Route de Rome.
En revenant à Sainte-Agathe dei Gothi, nous apprîmes une chose que
nous ignorions: c'est que notre conducteur, ayant cru que nous
voulions nous en retourner par la route de Bénévent, ce qui allongeait
quelque peu notre chemin, nous avait déjà fait faire huit lieues de
trop. Nous ne les regrettâmes point, ou plutôt je ne les regrettai
point, car, ainsi qu'on l'a vu, Jadin n'avait rien eu à faire dans
l'aventure qui venait de m'arriver, et dont je ne comptais lui parler
qu'à distance convenable, de peur de quelque scène fâcheuse entre lui
et son confrère.
Il était tard et nous voulions aller coucher à Caserte, pour visiter
le lendemain les deux Capoues. Nous arrivâmes à notre gîte vers les
sept heures du soir.
Heureusement, ce que nous désirions voir pouvait se voir au clair de
la lune. Caserte est le Versailles napolitain. Bâti par Vanvitelli et
commandé par Charles III, ce palais a la prétention d'être le plus
grand palais de la terre, ce qui fait que très probablement il en est
en même temps le plus triste. Ajoutez que, comme celui de Versailles,
il est bâti dans un endroit où ce n'est qu'à force de travaux qu'on
a pu lui faire quelques pauvres petits horizons. Il faut, on en
conviendra, être bien royalement capricieux, quand on a Naples, Capo
di Monte et Resina, pour venir habiter Caserte.
Il est vrai que Caserte a des chasses magnifiques, et que de tout
temps, comme nous l'avons dit, les rois de Naples ont été de grands
chasseurs devant Dieu. Un des trois parcs, parc fourré, noir, féodal,
est encore aujourd'hui fort giboyeux, à ce que l'on assure. Ce beau
parc, que nous vîmes à la nuit tombante, et qui n'y perdit certes
rien, comme poésie et comme majesté, est flanqué d'un autre parc, bien
peigné, bien soigné, bien frisé à la manière de celui de Versailles,
avec une cascade assez belle qui tombe d'un sombre rocher qui me
paraît être né sur place, ce qui arrive rarement aux rochers des
jardins anglais, et une foule de statues représentant Diane, ses
nymphes et le malheureux Actéon, d'indiscrète mémoire, déjà à moitié
changé en cerf. Ce parc lui-même est voisin d'un jardin anglais, avec
grottes, ruisseaux, ponts chinois, chaumières, serres et magnolias.
Nous soupâmes et nous couchâmes à Caserte, fort bien même,
consignons-le en l'honneur de l'aubergiste, cela n'arrive pas souvent
sur la route de Naples à Rome; il est vrai que je me trompe et que
Caserte, placée en dehors des grands chemins, n'est sur aucune route.
Le lendemain matin, un cicérone, où n'y a-t-il pas de cicérone en
Italie? nous proposa d'aller voir la magnifique filature de San Lucio.
J'ai peu d'enthousiasme en général pour visiter les établissemens
industriels: les directeurs de ces sortes d'établissemens sont presque
toujours féroces; une fois qu'ils vous tiennent, ils ne vous font pas
grâce d'un métier, ils ne vous épargnent pas un fil de soie. Aussi
nous serions-nous privés de la magnifique filature, si je ne m'étais
point rappelé que San Lucio était la fameuse colonie du roi Ferdinand:
car le roi Ferdinand était non seulement un grand chasseur devant
Dieu, mais aussi un grand pécheur devant les hommes: or, de son temps,
il avait, pour le plaisir de ses yeux sans doute, rassemblé dans cette
filature, qu'il avait fondée avec une bonté toute paternelle, les plus
belles filles des environs: ces filles étaient fort reconnaissantes à
leur fondateur, et lui prouvaient leur reconnaissance de toutes les
manières. Enfin, le roi Ferdinand fut si paternel et les belles filles
si reconnaissantes, qu'il résulta de ce double échange de sentimens
vertueux toute une population de petits fileurs et de petites fileuses
qui obtinrent de leur royal protecteur une espèce de constitution
beaucoup plus libérale que celle de 1830: un des articles de cette
constitution porte que les garçons seront exempt de tout service
militaire, et que les filles auront chacune trois cents francs de dot;
aussi les mariages abondent-ils à San Lucio.
A onze heures du matin nous quittâmes Caserte, et nous nous dirigeâmes
sur l'ancienne Capoue.
