XXII

Le Miracle.

Nous nous trouvions fort heureusement à Naples lors du retour de cette

époque solennelle.

Huit jours auparavant, on commença à sentir la ville s'agiter,

comme c'est l'habitude à l'approche de quelque grand événement: les

lazzaroni criaient plus haut et gesticulaient plus fort; les cochers

devenaient insolens, et faisaient leurs conditions au lieu de les

recevoir; enfin, les hôtels s'emplissaient d'étrangers, qu'amenaient

de Rome les diligences, ou qu'apportaient de Civita-Vecchia et de

Palerme les bateaux à vapeur.

Il y avait aussi recrudescence de carillons; tout à coup une cloche se

mettait à sonner hors de son heure: on courait à l'église d'où partait

ce bruit pour s'informer des motifs de ce concert inattendu; le

lazzarone, qui s'ébattait en pendillant au bout de sa corde, vous

répondait tout bonnement que la cloche sonnait parce qu'elle était

joyeuse.

Le Vésuve, de son côté, lançait une fumée plus noire le jour et plus

rouge la nuit; le soir, à la base de cette colonne de vapeur qui

montait en tournoyant, et qui s'épanouissait dans le ciel comme la

cime d'un pin gigantesque, on voyait surgir des langues de flamme

pareilles aux dards d'un serpent. Tout le monde parlait d'une éruption

prochaine; et, à force de l'entendre annoncer comme inévitable, nous

avions fini par compter dessus, et la classer à son endroit dans le

programme de la fête.

La surveille, toutes les populations voisines commencèrent à déborder

dans la ville: c'étaient les pêcheurs de Sorrente, de Resina, de

Castellamare et de Capri, dans leurs plus beaux costumes; c'étaient

les femmes d'Ischia, de Nettuno, de Procida et d'Averse, dans leurs

plus riches atours. Au milieu de toute cette foule diaprée, joyeuse,

dorée, bruyante, passait de temps en temps une vieille femme, aux

cheveux gris épars comme ceux de la sibylle de Cumes, criant plus

haut, gesticulant plus fort que tout le monde, fendant la presse sans

s'inquiéter des coups qu'elle donnait; entourée au reste par tout son

chemin de respect et de vénération: c'était une des nourrices ou des

parentes de saint Janvier: toutes les vieilles femmes, de Sainte-Lucie

à Mergellina, sont parentes de saint Janvier et descendent de celle

que l'aveugle guéri rencontra dans le cirque de Pouzzoles, recueillant

dans une fiole le sang du saint.

Toute la nuit les cloches sonnèrent à folles volées: on eût dit qu'un

tremblement de terre les mettait en branle, tant elles carillonnaient,

isolées les unes des autres et dans une indépendance tout

individuelle.

La veille du miracle, nous fûmes réveillés à dix heures du matin

par une rumeur effroyable. Nous mîmes le nez à la fenêtre, les rues

semblaient des canaux roulant à pleins bords la population de Naples

et des environs; toute cette foule se rendait à l'archevêché pour

prendre sa place à la procession. Cette procession va de la chapelle

au Trésor, domicile habituel de saint Janvier, à la cathédrale de

Sainte-Claire, métropole des rois de Naples; et dans laquelle le saint

doit accomplir son miracle.

Nous suivîmes la foule, et nous allâmes gagner la maison de Duprez,

qui demeurait justement sur le passage de la procession, et qui nous

avait offert place à ses fenêtres.

Nous mîmes plus d'une heure à faire cinq cents pas.

Par bonheur, la procession, qui part de l'archevêché avant le jour,

n'arrive à la cathédrale qu'à la nuit fermée: il lui faut d'ordinaire

quatorze ou quinze heures pour accomplir un trajet d'un kilomètre à

peu près.

