CI-GÎT ARTHUR, ROI PASSÉ, ROI FUTUR.

Julian del Castillo a recueilli dans un ouvrage grave

_(Historia de los reyes godos) _un conte populaire qui courait

à son époque : Philippe II, disait-on, en épousant la reine

Marie, héritière du royaume d'Angleterre, avait juré _que, si

le roi Artus revenait de son temps, il lui rendrait le trône._

Le docteur John Bowle, dans ses annotations sur le _Don

Quichotte, _rapporte une loi d'Hoëlius le Bon, roi de Galles,

promulguée en 998, qui défend de tuer des corbeaux sur le

champ d'autrui. De cette défense, mêlée à la croyance

populaire qu'Artus fut changé en corbeau, a pu naître l'autre

croyance que les Anglais s'abstenaient de tuer ces oiseaux

dans la crainte de frapper leur ancien roi.

[91] L'ordre de la _Table-Ronde, _fondé par Artus, se

composait de vingt-quatre chevaliers et du roi président. On y

admettait les étrangers : Roland en fut membre, ainsi que

d'autres _pairs de France. _Le conteur don Diégo de Véra, qui

recueillait dans son livre _(Epitome de los imperios) _toutes

les fables populaires, rapporte que, lors du mariage de

Philippe II avec la reine Marie, on montrait encore, à

Hunscrit, la _table ronde _fabriquée par Merlin ; qu'elle se

composait de vingt-cinq compartiments, teintés en blanc et en

vert, lesquels se terminaient en pointe au milieu, et allaient

s'élargissant jusqu'à la circonférence, et que dans chaque

division étaient écrits le nom du chevalier et celui du roi. L'un

de ces compartiments, appelé _place de Judas, _ou _siége

périlleux, _restait toujours vide.

[92] Le romance entier est dans le _Cancionero, _p. 242

de l'édition d'Anvers. _Lancelot du Lac _fut originairement

écrit par Arnault Daniel, poëte provençal.

[93] Renaud de Montauban devint empereur de

Trébisonde ; Bernard del Carpio, roi d'Irlande ; Palmerin

d'Olive, empereur de Constantinople ; Tirant le Blanc, césar de

l'empire de Grèce, etc.

[94] « Tirant le Blanc n'invoquait aucun saint, mais

seulement le nom de Carmésine ; et, quand on lui demandait

pourquoi il n'invoquait pas aussi le nom de quelque saint, il

répondait : « Celui qui sert plusieurs ne sert personne. »

(Livre III, chap. XXVIII.)

[95] Ainsi, lorsque Tristan de Léonais se précipite d'une

tour dans la mer, _il se recommande à l'amie Iseult et à son

doux Rédempteur._

[96] L'article 31 des statuts de l'ordre de l'Écharpe _(la

Banda) _était ainsi conçu : « Qu'aucun chevalier de l'Écharpe

ne soit sans servir quelque dame, non pour la déshonorer,

mais pour lui faire la cour et pour l'épouser. Et quand elle

sortira, qu'il l'accompagne à pied ou à cheval, tenant à la main

son bonnet, et faisant la révérence avec le genou. »

[97] Don Quichotte veut parler sans doute de la princesse

Briolange, choisie par Amadis pour son frère Galaor. « Il

s'éprit tellement d'elle, et elle lui parut si bien, que, quoiqu'il

eût vu et traité beaucoup de femmes, comme cette histoire le

raconte, jamais son coeur ne fut octroyé en amour véritable à

aucune autre qu'à cette belle reine. » _(Amadis, _lib. IV, cap.

CXXI).

[98] Nessun la muova !

Que star non possa con Orlando a prova.

_(Ariosto, _canto XXIV, oct. 57.)

[99] On donnait alors dans le peuple le nom de

_cachopin _ou _gachupin _à l'Espagnol qui émigrait aux

Grandes-Indes par pauvreté ou vagabondage.

[100] Chrysostome étant mort _désespéré, _comme

disent les Espagnols, c'est-à-dire par un suicide, son

enterrement se fait sans aucune cérémonie religieuse. Ainsi il

est encore vêtu en berger, et ne porte point la _mortaja,

_habit religieux qui sert de linceul à tous les morts.

[101] Les stances de ce chant _(canción) _se composent

de seize vers de onze syllabes _(endecasilabos), _dont les

rimes sont disposées d'une façon singulière, inusitée jusqu'à

Cervantès, et qu'on n'a pas imitée depuis. Dans cet

arrangement, le pénultième vers, ne trouvant point de

consonance dans les autres, rime avec le premier hémistiche

du dernier.

Mas gran simpleza es avisarte desto,

Pues se que esta tu gloria conocida

En que mi _vida _llegue al fin tan presto.

Comme ces singularités, et même les principales beautés

de la pièce (où elles sont rares) se trouvent perdues dans la

traduction, je l'aurais volontiers supprimée, pour abréger

l'épisode un peu long, un peu métaphysique, de Chrysostome

et de Marcelle, s'il était permis à un traducteur de _corriger

_son modèle, surtout quand ce modèle est Cervantès.

[102] L'érudition de l'étudiant Ambroise est ici en défaut.

Tarquin était le second mari de Tullia, et c'est le corps de son

père Servius Tullius qu'elle foula sous les roues de son char.

[103] Que fué pastor de ganado

Perdido por desamor.

Il y a dans cette strophe un insipide jeu de mots entre les

paroles voisines _ganado _et _perdido ;_ celle-ci veut dire

_perdu ; _l'autre, qui signifie _troupeau, _veut dire aussi

_gagné._

[104] Habitants du district de Yanguas, dans la Rioja.

[105] Amadis tomba deux fois au pouvoir d'Archalaüs.

La première, celui-ci le tint enchanté ; la seconde, il le jeta

dans une espèce de souterrain, par le moyen d'une trappe. Le

roman ne dit pas qu'il lui ait donné des coups de fouet ; mais

il lui fit souffrir la faim et la soif. Amadis fut secouru dans

cette extrémité par une nièce d'Archalaüs, la demoiselle

muette, qui lui descendit dans un panier un pâté au lard et

deux barils de vin et d'eau. (Chap. XIX et XLIX.)

[106] _Tizona, _nom de l'une des épées du Cid. L'autre

s'appelait _Colada._

[107] _Beltenebros._

[108] Avant leur expulsion de l'Espagne, les Morisques s'y

occupaient de l'agriculture, des arts mécaniques et surtout de

la conduite des bêtes de somme. La vie errante des muletiers

les dispensait de fréquenter les églises, et les dérobait à la

surveillance de l'Inquisition.

[109] Voyez la note 80 chap. X.

[110] Le supplice de Sancho était dès longtemps connu.

Suétone rapporte que l'empereur Othon, lorsqu'il rencontrait,

pendant ses rondes de nuit, quelques ivrognes dans les rues de

Rome, les faisait berner... _distento sagulo in sublime jactare.

_Et Martial, parlant à son livre, lui dit de ne pas trop se fier

aux louanges : « Car, par derrière, ajoute-t-il : Ibis ab excusso

missus in astra sago. »

Les étudiants des universités espagnoles s'amusaient, au

temps du carnaval, à faire aux chiens qu'ils trouvaient dans

les rues ce que l'empereur Othon faisait aux ivrognes.

[111] C'est Amadis de Grèce qui fut appelé le _chevalier

de l'Ardente-Épée, _parce qu'en naissant il en avait une

marquée sur le corps, _depuis le genou gauche jusqu'à la

pointe droite du coeur, aussi rouge que le feu. _(partie I, chap.

XLVI.)

Comme don Quichotte dit seulement Amadis, ce qui

s'entend toujours d'Amadis de Gaule, et qu'il parle d'une épée

véritable, il voulait dire, sans doute, le _chevalier de la Verte-

Épée. _Amadis reçut ce nom, sous lequel il était connu dans

l'Allemagne, parce que, à l'épreuve des amants fidèles, et sous

les yeux de sa maîtresse Oriane, il tira cette merveilleuse épée

de son fourreau, fait d'une arête de poisson, verte et si

transparente qu'on voyait la lame au travers. (Chap. LVI, LXX

et LXXIII.)