Hélas! Capoue est de nos jours un de ces noms menteurs comme nous en
ont tant légués les menteurs historiens de Rome; cependant il faut le
dire, aux ruines qui existent encore, il est facile de voir de quelle
importance était cette fameuse ville qui, selon Tite-Live, fut le
tombeau de la gloire d'Annibal. Capoue, cette ville de la Campanie,
dont la civilisation étrusque avait de cinq cents ans devancé la
civilisation de Rome, et que Rome, la grande jalouseuse de toutes les
gloires, traita comme Carthage, avait un magnifique amphithéâtre
dont on peut encore admirer les ruines; car ce fut Capoue, la ville
civilisée par excellence, qui inventa les combats de gladiateurs. D'où
venait cette férocité instinctive aux féroces habitans de la Campanie?
de l'excès des voluptés mêmes. Quand on est blasé sur les plaisirs
doux et humains, il faut bien inventer d'autres plaisirs cruels
et sanglans. Cicéron, qui, en sa qualité d'avocat, n'était jamais
embarrassé de répondre par un paradoxe ou par une antithèse à une
question quelconque, dit que c'était la fertilité du sol qui faisait
la férocité des habitans. En tous cas, les Romains se chargèrent
de faire oublier par des cruautés plus grandes toutes les cruautés
qu'avaient pu commettre les Campaniens. Capoue, prise par eux, fut
livrée au pillage, un peu démolie et beaucoup brûlée; ses habitans,
réduits en esclavage, furent vendus à l'encan sur ses places
publiques; enfin, ses sénateurs furent battus de verges et décapités.
Il est vrai, à ce que dit le doux et bon Cicéron, que c'était une
action commandée par la prudence, et non par l'amour du sang:--_Non
crudelitate, sed consilio_.--Ajoutons qu'un des reproches de mollesse
que firent les Romains aux Capouans fut d'avoir inventé le velarium,
grande toile suspendue au dessus des cirques et des théâtres pour
garantir les spectateurs du soleil; il est vrai que les Romains,
s'apercevant bientôt à leur tour que mieux valait être à l'ombre qu'au
soleil, adoptèrent le susdit velarium, si fort reproché à ces pauvres
Campaniens.--Voir Suétone, article NÉRON.
Il y a un souvenir qu'éveillé encore tout naturellement Capoue: c'est
celui d'Annibal. On trouve de par le monde historique une malheureuse.
phrase de Florus, qui dit, à propos du héros de Cannes, de la
Trebbia et de Thrasimène: _Cum victoria posset uti, frui maluit_;
c'est-à-dire: Lorsqu'il pouvait user de sa victoire, il aima mieux en
jouir. C'est un fort joli concetti antique, nous n'en disconvenons
pas; mais, nous en sommes bien sûr, son auteur, en l'écrivant, ne
comprenait pas toute la portée qu'il devait avoir. En effet, ce
malheureux concetti a été pour Annibal ce que les deux fameuses
chansons de M. de La Palisse et de M. de Marlborough ont été pour les
deux grands capitaines de ce nom. Annibal, accusé de s'être endormi
dans les délices, a été déshonoré à tout jamais.
Mais ce qu'il y a surtout de remarquable, ce sont les attaques de nos
professeurs de collége, contre le fils d'Amilcar, à l'endroit de cette
malheureuse Capoue; comme ils traitent ce fainéant d'Annibal; comme
ils méprisent ce pauvre héros; comme à sa place ils auraient marché
sur Rome; comme ils auraient pris Rome; comme ils auraient fait
disparaître Rome de la surface de la terre! Il n'y a pas jusqu'à mon
pauvre précepteur, un bon et excellent abbé, qui, à part les férules
qu'il nous donnait, n'aurait pas voulu faire de mal à un enfant, qui
n'eût établi son plan de campagne pour marcher sur Rome. Quand nous
en étions à ce malheureux passage de Florus, il tirait son plan de sa
bibliothèque, l'étendait sur notre table d'étude, faisait un compas de
ses deux doigts, et nous montrait comme c'était chose facile que
de s'emparer de la ville éternelle. Ah! s'il eût été à la place
d'Annibal!
Il est vrai qu'il y a un autre abbé, et celui-là s'appelle l'abbé de
Montesquieu, qui prétend qu'Annibal n'a fait qu'une halte de quelques
jours pour reposer son armée, fatiguée par une marche de huit cents
lieues et par trois victoires successives, ce qui équivaut presque à
une défaite. Il est vrai encore qu'il y a d'autres esprits intelligens
qui ont été chercher à Carthage même le secret de la temporisation
d'Annibal, et qui ont vu que là, comme partout, il y avait de petits
rhéteurs qui faisaient la guerre au grand général, des robes qui
morigénaient la cuirasse, des plumes qui calomniaient l'épée. Annibal
demandait des secours à cor et à cri. Rome était perdue, disait-il,
l'Italie était à lui si on lui envoyait des secours. Mais on lui
répondait, ou plutôt les rhéteurs répondaient à ses messages, car à
lui ils n'eussent, selon toute probabilité, pas osé répondre; les
rhéteurs répondaient donc: «Ou Annibal est vainqueur, ou Annibal est
vaincu. S'il est vainqueur, il est inutile de lui envoyer des secours;
s'il est vaincu, il faut le rappeler.»
C'est à peu près ce que l'on répondait à Bonaparte quand, lui aussi,
s'endormait dans les délices du Caire, où il avait à lutter contre une
insurrection tous les huit jours, et contre la peste deux fois par an.