Elle se compose, comme nous l'avons dit, non seulement de la ville

tout entière, mais encore des populations environnantes, divisées

par castes et confréries. La noblesse doit marcher la première,

puis viennent les corporations. Malheureusement, grâce au caractère

parfaitement indépendant de la nation napolitaine, personne ne garde

ses rangs; j'étais depuis une heure à la fenêtre, demandant quand

viendrait la procession à tous mes voisins, qui, étrangers comme moi,

se faisaient les uns aux autres la même question, lorsqu'un Napolitain

survint et nous dit que cette foule plus ou moins endimanchée, ces

ouvriers poudrés à blanc, habillés de noir, de vert, de rouge, de

jaune et de gorge de pigeon, avec leurs culottes courtes de mille

couleurs, leurs bas chinés, escarpins à boucles, marchant par groupes

de quinze ou vingt, s'arrêtant pour causer avec leurs connaissances,

faisant halte pour boire à la porte des cabarets, criant pour qu'on

leur apportât des tranches de cocomero et des verres de sambuco,

étaient la procession elle-même.

Ce fut un trait de lumière: je regardai plus attentivement, et je vis

en effet une double ligne de soldats placée sur toute la longueur de

la rue, portant au bras le fusil orné d'un bouquet, et destinée comme

une digue à resserrer le torrent dans son lit; mission dont, malgré

toute sa bonne volonté et la rigueur de la consigne, elle ne pouvait

parvenir à s'acquitter.

La procession, que je reconnaissais maintenant pour telle, s'en allait

vagabonde et indépendante, comme la Durance, battant de ses flots les

maisons, et de préférence la porte des cabarets; s'arrêtant tout à

coup sans qu'il y eût une cause visible à cette station; se remettant

en marche sans qu'on pût deviner le motif qui lui rendait le

mouvement; pareille, enfin, à ces fleuves aux cours contraires, dont

il est, grâce à leur double remou, presque impossible de distinguer la

véritable direction.

Au milieu de tout cela, on voyait de temps en temps briller le riche

uniforme d'un officier napolitain, marchant nonchalamment, un cierge

renversé à la main, et escorté de quatre ou cinq lazzaroni, se

heurtant, se culbutant, se renversant, pour recueillir dans un cornet

de papier gris la cire tombant de son cierge; tandis que l'officier,

la tête haute, sans s'occuper de ce qui se passait à ses pieds,

faisait largesse de sa cire, lorgnait les dames amassées aux fenêtres

et sur les balcons, lesquelles, tout en ayant l'air de jeter des

fleurs sur le chemin de la procession, lui envoyaient leurs bouquets

en échange de ses clins d'oeil.

Puis venaient, précédés de la croix et de la bannière, mêlés au

peuple, dont le flot les enveloppait sans cesse en les isolant les

uns des autres, des moines de tous les ordres et de toutes couleurs:

capucins, chartreux, dominicains, camaldules, carmes chaussés et

déchaussés; les uns au corps gras, gros, rond, court, avec une tête

enluminée posée carrément sur de larges épaules: ceux-là s'en

allaient causant, chantant, offrant du tabac aux maris, donnant des

consultations aux femmes enceintes, et regardant, peut-être un peu

plus charnellement que ne le permettait la règle de leur ordre, les

jeunes filles groupées sur les bornes ou appuyées sur l'épaule des

soldats pour les voir passer; les autres, maigris par le jeûne, pâlis

par l'abstinence, affaiblis par les austérités, levant au ciel leur

front jaune, leurs joues livides et leurs yeux caves; marchant sans

voir où le flot humain les emportait; fantômes vivans, qui s'étaient

fait un enfer de ce monde, dans l'espoir que cet enfer les conduirait

droit au paradis, et qui recueillaient en ce moment le fruit de leurs

douleurs claustrales, par le respect craintif et religieux dont

ils étaient environnés. C'était l'endroit et l'envers de la vie

monastique.

De temps en temps, lorsque les stations étaient trop longues, ou

lorsque le désordre était trop grand, le ceremoniere lâchait sur les

traînards ses estafiers armés d'une longue baguette d'ébène, comme

fait le berger en envoyant ses chiens après les moutons récalcitrans;

alors, cédant à cette mesure de répression, les buveurs, les causeurs

et les priseurs finissaient par reprendre tant bien que mal un rang

quelconque, et la procession faisait quelques pas en avant.