[112] Nom de l'île de Ceylan dans l'antiquité.

[113] Peuples de l'intérieur de l'Afrique.

[114] Ce ne sont pas les portes du temple où il périt

qu'emporta Samson, mais celles de la ville de Gaza. _(Juges,

_chap. XVI.)

[115] Littéralement : _cherche mon sort à la piste,

dépiste mon sort._

[116] On croit que ce nom, donné par les Arabes à la

rivière de Grenade, signifie _semblable au Nil._

[117] De Tarifa.

[118] Les Biscayens.

[119] Andrès de Laguna, né à Ségovie, médecin de

Charles-Quint et du pape Jules III, traducteur et

commentateur de Dioscorides.

[120] Le texte dit simplement _encamisados, _nom qui

conviendrait parfaitement aux soldats employés dans une de

ces attaques nocturnes où les assaillants mettaient leurs

chemises par-dessus leurs armes, pour se reconnaître dans les

ténèbres, et que par cette raison on appelait _camisades _(en

espagnol _encamisadas). _J'ai cru pouvoir, à la faveur de ce

vieux mot, forger celui _d'enchemisé._

[121] Don Bélianis de Grèce s'était appelé le _chevalier

de la Riche-Figure. _Il faut remarquer que le mot _figura, _en

espagnol, ne s'applique pas seulement au visage, mais à la

personne entière.

[122] Concile de Trente (chap. LV).

[123] Cette prétendue aventure du Cid est racontée avec

une naïveté charmante dans le vingt et unième romance de

son _Romancero._

[124] C'est sans doute une allusion au Nil, dont les

anciens plaçaient la source au sommet des montagnes de la

Lune, dans la haute Éthiopie, du haut desquelles il se

précipitait par deux immenses cataractes. (Ptolémée,

_Géogr., _livre V.)

[125] Les bergers espagnols appellent la constellation de

la _petite Ourse _le _cor de chasse (la bocina). _Cette

constellation se compose de l'étoile polaire, qui est immobile,

et de sept autres étoiles qui tournent autour, et qui forment

une grossière image de cor de chasse. Pour connaître l'heure,

les bergers figurent une croix ou un homme étendu, ayant la

tête, les pieds, le bras droit et le bras gauche.

Au centre de cette croix est l'étoile polaire, et c'est le

passage de l'étoile formant l'embouchure du cor de chasse _(la

boca de la bocina) _par ces quatre points principaux, qui

détermine les heures de la nuit. Au mois d'août, époque de

cette aventure, la ligne de minuit est en effet au bras gauche

de la croix, de sorte qu'au moment où _la boca de la bocina

_arrive au-dessus de la tête, il n'y a plus que deux ou trois

heures jusqu'au jour. Le calcul de Sancho est à peu près juste.

[126] Quelquefois les contes de bonne femme

commençaient ainsi : « ... Le bien pour tout le monde, et le

mal pour la maîtresse du curé. »

[127] L'histoire de la Torralva et des chèvres à passer

n'était pas nouvelle. On la trouve, au moins en substance, dans

la XXXIe des _Cento Novelle antiche _de Francesco

Sansovino, imprimées en 1575. Mais l'auteur italien l'avait

empruntée lui-même à un vieux fabliau provençal du

treizième siècle _(le Fableor, _collection de Barbazan, 1756),

qui n'était qu'une traduction en vers d'un conte latin de Pedro

Alfonso, juif converti, médecin d'Alphonse le Batailleur, roi

d'Aragon (vers 1100).

[128] On appelle _vieux chrétiens, _en Espagne, ceux qui

ne comptent parmi leurs ancêtres ni Juifs ni Mores convertis.

[129] Allusion au proverbe espagnol : « Si la pierre donne

sur la cruche, tant pis pour la cruche ; et si la cruche donne

sur la pierre, tant pis pour la cruche. »

[130] Armet enchanté appartenant au roi more

Mambrin, et qui rendait invulnérable celui qui le portait.

_(Boyardo _et l'_Arioste.)_

[131] _Palmérin d'Olive, _chap. XLIII.

[132] _Esplandian, _chap. CXLVII et CXLVIII.

[133] _Amadis _de _Gaule, _chap. CXVII.

[134] _Amadis de Gaule, _chap. LXVI, part. II, etc.

[135] _Amadis _de _Gaule, _chap. XIV ; _le Chevalier

de la Croix, _chap. CXLIV.

[136] Bernard del Carpio, canto XXXVIII ; Primaléon,

chap. CLVII.

[137] _Tirant le Blanc, _part. I, chap. XL, etc. ; _le

Chevalier de la Croix_, livre I, chap. LXV et suiv., etc.

[138] Suivant les anciennes lois du _Fuero Juzgo _et les

_Fueros _de Castille, le noble qui recevait un grief dans sa

personne ou ses biens pouvait réclamer une satisfaction de

500 _sueldos. _Le vilain n'en pouvait demander que 300

_(Garibay, _lib. XII, cap. XX).

[139] On croit que Cervantès a voulu désigner don Pedro

Giron, duc d'Osuna, vice-roi de Naples et de Sicile. Dans son

_Théâtre du gouvernement des vice-rois de Naples,

_Domenicho Antonio Parrino dit que ce fut un des grands

hommes du siècle, et qu'il n'avait de petit que la taille : _di

picciolo non avea altro que la statura._

[140] « Quand le seigneur sort de sa maison pour aller à

la promenade ou faire quelque visite, l'écuyer doit le suivre à

cheval. » (Miguel Yelgo, _Estilo _de _servir a principes,

_1614.)

[141] On trouve dans le vieux code du treizième siècle,

appelé _Fuero Juzgo, _des peines contre ceux qui _font

tomber la grêle sur les vignes et les moissons, ou ceux qui

parlent avec les diables, et qui font tourner les volontés aux

hommes et aux femmes. _(Lib. VI, tit. II, ley 4.) Les _Partidas

_punissent également ceux qui _font des images ou autres

sortilèges, et donnent des herbes pour l'amourachement des

hommes et des femmes. _(Part. VII, tit. XXIII, ley 2 y 3.)

[142] Ce célèbre petit livre, qui parut en 1539, et qu'on

croit l'ouvrage de don Diego Hurtado de Mendoza, ministre et

ambassadeur de Charles-Quint, mais qui a peut-être pour

auteur le moine Fray Juan de Ortega, est le premier de tous

les romans qui composent ce que l'on nomme en Espagne la

_littérature picaresque. _J'en ai publié l'histoire et la

traduction dans l'édition illustrée de _Gil Blas, _comme

introduction naturelle au roman de Lesage.

[143] L'auteur de _Guzman d'Alfarache, _Mateo Aleman,

dit de son héros : « ... Il écrit lui-même son histoire aux

galères, où il est forçat à la rame, pour les crimes qu'il a

commis... »

[144] Amadis de Gaule, ayant vaincu le géant Madraque,

lui accorde la vie, à condition qu'il se fera chrétien, lui et tous

ses vassaux, qu'il fondera des églises et des monastères, et

qu'enfin il mettra en liberté tous les prisonniers qu'il gardait

dans ses cachots, lesquels étaient plus de cent, dont trente

chevaliers et quarante duègnes ou damoiselles.

Amadis leur dit, quand ils vinrent lui baiser les mains en

signe de reconnaissance : « Allez trouver la reine Brisena,

dites-lui comment vous envoie devant elle son chevalier de

l'Île-Ferme, et baisez-lui la main pour moi. » _(Amadis de

Gaule, _livre III, chap. LXV.)

[145] On appelle en Espagne _sierra _(scie) une

cordillère, une chaîne de montagnes. La _Sierra-Morena

_(montagnes brunes), qui s'étend presque depuis

l'embouchure de l'Èbre jusqu'au cap Saint-Vincent, en

Portugal, sépare la Manche de l'Andalousie. Les Romains

l'appelaient _Mons Marianus._

[146] La Sainte-Hermandad faisait tuer à coups de

flèches les criminels qu'elle condamnait, et laissait leurs

cadavres exposés sur le gibet.

