Épitaphe

«Ici repose Dulcinée, que, bien que fraîche et dodue, la laide et

épouvantable mort a changée en poussière et en cendre.

«Elle naquit de chaste race et se donna quelques airs de grande

dame; elle fut la flamme du grand don Quichotte, et la gloire de

son village.»

Ces vers étaient les seuls qu'on pût lire. Les autres, dont

l'écriture était rongée des vers, furent remis à un académicien

pour qu'il les expliquât par conjectures. On croit savoir qu'il y

est parvenu à force de veilles et de travail, et qu'il a

l'intention de publier ces vers, dans l'espoir de la troisième

sortie de don Quichotte.

Forse altri canterà con miglior plettro[321].

[1] Ces mots expliquent, à ce que je crois, le véritable

sens du titre _l'Ingénieux hidalgo, _titre fort obscur, surtout

en espagnol, où le mot _ingenioso _a plusieurs significations.

Cervantès a probablement voulu faire entendre que don

Quichotte était un personnage de son invention, un fils de son

esprit (_ingenio_).

[2] Il y a, dans l'original, _padrastro, _le masculin de

_marâtre._

[3] Cette coutume, alors générale, était très-suivie en

Espagne. Chaque livre débutait par une série d'éloges donnés

à son auteur, et, presque toujours, le nombre de ces éloges

était en proportion inverse du mérite de l'ouvrage. Ainsi,

tandis que l'_Araucana _d'Alonzo de Ercilla n'avait que six

pièces de poésie pour recommandations, le _Cancionero _de

Lopez Maldonado en avait douze, le poëme des _Amantes de

Teruel _de Juan Yaguë, seize, le _Viage Entretenido

_d'Agustin de Rojas, vingt-quatre, et les _Rimas _de Lope de

Vega, vingt-huit. C'est surtout contre ce dernier que sont

dirigées les railleries de Cervantès, dans tout le cours de son

prologue.

Au reste, la mode de ces ornements étrangers ne régnait

pas moins en France : qu'on ouvre _la Henriade _et _la

Loyssée _de Sébastien Garnier (Blois, 1594), ces deux chefs-

d'oeuvre réimprimés à Paris en 1770, sans doute pour jouer

pièce à Voltaire, on n'y trouvera pas moins de vingt-huit

morceaux de poésie française et latine, par tous les beaux

esprits de la Touraine, entre autres un merveilleux sonnet où

l'on compare le premier chantre d'Henri IV à un bastion :

Muni, pour tout fossé, de profonde science...

Qui pour mare a Maron, pour terrasse Térence.

[4] Cervantès avait cinquante-sept ans et demi lorsqu'il

publia la première partie du _Don Quichotte._

[5] Personnage proverbial, comme le Juif errant. Dans le

moyen âge, on croyait que c'était un prince chrétien, à la fois

roi et prêtre, qui régnait dans la partie orientale du Thibet,

sur les confins de la Chine. Ce qui a peut-être donné naissance

à cette croyance populaire, c'est qu'il y avait dans les Indes, à

la fin du douzième siècle, un petit prince nestorien, dont les

États furent engloutis dans l'empire de Gengis-Khan.

[6] C'est ce qu'avait fait Lope de Vega dans son poëme

_El Isidro._

[7] En effet, ce n'est point Horace, mais l'auteur

anonyme des fables appelées _Ésopiques. (Canis et Lupus,

_lib. III, fabula XIV.)

[8] Ces vers ne se trouvent point parmi ceux qu'on

appelle _Distiques de Caton; _ils sont d'Ovide. _(Tristes,

_elegia VI.)

[9] Don Antonio de Guévara, qui écrivit, dans une de ses

_Lettres, _la _Notable histoire de trois amoureuses. _« Cette

Lamia, dit-il, cette Layda et cette Flora furent les trois plus

belles et plus fameuses courtisanes qui aient vécu, celles de

qui le plus d'écrivains parlèrent, et pour qui le plus de princes

se perdirent. »

[10] Rabbin portugais, puis médecin à Venise, où il

écrivit, à la fin du quinzième siècle, les _Dialoghi d'amore.

_Montaigne dit aussi de cet auteur : « Mon page fait l'amour,

et l'entend. Lisez-lui Léon Hébreu... On parle de lui, de ses

pensées, de ses actions; et si, n'y entend rien. » (Livre III,

chap. v.)

[11] Cet ouvrage est justement le _Peregrino _ou

l'_Isidro _de Lope de Vega, terminés l'un et l'autre par une

table alphabétique des auteurs cités, et qui contient, dans le

dernier de ces poëmes, jusqu'à cent cinquante-cinq noms. Un

autre Espagnol, don José Pellicer de Salas, fit bien mieux

encore dans la suite. Son livre, intitulé _Lecciones solemnes a

las obras de Don Luis de Gongora _(1630), est précédé d'un

_index _des écrivains cités par lui, par ordre alphabétique, et

divisés en 74 classes, 2165 articles.