Mais Bonaparte avait affaire au directoire français et non au sénat
carthaginois. Bonaparte répondit en traversant, lui troisième, la
Méditerranée, et en venant faire le 18 brumaire.
Il y a encore, il faut le dire, entre ces deux opinions qui divisent
en deux cette grande question historique, de savoir si Annibal est
resté des mois à Capoue ou s'il n'y a fait qu'une halte de quelques
jours, une troisième opinion qui prétend qu'Annibal n'y a jamais mis
le pied.
Cette opinion pourrait bien être la vraie.
Cela me rappelle que les Romains, les incrédules s'entend, disent
qu'il y a deux hommes qui ne sont jamais venus à Rome. Ces deux
hommes, selon eux, sont l'apôtre saint Pierre et le président Dupaty.
Comme nous eussions fort mal dîné, et que, selon toute probabilité,
nous n'eussions pas dormi du tout dans la ville des délices, nous
partîmes, après avoir visité l'amphithéâtre et les quelques ruines qui
l'entourent, pour la moderne Capoue.
La moderne Capoue est une fort jolie ville, selon Vauban, Montecuculli
et Folard; elle est muraillée, bastionnée et poternée, elle a des
lunes, des demi-lunes, des chemins de ronde, tout cela donnant sur un
beau paysage, avec un horizon de montagnes d'un côté, et la mer de
l'autre. Au reste, peu de choses à voir, excepté la cathédrale,
soutenue presque entièrement par des colonnes enlevées à l'ancien
amphithéâtre.
En sortant de Capoue, nous rencontrâmes un premier fleuve, que je
crois être le Volturne: pardon, messieurs les savans, si je me trompe,
je n'ai sous les yeux ni mes albums qui sont à Florence, ni mes cartes
qui sont rue du Gazomètre, et que je serais obligé d'y aller chercher,
ce qui n'en vaut pas la peine; et un second fleuve qui est à coup sûr
le Garigliano, c'est-à-dire l'ancien Liris.
Nous traversâmes ce fleuve poétique de la façon la moins poétique de
la terre. On nous mit, nous, nos chevaux et notre voiture, dans un
bac, et on nous fit filer le long d'une corde, si bien que nous nous
trouvâmes de l'autre côté au bout de cinq minutes. Notre passeur, au
reste, était désolé; on méditait un pont en fil de fer,--un pont de
fil de fer sur le Liris!
Pourquoi pas? on va bien du Pirée à Athènes en omnibus; et l'on
remonte bien l'Euphrate en bateau à vapeur.
Au reste, c'est, on se le rappelle, sur les bords du Garigliano que
notre armée fut défaite par Gonzalve, ce qui fait que Brantôme,
redevenant Français un instant, après avoir passé, il y a trois cents
ans, le Liris, au même endroit où nous venons de le passer nous-mêmes,
s'écrie:
«Hélas! j'ai veu ces lieux là dernier, et mesme le Gariglian, et
c'estait male tard, à soleil couchant, que les ombres et les masnes
commencent à se paroistre comme fantosmes, plustôt qu'aux autres
heures du jour, où il me sembloit que les asmes généreuses de ces
braves François là morts s'eslevoient sur la terre et me parloient,
et quasi me répondoient sur les plaintes que je leur faisois de leur
combat et de leur mort.»
Nous touchions à la voie Appienne, là plus belle des voies antiques,
celle sur laquelle les Romains qui avaient quelque prescience de
l'endroit où ils mourraient, ordonnaient de placer leurs tombeaux.
Elle existait du temps de la république. César, Auguste, Vespasien,
Domitien, Nerva, Trajan et Théodoric la réparèrent successivement.
Arrivés où nous nous trouvions, elle s'élançait vers Bénévent, et s'en
allait mourir à Brindes: ce fut cette route qu'Horace suivit dans son
poétique voyage.
Nous traversions les souvenirs antiques, marchant en plein sur
l'histoire et sur la fable, coudoyant à chaque pas Tacite et
Horace. Notre postillon (un postillon romain ou napolitain pourrait
parfaitement être reçu, soit dit en passant, à l'Académie des
inscriptions et belles-lettres) nous apprit que quelques ruines, sur
lesquelles nous allions sautillant de décombres en décombres, étaient
l'ancienne Minturnes.
--Ainsi, les marais que l'on aperçoit d'ici? demandai-je en étendant
le bras dans la direction de la route de San-Germano.
--Sont ceux où se cacha Marius, répondit mon postillon.
Je lui donnai deux pauli.
C'est au même endroit à peu près où Marius se cacha, que Cicéron fut
tué et Conradin trahi.
Nous avons raconté ailleurs comment l'orateur antique et le jeune
héros du moyen-âge étaient morts.