[147] Il paraît que Cervantès ajouta après coup, dans ce

chapitre, et lorsqu'il avait écrit déjà les deux suivants, le vol de

l'âne de Sancho par Ginès de Passamont. Dans la première

édition du _Don Quichotte, _il continuait, après le récit du

vol, à parler de l'âne comme s'il n'avait pas cessé d'être en la

possession de Sancho, et il disait ici : « Sancho s'en allait

derrière son maître, assis sur son âne à la manière des

femmes... » Dans la seconde édition, il corrigea cette

inadvertance, mais incomplètement, et la laissa subsister en

plusieurs endroits. Les Espagnols ont religieusement conservé

son texte, et jusqu'aux disparates que forme cette correction

partielle. J'ai cru devoir les faire disparaître, en gardant

toutefois une seule mention de l'âne, au chapitre XXV. L'on

verra, dans la seconde partie du _Don Quichotte, _que

Cervantès se moque lui-même fort gaiement de son

étourderie, et des contradictions qu'elle amène dans le récit.

[148] Témoin celle d'_Amadis de Gaule_ :

_Leonoreta sin roseta_

_Blanca sobre toda flor,_

_Sin roseta no me meta_

_En tal culpa vuestro amor, _etc.

(Livre II, chap. LIV.)

[149] _Carta _signifie également _lettre _et _charte ;

_de là la question de Sancho.

[150] _Coleto de ambar. _Ce pourpoint parfumé se

nommait en France, au seizième siècle, _collet de senteur, _ou

_collet de fleurs. _(Voy. Montaigne, livre I, chap. XXII, et les

notes.)

[151] Personnages de la _Chronique de don Florisel de

Niquea, _par Féliciano de Silva.

[152] Chirurgien d'Amadis de Gaule.

[153] Voyez la note 146 du chap. XXIII.

[154] _Amadis de Gaule, _chap. XXI, XL et suivants.

[155] On peut voir, dans l'_Amadis de Gaule _(chap.

LXXIII), la description d'un andriaque né des amours

incestueux du géant Bandaguido et de sa fille.

[156] _Orlando furioso, _chants XXIII et suivants.

[157] Imitation burlesque de l'invocation d'Albanio dans

la seconde églogue de Garcilaso de la Vega.

[158] _Orlando furioso, _chant IV, etc.

[159] In inferno nulla est redemptio.

[160] Les poëtes, cependant, n'ont pas toujours célébré

d'imaginaires beautés, et, sans recourir à la Béatrix du Dante

ou à la Laure de Pétrarque, on peut citer, en Espagne, la Diane

de Montemayor et la Galathée de Cervantès lui-même.

[161] Il est sans doute inutile de faire observer que, pour

augmenter le burlesque de cette lettre de change, don

Quichotte y emploie la forme commerciale.

[162] Expression espagnole pour dire : Elle me porterait

respect.

[163] C'est Thésée que voulait dire don Quichotte.

[164] C'était Ferragus, qui portait sept lames de fer sur le

nombril. _(Orlando furioso, _canto XII.)

[165] _Orlando furioso, _canto XXIII.

[166] Phaéton.

... Currus auriga paterni,

Quem si non tenuit, magnis tamen excidit ausis.

(Ovid., _Met., _lib. II.)

[167] Ces strophes sont remarquables, dans l'original,

par une coupe étrange et par la bizarrerie des expressions

qu'il fallait employer pour trouver des rimes au nom de don

Quichotte : singularités entièrement perdues dans la

traduction.

[168] À la manière de l'archevêque Turpin, dans le

_Morgante maggiore _de Luigi Pulci.

[169] Roi goth, détrôné en 680, et dont le nom est resté

populaire en Espagne.

[170] Comme le plus grand charme des trois strophes qui

suivent est dans la coupe des vers et dans l'ingénieux

arrangement des mots, je vais, pour les faire comprendre,

transcrire une de ces strophes en original :

_¿ Quien menoscaba mis bienes ?_

_Desdenes._

_¿ Yquien aumenta mis duelos ?_

_Los zelos._

_¿ Y quien prueba mi paciencia ?_

_Ausencia._

_De ese modo en mi dolencia_

_Ningun remedio se alcanza,_

_Pues me matan la esperanza_

_Desdenes, zelos y ausencia._

[171] Malgré mon respect pour le texte de Cervantès, j'ai

cru devoir supprimer ici une longue et inutile série

d'imprécations, où Cardénio donne à Fernand les noms de

Marius, de Sylla, de Catilina, de Julien, de Judas, etc., en les

accompagnant de leurs épithètes classiques. Cette érudition

de collège aurait fait tache dans un récit habituellement

simple et toujours touchant.

[172] Parabole du prophète Nathan, pour reprocher à

David l'enlèvement de la femme d'Urie. _(Rois, _livre II, chap.

XII.)

[173] Pellicer croit voir ici une allusion à cette sentence

de Virgile :

Una salus victis, nullam sperare salutem.

[174] Malgré cet éloge des épisodes introduits dans la

première partie du _Don Quichotte, _Cervantès en fait lui-

même la critique, par la bouche du bachelier Samson

Carrasco, dans la seconde partie, beaucoup plus sobre

d'incidents étrangers.

[175] Espèce de casquette sans visière, dont se coiffent

les paysans de la Manche et des Andalousies.

[176] Cervantès voulait probablement désigner le duc

d'Osuna, et peut-être y avait-il un fond véritable à l'histoire de

Dorothée.

[177] Pour Ganelon, voyez la note 17 du chap. I. Vellido

est un chevalier castillan qui assassina le roi Sanche II au

siége de Zamora, en 1073.

[178] Zulema est le nom d'une montagne au sud-ouest

d'Alcala de Hénarès, au sommet de laquelle on a trouvé

quelques ruines qu'on croit être celles de l'ancien Complutum.

Cervantès consacre ici un souvenir à sa ville natale.

[179] En Espagne, on appelait _ensalmo _une manière

miraculeuse de guérir les maladies, en récitant sur le malade

certaines prières. Ce charme s'appelait ainsi _(ensalmo),

_parce que les paroles sacramentelles étaient ordinairement

prises dans les psaumes.

[180] Allusion à l'un des tours de maquignonnage des

Bohémiens, qui, pour donner du train au mulet le plus lourd

ou à l'âne le plus paresseux, leur versaient un peu de vif-argent

dans les oreilles.

[181] Ce roman fut composé par Bernardo de Vargas ; il

est intitulé : _Les livres de don Cirongilio de Thrace, fils du

noble roi Élesphron de Macédoine, tels que les écrivit

Novarcus en grec, et Promusis en latin, _Séville, 1545, in-folio.

[182] Voyez la note 37 du chap. VI.

[183] Gonzalo Fernandez de Cordova. Son histoire, sans

nom d'auteur, fut imprimée à Saragosse en 1559.

[184] En 1469. Il mourut à Bologne en 1533.

[185] Voici comment la _Chronique du Grand Capitaine

_raconte cette aventure : « Diégo Garcia de Parédès prit une

épée à deux mains sur l'épaule... et se mit sur le pont du

Garellano, que les Français avaient jeté peu auparavant, et,

combattant contre eux, il commença à faire de telles preuves

de sa personne, que jamais n'en firent de plus grandes en leur

temps Hector, Jules César, Alexandre le Grand, ni d'autres

anciens valeureux capitaines, paraissant réellement un autre

Horatius Coclès, par sa résolution et son intrépidité. » (Chap.

CVI.)

[186] À la fin de la _Chronique du Grand Capitaine, _se

trouve un _Abrégé de la vie et des actions de Diégo Garcia de

Parédès _(Breve suma de la vida y hechos de Diego Garcia de

Paredes), écrit par lui-même, et qu'il signa de son nom.