[12] Il y a dans le texte _duelos y quebrantos ;

_littéralement _des deuils et des brisures. _Les traducteurs,

ne comprenant point ces mots, ont tous mis, les uns après les

autres, _des oeufs au lard à la manière d'Espagne. _En voici

l'explication : il était d'usage, dans les bourgs de la Manche,

que, chaque semaine, les bergers vinssent rendre compte à

leurs maîtres de l'état de leurs troupeaux. Ils apportaient les

pièces de bétail qui étaient mortes dans l'intervalle, et dont la

chair désossée était employée en salaisons. Des abatis et des

os brisés se faisait le pot-au-feu les samedis, car c'était alors la

seule viande dont l'usage fût permis ce jour-là, par dispense,

dans le royaume de Castille, depuis la bataille de Las Navas

(1212)_. _On conçoit comment, de son origine et de sa forme,

ce mets avait pris le nom de _duelos _y _quebrantos._

[13] Voici le titre littéral de ces livres : _La Chronique

des très-vaillants chevaliers don Florisel de Niquéa, et le

vigoureux Anaxartes, corrigée du style antique, selon que

l'écrivit Zirphéa, reine d'Agines, par le noble chevalier

Feliciano de Silva. - Saragosse, _1584. Par une rencontre

singulière, cette _Chronique _était dédiée à un duc de Bejar,

bisaïeul de celui à qui Cervantès dédia son _Don Quichotte._

[14] « Que j'achève par des inventions une histoire si

estimée, ce serait une offense. Aussi la laisserai-je en cette

partie, donnant licence à quiconque au pouvoir duquel l'autre

partie tomberait, de la joindre à celle-ci, car j'ai grand désir

de la voir. » _(Bélianis, _livre VI, chap. LXXV.)

[15] Gradué à Sigüenza est une ironie. Du temps de

Cervantès, on se moquait beaucoup des petites universités et

de leurs élèves. Cristoval Suarez de Figueroa, dans son livre

intitulé _el Pasagero, _fait dire à un maître d'école : « Pour ce

qui est des degrés, tu trouveras bien quelque université

champêtre, où ils disent d'une voix unanime : _Accipiamus

pecuniam, et mittamus asinum in patriam suam _(Prenons

l'argent, et renvoyons l'âne dans son pays). »

[16] « Ô bastard ! répliqua Renaud à Roland, qui lui

reprochait ses vols, ô fils de méchante femelle! tu mens en tout

ce que tu as dit; car voler les païens d'Espagne ce n'est pas

voler. Et moi seul, en dépit de quarante mille Mores et plus, je

leur ai pris un Mahomet d'or, dont j'avais besoin pour payer

mes soldats. » _(Miroir de chevalerie, _partie I, chap. XLVI.)

[17] Ou Galadon, l'un des douze pairs de Charlemagne,

surnommé _le Traître, _pour avoir livré l'armée chrétienne

aux Sarrasins, dans la gorge de Roncevaux.

[18] Pietro Gonéla était le bouffon du duc Borso de

Ferrare, qui vivait au quinzième siècle. Luigi Domenichi a fait

un recueil de ses pasquinades. Un jour, ayant gagé que son

cheval, vieux et étique, sauterait plus haut que celui de son

maître, il le fit jeter du haut d'un balcon, et gagna le pari. - La

citation latine est empruntée à Plaute _(Aulularia, _acte III,

scène VI).

[19] Ce nom est un composé et un augmentatif de

_rocin, _petit cheval, bidet, haridelle. Cervantès a voulu faire,

en outre, un jeu de mots. Le cheval qui était rosse auparavant

_(rocin-antes) _est devenu la première rosse _(ante-rocin)._

[20] _Quixote _signifie cuissard, armure de la cuisse;

_quixada, _mâchoire, et _quesada, _tarte au fromage.

Cervantès a choisi pour le nom de son héros cette pièce de

l'armure, parce que la terminaison _ote _désigne

ordinairement en espagnol des choses ridicules.

[21] Quelquefois, en recevant la confirmation, on change

le nom donné au baptême.

[22] Allusion à un passage d'_Amadis, _lorsque Oriane

lui ordonne de ne plus se présenter devant elle. (Livre II, chap.

XLIV.)

[23] En Espagne, on appelle port, _puerto, _un col, un

passage dans les montagnes.

[24] Je conserve, faute d'autre, le mot consacré

d'hôtellerie ; mais il traduit bien mal celui de _venta. _On

appelle ainsi ces misérables auberges isolées qui servent de

station entre les bourgs trop éloignés, et dans lesquelles on ne

trouve guère d'autre gîte qu'une écurie, d'autres provisions

que de l'orge pour les mulets.

[25] Vers d'un ancien romance :

Mis arreos son las armas, Mi descanso el pelear.

(Canc. de Rom.)

[26] Il y a ici un double jeu de mots : _Castellano

_signifie également châtelain et Castillan; mais Cervantès

emploie l'expression de _sano de Castilla, _qui, dans l'argot de

prison, signifie un voleur déguisé.