Nous allâmes dîner à Mola; on nous conduisit dans une grande salle
dont toutes les fenêtres étaient fermées pour maintenir la fraîcheur
de l'air; puis tout à coup, comme étendus dans de bonnes chaises
nous nous éventions avec nos mouchoirs, le garçon ouvrit une de ces
fenêtres.
Il est impossible d'exprimer la magie du paysage que cette espèce de
lanterne magique venait de dévoiler à nos yeux. Nous plongions sur ce
golfe si calme qu'il semblait un miroir d'azur, et de l'autre côté,
s'avançant jusqu'à l'extrémité du promontoire, nous apercevions Gaëte,
Gaëte, célèbre par ses vergers d'orangers, ses deux siéges soutenus,
l'un en 1501, l'autre en 1806, et surtout par ses femmes blondes.
C'est une fille de Gaëte qui servit de modèle au Tasse pour le
portrait d'Armide.
Pardon, nous oublions encore une des célébrités de Gaëte. C'est sur
son rivage que Scipion et Lélius s'amusaient à faire des ricochets,
comme plus tard Auguste s'amusait à jouer aux noix avec les petits
polissons de Rome.
Après le dîner, nous allâmes faire une promenade jusqu'à Castellone de
Gaëte, l'ancienne Formies, dont une portion des murs, plus une porte,
existent encore. C'est entre ces deux bourgs qu'était située une des
villas de Cicéron; c'est de cette villa qu'il fuyait, caché dans sa
litière, lorsqu'il fut rejoint par le tribun Popilius, dont il avait
été l'avocat, qui lui coupa la tête et les mains, en manière de
reconnaissance; il est probable que si Popilius a eu pendant le reste
de sa vie quelque autre procès, le tribunal aura été forcé de lui
nommer un défenseur d'office.
L'emplacement où était, selon toutes les probabilités, située cette
villa, fait partie aujourd'hui de la propriété du prince de Caposele.
Une autre tradition veut qu'une source qui coule dans la même
propriété soit la fameuse fontaine Artacia, près de laquelle Ulysse
rencontra la fille d'Antiphate, roi des Lestrigons, laquelle allait,
comme une simple mortelle, y puiser une cruche d'eau.
La voiture nous suivait par derrière; nous n'eûmes donc qu'à nous y
réinstaller, lorsque nous eûmes vu tout ce que nous voulions voir, et
nous repartîmes; une demi-heure après nous étions à Ytry, patrie
du fameux Fra Diavolo, si célèbre en Campanie, et surtout à
l'Opéra-Comique.
Fra Diavolo était un brave homme de curé, disant son bréviaire comme
un autre, confessant tant bien que mal les voleurs des environs, qui
venaient lui conter leurs petites peccadilles, et dont il se faisait
des amis en ne les abîmant pas trop de pénitences, lorsqu'un beau
matin, quand il fut question de nommer Joseph Napoléon roi de Naples,
l'envie lui prit de s'opposer à cette nomination. En conséquence, sans
changer de costume, il passa une paire de pistolets à sa ceinture,
pendit un sabre par dessus sa soutane, prit une carabine qu'il avait
trouvée dans le presbytère et qui lui venait de son prédécesseur, et,
faisant appel à ses ouailles, au nombre desquelles, comme nous l'avons
dit, était bon nombre de brigands, il se mit en campagne, gardant
les défilés de Fondi, et égorgeant tous les Français isolés qui y
passaient. Ces exploits firent bientôt si grand bruit, que l'écho
en alla retentir à Palerme, où étaient à cette époque Ferdinand et
Caroline; leurs augustes majestés invitèrent alors Fra Diavolo à
les aller voir, et, comme il se hâta de se rendre à cette gracieuse
invitation, elles lui conférèrent le grade de capitaine. Fra Diavolo
revint à Ytry investi de cette nouvelle dignité; mais cette nouvelle
dignité ne lui porta point bonheur. Masséna, après avoir pris Gaëte,
ordonna une battue générale dans les environs: Fra Diavolo fut
pris avec deux cents hommes de sa bande à peu près; ses deux cents
compagnons furent incontinent pendus aux arbres de la route. Mais
comme les Napolitains niaient que Fra Diavolo qui, selon leur opinion,
à eux, opinion que justifie le nom qu'ils lui avaient donné de frère
Diable, avait mille ressources de magie à son service; comme les
Napolitains, dis-je, niaient que Fra Diavolo eût été assez imprudent
pour se laisser prendre, on conduisit l'ex-curé à Naples, on le
promena pendant trois jours dans les rues de la capitale, après quoi
on lui trancha la tête sur la place du Marché-Neuf.
Tout cela ne fit point que, pendant tout le règne de Joseph et de
Murat, les esprits forts ne niassent la mort de Fra Diavolo.
Qu'une illustration moderne ne nous fasse point perdre de vue un
souvenir antique. Ytry est l'ancienne _Urbs Mamurrarum_ d'Horace;
c'est là que Muréna lui prêta sa maison et Capiton sa cuisine:
Muraena praebente domum, Capitone culinam.