[187] _Mulierem fortem quis inveniet ? _(Prov., cap.

XXXI.)

[188] Périclès. (Voy. Plutarque, _de la Mauvaise

Honte.)_

[189] Luigi Tansilo, de Nola, dans le royaume de Naples,

écrivit le poëme des _Larmes de saint Pierre _(le Lagrime di

San Pietro), pour réparer le scandale qu'avait causé son autre

poëme licencieux intitulé : _le Vendangeur _(il

Vendemmiatore). Le premier fut traduit en espagnol, d'abord

partiellement, par le licencié Gregorio Hernandez de Velasco,

célèbre traducteur de Virgile ; puis, complétement, par Fray

Damian Alvarez. Toutefois, la version de la stance citée est de

Cervantès.

[190] Allusion à l'allégorie que rapporte Arioste dans le

XLIIe chant de son _Orlando furioso, _où Cervantès a pris

l'idée de la présente nouvelle. Arioste avait emprunté lui-

même l'histoire du vase d'épreuve au livre premier de Tristan

de Léonais.

[191] Guzman d'Alfarache réduit tout ce raisonnement à

peu de paroles : « Ma femme seule pourra m'ôter l'honneur,

suivant l'opinion d'Espagne, en se l'ôtant à elle-même : car,

puisqu'elle ne fait qu'une chose avec moi, mon honneur et le

sien font un et non deux, comme nous ne faisons qu'une même

chair. » (Livre II, chap. II.)

[192] Ce billet est littéralement conservé dans la comédie

composée par don Guillen de Castro, sur le même sujet et sous

le même titre que cette nouvelle.

[193] Cervantès a répété ce sonnet dans sa comédie

intitulée _la Casa de los zelos _(la Maison de jalousie), au

commencement de la seconde _jornada ; _ou plutôt c'est de

cette comédie qu'il l'a pris pour l'introduire dans sa nouvelle.

[194] Voici, d'après un vers de Luis Barahona, dans son

poëme des _Larmes d'Angélique _(Lagrimas de Angélica,

canto IV), ce que signifient ces quatre SSSS :

Sabio, Solo, Solicito y Secreto,

qu'on peut traduire ainsi :

Spirituel, Seul, Soigneux et Sûr.

[195] Je laisse cette faute d'orthographe, qui se trouve

aussi dans l'original _(onesto _pour _honesto) ;_ une

camériste n'y regarde pas de si près.

[196] Cervantès commet un anachronisme. Le _Grand

Capitaine, _après avoir quitté l'Italie en 1507, mourut à

Grenade en 1515. Lautrec ne parut à la tête de l'armée

française qu'en 1527, lorsque le prince d'Orange commandait

celle de Charles-Quint.

[197] On portait alors, surtout en voyage, des masques

(_antifaces_) faits d'étoffe légère, et le plus souvent de taffetas

noir.

[198] Lella, ou plutôt Étella, veut dire en arabe, d'après

l'Académie espagnole, l'adorable, la divine, la bienheureuse

par excellence. Ce nom ne se donne qu'à Marie, mère de Jésus.

Zoraïda est un diminutif de _zorath, _fleur.

[199] _Macange _est un mot turc corrompu _(angé

mac), _qui veut dire _nullement, en aucune façon._

[200] Ainsi, au dire de don Quichotte, Cicéron, avec son

adage _cedant arma togoe, _ne savait ce qu'il disait.

[201] Le mot _letras, _transporté de l'espagnol au

français, produit une équivoque inévitable. Dans la pensée de

Cervantès, les _lettres divines _sont la théologie, et les _lettres

humaines, _la jurisprudence, ce que l'on apprend dans les

universités. Le mot _letrado, _qu'il met toujours en

opposition du mot _guerrero, _signifie, non point un homme

de lettres, dans le sens actuel de cette expression, mais un

homme de robe. En un mot, c'est la magistrature et ses

dépendances qu'il oppose à l'armée.

[202] Don Quichotte, qui emprunte des textes à saint

Luc, à saint Jean, à saint Matthieu, oublie ces paroles de

_l'Ecclésiaste _(chap. IX) _Et dicebam ego meliorem esse

sapientiam fortitudine... Melior est sapientia quam arma

bellica._

[203] _Estudiante. _C'est le nom qu'on donne

indistinctement aux élèves des universités qui se destinent à

l'Église, à la magistrature, au barreau, et à toutes les

professions lettrées.

[204] _Aller à la soupe (andar a la sopa), _se dit des

mendiants qui allaient recevoir à heure fixe, aux portes des

couvents dotés, du bouillon et des bribes de pain. La condition

des étudiants a peu changé en Espagne depuis Cervantès. On

en voit un grand nombre, encore aujourd'hui, faire mieux que

d'_aller à la soupe : _à la faveur du chapeau à cornes et du

long manteau noir, ils mendient dans les maisons, dans les

cafés et dans les rues.

[205] Don Quichotte n'est pas le premier qui ait traité

cette matière. L'Italien Francesco Bocchi avait publié à

Florence, en 1580, un discours _Sopra la lire delle armi e delle

lettere ; _et, précédemment, en 1549, l'Espagnol Juan Angel

Gonzalez avait publié à Valence un livre latin sous ce titre :

_Pro equite contra litteras declamatio. Alia vice versa pro

litteris contra equitem._

[206] On sait ce que veut dire _avoir la manche large._

[207] Cervantès répète ici les imprécations de l'Arioste,

dans le onzième chant de l'_Orlando furioso_ :

Come trovasti, o scelerata e brutta

Invenzion, mai loco in uman core !

Per te la militar gloria è distrutta ;

Per te il mestier dell' armi è senza honore ;

Per te è il valore e la virtù ridutta,

Che spesso par dei buono il rio migliore...

Che ben fu il più crudele, e il più di quanti

Mai furo al mondo ingegni empi e maligni

Chi immagino si abbominosi ordigni.

E crederò che Dio, perche vendetta

Ne sia in eterno, nel profondo chiuda

Del cieco abisso quella maladetta

Anima appresso al maladetto Giuda...

[208] Lope de Vega cite ainsi ce vieil adage, dans une de

ses comédies _(Dorotea, _jorn. I, escena CLI) : _Trois choses

font prospérer l'homme : science, mer et maison du roi._

[209] Ce Diégo de Urbina était capitaine de la

compagnie où Cervantès combattit à la bataille de Lépante.

[210] Cervantès parle de cette bataille en témoin

oculaire, et l'on conçoit qu'il prenne plaisir à rapporter

quelques détails de ses campagnes.

[211] Il s'appelait Aluch-Ali, dont les chrétiens ont fait

par corruption Uchali. « Aluch, dit le P. Haedo, signifie, en

turc, _nouveau musulman, _nouveau converti ou renégat ;

ainsi ce n'est pas un nom, mais un surnom. Le nom est Ali, et

les deux ensemble veulent dire le renégat Ali. » _(Epitome de

los reyes de Argel.)_

[212] Uchali, dit Arroyo, attaqua cette capitane avec sept

galères, et les nôtres ne purent la secourir, parce qu'elle s'était

trop avancée au delà de la ligne de combat. Des trois

chevaliers blessés, l'un était F. Piétro Giustiniano, prieur de

Messine et général de Malte ; un autre, Espagnol, et un autre,

Sicilien. On les trouva encore vivants, enterrés parmi la foule

des morts. _(Relación de la santa Liga, _fol. 67, etc.)

[213] Capitan-Pacha.

[214] Cervantès fit également cette campagne et celle de

l'année 1573.

[215] On appelait ainsi les marins de l'Archipel grec.

