XXIV

Comment en partant pour Venise on arrive à Florence.

Rien ne me retenait plus à Rome, que j'avais, ainsi que ses environs,

visitée pendant mon premier passage. Tous mes préparatifs étaient

faits: je pris donc congé de mon bon et brave Jadin, qui comptait y

rester un an avec Milord; et, le coeur tout serré de cette double

séparation, je quittai la ville éternelle le jour même, avec

l'intention de me rendre a Venise. Mais c'est pour l'Italie surtout

qu'a été fait le proverbe: L'homme propose et Dieu dispose.

Le lendemain, comme la voiture s'était arrêtée un instant à

Civitta-Castellana pour faire reposer notre attelage, et que je

profitais de ce moment pour courir la ville, deux carabiniers

m'accostèrent dans la rue pendant que j'essayais de déchiffrer une

mauvaise inscription, écrite en mauvais latin, au pied d'une mauvaise

statue. Ces messieurs m'invitèrent à me rendre au bureau de la

police, où notre hôte, esclave des formalités, avait déjà envoyé mon

passeport; je m'y rendis assez tranquillement, malgré ce qui venait

de m'arriver à Naples, et quoique en Italie de pareilles invitations

renferment toujours quelque chose de ténébreux et de sinistre. Mais il

n'y avait que deux jours que j'avais eu l'honneur d'être reçu, comme

je l'ai dit, par Sa Sainteté: j'avais passé une heure avec elle; elle

avait eu la bonté de m'inviter à revenir; je l'avais quittée avec sa

bénédiction, je me croyais donc en état de grâce.

Je trouvai, dans le bureau où l'on me conduisit, un monsieur qui me

reçut assis, le chapeau sur la tête et les sourcils froncés; avant

qu'il m'eût adressé une seule parole, j'avais pris un siége, enfoncé

ma casquette sur mes oreilles et réglé mon visage à l'unisson du sien.

C'est en Italie surtout qu'il faut n'avoir pour les autres que les

égards qu'ils ont pour vous: il resta un instant sans parler, je

gardai le silence; enfin il prit, dans une liasse de papiers, un

dossier à mon nom, et se tournant de mon côté:

--Vous êtes M. Alexandre Dumas? me dit-il.

--Oui.

--Auteur dramatique?

--Oui.

--Et vous vous rendez à Venise?

--Oui.

--Eh bien! monsieur, j'ai l'ordre de vous faire conduire hors des

États pontificaux dans le plus bref délai possible.

--Si vous voulez vous donner la peine de regarder le visa de mon

passeport, vous verrez que votre ordre s'accorde merveilleusement avec

mon désir.

--Mais votre passeport est visé pour Ancône, et, comme la frontière la

plus rapprochée est celle de Pérouse, vous ne vous étonnerez pas que

je vous fasse prendre le chemin de cette ville.

--Comme vous voudrez, monsieur, j'irai à Venise par Bologne.

--Oui; mais j'ai encore à vous signifier qu'en remettant les pieds

dans les États de Sa Sainteté, vous encourez cinq ans de galères.

--Très bien. Alors j'irai par le Tyrol; j'ai le temps.

--Vous êtes de bonne composition, monsieur.

--J'ai l'habitude de ne discuter les lois qu'avec ceux qui les font,

de ne résister aux ordres qu'en face de ceux qui les donnent, de ne

me regarder comme insulté que par mon égal, et de ne demander

satisfaction qu'à ceux qui se battent.

--En ce cas, monsieur, vous ne me refuserez sans doute pas de signer

ce papier?

--Voyons, d'abord.

Il me le présenta.

C'était la reconnaissance que l'ordre m'avait été signifié, l'aveu

que je faisais d'avoir mérité cette décision, et l'engagement que je

prenais de ne jamais remettre le pied dans les États romains, sous

peine de cinq ans de galères. Je haussai les épaules et lui rendis ce

papier.

--Vous refusez, monsieur?

--Je refuse.

--Trouvez bon que j'envoie chercher deux témoins pour constater votre

refus.

--Envoyez.

