, et
ils l'accompagneront où il lui plaira d'aller.
--Bah! vraiment?
--C'est donc la première fois que son excellence est arrêtée depuis
qu'elle voyage en Italie? ajouta avec étonnement mon hôte.
--Je vous demande pardon, c'est la troisième (mon hôte s'inclina);
mais, les deux premières, je n'ai pas eu le temps de faire d'études,
vu que j'ai été relâché au bout d'une heure.
--Je présume que votre excellence est dans la disposition de donner à
son escorte une bonne main convenable?
--Deux ou trois écus romains, pas davantage.
--Eh bien! mais alors votre excellence peut aller où elle voudra, elle
paie comme un cardinal.
--Ah! ah! ah! fis-je, exprimant ma satisfaction sur trois tons
différens.
--Et je vais prévenir les carabiniers.
L'hôte sortit.
Je jetai les yeux sur l'affiche, et je vis qu'on donnait l'_Assassin
par Amour pour sa mère_. Diable! dis-je, c'eût été fâcheux de ne pas
voir un pareil ouvrage. L'assassin par amour pour sa mère, ça doit
être traduit du théâtre de Berquin ou de madame de Genlis. Quand cela
devrait me coûter un écu de plus en bonne main, il faut que je voie
la chose. En ce moment mes deux carabiniers entrèrent;--mon hôte
les suivait par derrière, il s'arrêta sur la porte de ma chambre de
manière à ce que sa figure moitié bonasse, moitié goguenarde, fût
seule éclairée par la lumière de ma lampe, et annonça les carabiniers
de son excellence. Quant à mes deux hommes, ils firent trois pas vers
la table, s'arrêtant comme devant un de leurs officiers, tenant le
chapeau de la main gauche, se frisant la moustache de la main droite,
l'oeil tendre comme des mousquetaires armés, le jarret tendu comme des
gardes-françaises à la parade.
--Ah ça! mes enfans, dis-je, prenant le premier la parole, j'ai
pensé qu'il vous serait agréable, à vous qui n'allez pas souvent
au spectacle, d'y aller ce soir.--Ils se regardèrent du coin de
l'oeil.--En conséquence, je vais faire prendre une loge pour moi, deux
parterres pour vous. Nous irons ensemble au théâtre; j'entrerai dans
la loge, vous vous mettrez au dessous d'elle; cela vous convient-il?
--Oui, excellence, dirent mes deux hommes.
--Que l'un de vous aille donc me chercher une loge, tandis que l'autre
me fera monter une frasque de vin. Mes carabiniers s'inclinèrent et
sortirent.
--Eh bien? me dit mon hôte en rentrant.
--Eh bien! mon cher ami, je dis que vous connaissez mieux le pays que
moi; vous en êtes?
--Oui, dit-il avec un air de satisfaction assaisonné d'un grain de
suffisance; j'ai rendu, Dieu merci! quelques petits secours de ce
genre, depuis quinze ans que je tiens l'hôtel de la Poste. Cela ne
fait de tort à personne,--tout le monde, au contraire, s'en trouve
bien,--voyageurs et carabiniers.
--Et maître d'hôtel, hein?
--Son excellence oublie que c'est le vetturino qui paie son dîner et
son coucher, et que par conséquent je n'ai aucun intérêt...
--Oui, mais la bonne main...
--C'est l'affaire de mes domestiques.
Je me levai et m'inclinai à mon tour devant mon hôte. Ce qu'il venait
de me dire était littéralement vrai. Le brave homme m'avait rendu
service pour le plaisir de me le rendre.
Un quart d'heure après, mon messager rentra avec la clé de ma loge; je
pris mon chapeau, mes gants, et je descendis l'escalier suivi par l'un
de mes gardes; je trouvai l'autre à dix pas de la porte: dès qu'il
m'aperçut, il se mit en route, de sorte que nous nous avancions dans
la rue du Cours échelonnés sur trois de hauteur. Au bout de dix
minutes, j'étais installé dans ma loge, et mes deux carabiniers dans
le parterre.
D'après le titre de l'ouvrage, j'étais venu dans l'intention de rire
de la pièce et des acteurs: je fus donc assez étonné de me sentir
pris, dès les premières scènes, par une exposition attachante. Je
reconnus alors à travers la traduction italienne _le faire_ allemand;
je ne m'étais pas trompé: j'assistais à une pièce d'Iffland.
Au second acte, le rôle principal se développa; celui qui le
remplissait était un beau jeune homme de vingt-huit à trente ans,
ayant dans son jeu beaucoup de la mélancolie et de la grâce de celui
de Lockroy. Depuis que j'étais en Italie, je n'avais rien vu qui se
rapprochât autant de notre théâtre que la composition et l'exécution
scénique de cet homme. Je cherchai son nom sur l'affiche. Il
s'appelait Colomberti.
Lorsque le spectacle fut terminé, je lui écrivis trois lignes au
crayon. Je lui disais que, s'il n'avait rien de mieux à faire, je le
priais de venir recevoir, dans la loge no. 20, les complimens d'un
Français qui ne pouvait les lui porter au théâtre, et je signai.