[216] « Don Juan d'Autriche, dit Arroyo, marcha toute la

nuit du 16 septembre 1572, pour tomber au point du jour sur

le port de Navarin, où se trouvait toute la flotte turque, ainsi

que l'en avaient informé les capitaines Luis de Acosta et Pero

Pardo de Villamarin. Mais le chef de la chiourme, ajoute

Aguilera, et les pilotes se trompèrent dans le calcul de

l'horloge de sable, et donnèrent au matin contre une île

appelée Prodano, à trois lieues environ de Navarin. De sorte

qu'Uchali eut le temps de faire sortir sa flotte du port, et de la

mettre sous le canon de la forteresse de Modon. »

[217] Au retour de leur captivité, Cervantès et son frère

Rodrigo servirent sous les ordres du marquis de Santa-Cruz, à

la prise de l'île de Terceira sur les Portugais.

[218] Marco-Antonio Arroyo dit que ce capitan, appelé

Hamet-Bey, petit-fils et non fils de Barberousse, « fut tué par

un de ses esclaves chrétiens, et que les autres le mirent en

pièces à coups de dents. » Geronimo Torrès de Aguilera, qui

se trouva, comme Cervantès et comme Arroyo, à la bataille de

Lépante, dit que « la galère d'Hamet-Bey fut conduite à

Naples, et qu'en mémoire de cet événement, on la nomma _la

Prise. » (Cronica de varios sucesos.) _Le P. Haedo ajoute que

ce More impitoyable fouettait les chrétiens de sa chiourme

avec un bras qu'il avait coupé à l'un d'eux. _(Historia de

Argel, _fol. 123.)

[219] Muley-Hamida et Muley-Hamet étaient fils de

Muley-Hassan, roi de Tunis. Hamida dépouilla son père du

trône, et le fit aveugler en lui brûlant les yeux avec un bassin

de cuivre ardent. Hamet, fuyant la cruauté de son frère, se

réfugia à Palerme, en Sicile. Uchali et les Turcs chassèrent de

Tunis Hamida, qui se fortifia dans la Goulette. Don Juan

d'Autriche, à son tour, chassa les Turcs de Tunis, rappela

Hamet de Palerme, le fit gouverneur de ce royaume, et remit

le cruel Hamida entre les mains de don Carlos de Aragon, duc

de Sesa, vice-roi de Sicile. Hamida fut conduit à Naples, où

l'un de ses fils se convertit au christianisme. Il eut pour

parrain don Juan d'Autriche lui-même, et pour marraine

doña Violante de Moscoso, qui lui donnèrent le nom de don

Carlos d'Autriche. Hamida en mourut de chagrin. _(Torrès de

Aguilera, _p. 105 y sig. _Bibliot. real, _cod. 45, f. 531 y 558.)

[220] Don Juan d'Autriche fit élever ce fort, capable de

contenir huit mille soldats, hors des murs de la ville, et près de

l'île de l'Estagno, dont il dominait le canal. Il en donna le

commandement à Gabrio Cervellon, célèbre ingénieur, qui

l'avait construit. Ce fort fut élevé contre les ordres formels de

Philippe II, qui avait ordonné la démolition de Tunis. Mais

don Juan d'Autriche, abusé par les flatteries de ses secrétaires,

Juan de Soto et Juan de Escovedo, eut l'idée de se faire

couronner roi de Tunis, et s'obstina à conserver cette ville. Ce

fut sans doute une des causes de la mort d'Escovedo,

qu'Antonio Perez, le ministre de Philippe II, fit périr _par

ordre supérieur, _comme il le confessa depuis dans la torture,

et sans doute aussi de la disgrâce d'Antonio Perez, que ses

ennemis accablèrent à la fin. _(Torrès de Aguilera, _f. 107 ;

_don Lorenzo Van-der-Hemmen, _dans son livre intitulé

_Don Felipe el Prudente, _f. 98 et 152.)

[221] Cette petite île de l'Estagno formait, d'après

Ferreras, l'ancien port de Carthage. L'ingénieur Cervellon y

trouva une tour antique, dont il fit une forteresse, en y

ajoutant des courtines et des boulevards. _(Aguilera, _f. 122.)

[222] Gabrio Cervellon fut général de l'artillerie et de la

flotte de Philippe II, grand prince de Hongrie, etc. Lorsqu'il

fut pris à la Goulette, Sinan-Pacha le traita

ignominieusement, lui donna un soufflet, et, malgré ses

cheveux blancs, le fit marcher à pied devant son cheval

jusqu'au rivage de la mer. Cervellon recouvra la liberté dans

l'échange qui eut lieu entre les prisonniers chrétiens de la

Goulette et de Tunis et les prisonniers musulmans de Lépante.

Il mourut à Milan, en 1580.

[223] C'est le nom qu'on donnait alors aux Albanais.

[224] Le petit moine. - Le véritable nom de cet

ingénieur, qui servit Charles-Quint et Philippe II, était

Giacomo Paleazzo. Outre les constructions militaires dont

parle ici Cervantès, il répara, en 1573, les murailles de

Gibraltar, et éleva des ouvrages de défense au pont de Zuaro,

en avant de Cadix. Ce fut son frère, Giorgio Paleazzo, qui traça

le plan des fortifications de Mayorque, en 1583, et dirigea les

travaux de la citadelle de Pampelune, en 1592.

[225] Le P. Haedo donne la même étymologie à son nom.

[226] Dans sa _Topografia de Argel _(chap. XXI), le P.

Haedo lui donne le titre de _Capitan des corsaires. _« C'est,

dit-il, une charge que confère le Grand Turc. Il y a un capitan

des corsaires à Alger, un autre à Tripoli, et un troisième à

Tunis. » Cet Uchali Fartax était natif de Licastelli, en Calabre.

Devenu musulman, il se trouva, en 1560, à la déroute de

Gelvès, où plus de 10 000 Espagnols restèrent prisonniers.

Plus tard, étant roi ou dey d'Alger, il porta secours aux

Morisques de Grenade, révoltés contre Philippe II. Nommé

général de la flotte turque, en 1571, après la bataille de

Lépante, il se trouva l'année suivante à Navarin, et mourut

empoisonné en 1580.

[227] Les Espagnols le nomment Azanaga.

[228] Bagne _(balio) _signifie, d'après la racine arabe

dont les Espagnols ont fait _albañil _(maçon), un édifice en

plâtre. - La vie que menaient les captifs dans ces bagnes

n'était pas aussi pénible qu'on le croit communément. Ils

avaient des oratoires où leurs prêtres disaient la messe ; on y

célébrait les offices divins avec pompe et en musique ; on y

baptisait les enfants, et tous les sacrements y étaient

administrés ; on y prêchait, on y faisait des processions, on y

instituait des confréries, on y représentait des _autos

sacramentales, _la nuit de Noël et les jours de la Passion ;

enfin, comme le remarque Clémencin, les prisonniers

musulmans n'avaient certes pas autant de liberté en Espagne,

ni dans le reste de la chrétienté. (Gomez de Losada, _Escuela

de trabajos y cautiverio de Argel, _lib. II, cap. XLVI y sig.)

[229] Ce maître du captif était Vénitien, et s'appelait

Andreta. Il fut pris étant clerc du greffier d'un navire de

Raguse. S'étant fait Turc, il prit le nom d'Hassan-Aga, devint

élamir, ou trésorier d'Uchali, lui succéda dans le

gouvernement d'Alger, puis dans l'emploi de général de la

mer, et mourut, comme lui, empoisonné par un rival qui le

remplaça. (Haedo, _Historia de Argel, _fol. 89.)

[230] Ce _tel _de Saavedra est Cervantès lui-même.

Voici comment le P. Haedo s'exprime sur son compte : « Des

choses qui se passèrent dans ce souterrain pendant l'espace de

sept mois que ces chrétiens y demeurèrent, ainsi que de la

captivité et des exploits de Miguel de Cervantès, on pourrait

écrire une histoire particulière. » _(Topografia, _fol. 184.)

Quant au captif qui raconte ici sa propre histoire, c'est le

capitaine Ruy Perez de Viedma, esclave, comme Cervantès,

d'Hassan-Aga, et l'un de ses compagnons de captivité.

[231] _Zalemas._

[232] Le P. Haedo, dans sa _Topografia _et dans son

_Epitome de los reyes de Argel, _cite souvent cet Agi-Morato,

renégat slave, comme un des plus riches habitants d'Alger.

