Le désert.
Voici l'explication de l'enlèvement du fifre Roquet. Longtemps l'armée
d'Égypte en fit l'objet de versions surnaturelles.
Le triangle et la clarinette, descendus pour le secourir, mêlèrent à
leur récit un peu de fantasmagorie, afin de se donner un certain relief
de courage. L'exagération ne gâte rien au dévouement. Le triangle
prétendait avoir aperçu une bande de démons qui avaient attiré le fifre
dans un gouffre où il s'était abîmé avec eux. La clarinette, esprit
fort, attribuait sa disparition à l'une de ces portes secrètes qui se
ferment d'elles-mêmes sur les visiteurs imprudents. Mais tout le corps
de musique et l'armée s'accordaient à dire que Roquet, la perle des
fifres, était mort. La soixante-neuvième demi-brigade lui donna un
remplaçant.
On se trompait, pourtant; Roquet vivait encore. On a vu que les Arabes
fréquentent les tombeaux de la plaine de Sakkarah; personne mieux qu'eux
n'en connaît la topographie souterraine: Presque toutes ces galeries se
communiquant entre elles et forment un labyrinthe mystérieux, dont les
détours et les ouvertures sont familiers aux tribus nomades de la Libye.
Cette nécropole a plusieurs issues vers le désert; et, quand les
Bédouins prévoient que le _simoun_ va souffler, ils accourent avec leurs
tentes et se décident à vivre pendant quelques jours en troglodytes, au
sein de ces catacombes. Le hasard avait voulu que l'une de ces peuplades
habitât ces souterrains quand Roquet s'y laissa choir. Si l'artiste
n'eût pas voulu faire preuve de ses talents sur le fifre et charmer les
momies d'alentour, il est probable qu'on ne se fût pas aperçu de sa
présence; mais les sons de l'instrument attirèrent les naturels, qui
s'emparèrent du malheureux musicien et le dérobèrent facilement aux
recherches. Roquet n'était donc pas mort, mais il se trouvait à la merci
des Arabes, ce qui n'était guère plus récréatif. Le fanatisme est grand
parmi ces tribus, et, au moment où cette aventure arriva, la terreur de
nos armes ne les contenait pas encore. Aussi leur; première pensée
fut-elle pour les moyens violents. Ils voulaient immoler le prisonnier,
les uns par préjugé religieux, les autres par précaution. La jeunesse de
Roquet le sauva. Les femmes de la tribu intercédèrent pour lui: il fut
épargné. Le cheik l'attacha à son service, et le pauvre fifre eut
bientôt, à se défendre de ses bontés non moins dangereuses que ses
rigueurs. La tribu entre les mains de laquelle il était, tombé était
celle des Hennadis, l'une des plus puissantes du désert libyque. Une
fraction seulement avait poussé une reconnaissance vers le pays cultivé;
le reste campait à deux journées de chemin du Nil, dans la vallée du
_Fleuve sans eau_. Quand la nuit fut venue, le cheik abandonna la
nécropole souterraine avec ses gens et ses femmes, et prit la route du
grand désert.