Cela était d'autant plus facile qu'en Italie la toile se baisse sans
que pour cela les spectateurs évacuent la salle, les conversations
commencées continuent, les visites en train s'achèvent; et, une heure
après le spectacle, il y a encore quelquefois quinze ou vingt loges
habitées.
Colomberti vint donc au bout d'un quart d'heure; il avait à peine pris
le temps de changer de costume; il connaissait mon nom et avait même
traduit _Charles VII_, il accourut donc, selon la coutume italienne,
les bras et le visage ouverts. Il était venu à Paris en 1830, y avait
étudié notre théâtre, le connaissait parfaitement et venait d'avoir un
succès immense dans _Elle est folle_.
Nous causâmes long-temps de Scribe, qui est l'homme à la mode en
Italie comme en France; quant à moi, j'aurais cru que son talent,
plein d'esprit et de finesse locale, perdrait beaucoup au milieu d'un
pays et d'une société étrangère. Mais point; Colomberti me raconta
quelques uns de ses petits chefs-d'oeuvre, et je vis qu'il y restait
encore, en dépouillant le style et les mots, une habileté de
construction qui leur conservait dans une autre langue, sinon leur
couleur, du moins leur intérêt. Les directeurs de théâtre ont si bien
compris cela qu'ils mettent, comme nous l'avons dit, toutes les
pièces sous le nom de notre illustre confrère, ce qui a bien aussi
quelquefois son inconvénient.
Après avoir passé en revue à peu près toute notre littérature moderne,
Colomberti revint à moi. Il me dit que mes ouvrages étaient défendus
depuis Pérouse jusqu'à Terracine, et depuis Piombino jusqu'à Ancône.
Puis il s'étonna que, dans un pays où ne pouvaient entrer mes oeuvres,
je voyageasse aussi librement. Je lui montrai alors de ma loge mes
deux carabiniers debout au parterre. Colomberti eut un mouvement de
physionomie d'un comique admirable.
Je pris congé de lui en lui souhaitant toutes sortes de succès, qu'il
est homme à obtenir, et dix minutes après nous rentrâmes à l'hôtel,
moi et mes carabiniers, dans le même ordre que nous étions sortis.
Le lendemain, nous nous mîmes en route au point du jour. Vers les onze
heures, nous aperçûmes le lac de Trasimeno. A midi nous atteignîmes la
frontière.
Il n'y a si bonne compagnie qu'il ne faille quitter, disait le roi
Dagobert à ses chiens. Quant à moi, le moment était venu de me séparer
de la meute pontificale. La voiture s'arrêta juste au milieu de la
ligne qui sépare la Toscane des États romains. Mes deux carabiniers
descendirent tous deux, mirent le chapeau à la main, et tandis que
l'un me montrait la limite des deux territoires, l'autre me lisait
l'avis ministériel qui me condamnait à cinq ans de galères si jamais
il me reprenait la fantaisie de mettre le pied sur les terres de
Sa Sainteté. Je lui donnai quatre écus pour sa peine, à la charge
cependant d'en remettre deux à son camarade; et chacun de nous reprit
sa route, eux enchantés de moi, moi débarrassé d'eux.
Le lendemain soir j'arrivai dans la ville de Florence.
Quatre jours après, je reçus une réponse du marquis de Tallenay. Le
pape avait été extrêmement peiné de ce qui venait de m'arriver, et
avait eu la bonté de se faire rendre compte, à l'instant même des
causes de mon arrestation.
Voici ce qui était arrivé:
Au moment de mon départ de Paris, quelque Soval romain avait écrit
que M. Alexandre Dumas, ex-vice-président du comité des récompenses
nationales, membre du comité polonais, et de plus auteur d'_Antony_,
d'_Angèle_, de _Teresa_ et d'une foule d'autres pièces non moins
incendiaires, était sur le point de partir, avec une mission de la
vente parisienne, pour révolutionner Rome. En conséquence, ordre avait
été donné à l'instant même de ne pas laisser passer la frontière
romaine à M. Alexandre Dumas, et, s'il la passait par hasard, de le
reconduire en toute hâte de l'autre côté.
Malheureusement, comme on m'attendait par la route de Sienne, l'ordre
fut échelonné sur la susdite route.
Mais, comme on l'a vu, j'arrivai par la route de Pérouse, ce qui fit
qu'on me laissa tranquillement passer.
A mon arrivée à Rome, on rendit compte à la police de mon arrivée: la
police donna ordre de me surveiller; mais comme je ne commis pendant
le séjour que je fis dans la capitale des États pontificaux aucun
attentat, ni contre la morale, ni contre la religion, ni contre la
politique, on pensa que je valais probablement mieux que la réputation
que l'on m'avait faite, et l'on me laissa tranquille, mais sans
cependant avoir la précaution de révoquer l'ordre donné.
C'était cette négligence dont je devais être victime au départ, et
dont j'étais seulement victime au retour.
Cette explication était accompagnée d'une nouvelle invitation de Sa
Sainteté de revenir à Rome, et de l'assurance que l'ordre avait été
donné de m'en ouvrir les portes à deux battans.
Et voilà comment, en partant pour Venise, j'étais arrivé à Florence.