[233] Il se nommait Morato Raez Maltrapillo. Ce fut ce

renégat, ami de Cervantès, qui le sauva du châtiment et peut-

être de la mort, quand il tenta de s'enfuir, en 1579. Haedo cite

à plusieurs reprises ce Maltrapillo.

[234] Cette esclave s'appelait Juana de Renteria.

Cervantès parle d'elle dans sa comédie _los Baños de Argel,

_dont le sujet est aussi l'histoire de Zoraïde. Le captif don

Lope demande au renégat Hassem : « Y a-t-il par hasard, dans

cette maison, quelque renégate ou esclave chrétienne ? »

_Hassem. _« Il y en avait une, les années passées, qui

s'appelait Juana, et dont le nom de famille était, à ce que je

crois bien, de Renteria. » _Lope. _« Qu'est-elle devenue ? »

_Hassem. _« Elle est morte. C'est elle qui a élevé cette

Moresque dont je vous parlais. C'était une rare matrone,

archive de foi chrétienne, etc. » _(Jornada I.)_

[235] Prière, oraison.

[236] Cervantès dit, dans sa comédie de _los Baños de

Argel _(jornada III), que cette fille unique d'Agi-Morato

épousa Muley-Maluch, qui fut fait roi de Fez en 1576. C'est ce

que confirment le P. Haedo, dans son _Epitome, _et Antonio

de Herrera, dans son _Historia de Portugal._

[237] _Bab-Azoun _veut dire _porte des troupeaux de

brebis. _Le P. Haedo, dans sa _Topografia, _dit au chapitre

VI : « En descendant quatre cents pas plus bas, est une autre

porte principale, appelée Bab-Azoun, qui regarde entre le midi

et le levant. C'est par là que sortent tous les gens qui vont aux

champs, aux villages et aux _douars (aduares) _des Mores. »

Alger, comme on voit, n'avait point changé depuis la captivité

de Cervantès.

[238] Ce projet de Zoraïde est précisément celui

qu'imagina Cervantès, quand son frère Rodrigo se racheta

pour lui envoyer ensuite une barque sur laquelle il s'enfuirait

avec les autres chrétiens : ce qu'il tenta vainement de faire en

1577.

[239] Ceci est une allusion à l'aventure de la barque qui

vint chercher, en 1577, Cervantès et les autres gentilshommes

chrétiens qui étaient restés cachés dans un souterrain pour

s'enfuir en Espagne.

[240] Cet arrangement de l'achat d'une barque fut

précisément celui que fit Cervantès, en 1579, non pas avec

Maltrapillo, mais avec un autre renégat nommé le licencié

Giron.

[241] _Tagarin _veut dire _de la frontière. _On donnait

ce nom aux Mores venus de l'Aragon et de Valence. On

appelait, au contraire, _Mudejares, _qui signifie _de

l'intérieur, _les Mores venus de l'Andalousie. (Haedo,

_Topografia, _etc. Luis del Marmol, _Descripcion de Africa,

_etc.)

[242] Ce marchand s'appelait Onofre Exarque. Ce fut lui

qui procura l'argent pour acheter la barque où Cervantès

devait s'enfuir avec les autres chrétiens, en 1579.

[243] Sargel, ou Cherchel, est situé sur les ruines d'une

cité romaine qui s'appelait, à ce qu'on suppose, Julia

Caesarea. C'était, au commencement du seizième siècle, une

petite ville d'environ trois cents feux, qui fut presque

dépeuplée lorsque Barberousse se rendit maître d'Alger. Les

Morisques, chassés d'Espagne en 1610, s'y réfugièrent en

grand nombre, attirés par la fertilité des champs, et y

établirent un commerce assez considérable, non-seulement de

figues sèches, mais de faïence, d'acier et de bois de

construction. Le port de Sargel, qui pouvait contenir alors

vingt galères abritées, fut comblé par le sable et les débris

d'édifices, dans le tremblement de terre de 1738.

[244] Voyez la note 239 du chap. XL.

[245] C'est la langue franque. Le P. Haedo s'exprime

ainsi dans la _Topografia _(chap. XXIX) : « La troisième

langue qu'on parle à Alger est celle que les Mores et les Turcs

appellent _franque. _C'est un mélange de diverses langues

chrétiennes, et d'expressions qui sont, pour la plupart,

italiennes ou espagnoles, et quelquefois portugaises, depuis

peu. Comme à cette confusion de toutes sortes d'idiomes se

joint la mauvaise prononciation des Mores et des Turcs, qui

ne connaissent ni les modes, ni les temps, ni les cas, la langue

franque d'Alger n'est plus qu'un jargon semblable au parler

d'un nègre novice nouvellement amené en Espagne. »

[246] C'est-à-dire de l'Albanais Mami. Il était capitan de

la flotte où servait le corsaire qui fit Cervantès prisonnier, et

« si cruelle bête, dit Haedo, que sa maison et ses vaisseaux

étaient remplis de nez et d'oreilles qu'il coupait, pour le

moindre motif, aux pauvres chrétiens captifs. » Cervantès fait

encore mention de lui dans la _Galatée _et d'autres ouvrages.

[247] Le _zoltani _valant 40 aspres d'argent, ou presque

2 piastres fortes d'Espagne, c'était environ 15 000 francs.

[248] Bagarins, de _bahar, _mer, signifie matelots. « Les

Mores des montagnes, dit Haedo, qui vivent dans Alger,

gagnent leur vie, les uns en servant les Turcs ou de riches

Mores ; les autres, en travaillant aux jardins ou aux vignes, et

quelques-uns en ramant sur les galères et les galiotes ; ceux-ci,

qui louent leurs services, sont appelés _bagarinès. »

(Topografia, _cap. II.)

[249] Commandant d'un bâtiment algérien.

[250] Nazaréens.

[251] _Kava _est le nom que donnent les Arabes à

Florinde, fille du comte Julien. Voici ce que dit, sur ce

promontoire, Luis del Marmol, dans sa _Description general

de Africa _(lib. IV, cap. XLIII), après avoir parlé des ruines de

Césarée : « Là sont encore debout les débris des deux temples

antiques..., dans l'un desquels est un dôme très-élevé, que les

Mores appellent _Cobor rhoumi, _ce qui veut dire _sépulcre

romain ; _mais les chrétiens, peu versés dans l'arabe,

l'appellent _Cava rhouma, _et disent fabuleusement que là est

enterrée la Cava, fille du comte Julien... À l'est de cette ville,

est une grande montagne boisée, que les chrétiens appellent

_de la mauvaise femme, _d'où l'on tire, pour Alger, tout le

bois de construction des navires. » Cette montagne est

probablement le cap Cajinès.

[252] On sait que les musulmans sont iconoclastes, et

qu'ils proscrivent, comme une idolâtrie, toute espèce de

représentation d'êtres animés.

[253] L'aventure du captif est répétée dans la comédie

_los Baños de Argel, _et Lope de Vega l'a introduite également

dans celle intitulée _los Cautivos de Argel. _Cervantès la

donne comme une histoire véritable, et termine ainsi la

première de ces pièces : « Ce conte d'amour et de doux

souvenir se conserve toujours à Alger, et l'on y montrerait

encore aujourd'hui la fenêtre et le jardin... »

[254] La charge d'auditeur aux chancelleries et

audiences, en Espagne, répondait à celle de conseiller au

parlement parmi nous.

[255] _Rui, _abrévation, pour Rodrigo.

[256] Pilote d'Énée.

Surgit Palinurus, et omnes

Explorat ventos...,

Sidera cuncta notat tacito labentia coelo.

_(_A_En., _lib. III.)

[257] _Clara _y _luciente estrella ;_ jeu de mots sur le

nom de Clara.

[258] Il n'y avait point encore de vitres en verre à

Madrid, même dans la maison d'un auditeur.

[259] Tergeminamque Hecaten, tria virginis ora Dianae.

(VIRGILE.)