Les deux témoins arrivèrent et servirent à un double emploi; non

seulement ils constatèrent mon refus, mais encore ils me donnèrent

une attestation que j'avais refusé; je mis cette attestation dans une

lettre à M. le marquis de Tallenay, je la pliai, et la remettant à

l'employé de la police de Civitta-Castellana:

--Maintenant, monsieur, lui dis-je, chargez-vous sur votre

responsabilité de faire parvenir cette lettre; elle est tout ouverte;

la police romaine n'aura pas besoin d'en briser le cachet.

L'employé lut la lettre. Je priais M. le marquis de Tallenay d'aller

trouver Sa Sainteté, de lui exposer ce qui venait de m'arriver dans

ses États, et de lui rappeler l'invitation qu'elle m'avait faite

elle-même d'y revenir pour la semaine-sainte. L'employé me regarda

d'un air de doute.

--Vous avez été reçu hier par Sa Sainteté? me dit-il.

--Voici la lettre de monseigneur Fieschi, qui m'accorde cette grâce.

--Cependant, vous êtes bien M. Alexandre Dumas?

--Je suis bien M. Alexandre Dumas.

--Alors, je n'y comprends rien.

--Comme ce n'est pas votre état de comprendre, ayez la bonté,

monsieur, de vous borner à faire votre état.

--Eh bien! mon état, monsieur, est, pour le moment, de vous faire

reconduire hors de la frontière.

--Ordonnez que mes effets soient déchargés de la voiture de Venise et

faites venir un vetturino.

--Mais je ne dois pas vous cacher que deux carabiniers vous

reconduiront jusqu'à Pérouse, et qu'il ne vous sera permis de vous

arrêter ni le jour ni la nuit.

--Je connais déjà la route, par conséquent je ne tiens pas à m'arrêter

le jour. Quant aux nuits, j'aime autant les passer dans une voiture

propre que dans vos auberges sales. Restent donc les voleurs. Vous me

donnez une escorte. On n'est pas plus aimable. Je suis prêt à partir,

monsieur.

On fit venir mon conducteur, qui me fit payer ma place et mon excédant

de bagages jusqu'à Venise, et un vetturino qui, voyant que je n'avais

pas le temps de discuter le prix de sa calèche, me demanda deux cents

francs pour me conduire jusqu'à Pérouse. C'était cent francs par jour.

Je lui comptai les deux cents francs et lui fis signer son reçu.

Lorsque je le tins, je lui fis observer qu'il était encore plus bête

que voleur, puisqu'il pouvait m'en demander quatre cents, et que

j'aurais été obligé de les lui donner de même. Le vetturino comprit

parfaitement la chose, et s'arracha les cheveux de désespoir; mais il

n'y avait pas moyen de revenir sur le traité, il était signé.

Un quart d'heure après je roulais sur la route de Pérouse, établi

carrément dans mon voiturin, et ayant mes deux carabiniers dans le

cabriolet.

Le lendemain j'avais établi, à l'aide d'un vasistas qui communiquait

de l'intérieur à l'extérieur, et de quelques bouteilles d'orviette

qui étaient sorties pleines et rentrées vides, de si bonnes relations

entre le cabriolet et l'intérieur, que mes carabiniers me proposèrent

les premiers de faire une station dans la patrie du Pérugin.

J'acceptai, sûr que j'étais par l'expérience que j'en avais faite

à mon premier passage de retrouver là une des premières auberges

d'Italie. Je donnait en conséquence l'ordre au vetturino de nous

conduire à l'hôtel de la Poste.

Je m'attendais à ce que la vue de ma suite changerait quelque peu les

dispositions de mon hôte; mais, au contraire, il vint à moi d'un pas

plus leste et avec un visage plus gracieux encore que la première

fois: c'est qu'en Italie ce sont surtout les idées qu'on reconduit aux

frontières, et la considération d'un étranger s'accroît en raison du

nombre de gendarmes dont il est escorté. J'eus donc le pas sur un

Anglais qui avait eu l'imprudence d'arriver tout seul, et la meilleure

chambre et le meilleur dîner de l'hôtel furent pour moi. Quant

aux carabiniers qui, étaient vraiment d'excellens garçons je les

recommandai à la cuisine.