Cependant, comme on le comprend bien, cette procession qui n'avait pas

encore de queue avait une tête; vers les onze heures du matin cette

tête arrivait à la cathédrale, entrait par la porte du milieu, et

commençait à déposer ses bouquets et ses cierges devant l'autel où

était exposé le buste de saint Janvier; puis, ressortant par les

portes latérales, chacun s'en allait à sa besogne: les moines à leurs

dîners, les officiers à leurs amours, les corporations à leur sieste,

les lazzaroni à de nouveaux cierges.

Et ainsi de suite, au fur et à mesure que les masses se succédaient.

Les masses se succédèrent ainsi jusqu'à six heures du soir; à six

heures du soir, la procession commença à prendre une forme un peu plus

régulière.

D'abord nous vîmes paraître, précédée par des bouffées d'harmonie qui,

entre toutes les rumeurs populaires, étaient déjà venues jusqu'à nous,

la musique des gardes royales, exécutant les airs les plus à la mode

de Rossini, de Mercadante et de Donizetti; ensuite les séminaristes en

surplis, et marchant deux à deux dans le plus grand ordre; puis enfin

les soixante-quinze statues d'argent des patrons secondaires de la

ville de Naples, lesquels, comme nous l'avons dit, forment la cour de

saint Janvier.

A l'approche des ces statues, un autre spectacle nous attendait; on

nous l'avait réservé pour le dernier, sans doute parce qu'il était le

plus curieux.

Comme nous l'avons dit, les saints qui composent le cortége de saint

Janvier ne sont pas choisis dans l'aristocratie du calendrier, mais,

au contraire, parmi les parvenus de la finance: il en résulte qu'il y

a sur les élus de la Chaussée-d'Antin napolitaine bien des choses à

dire et même des cancans de faits; et comme le peuple, ainsi que nous

l'avons dit, met saint Janvier au dessus de toute chose, et ne

voit rien, ni avant, ni après lui, ces saints, subordonnés à leur

bienheureux patron, sont, à mesure qu'ils paraissent, exposés aux

quolibets les plus piquans et les plus réitérés; ce qui ne serait pas

encore trop grand'chose pour les saints; mais ce qui devient grave

pour eux, c'est qu'il n'y a pas une peccadille de la vie publique ou

privée ces malheureux élus qui échappe à la censure des spectateurs.

On reproche à saint Paul son idolâtrie, à saint Pierre ses trahisons,

à saint Augustin ses fredaines, à sainte Thérèse son extase, à saint

François Borgia ses principes, à saint Antoine son usurpation, à saint

Gaëtan son insouciance; et cela, en des termes, avec des cris, avec

des vociférations, avec des gestes qui font le plus grand honneur au

bon caractère des saints, et qui prouvent qu'à la tête des vertus qui

leur ont ouvert le paradis marchaient la patience et l'humilité.

Chacune de ces statues s'avançait, portée sur les épaules de six

fachini et précédée par six prêtres, et chacune d'elles soulevait tout

le long de sa route le hourra toujours prolongé et toujours croissant

que nous avons dit.

Puis, ainsi apostrophées, les statues arrivent enfin à l'église

Sainte-Claire, font humblement la révérence à saint Janvier, qui est

exposé sur le côté droit de l'autel, et se retirent.

Après les saints vient l'archevêque, porté dans une riche litière et

tenant en main les fioles du sang miraculeux.

L'archevêque dépose ses fioles dans le tabernacle, puis tout est fini

pour ce jour-là.

Chacun s'en retourne à ses amours, à ses plaisirs ou à ses affaires;

les cloches seules n'ont point de repos et continuent de sonner arec

une allégresse qui ressemble au désespoir.

Ce branle universel et continuel dura toute la nuit.

A sept heures du matin nous nous levâmes; Naples se précipitait vers

l'église Sainte-Claire: il ne s'agissait, cette fois, ni de demander

les chevaux ni d'appeler sa voiture; la circulation de tout véhicule

était interdite. Nous descendîmes nos deux étages, nous nous arrêtâmes

un instant sur la porte, puis nous nous abandonnâmes à la foule et

nous laissâmes emporter par le tourbillon.