[260] Le Pénée était précisément un fleuve de Thessalie ;

il arrosait la vallée de Tempé.

[261] Comme le bon sens de Roland, qu'Astolphe

rapporta de la lune.

[262] _La garrucha. _On suspendait le patient, en le

chargeant de fers et de poids considérables, jusqu'à ce qu'il

eût avoué son crime.

[263] _Allá van leyes do quieren reyes. _« Ainsi vont les

lois, comme le veulent les rois. « Cet ancien proverbe espagnol

prit naissance, au dire de l'archevêque Rodrigo Ximenès de

Rada (lib. VI, cap. XXV), lors de la querelle entre le rituel

gothique et le rituel romain, qui fut vidée, sous Alphonse VI,

par les diverses épreuves du _jugement de Dieu, _même par le

combat en champ clos.

[264] _Orlando furioso, _canto XXVII.

[265] Les règlements de la Sainte-Hermandad, rendus à

Torrelaguna, en 1485, accordaient à ses archers

_(cuadrilleros) _une récompense de trois mille maravédis

quand ils arrêtaient un malfaiteur dont le crime emportait

peine de mort ; deux mille, quand celui-ci devait être

condamné à des peines afflictives, et mille, quand il ne pouvait

encourir que des peines pécuniaires.

[266] L'aventure des archers s'est passée dans le chapitre

précédent, et le chapitre suivant porte le titre qui conviendrait

à celui-ci : _De l'étrange manière dont fut enchanté don

Quichotte, _etc. Cette coupe des chapitres, très-souvent

inexacte et fautive, et ces interversions de titres que

l'Académie espagnole a corrigées quelquefois, proviennent

sans doute de ce que la première édition de la première partie

du _Don Quichotte _se fit en l'absence de l'auteur, et sur des

manuscrits en désordre.

[267] La comédie que composa don Guillen de Castro,

l'auteur original du _Cid, _sur les aventures de don Quichotte,

et qui parut entre la première et la seconde partie du roman

de Cervantès, se termine par cet enchantement et cette

prophétie.

Dans sa comédie, Guillen de Castro introduisait les

principaux épisodes du roman, mais avec une légère

altération. Don Fernand était fils aîné du duc, et Cardénio un

simple paysan ; puis, à la fin, on découvrait qu'ils avaient été

changés en nourrice, ce qui rendait le dénoûment plus

vraisemblable, car don Fernand, devenu paysan, épousait la

paysanne Dorothée, et la grande dame Luscinde épousait

Cardénio, devenu grand seigneur.

[268] Voir la note 264 mise au titre du chapitre

précédent.

[269] Elle est, en effet, de Cervantès, et parut, pour la

première fois, dans le recueil de ses _Nouvelles exemplaires,

_en 1613. On la trouvera parmi les _Nouvelles de Cervantès

_dont j'ai publié la traduction.

[270] Gaspar Cardillo de Villalpando, qui se distingua au

concile de Trente, est l'auteur d'un livre de scolastique, fort

estimé dans son temps, qui a pour titre : _Sumas de las

súmulas. _Alcala, 1557.

[271] Pline, Apulée, toute l'antiquité, ont placé les

gymnosophistes dans l'Inde. Mais don Quichotte pouvait se

permettre quelque étourderie.

[272] On sait que ce fameux voyageur vénitien, de retour

en Italie, et prisonnier des Génois en 1298, fit écrire la relation

de ses voyages par Eustache de Pise, son compagnon de

captivité. Cette relation fut traduite en espagnol par le

_maestre _Rodrigo de Santaella. _Séville, _1518.

[273] Comme Le Tasse, dans la description des

enchantements d'Ismène et d'Armide.

[274] Cervantès donnait son opinion sur ce dernier point

bien avant la querelle que fit naître _Télémaque._

[275] Ces trois pièces sont de Lupercio Leonardo de

Argensola, qui a mieux réussi, comme son frère Bartolomé,

dans la poésie lyrique que sur le théâtre. L'_Isabella _et

l'_Alexandra _ont été publiées dans le sixième volume du

_Parnaso español _de don Juan Lopez Sedano. La _Filis _est

perdue.

[276] _L'Ingratitude vengée (la Ingratitud vengada) _est

de Lope de Vega ; la _Numancia, _de Cervantès lui-même ;

_le Marchand amoureux (el Mercador amante), _de Gaspard

de Aguilar, et _l'Ennemie favorable (la Enemiga favorable),

_du chanoine Francisco Tarraga.

[277] Enfant au premier acte et barbon au dernier,

(BOILEAU.)

comme cela se voit dans plusieurs pièces de Lope de

Vega, _Urson _y _Valentin, los Porceles de Murcia, el primer

Rey de Castilla, _etc.

[278] Peu s'en faut qu'il n'en soit ainsi dans plusieurs

comédies du même Lope de Vega, _el nuevo mundo

descubierto por Cristo val Colon, el rey Bamba, las Cuentas del

grand Capitan, la Doncella Teodor, _etc.

[279] Lope de Vega fit mieux encore dans la comédie _la

Limpieza no manchada (la Pureté sans tache). _On y voit le

roi David, le saint homme Job, le prophète Jérémie, saint

Jean-Baptiste, sainte Brigitte, et l'université de Salamanque.

[280] Ou _Autos sacramentales. _Lope de Vega en a fait

environ quatre cents : _San Francisco, san Nicolas, san

Agustin, san Roque, san Antonio, _etc.

[281] Je ne sais trop sur quoi Cervantès fonde son éloge

des théâtres étrangers. À son époque, les Italiens n'avaient

guère que _la Mandragore _et les pièces du Trissin ; la scène

française était encore dans les langes, Corneille n'avait point

paru ; la scène allemande était à naître, et Shakespeare, le seul

grand auteur dramatique de l'époque, ne se piquait

assurément guère de cette régularité classique qui permettait

aux étrangers d'appeler barbares les admirateurs de Lope de

Vega.

[282] Cet heureux et fécond génie est Lope de Vega,

contre lequel Cervantès a principalement dirigé sa critique du

théâtre espagnol. À l'époque où parut la première partie du

_Don Quichotte, _Lope de Vega n'avait pas encore composé le

quart des dix-huit cents comédies _de capa y espada _qu'a

écrites sa plume infatigable.

Il faut observer aussi qu'à la même époque le théâtre

espagnol ne comptait encore qu'un seul grand écrivain. C'est

depuis qu'ont paru Calderon, Moreto, Alarcon, Tirso de

Molina, Rojas, Solis, etc., lesquels ont laissé bien loin derrière

eux les contemporains de Cervantès.

[283] Premier comte de Castille, dans le dixième siècle.

[284] Le Cid n'était pas de Valence, mais des environs de

Burgos, en Castille. Cervantès le nomme ainsi parce qu'il prit

Valence sur les Almoravides, en 1094.

[285] Guerrier qui se distingua à la prise de Séville par

saint Ferdinand, en 1248.

[286] Ce n'est point du poëte que Cervantès veut parler,

quoiqu'il fût également de Tolède, et qu'il eût passé sa vie

dans les camps : c'est d'un autre Garcilaso de la Vega, qui se

rendit célèbre au siége de Grenade par les rois catholiques, en

1491. On appela celui-ci Garcilaso de _l'Ave Maria, _parce

qu'il tua en combat singulier un chevalier more qui portait,

par moquerie, le nom d'_Ave Maria _sur la queue de son

cheval.

[287] Autre célèbre guerrier de la même époque.

[288] L'histoire de Floripe et de sa tour flottante, où l'on

donna asile à Guy de Bourgogne et aux autres pairs, est

rapportée dans les _Chroniques des douze pairs de France._

[289] Le pont de Mantible, sur la rivière Flagor (sans

doute le Tage), était formé de trente arches de marbre blanc,

et défendu par deux tours carrées. Le géant Galafre, aidé de

cent Turcs, exigeait des chrétiens, pour droit de passage, et

sous peine de laisser leurs têtes aux créneaux du pont, _trente

couples de chiens de chasse, cent jeunes vierges, cent faucons

dressés, et cent chevaux enharnachés ayant à chaque pied un

marc d'or fin. _Fiérabras vainquit le géant. _(Histoire de

Charlemagne, _chap. XXX et suiv.)