Nous nous arrêtâmes à Ytri. Je me rappelais la nuit qu'à mon premier
voyage j'avais passée à Terracine, nuit terrible parmi les terribles
nuits que j'ai subies en Italie. Je me rappelais ces malheureux lits
recouverts de serge verte, dans lesquels nous nous étions tournés et
retournés six heures, sans pouvoir arriver à fermer l'oeil une seule
minute. Il est vrai que, l'esprit exalté par la menace éternelle d'un
seul et même danger, j'avais, à force de chercher, trouvé un costume
de nuit qui me mettait à peu près à l'abri des puces: c'était un
pantalon à pied aux coutures serrées et pressant la taille, une
chemise qui s'ouvrait juste pour laisser passer la tête, et qui se
refermait hermétiquement au col, enfin, des gants sur lesquels se
boutonnaient mes manchettes: moyennant cette précaution, le visage
seul restait exposé, et j'ai remarqué que la puce, comme le lion,
respecte le visage de l'homme. Restait, il est vrai, la punaise qui ne
respecte rien; mais, au lieu de deux races ennemies, ce n'était plus
qu'une seule à combattre.
Encore une fois, défiez-vous, non pas des fièvres des marais Pontins
que tout le monde vous signale, mais de leurs puces et de leurs
punaises dont personne ne parle.
Le lendemain matin, nous nous abordâmes, Jadin et moi, en disant que
nous aurions aussi bien fait de coucher à Terracine.
A l'une des descentes de la route de Fondi, notre postillon s'arrêta
et nous raconta que nous étions juste à l'endroit où le _fameux poète
français Esménard_ s'était tué en tombant de voiture.
En général, les Italiens ne nous abîment pas de louanges; on peut
même dire que, dans leur étroit patriotisme, patriotisme de clocher,
dernier reste de l'orgueil des petites républiques, ils sont presque
toujours injustes pour les autres nations; mais comme toute curiosité
vaut une rétribution quelconque, et que cette rétribution est variable
selon le plus ou le moins d'intérêt que présente la susdite curiosité,
notre postillon avait pensé que la curiosité et par conséquent la
rétribution seraient plus grandes, s'il faisait d'Esménard un poète de
premier ordre.
La ville de Fondi, que saint Thomas choisit pour y établir une classe,
et dans laquelle il fit ce miracle d'horticulture, de planter par
la tête un oranger qui prit racine et qu'on montre encore, est
aujourd'hui un pauvre et bien misérable bourg. Le fameux corsaire
Barberousse, qu'il ne faut pas confondre avec l'empereur Barberousse,
le souverain des légendes rhénanes, furieux de n'avoir pu enlever la
belle Julie Gonzaga, veuve de Vespasien Colonne et comtesse de Fondi,
dont il comptait faire cadeau à Soliman II, brûla la ville. Depuis ce
temps-là la pauvre cité n'a pu se remettre de cet accident, et la main
de feu du terrible pirate est encore empreinte sur la ville moderne.
Deux heures après nous étions à Terracine.
Terracine est bien encore, en venant de Naples surtout, l'éclatante
Axur dont parle Horace:
Impositum saxis latè candentibus Anxur,
avec son gigantesque rocher qui fut sa base de toutes les époques, et
les restes de son palais de Théodoric, qui ne la couronne que depuis
le cinquième siècle seulement. Comme il n'était que midi, et que
j'avais quelques recherches à faire à Terracine, nous nous arrêtâmes à
l'auberge où nous nous étions arrêtés en venant, la seule au reste qui
soit, je crois, dans toute la ville.
Dix minutes après notre arrivée, nous étions déjà en route, Jadin
pour gravir la montagne couverte de ses ruines gothiques, et moi pour
courir au bord de la mer, où l'on retrouve encore des vestiges du
port, qui, selon toute probabilité, remonte au temps de la république.
En revenant, j'entrai dans la cathédrale. Quelques belles colonnes
de marbre blanc qui viennent d'un temple d'Apollon la rendent assez
remarquable.
En entrant à l'hôtel, j'avais demandé s'il n'existait pas quelque
histoire de Mastrilla. On n'a peut-être pas oublié le nom de ce fameux
bandit, que Padre Rocco appela si heureusement à son secours, à propos
de l'éclairage de Naples, et de cette fameuse histoire de saint Joseph
que l'on nous a tant reprochée.
L'histoire de Mastrilla se trouvait renfermée dans une espèce
de complainte à peu près intraduisible, que l'on me procura à
grand'peine, mais dont à la honte de mon imagination, je l'avoue, je
ne pus rien tirer.
Alors force me fut de me borner aux traditions orales, et de me mettre
en quête des rapsodes, qui pouvaient, fragment par fragment, me
raconter l'Iliade de cet autre Achille.
Les rapsodes me tinrent jusqu'à sept heures du soir à me conter des
rapsodies qui n'étaient que les différens couplets de la complainte,
séparés au lieu d'être réunis.