Qu'on juge des inquiétudes de notre héros. Livré à des destinées
inconnues, à la merci des bandits, dont il connaissait les habitudes
vagabondes, qu'allait-il devenir? La vie lui restait; mais c'était une
vie d'esclave, errante, en butte à toutes sortes de privations. Tant que
dura l'étape nocturne, le sentiment de sa situation s'effaça pour ainsi
dire; mais quand le jour parut, quel spectacle s'offrit à lui!... Il
était au milieu d'une centaine de Bédouins armés de piques, de sabres et
de fusils: de quelque côté qu'il jetât les yeux, il ne voyait que des
figures peu rassurantes, enveloppées de burnous blancs. On eût dit une
troupe de fantômes. A ses côtés, et montées sur des ânes, cheminaient
les femmes, vêtues d'étoffes brunes. Quelques chameaux portant des
provisions terminaient la caravane, et on l'avait juché sur le cou de
l'un de ces animaux. Pauvre fifre de la soixante-neuvième! Le mouvement
de la bête lui occasionnait des nausées semblables au mal de mer, tant
il est vrai que le chameau justifie de toutes les manières son surnom de
_vaisseau du désert._ Puis, quelle perspective! On était en pleine
Libye... Les ondulations du sable variaient seules la monotonie de cet
horizon qui avait la couleur de l'ocre; le soleil montait dans le ciel
et commençait à chauffer l'arène qui étincelait sous ses rayons. La
chaleur était telle, qu'il eût suffi d'enfoncer un oeuf dans le sable
pour le voir se cuire à l'instant. Point d'eau, point de gazon, point
d'arbres. Seulement quelques palmiers grêles de loin en loin et servant
comme de jalons dans ces solitudes. Roquet était anéanti. Cette
atmosphère le suffoquait, ce sol jaunâtre lui envoyait des
réverbérations insupportables, son chameau même lui était odieux. Trois
fois il se laissa tomber volontairement, trois fois on le ramassa à
demi-mort. Enfin, à l'aide d'une corde, on le fixa sur sa bête comme un
véritable patient.
Au premier puits on fit une halte: il y avait là quelque ombre et un peu
de fraîcheur. Un grand figuier et trois sycomores avaient pris racine
dans ce lieu sauvage, et y disputaient aux hommes le petit nombre de
gouttes que contenait cette coupe d'eau. On détacha Roquet de dessus sa
fatigante monture: on le convia au repas commun, qui se composait de
dattes et de galettes desséchées. Ce que c'est que la nature humaine!
Dès que le fifre put respirer plus à l'aise, l'appétit lui revint, et il
fit à l'ordinaire des Bédouins plus d'honneur qu'on n'aurait dû s'y
attendre. Ce retour fut compris par le cheik, qui témoigna dès lors plus
d'égard à son prisonnier. On lui épargna le supplice que causent les
allures du chameau à ceux qui n'y sont pas habitués; on lui donna à
monter un fort joli cheval. Son habit de drap, dont les boutons de métal
tentaient la cupidité des Arabes, son chapeau lui furent enlevés mais,
en revanche, on l'affubla d'un excellent burnous, qui le défendait
contre les ardeurs du soleil, et, au besoin, lui garantissait le visage.
Dans l'une des poches du frac d'uniforme se trouvait son fifre, qu'il
défendit bravement contre ses détrousseurs. Un Bédouin s'en était emparé
et l'examinait avec curiosité. Roquet se jeta sur lui pour le reprendre,
et une querelle allait s'ensuivre, quand le cheik intervint. Il se fit
remettre l'objet du débat, et parut fort intrigué de sa forme. Le bois
de l'instrument ne séduisait personne, mais il n'en était pas de même
d'une petite clef en cuivre étincelant comme l'or. Roquet résolut de
vider le différend par une épreuve décisive. Il donna à entendre au
cheik qu'il allait montrer à la tribu l'usage de cet ustensile étrange
pour elle; et quand il s'en trouva de nouveau nanti, il l'emboucha et
préluda par une des mélodies les plus expressives: _J'ai perdu mon
Eurydice_, de l'_Orphée_ de Gluck. Ces sons imprévus produisirent
l'effet d'un coup de théâtre. A l'instant même, l'artiste fut entouré
par toute la caravane; on l'excitait de la voix, on l'encourageait du
geste. Tous les yeux étaient devenus bienveillants, toutes les
physionomies riantes. Tantôt la surprise se manifestait par un silence
profond, tantôt l'admiration éclatait dans une explosion bruyante.
Roquet avait gagné sa cause: il comprit que son fifre était désormais
une puissance.