L'hôte me servit lui-même à table, chose fort rare en Italie, où l'on

n'aperçoit jamais le maître de l'auberge qu'au moment où il vous

montre la carte; encore quelquefois s'épargne-t-il cette peine, et

se contente-t-il de vous attendre, le chapeau à la main, près du

marchepied de la voiture. Cette formalité a pour but de demander si

sa seigneurie est contente, et sur sa réponse affirmative, de se

recommander aux amis de son excellence.

Cependant que les voyageurs qui se trouveraient dans la position où

je me trouvais fassent attention aux aubergistes qui les serviront

eux-mêmes: tous, peut-être, ne rempliraient pas l'office d'écuyers

tranchans avec des intentions aussi désintéressées que l'étaient

celles de mon ami l'hôtelier de Pérouse, et quelques paroles

imprudentes tombées entre le potage et le macaroni pourraient bien

amener pour le dessert un surcroît de gendarmerie locale, avec

invitation à l'illustre voyageur de se rendre à la prison de la ville

ou de continuer sa route, ce qui n'empêcherait pas son excellence de

payer le lit, comme je payai l'excédant de bagages.

Mais pour cette fois rien de pareil n'était à craindre: nous causâmes

bien pendant le dîner, mais de toutes choses étrangères à la

politique, et ce furent le Pérugin et Raphaël qui firent tous les

frais de la conversation. Au dessert, mon hôte m'apporta l'affiche du

théâtre.

--Qu'est cela? lui dis-je en souriant.

--La liste des pièces que représentent aujourd'hui les comédiens de

l'archiduchesse Marie-Louise.

--Que voulez-vous que je fasse de ce papier si vous ne m'apportez pas

des cigares avec?

--Je pensais que son excellence irait peut-être au spectacle.

--Certes, mon excellence irait très volontiers; mais je la crois tant

soit peu empêchée de faire pour le moment ce que bon lui semble.

--Et par qui?

--Mais par les honorables carabiniers qu'elle mène à sa suite.

--Point du tout, ils sont aux ordres qu'elle voudra leur donner, et

ils l'accompagneront où il lui plaira d'aller.

--Bah! vraiment?

--C'est donc la première fois que son excellence est arrêtée depuis

qu'elle voyage en Italie? ajouta avec étonnement mon hôte.

--Je vous demande pardon, c'est la troisième (mon hôte s'inclina);

mais, les deux premières, je n'ai pas eu le temps de faire d'études,

vu que j'ai été relâché au bout d'une heure.

--Je présume que votre excellence est dans la disposition de donner à

son escorte une bonne main convenable?

--Deux ou trois écus romains, pas davantage.

--Eh bien! mais alors votre excellence peut aller où elle voudra, elle

paie comme un cardinal.

--Ah! ah! ah! fis-je, exprimant ma satisfaction sur trois tons

différens.

--Et je vais prévenir les carabiniers.

L'hôte sortit.

Je jetai les yeux sur l'affiche, et je vis qu'on donnait l'_Assassin

par Amour pour sa mère_. Diable! dis-je, c'eût été fâcheux de ne pas

voir un pareil ouvrage. L'assassin par amour pour sa mère, ça doit

être traduit du théâtre de Berquin ou de madame de Genlis. Quand cela

devrait me coûter un écu de plus en bonne main, il faut que je voie

la chose. En ce moment mes deux carabiniers entrèrent;--mon hôte

les suivait par derrière, il s'arrêta sur la porte de ma chambre de

manière à ce que sa figure moitié bonasse, moitié goguenarde, fût

seule éclairée par la lumière de ma lampe, et annonça les carabiniers

de son excellence. Quant à mes deux hommes, ils firent trois pas vers

la table, s'arrêtant comme devant un de leurs officiers, tenant le

chapeau de la main gauche, se frisant la moustache de la main droite,

l'oeil tendre comme des mousquetaires armés, le jarret tendu comme des

gardes-françaises à la parade.