Nous avions passé notre journée à la recherche de l'insaisissable
Mastrilla. La journée était perdue, ce qui n'était pas un grand
malheur; mais ce qui compliquait notre situation, c'est qu'il fallait
ou passer la nuit à Terracine, et l'on sait quelle terreur nous
inspirait cette station, ou traverser les marais Pontins pendant
l'obscurité. En restant à Terracine, nous étions sûrs d'être dévorés
par les puces et par les punaises; en traversant les marais Pontins,
nous risquions d'être dévalisés par les voleurs. Nous balançâmes un
instant, puis nous nous décidâmes à traverser les marais Pontins.
Nous fîmes mettre les chevaux, à huit heures du soir; il faisait un
clair de lune magnifique: nous chargeâmes nos fusils, nous montâmes,
Jadin et moi, sur le siége de la voiture, et nous partîmes d'un assez
bon train.
Les marais Pontins commencent en sortant de Terracine, et presque
aussitôt le pays prend un caractère de tristesse particulière, que ne
contribuent pas peu, sans doute, à lui donner, aux yeux des voyageurs,
la crainte de la fièvre, qu'on y rencontre certainement, et celle des
voleurs, qui vous y attendent peut-être. La route, tracée au
beau travers du pays, s'étend par une ligne parfaitement droite,
qu'accompagne de chaque côté un canal destiné à l'écoulement des eaux.
Malheureusement, à ce qu'on assure, ces eaux, se trouvant au dessous
du niveau de la mer, ne peuvent s'écouler dans la Méditerranée. Au
delà du canal est un terrain mouvant et planté de grands roseaux.
Cette vaste solitude, où Pline comptait autrefois jusqu'à vingt-trois
villes, n'offre pas aujourd'hui, à part les relais de poste, une seule
habitation. Comme dans les Maremmes toscanes, une fièvre dévorante
tuerait, en moins d'une année, l'imprudent qui oserait s'y fixer. Les
voleurs qui l'exploitent ne font eux-mêmes qu'y passer, et, aussitôt
leurs expéditions finies, ils se retirent dans les montagnes de
Piperno, leur véritable domicile.
A mesure que nous avancions, le pays prenait un caractère de plus en
plus mélancolique; et comme si nos chevaux et notre postillon eussent
partagé l'inquiétude que sa mauvaise réputation pouvait inspirer, ils
redoublaient, les uns de vitesse, l'autre de coups.
Après une heure et demie à peu près, nous aperçûmes à notre droite un
grand feu qui jetait une lueur d'incendie à cent pas autour de lui;
ce ne pouvaient être des voleurs, car, par cette imprudence, ils se
fussent dénoncés eux-mêmes: nous demandâmes à notre postillon ce que
c'était que ce feu; il nous répondit que c'était le relais de poste.
En effet, à mesure que nous avancions, nous apercevions à la lueur
de la flamme une espèce de masure, et adossés aux murailles de cette
masure, éclairés par le reflet du foyer, cinq ou six hommes immobiles
et enveloppés de leurs manteaux. A notre approche et au bruit du
fouet de notre postillon, deux se détachèrent du groupe, et montant
eux-mêmes à cheval, ils prirent en main une espèce de lance et
disparurent. Les autres continuèrent à se chauffer.
Arrivé en face du hangar, notre postillon s'arrêta, et, à peine
arrêté, détela ses chevaux, demanda le prix de sa course, ainsi que la
bonne main qui en était l'accompagnement obligé, et, sautant sur un
de ses deux chevaux aussitôt qu'il les eut reçus, il tourna bride et
repartit au galop. Au reste, ses chevaux étaient si bien habitués à ce
retour précipité qu'il n'eut pas même besoin d'employer le fouet comme
il avait fait en venant: on eût dit que ces animaux, partageant les
inquiétudes de l'homme, avaient hâte de fuir ces contrées méphitiques
et cet air pestilentiel.
Cependant nous étions restés au milieu de la route avec notre voiture
dételée; et comme nous ne voyions s'avancer aucun quadrupède, comme
pas un seul de ces bipèdes grelottans et accroupis autour du feu ne
bougeait de sa place, je me décidai, voyant qu'ils ne venaient pas
à moi, à aller à eux. En conséquence, je descendis de mon siége, je
jetai mon fusil en bandouillère sur mon épaule et je m'avançai vers la
masure.
Ils me laissèrent approcher sans faire un mouvement.
En m'approchant je les regardais: ce n'étaient pas des hommes,
c'étaient des spectres.
Ces malheureux, avec leur teint hâve, leurs membres frissonnans, leurs
dents qui se choquaient, étaient hideux à voir; le mieux portant des
quatre eût pu poser pour une effrayante statue de la Fièvre.
Je les considérai un instant, oubliant pourquoi je m'étais approché
d'eux; puis, par un retour égoïste sur moi-même, je pensai que j'étais
moi-même au milieu de ces marais dont les émanations les avaient faits
tels qu'ils étaient.