Cependant, le signal du départ ayant été donné, on s'enfonça de nouveau
dans la Libye. Cet océan de sables semblait n'avoir pas de fin. Aucun
être vivant n'en animait l'aspect, si ce n'est, de temps à autre, un
troupeau de gazelles qui fuyaient en bondissant, ou quelque autruche
ouvrant ses ailes, comme un navire ses voiles, pour se dérober plus vite
aux regards. Aux journées brûlantes succédaient des nuits glaciales; la
rosée baignait les tentes, traversait les burnous les plus épais. La
moindre imprudence était punie par des douleurs cuisantes dans les yeux,
souvent même: par l'ophthalmie. C'était là de cruelles épreuves pour un
Européen; notre héros les supporta avec courage. Enfin, après quatre
jours de marche, on rejoignit le gros de la tribu, qui se composait de
quatre cents tentes. Elle campait alors dans un petit vallon tapissé de
broussailles et ombragé par un bouquet d'arbres. Une source coulait de
la base du rocher et fournissait une eau potable, quoiqu'un peu
saumâtre. Ce vallon était situé au-dessus des lacs de Natron et dans le
voisinage des monastères cophtes, qui, de temps immémorial, occupent
cette zone du désert. Quand la tribu manquait d'eau ou de vivres, elle
poussait une reconnaissance vers l'asile de ces religieux, qui
préféraient lui payer un tribut forcé plutôt que de s'exposer à sa
vengeance. La tribu était: d'ailleurs l'une des plus puissantes de la
Libye; elle possédait six cents chevaux, cent chameaux, autant de
dromadaires, des moutons, des chèvres, des volailles en grande
abondance. Presque toujours la moitié des cavaliers, était en maraude
pendant que l'autre moitié se reposait. Le camp devenait l'entrepôt
général des objets pillés, et c'est là que s'en faisait le partage.
L'adoption de Roquet par le cheik principal, et son talent sur le fifre,
qui, de plus en plus, émerveillait la peuplade, lui firent sur-le-champ
une situation tolérable et une vie qui n'était pas sans charme. A part
la liberté, il ne lui manquait rien. Son maître l'avait attaché au
service intérieur de sa tente, service facile, dans lequel il aidait les
femmes. Il allait puiser de l'eau à la source; pilait le doura, espèce
de millet avec lequel les Arabes confectionnent leur pain; préparait le
pilaw de riz, battait le lait de chamelle pour le convertir en beurre.
L'ordinaire de la maison n'était pas très-somptueux; mais, à la rigueur,
il pouvait suffire. On avait du riz, des dattes, des galettes de doura,
du blé, des fèves; une fois par semaine, on tuait un mouton ou quelques
volailles. L'artiste de la soixante-neuvième possédait quelques talents
en cuisine; il les mit à la disposition de son maître et apprêta
plusieurs mets; à l'européenne. Cette expérience gastronomique fut moins
heureuse que ses tentatives musicales. Le cheik goûta peu les recettes
du jeune Français; il leur préférait son riz étuvé à la manière
asiatique. Mais le fifre eut en revanche un long succès. Chaque soir,
dans ces veillées arabes où, partagés entre la pipe et le café, les
principaux de la tribu prêtent l'oreille à leurs conteurs, l'artiste
avait constamment un rôle à jouer. C'était, un jour, une marche
brillante; l'autre jour, un _adagio_ ou un _cantabile_ plein de
mélancolie. En général, les auditeurs préféraient une musique lente à
une musique vive. Les airs langoureux, et même monotones, les charmaient
par-dessus tout. Pour les servir selon leur goût, le fifre de la
soixante-neuvième se mit à apprendre plusieurs de ces chants arabes que
l'on nomme des _moals_, et qui sont une espèce de récitatif composé de
notes plaintives. Roquet transporta ces moals sur son instrument, et il
fut dès lors un barde incomparable.
Cependant la captivité commençait à peser au troubadour des Hennadis.
Comme Achille à Scyros, il s'indignait de languir dans ce camp et d'y
partager les travaux des femmes. Le souvenir de ses frères d'armes le
poursuivait, et il ne rêvait qu'aux moyens de les rejoindre. Pour y
parvenir, il demanda d'abord au cheik la faveur d'aller en course avec
les maraudeurs de la tribu. Comme ces excursions les conduisaient vers
la lisière des terrains cultivés, il lui eût été facile de choisir alors
un moment pour s'esquiver et regagner les rives du Nil. Le cheik comprit
ce calcul et le déjoua. Le Français était trop jeune, disait-il, pour
supporter les fatigues du désert. Il ne savait pas manier la lance; il
n'était pas encore assez bon écuyer. D'ailleurs, que lui manquait-il?