Le torrent nous mena droit à l'église de Sainte-Claire. Le vaste

édifice était encombré; mais, grâce à l'ambassade française, nous

avions eu des billets réservés. A la vue de nos _posti distinti_, les

sentinelles nous firent faire place et nous gagnâmes nos tribunes.

Voici le spectacle que présentait l'église:

Sur le maître-autel étaient: d'un côté, le buste de saint Janvier; de

l'autre, la fiole contenant le sang.

Un chanoine était de garde devant l'autel.

A droite et à gauche de l'autel, étaient deux tribunes;

La tribune de gauche, chargée de musiciens attendant, leurs instrumens

à la main, que le miracle se fît pour le célébrer;

La tribune de droite, encombrée de vieilles femmes s'intitulant

parentes de saint Janvier et se chargeant d'activer le miracle si par

hasard le miracle se faisait attendre.

Au bas des marches de l'autel s'étendait une grande balustrade où

venaient tour à tour s'agenouiller les fidèles; le chanoine alors

prenait la fiole, la leur faisait baiser, leur montrait le sang

parfaitement coagulé; puis les fidèles satisfaits se retiraient pour

faire place à d'autres, qui venaient baiser la fiole à leur tour,

constater de leur côté la coagulation du sang, puis se retiraient

encore cédant la place a leurs successeurs, et ainsi de suite.

Les mêmes peuvent revenir trois, quatre, cinq et six fois, tant qu'ils

veulent enfin; seulement ils ne peuvent pas rester deux fois de suite:

une fois la fiole baisée, une fois la coagulation du sang constatée,

il faut qu'ils se retirent.

Le reste de l'église forme une mer de têtes humaines, au dessus de

laquelle apparaissent comme des îles chargées de femmes, d'hommes, de

plumes, de crachats, de rubans, d'épaulettes et d'écharpes; la tribune

des princes, la tribune des ambassadeurs et la tribune _dei posti

distinti_.

Princes, ambassadeurs, _posti distinti_ peuvent descendre de leur

échafaudage, aller baiser la fiole, constater la coagulation du sang

et revenir à leur place: seulement, pendant ce trajet, ils risquent

d'être étouffés comme de simples mortels.

La première chose que nous fîmes fut de nous agenouiller à la

balustrade; le chanoine de garde nous présenta la fiole, que nous

baisâmes; puis il nous fit voir le sang desséché, qui se tenait collé

aux parois.

Nous revîmes prendre noire place: Jadin laissa dans le trajet un pan

de son habit, moi un mouchoir de poche.

Puis nous attendîmes.

Les foules se succédèrent ainsi depuis le moment de notre entrée,

c'est-à-dire depuis trois heures du matin, jusqu'à huit heures de

l'après-midi.

A trois heures de l'après-midi, des murmures commencèrent à se faire

entendre, et quelques malintentionnés répandaient le bruit que le

miracle ne se ferait pas.

Vers trois heures et demie, les murmures augmentèrent d'une façon

effrayante: cela commençait par une espèce de plainte, et cela montait

jusqu'aux rugissemens. Les parentes de saint Janvier jetèrent quelques

injures au saint qui se faisait ainsi prier.

A quatre heures, il y avait presque émeute: on trépignait, on

vociférait, on montrait des poings; le chanoine de garde (on avait

renouvelé les chanoines d'heure en heure) s'approcha de la balustrade

et dit:

--Il y a sans doute des hérétiques dans l'assemblée. Que les

hérétiques sortent, ou le miracle ne se fera pas.

A ces mots, une clameur épouvantable s'éleva de toutes les parties de

la cathédrale, hurlant:--Dehors les hérétiques! à bas les hérétiques!

à mort les hérétiques!

Une douzaine d'Anglais, qui étaient aux tribunes, descendirent

alors de leur échafaudage, au milieux des cris, des huées et des

vociférations de la foule; une escouade de fantassins, conduite par un

officier, l'épée nue à la main, les enveloppa, afin qu'ils ne fussent

pas mis en pièces par le peuple, et les accompagna hors de l'église,

où je ne sais pas ce qu'ils devinrent.