[290] Comme les Juifs le Messie, ou les Portugais le roi

don Sébastien.

[291] L'histoire de ce cavalier fut écrite d'abord en

italien, dans le cours du treizième siècle, par le _maestro

_Andréa, de Florence ; elle fut traduite en espagnol par Alonzo

Fernandez Aleman, Séville, 1548.

[292] Le Saint-Grial, ou Saint-Graal, est le plat où

Joseph d'Arimathie reçut le sang de Jésus-Christ, quand il le

descendit de la croix pour lui donner la sépulture. La conquête

du Saint-Grial par le roi Artus et les chevaliers de la Table-

Ronde est le sujet d'un livre de chevalerie, écrit en latin, dans

le douzième siècle, et traduit depuis en espagnol, Séville, 1500.

[293] Les histoires si connues de Tristan de Léonais et de

Lancelot du Lac furent également écrites en latin, avant d'être

traduites en français par ordre du Normand Henri II, roi

d'Angleterre, vers la fin du douzième siècle. Ce fut peu de

temps après que le poëte Chrétien de Troyes fit une imitation

en vers de ces deux romans.

[294] Écrite à la fin du douzième siècle par le troubadour

provençal Bernard Treviez, et traduite en espagnol par Félipe

Camus, Tolède, 1526.

[295] Cette trompe fameuse s'entendait, au rapport de

Dante et de Boyardo, à deux lieues de distance.

[296] Pierre de Beaufremont, seigneur de Chabot-

Charny.

[297] Ou plutôt Ravestein.

[298] Juan de Merlo, Pedro Barba, Gutierre Quixada,

Fernando de Quevara, et plusieurs autres chevaliers de la cour

du roi de Castille Jean II, quittèrent en effet l'Espagne, en

1434, 35 et 36, pour aller dans les cours étrangères _rompre

des lances en l'honneur des dames. _On peut consulter sur ces

pèlerinages chevaleresques la _Cronica del rey don Juan el IIe,

_cap. CCLV à CCLXVII.

[299] Suero de Quiñones, chevalier léonais, fils du grand

bailli _(merinomayor) _des Asturies, célébra, en 1434, sur le

pont de l'Orbigo, à trois lieues d'Astorga, des joutes fameuses

qui durèrent trente jours. Accompagné de neuf autres

_mantenedores, _ou champions, il soutint la lice contre

soixante-huit _conquistadores, _ou aventuriers, venus pour

leur disputer le prix du tournoi. La relation de ces joutes

forme la matière d'un livre de chevalerie, écrit par Fray Juan

de Pineda, sous le titre de _Paso honroso, _et publié à

Salamanque en 1588.

[300] _Cronica del rey don Juan el IIe, _cap. CM.

[301] La _Historia Caroli Magni, _attribuée à

l'archevêque Turpin, et dont on ignore le véritable auteur, fut

traduite en espagnol et considérablement augmentée par

Nicolas de Piamonte, qui fit imprimer la sienne à Séville, en

1528.

[302] Malgré l'affirmation du chanoine, rien n'est moins

sûr que l'existence de Bernard del Carpio ; elle est niée, entre

autres, par l'exact historien Juan de Ferreras.

[303] L'altercation a commencé dans le chapitre

précédent, de même que l'entretien entre don Quichotte et

Sancho, qui lui sert de titre, avait commencé dans le chapitre

antérieur. Faut-il attribuer ces transpositions à la négligence

du premier éditeur, ou bien à un caprice bizarre de

Cervantès ? À voir la même faute tant de fois répétée, je serais

volontiers de ce dernier avis.

[304] Virgile avait dit des Champs-Élysées :

Largior hic campos aether et lumine vestit

Purpureo.

_(_A_En., _lib. VI.)

[305] Allusion au poëme de Giacobo Sannazaro, qui

vivait à Naples vers 1500. L'_Arcadia _fut célèbre en Espagne,

où l'on en fit plusieurs traductions.

[306] On ne s'attendait guère à trouver dans le conte du

chevrier une imitation de Virgile :

Formosam resonare doces Amaryllida silvas.

[307] Autre imitation de Virgile, qui termine ainsi sa

première églogue :

Sunt nobis mitia poma,

Castaneae molles, et pressi copia lactis.

[308] Voilà un passage tout à fait indigne de Cervantès,

qui se montre toujours si doux et si humain ; il y fait jouer au

curé et au chanoine un rôle malséant à leur caractère, et il

tombe justement dans le défaut qu'il a reproché depuis à son

plagiaire Fernandez de Avellaneda. Il n'y a point de semblable

tache dans la seconde partie du Don _Quichotte._

[309] Les processions de pénitents _(disciplinantes),

_qui donnaient lieu à toutes sortes d'excès, furent défendues,

en Espagne, à la fin du règne de Charles III.

[310] Dans le reste de l'Espagne, les femmes mariées

conservaient et conservent encore leurs noms de filles.

Cervantès, dans le cours du Don _Quichotte, _donne

plusieurs noms à la femme de Sancho. Il l'appelle, au

commencement de la première partie, Mari-Gutierrez ; à

présent, Juana Panza ; dans la seconde partie, il l'appellera

Teresa Cascajo ; puis une autre fois, Mari-Gutierrez, puis

Teresa Panza. C'est, en définitive, ce dernier nom qu'il lui

donne.

[311] Il y avait alors à Saragosse une confrérie, sous le

patronage de saint Georges, qui célébrait, trois fois par an,

des joutes qu'on appelait _justas dei arnes. _(Ger. de Urrea,

_Dialogo de la verdadera honra militar.)_

[312] Garcia Ordoñez de Montalvo, l'auteur de _Las

sergas de Esplandian, _dit, en parlant de son livre : « Par

grand bonheur il se retrouva dans une tombe de pierre, qu'on

trouva sur la terre dans un ermitage près de Constantinople,

et fut porté en Espagne par un marchand hongrois, dans une

écriture et un parchemin si vieux, que ce fut à grand'peine

que purent le lire ceux qui entendaient la langue grecque. » La

Chronique d'Amadis de Grèce fut également trouvée « dans

une caverne qu'on appelle les _palais d'Hercule, _enfermée

dans une caisse d'un bois qui ne se corrompt point, parce que,

quand l'Espagne fut prise par les Mores, on l'avait cachée en

cet endroit ».

[313] Cervantès ne pensait point alors à publier une

seconde partie du _Don Quichotte._

[314] Je demande pardon pour la traduction des sonnets

et des épitaphes qui suivent. Que pouvait-on faire d'une poésie

ridicule à dessein ?

[315] Au temps de Cervantès, on commençait à peine à

instituer des académies dans les plus grandes villes de

l'Espagne, Madrid, Séville, Valence. En placer une à

Argamasilla, c'était une autre moquerie contre ce pauvre

village dont _il ne voulait pas se rappeler le nom. _Cervantès

donne aux académiciens d'Argamasilla des surnoms ou

sobriquets, comme c'était l'usage dans les académies

italiennes.

[316] Issu du Congo.

[317] Mot formé de _pan y agua, _pain et eau ; c'est de

ce nom qu'on appelle les commensaux, les parasites, les gens

auxquels on fait l'aumône de la nourriture.

[318] Le capricieux.

[319] Le moqueur.

[320] Nom de guerre d'un fameux renégat, corsaire

d'Alger, et l'un des officiers de Barberousse, qui, sous le règne

de Charles-Quint, fit plusieurs descentes sur les côtes de

Valence.

[321] _Orlando furioso, _canto XXX. - Cervantès répète

et traduit ce vers à la fin du premier chapitre de la seconde

partie :

Y como del Catay recibio el cetro,

Quiza otro cantará con mejor plectro.

L'ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Manche - Tome I · 第 73 / 73 题