--Et les chevaux? demandai-je.
--Écoutez, me répondit l'un d'eux, les voilà.
En effet, on entendait un piétinement qui allait se rapprochant, puis
un hennissement sauvage, puis, mêlés à ce bruit confus, des juremens
et des blasphèmes.
Bientôt les hommes qui s'étaient éloignés avec des lances reparurent
chassant devant eux une douzaine de petits chevaux, ardens, sauvages,
fougueux, et qui semblaient souffler la flamme par les naseaux.
Aussitôt les quatre fiévreux se levèrent, se jetèrent au milieu du
troupeau étrange, saisirent chacun un cheval par la longe qu'il
traînait, lui passèrent, malgré sa résistance, un misérable harnais,
et, tout en me criant: «Remontez, remontez,» poussèrent l'attelage
récalcitrant vers la voiture.
Je compris qu'il n'y avait pas d'observations à faire, et que dans les
marais Pontins cela devait se passer ainsi. Je remontai donc vivement
sur mon siége et je repris ma place près de Jadin.
--Ah ça! me dit Jadin, où allons-nous? Au sabbat?
--Cela m'en a tout l'air, répondis-je. En tout cas, c'est curieux.
--Oui, c'est curieux, dit-il, mais ce n'est point rassurant.
En effet, il se passait une terrible lutte entre les hommes et les
chevaux: les chevaux hennissaient, ruaient, mordaient; les hommes
criaient, frappaient, blasphémaient; les chevaux essayaient, par des
écarts qui ébranlaient la voiture, de casser les cordes qui leur
servaient de traits; les hommes resserraient les noeuds de ces cordes,
tout en posant sur le dos de deux de ces démons des espèces de
selles. Enfin, quand les selles furent posées, tandis que deux hommes
maintenaient les chevaux de devant, deux autres sautèrent sur les
chevaux sellés, puis ils crièrent: Laissez aller! puis nous nous
sentîmes emportés comme par un attelage fantastique, tandis que de
chaque côté de la route les deux hommes à cheval nous suivaient,
criant un fouet à la main, et joignant les gestes aux cris pour
maintenir nos coursiers dans le milieu de la route, dont ils voulaient
s'écarter sans cesse, et les empêcher d'aller s'abîmer avec notre
voiture dans un des canaux qui bordaient chaque côté du chemin.
Cela dura dix minutes ainsi; puis, ces dix minutes écoulées, comme nos
chevaux étaient lancés, nos escorteurs nous abandonnèrent, et, sortis
un instant, par une crise, de leur apathie, s'en retournèrent attendre
d'autres voyageurs, en tremblant la fièvre devant leur feu.
Quand nous pûmes un peu respirer, nous regardâmes autour de nous: nous
traversions de grands roseaux tout peuplés de buffles qui, réveillés
par le bruit que nous faisions, écartaient bruyamment ces joncs
gigantesques pour nous regarder passer; puis, effrayés à notre
approche, se reculaient en soufflant bruyamment. De temps en temps de
grands oiseaux de marais, comme des hérons ou des butors, se levaient
en jetant un cri de terreur, et s'éloignaient rapidement, traçant
une ligne droite, et se perdant dans l'obscurité; enfin, de temps
en temps, des animaux, dont je ne pouvais reconnaître la forme,
traversaient la route, parfois isolés, parfois par bandes. J'appris au
relais que c'étaient des sangliers.
Nous arrivâmes ainsi en moins d'une heure et demie au second relais.
Là la même scène se renouvela: même feu, hommes semblables, pareils
chevaux; après une demi-heure d'attente, nous repartîmes comme
emportés par un tourbillon.
Nous fîmes trois relais de la même manière; puis au bout du quatrième
nous aperçûmes une ville: c'était Velletri.
Les fameux marais Pontins étaient traversés, et cette fois encore sans
rencontrer de voleurs: décidément les voleurs étaient passés pour nous
à l'état de mythes.
Sans nous consulter, nos postillons s'arrêtèrent à la porte d'une
auberge, au lieu de s'arrêter à la porte de la poste. Comme la susdite
locanda ne paraissait pas trop misérable, je ne leur en voulus pas de
la méprise; nous descendîmes, et nous demandâmes deux chambres pour le
soir, et un bon déjeûner, s'il était possible, pour le lendemain.
Trois choses nous faisaient prendre en patience notre station à
Velletri. Je méditais pour le lendemain une excursion à Cori,
l'ancienne Cora, et à Monte-Circello, l'ex-cap de Circé; tandis que
Jadin, attiré par un autre but, m'avait déjà déclaré qu'il demeurerait
sur place pour faire quelque portrait de femme; on sait que les femmes
de Velletri passent pour les plus belles femmes[1].