Leur expulsion amena un moment de silence, pendant lequel la foule,

émue et soulevée, reprit le mouvement qui la reportait vers l'autel

pour baiser la fiole, et s'éloignait de l'autel quand la fiole était

baisée.

Une heure à peu près s'écoula dans l'attente, et sans que le miracle

se fit. Pendant celle heure, la foule fut assez tranquille;

mais c'était le calme qui précède l'orage. Bientôt les rumeurs

recommencèrent, les grondemens se firent entendre de nouveau, quelques

clameurs sauvages et isolées éclatèrent. Enfin, cris tumultueux,

vociférations, grondemens, rumeurs, se fondirent dans un rugissement

universel dont rien ne peut donner une idée.

Le chanoine demanda une seconde fois s'il y avait des hérétiques

dans l'assemblée; mais cette fois personne ne répondit. Si quelque

malheureux Anglais, Russe ou Grec se fût dénoncé en répondant à cet

appel, il eût été certainement mis en morceaux, sans qu'aucune force

militaire, sans qu'aucune protection humaine eût pu le sauver.

Alors les parentes de saint Janvier se mêlèrent à la partie: c'était

quelque chose de hideux que ces vingt ou trente mégères arrachant leur

bonnet de rage, menaçant saint Janvier du poing, invectivant leur

parent de toute la force de leurs poumons, hurlant les injures les

plus grossières, vociférant les menaces les plus terribles, insultant

le saint sur son autel, comme une populace ivre eût pu faire d'un

parricide sur un échafaud.

Au milieu de ce sabbat infernal, tout à coup le prêtre éleva la fiole

en l'air, criant:--Gloire à saint Janvier, le miracle est fait!

Aussitôt tout changea.

Chacun se jeta la face contre terre. Aux injures, aux vociférations,

aux cris, aux clameurs, aux rugissemens, succédèrent les gémissemens,

les plaintes, les pleurs, les sanglots. Toute cette populace, folle

de joie, se roulait, se relevait, s'embrassait, criant:--Miracle!

miracle! et demandait pardon à saint Janvier, en agitant ses mouchoirs

trempés de larmes, des excès auxquels elle venait de se porter à son

endroit.

Au même instant, les musiciens commencèrent à jouer et les chantres

à chanter le _Te Deum_, tandis qu'un coup de canon tiré au fort

Saint-Elme, et dont le bruit vint retentir jusque dans l'église,

annonçait à la ville et au monde, _urbi et orbi_, que le miracle était

fait.

En effet, la foule se précipita vers l'autel, nous comme les autres.

Ainsi que la première fois, on nous donna la fiole à baiser; mais,

de parfaitement coagulé qu'il était d'abord, le sang était devenu

parfaitement liquide.

C'est, comme nous l'avons dit, dans cette liquéfaction que consiste le

miracle.

Et il y avait bien véritablement miracle, car c'était toujours la même

fiole; le prêtre ne l'avait touchée que pour la prendre sur l'autel et

la faire baiser aux assistans, et ceux qui venaient de la baiser ne

l'avaient pas un instant perdue de vue.

La liquéfaction s'était faite au moment où la fiole était posée

sur l'autel, et où le prêtre, à dix pas de la fiole à peu près,

apostrophait les parentes de saint Janvier.

Maintenant, que le doute dresse sa tête pour nier, que la science

élève sa voix pour contredire; voilà ce qui est, voilà ce qui se fait,

ce qui se fait sans mystère, sans supercherie, sans substitution, ce

qui se fait à la vue de tous. La philosophie du dix-huitième siècle et

la chimie moderne y ont perdu leur latin: Voltaire et Lavoisier ont

voulu mordre à cette fiole, et, comme le serpent de la fable, ils y

ont usé leurs dents.

Maintenant, est-ce un secret gardé par les chanoines du Trésor et

conservé de génération en génération depuis le quatrième siècle

jusqu'à nous?

Cela est possible; mais alors cette fidélité, on en conviendra, est

plus miraculeuse encore que le miracle.

J'aime donc mieux croire tout bonnement au miracle; et, pour ma part.

je déclare que j'y crois.

Le soir, toute la ville était illuminée et l'on dansait dans les rues.

Le corricolo · 第 27 / 61 题