N'avait-il pas du pain et des dattes, un burnous pour se couvrir, une
tente pour se reposer? Roquet avait beau insister: le cheik persistait
dans ses refus. On lui permit pourtant de monter à cheval, de s'exercer
au _djérid_, de courir la gazelle. Du service domestique, il pût passer
au soin de ces magnifiques poulains qu'élèvent les Arabes. C'était un
avancement; mais ce n'était pas la liberté. Quelquefois il songeait à
fuir; mais de quel côté se diriger, sans vivres, sans eau, sans aucune
connaissance des routes du désert, mobiles comme ses sables? Quand ces
pensées s'emparaient du captif, il tombait dans la tristesse et dans
l'abattement.
Une distraction imprévue lui arriva. La femme favorite du cheik, nommée
Fatmé, belle brune de vingt ans, avait remarqué depuis longtemps la
bonne mine du jeune Français. Roquet n'était point un Adonis, bien s'en
faut; mais il avait des yeux bleus, des cheveux blonds et un certain air
jovial qui n'était pas sans charme. D'ailleurs, pour une femme arabe,
c'était du fruit nouveau, et toutes les filles d'Ève se ressemblent.
Fatmé fit donc au jeune homme les premières avances avec une adresse
infinie, mais cependant de manière à ce qu'il ne put s'y méprendre. Les
tentes des Bédouins, faites d'une étoffe tissée avec du poil de chameau,
ont une vingtaine de pieds de long sur quinze de large et se trouvent,
dans le milieu, partagées par un rideau qui sépare la pièce des femmes
de celle qu'occupent les hommes. Quand Roquet était seul, Fatmé ne le
perdait pas de vue, et, grâce à une ouverture qu'elle avait eu le soin
de se ménager, ces oeillades ne pouvaient pas la compromettre. Le
Français en était l'unique, complice. Roquet était bien jeune, mais à
l'école d'un régiment et en temps de guerre l'expérience arrive vite. Il
comprit donc le manège et prévit où il pouvait aboutir. Cette
perspective l'effraya. Les Arabes ne plaisantent pas au sujet de
l'adultère: la mort des coupables expie le crime quand il est découvert.
Certes, il y avait là de quoi retenir le séducteur le plus hardi. D'un
autre côté, Fatmé était bien belle. Elle avait, pour parler la langue
des Arabes, des yeux fendus en amande comme ceux de la gazelle, des
sourcils arrondis comme un arc d'ébène, la taillé souple et droite comme
une lance, les seins pareils à une couple de grenades, la peau unie
comme de la soie, le sourire doux comme le miel. Ses ongles étaient
teints avec du _henné_ aux reflets d'or, ses paupières avec du _kohl,_
noir comme la plume de corbeau. C'était, en un mot, le type idéal de la
perfection, la beauté du poète Hafiz quand il dit: «Elle est comme le
premier rayon quand il jette ses teintes roses sur le sable; elle est
comme la lune quand elle argente la plaine; son haleine est la brise qui
traverse l'oasis; ses cheveux pendent sur ses épaules comme les branches
d'un sycomore.»
Tout cela avait sa séduction, poésie à part. Notre troubadour n'y
résista pas. Que faire au milieu du désert, si l'on n'y trouve pas une
bonne fortune? Il résolut donc de se laisser aimer. Quelques mois de
séjour au milieu de la tribu lui avaient rendu la langue arabe
familière, et il put joindre au langage des yeux un idiome plus
expressif. Des aveux furent échangés; mais si la vie patriarcale du
désert avait cet avantage de mettre les amants presque toujours en
présence, elle avait cet inconvénient de ne jamais les laisser sans
témoins. Ces peuplades nomades ne partagent pas, en effet, les préjugés
des musulmans pour ce qui concerne les femmes. Elles vont dans les
camps, le visage découvert, se rendent seules au puits et à la fontaine,
pour y prendre l'eau nécessaire aux besoins domestiques. C'est la vie
biblique, conservée dans presque tous ses détails, avec ses allures
indépendantes, ses moeurs en plein air. Fatmé et Roquet se voyaient, se
parlaient à chaque instant. Elle lui avait dit vingt fois qu'elle
trouvait ses cheveux plus beaux que le safran, son teint plus charmant
que le laurier-rose; Roquet, de son côté, se mettait en frais de
galanteries orientales, et la comparait à tout ce qu'il pouvait
imaginer, de plus agréable dans la nature. Mais tout se bornait à ces;
paroles glissées à la dérobée.