[1] Velletri, c'est l'Arles de l'Italie. Raphaël, passant un jour à
Velletri, vit une mère qui tenait un enfant dans ses bras: la
beauté de la mère et de l'enfant exalta le peintre à un tel point,
qu'il les pria de ne pas bouger, et qu'à défaut de papier et de
crayon il prit un morceau de craie et traça sur le fond d'un
tonneau l'esquisse de la Madone à la Seggiola.
De là, la forme circulaire de cet admirable tableau, un des
chefs-d'oeuvre du palais Pitti à Florence.
Velletri est la patrie, non pas d'Auguste, mais de ses ancêtres; son
père y était banquier (lisez usurier): les banquiers romains prêtaient
à 20 pour 100; c'est à 20 pour 100 que César avait fait pour
cinquante-deux millions de dettes. Elle n'offre de remarquable, comme
monument, que le bel escalier de marbre de l'ancien palais Lancelloti,
bâti par Lunghi-le-Vieux.
Cori, plus heureuse que sa voisine, possède encore deux temples,
élevés l'un à Castor et Pollux, l'autre à Hercule; du premier il
ne reste que les colonnes et l'inscription qui atteste qu'il était
consacré aux fils de Jupiter et de Léda; le second, élevé sous Claude,
est parfaitement conservé, et on le regarde, merveilleusement posé
qu'il est d'ailleurs sur une base de granit entièrement isolée, comme
un des plus complets modèles de l'ordre dorique grec.
Quand à Monte-Circello, c'est, comme l'indique son nom, l'antique
résidence de la fille du Soleil. Ce fut sur cette montagne, jadis
baignée par la mer et qu'on appelait, comme nous l'avons dit, le cap
Circé, que parvint Ulysse, lorsqu'après avoir échappé au cyclope
Polyphême et au Lestrigon Antiphate, il aborda sur une terre inconnue,
et, montant sur un cap élevé, ne vit devant lui _qu'une île et une mer
sans fin: l'île était perdue au milieu des flots; puis à travers
les buissons et les forêts sortaient de la terre des tourbillons de
fumée_.
Je suis monté sur le cap, j'ai cherché l'île volcanique et je n'ai
rien aperçu; mais peut-être aussi ai-je moins bonne vue qu'Ulysse.
Mais ce que j'ai découvert, par exemple, ce sont d'immenses troupeaux
de porcs, bien autrement nobles que les cochons de M. de Rohan,
puisque, selon toute probabilité, ils descendent de ces imprudens
compagnons d'Ulysse, qui, attirés par le bruit de la navette et par
l'harmonie des instrumens, entrèrent dans le palais de la fille du
Soleil malgré les conseils d'Euriloque, qui revint seul aux vaisseaux
pour annoncer à leur chef la disparition de ses vingt soldats.
Or, comme je disais, y a-t-il beaucoup de noblesse qui puisse le
disputer à celle des cochons de Monte-Circello, dont les ancêtres ont
été chantés par Homère?
Dans la montagne est encore une grotte, appelée _Grotta della Maga_,
ou grotte de la Magicienne: c'est le seul souvenir que Circé ait
laissé dans le pays. Quant à son splendide palais de marbre, il est
bien entendu qu'il n'en reste pas plus de trace que de celui d'Armide.
Nous revînmes assez tard à Velletri; et, comme rien ne nous pressait,
que nous n'avions pas été trop mécontens de l'auberge, nous résolûmes
d'y passer la soirée. Jadin y était resté dans l'intention de faire un
portrait de femme, il avait fait deux paysages. L'homme propose, Dieu
dispose.
Le lendemain, nous nous remîmes en route vers les neuf heures du
matin, nous arrêtant un instant à Genzano pour boire de son vin, qui a
une certaine réputation, un instant à l'Arriccia pour voir le palais
Chigi et l'église de la ville, deux des ouvrages les plus remarquables
du Bernin.
Enfin, à deux heures, nous arrivâmes à Albano. C'est à Albano que les
riches Romains qui craignent le mal'aria vont passer l'été; à partir
de la porte de Rome, en effet, la route monte jusqu'à Albano; et,
comme on le sait, hôte des plaines et des marais, la fièvre n'atteint
jamais une certaine hauteur.
Dix ciceroni nous attendaient à la descente de notre voiture pour nous
faire voir de force le tombeau d'Ascagne et celui des Horaces et des
Curiaces. Nous ne donnerons pas aux savans italiens le plaisir de nous
voir nous enferrer dans une discussion archéologique à l'endroit de
ces deux monumens. Nous avons dit tout ce que nous avions à dire
là-dessus à propos de la grande mosaïque de Pompeïa, à qui Dieu fasse
paix.
En sortant d'Albano, on aperçoit Rome à quatre lieues de distance; ces
quatre lieues se font vite, le chemin, comme nous l'avons dit, allant
toujours en descendant. Aussi, une heure après notre départ d'Albano,
nous entrions dans la ville éternelle, que nous avions quittée quatre
mois auparavant.