--Ah ça! mes enfans, dis-je, prenant le premier la parole, j'ai

pensé qu'il vous serait agréable, à vous qui n'allez pas souvent

au spectacle, d'y aller ce soir.--Ils se regardèrent du coin de

l'oeil.--En conséquence, je vais faire prendre une loge pour moi, deux

parterres pour vous. Nous irons ensemble au théâtre; j'entrerai dans

la loge, vous vous mettrez au dessous d'elle; cela vous convient-il?

--Oui, excellence, dirent mes deux hommes.

--Que l'un de vous aille donc me chercher une loge, tandis que l'autre

me fera monter une frasque de vin. Mes carabiniers s'inclinèrent et

sortirent.

--Eh bien? me dit mon hôte en rentrant.

--Eh bien! mon cher ami, je dis que vous connaissez mieux le pays que

moi; vous en êtes?

--Oui, dit-il avec un air de satisfaction assaisonné d'un grain de

suffisance; j'ai rendu, Dieu merci! quelques petits secours de ce

genre, depuis quinze ans que je tiens l'hôtel de la Poste. Cela ne

fait de tort à personne,--tout le monde, au contraire, s'en trouve

bien,--voyageurs et carabiniers.

--Et maître d'hôtel, hein?

--Son excellence oublie que c'est le vetturino qui paie son dîner et

son coucher, et que par conséquent je n'ai aucun intérêt...

--Oui, mais la bonne main...

--C'est l'affaire de mes domestiques.

Je me levai et m'inclinai à mon tour devant mon hôte. Ce qu'il venait

de me dire était littéralement vrai. Le brave homme m'avait rendu

service pour le plaisir de me le rendre.

Un quart d'heure après, mon messager rentra avec la clé de ma loge; je

pris mon chapeau, mes gants, et je descendis l'escalier suivi par l'un

de mes gardes; je trouvai l'autre à dix pas de la porte: dès qu'il

m'aperçut, il se mit en route, de sorte que nous nous avancions dans

la rue du Cours échelonnés sur trois de hauteur. Au bout de dix

minutes, j'étais installé dans ma loge, et mes deux carabiniers dans

le parterre.

D'après le titre de l'ouvrage, j'étais venu dans l'intention de rire

de la pièce et des acteurs: je fus donc assez étonné de me sentir

pris, dès les premières scènes, par une exposition attachante. Je

reconnus alors à travers la traduction italienne _le faire_ allemand;

je ne m'étais pas trompé: j'assistais à une pièce d'Iffland.

Au second acte, le rôle principal se développa; celui qui le

remplissait était un beau jeune homme de vingt-huit à trente ans,

ayant dans son jeu beaucoup de la mélancolie et de la grâce de celui

de Lockroy. Depuis que j'étais en Italie, je n'avais rien vu qui se

rapprochât autant de notre théâtre que la composition et l'exécution

scénique de cet homme. Je cherchai son nom sur l'affiche. Il

s'appelait Colomberti.

Lorsque le spectacle fut terminé, je lui écrivis trois lignes au

crayon. Je lui disais que, s'il n'avait rien de mieux à faire, je le

priais de venir recevoir, dans la loge no. 20, les complimens d'un

Français qui ne pouvait les lui porter au théâtre, et je signai.

Cela était d'autant plus facile qu'en Italie la toile se baisse sans

que pour cela les spectateurs évacuent la salle, les conversations

commencées continuent, les visites en train s'achèvent; et, une heure

après le spectacle, il y a encore quelquefois quinze ou vingt loges

habitées.

Colomberti vint donc au bout d'un quart d'heure; il avait à peine pris

le temps de changer de costume; il connaissait mon nom et avait même

traduit _Charles VII_, il accourut donc, selon la coutume italienne,

les bras et le visage ouverts. Il était venu à Paris en 1830, y avait

étudié notre théâtre, le connaissait parfaitement et venait d'avoir un

succès immense dans _Elle est folle_.

Nous causâmes long-temps de Scribe, qui est l'homme à la mode en

Italie comme en France; quant à moi, j'aurais cru que son talent,

plein d'esprit et de finesse locale, perdrait beaucoup au milieu d'un

pays et d'une société étrangère. Mais point; Colomberti me raconta

quelques uns de ses petits chefs-d'oeuvre, et je vis qu'il y restait

encore, en dépouillant le style et les mots, une habileté de

construction qui leur conservait dans une autre langue, sinon leur

couleur, du moins leur intérêt. Les directeurs de théâtre ont si bien

compris cela qu'ils mettent, comme nous l'avons dit, toutes les

pièces sous le nom de notre illustre confrère, ce qui a bien aussi

quelquefois son inconvénient.