Au bout de trois mois de ce manège, des deux côtés on désirait mieux;
mais là commençaient les grandes difficultés. La tribu avait plusieurs
fois changé de campement, sans qu'il s'offrît aucune occasion sûre. Le
cheik était toujours là, et pendant ses absences les femmes se
surveillaient mutuellement. La moindre faute eût été dénoncée. Enfin, à
la suite d'une expédition dans l'Égypte moyenne, les tentes furent
levées et l'on se rapprocha des oasis qui occupent le centre du désert
libyque. Un soir on vint camper auprès d'un abreuvoir connu dans le
désert sous le nom de _Birket-Men._ L'eau que l'on y recueillait
découlait des suintements d'une grotte, et il fallait; avant que les
jarres fussent pleines, attendre qu'elle eût tombé goutte à goutte.
Fatmé résolut de profiter de la circonstance. Pendant que le Français
allait faire le provision pour les chevaux, elle quitta la tente avec
ses gargoulettes en grès destinées au service du ménage. Ainsi ils
purent demeurer seuls pendant un quart, d'heure sans éveiller les
soupçons. Fatmé ne perdit pas de temps. Sa figure, ordinairement calme
et douce, s'anima d'une résolution extraordinaire et d'un éclat
singulier:
--Chrétien, lui dit-elle, m'aimes-tu?
Le jeune homme allait se lancer dans les métaphores orientales et
recommencer les comparaisons d'usage avec la lune et le soleil, quand
elle l'arrêta:
--M'aimes-tu, chrétien, jusqu'à mourir pour moi et avec moi?
La proposition parut brusque à notre héros: cependant il n'hésita pas.
--Oui, Fatmé, je t'aime! Que cette eau soit ma dernière boisson et que
je ne revoie jamais la France, pays du _riquiqui,_ si je mens.
La belle Arabe ne comprit pas parfaitement l'allusion, mais son
troubadour acceptait la partie; cela lui suffisait:
--Nous n'avons pas de temps à perdre, dit-elle. Tu es libre, les cavales
t'obéissent. Quand l'étoile du sud sera sur nos têtes, sors de la tente,
prends les deux meilleures montures du maître, Gazai et Melek; va te
cacher derrière ce tertre et joue un _moal_ sur ton instrument. Fatmé
sait ce qui lui reste à faire.
--Ça me va, arabesque chérie, ça me va. Tu consens donc à me suivre dans
la soixante-neuvième demi-brigade qui est ma patrie?
--Une fois libres, Dieu nous guidera. Fais-ce que je t'ai dit, chrétien.
--C'est juste, laissons quelque chose au commandement du Père éternel.
Ils se séparèrent. Quand la nuit fut venue, Roquet sortit du camp sans
affectation et en jouant quelques airs sur son fifre. Melek et Gazai,
deux cavales de race, avaient été attirées un peu à l'écart. Quand
l'étoile du sud fut parvenue, à son zénith, il exécuta l'air convenu. Il
était minuit. Fatmé se releva de dessus le tapis qui formait sa couche,
et jeta un regard inquiet autour d'elle. Avec la souplesse d'un lézard,
elle parvient à Se glisser sous la toile de la tente, continue à ramper
pendant quelque temps sur le sable, puis, légère comme une biche,
disparut derrière la masse des rochers. Personne ne l'avait aperçue.
Elle rejoignit son complice; ils montèrent à cheval et s'éloignèrent en
silence.