Après avoir passé en revue à peu près toute notre littérature moderne,

Colomberti revint à moi. Il me dit que mes ouvrages étaient défendus

depuis Pérouse jusqu'à Terracine, et depuis Piombino jusqu'à Ancône.

Puis il s'étonna que, dans un pays où ne pouvaient entrer mes oeuvres,

je voyageasse aussi librement. Je lui montrai alors de ma loge mes

deux carabiniers debout au parterre. Colomberti eut un mouvement de

physionomie d'un comique admirable.

Je pris congé de lui en lui souhaitant toutes sortes de succès, qu'il

est homme à obtenir, et dix minutes après nous rentrâmes à l'hôtel,

moi et mes carabiniers, dans le même ordre que nous étions sortis.

Le lendemain, nous nous mîmes en route au point du jour. Vers les onze

heures, nous aperçûmes le lac de Trasimeno. A midi nous atteignîmes la

frontière.

Il n'y a si bonne compagnie qu'il ne faille quitter, disait le roi

Dagobert à ses chiens. Quant à moi, le moment était venu de me séparer

de la meute pontificale. La voiture s'arrêta juste au milieu de la

ligne qui sépare la Toscane des États romains. Mes deux carabiniers

descendirent tous deux, mirent le chapeau à la main, et tandis que

l'un me montrait la limite des deux territoires, l'autre me lisait

l'avis ministériel qui me condamnait à cinq ans de galères si jamais

il me reprenait la fantaisie de mettre le pied sur les terres de

Sa Sainteté. Je lui donnai quatre écus pour sa peine, à la charge

cependant d'en remettre deux à son camarade; et chacun de nous reprit

sa route, eux enchantés de moi, moi débarrassé d'eux.

Le lendemain soir j'arrivai dans la ville de Florence.

Quatre jours après, je reçus une réponse du marquis de Tallenay. Le

pape avait été extrêmement peiné de ce qui venait de m'arriver, et

avait eu la bonté de se faire rendre compte, à l'instant même des

causes de mon arrestation.

Voici ce qui était arrivé:

Au moment de mon départ de Paris, quelque Soval romain avait écrit

que M. Alexandre Dumas, ex-vice-président du comité des récompenses

nationales, membre du comité polonais, et de plus auteur d'_Antony_,

d'_Angèle_, de _Teresa_ et d'une foule d'autres pièces non moins

incendiaires, était sur le point de partir, avec une mission de la

vente parisienne, pour révolutionner Rome. En conséquence, ordre avait

été donné à l'instant même de ne pas laisser passer la frontière

romaine à M. Alexandre Dumas, et, s'il la passait par hasard, de le

reconduire en toute hâte de l'autre côté.

Malheureusement, comme on m'attendait par la route de Sienne, l'ordre

fut échelonné sur la susdite route.

Mais, comme on l'a vu, j'arrivai par la route de Pérouse, ce qui fit

qu'on me laissa tranquillement passer.

A mon arrivée à Rome, on rendit compte à la police de mon arrivée: la

police donna ordre de me surveiller; mais comme je ne commis pendant

le séjour que je fis dans la capitale des États pontificaux aucun

attentat, ni contre la morale, ni contre la religion, ni contre la

politique, on pensa que je valais probablement mieux que la réputation

que l'on m'avait faite, et l'on me laissa tranquille, mais sans

cependant avoir la précaution de révoquer l'ordre donné.

C'était cette négligence dont je devais être victime au départ, et

dont j'étais seulement victime au retour.

Cette explication était accompagnée d'une nouvelle invitation de Sa

Sainteté de revenir à Rome, et de l'assurance que l'ordre avait été

donné de m'en ouvrir les portes à deux battans.

Et voilà comment, en partant pour Venise, j'étais arrivé à Florence.

Le corricolo · 第 55 / 61 题