[27] C'est la continuation du romance cité par don

Quichotte :

_Mi cama las duras peñas,_

_Mi dormir siempre velar._

[28] L'hôtelier trace ici une espèce de carte géographique

des quartiers connus pour être exploités de préférence par les

vagabonds et les voleurs.

[29] Il doit paraître étrange qu'un laboureur porte une

lance avec lui. Mais c'était alors l'usage, chez toutes les classes

d'Espagnols, d'être armés partout de l'épée ou de la lance et du

bouclier, comme aujourd'hui de porter une escopette. Dans le

_Dialogue des chiens Scipion et Berganza, _Cervantès fait

mention d'un bourgeois de campagne qui allait voir ses brebis

dans les champs, _monté sur une jument à l'écuyère, avec la

lance et le bouclier, si bien qu'il semblait plutôt un cavalier

garde-côte qu'un seigneur de troupeaux._

[30] Ce _romance, _en trois parties, dont l'auteur est

inconnu, se trouve dans le _Cancionero, _imprimé à Anvers

en 1555. On y rapporte que Charlot (Carloto), fils de

Charlemagne, attira Baudouin dans _le bocage de malheur (la

foresta sin ventura), _avec le dessein de lui ôter la vie et

d'épouser sa veuve. Il lui fit, en effet, vingt-deux blessures

mortelles, et le laissa sur la place. Le marquis de Mantoue, son

oncle, qui chassait dans les environs, entendit les plaintes du

blessé, et le reconnut. Il envoya une ambassade à Paris pour

demander justice à l'empereur, et Charlemagne fit décapiter

son fils.

[31] _Les Neuf de la Renommée (los Nueve de la Fama)

_sont trois Hébreux, Josué, David et Judas Machabée ; trois

gentils, Hector, Alexandre et César ; et trois chrétiens, Arthur,

Charlemagne et Godefroi de Bouillon.

[32] C'est Alquife, mari d'Urgande la Déconnue, qui

écrivit la _Chronique d'Amadis de Grèce. _La nièce de don

Quichotte estropie son nom.

[33] On ne sait pas précisément ni quel fut l'auteur

primitif d'_Amadis de Gaule, _ni même en quel pays parut

originairement ce livre célèbre. À coup sûr, ce n'est point en

Espagne. Les uns disent qu'il venait de Flandre; d'autres, de

France; d'autres, de Portugal. Cette dernière opinion paraît la

plus fondée. On peut croire, jusqu'à preuve contraire, que

l'auteur original de l'_Amadis _est le Portugais Vasco de

Lobeira, qui vivait, selon Nicolas Antonio, sous le roi Denis

(Dionis), à la fin du treizième siècle, et, selon Clemencin, sous

le roi Jean Ier, à la fin du quatorzième. Des versions espagnoles

circulèrent d'abord par fragments; sur ces fragments

manuscrits se firent les éditions partielles du quinzième siècle,

et l'arrangeur Garcia Ordoñez de Montalvo forma, en les

compilant, son édition complète de 1525. D'Herberay donna,

en 1540, une traduction française de l'_Amadis, _fort goûtée

en son temps, mais oubliée depuis l'imitation libre du comte

de Tressan, que tout le monde connaît.

[34] Ce livre est intitulé : _Le Rameau qui sort des

quatre livres d'Amadis de Gaule, appelé les Prouesses du très-

vaillant chevalier Esplandian, fils de l'excellent roi Amadis de

Gaule, _Alcala, 1588. Son auteur est Garcia Ordoñez de

Montalvo, l'éditeur de l'_Amadis. _Il annonce, au

commencement, que ces _Prouesses _furent écrites en grec

par maître Hélisabad, chirurgien d'Amadis, et qui les a

traduites. C'est pour cela qu'il donne à son livre le titre

étrange de _las Sergas, _mot mal forgé du grec . Il

voulait dire _las Ergas._

[35] L'histoire d'Amadis de Grèce a pour titre :

_Chronique du très-vaillant prince et chevalier de l'Ardente-

Épée Amadis de Grèce, _etc., Lisbonne, 1596. L'auteur dit

aussi qu'elle fut écrite en grec par le sage Alquife, puis

traduite en latin, puis en romance. Nicolas Antonio, dans sa

_Bibliothèque espagnole, _t. XI, 394, compte jusqu'à vingt

livres de chevalerie écrits sur les aventures des descendants

d'Amadis.

[36] L'auteur de ces deux ouvrages est Antonio de

Torquémada.

[37] Ou _Félix-Mars d'Hircanie, _publié par Melchior de

Ortéga, chevalier d'Ubéda, Valladolid, 1556.

[38] Sa mère Marcelina, femme du prince Florasan de

Misia, le mit au jour dans un bois, et le confia à une femme

sauvage, appelée Balsagina, qui, des noms réunis de ses

parents, le nomma Florismars, puis Félix-Mars.

[39] _Chronique du très-vaillant chevalier Platir, fils de

l'empereur Primaléon, _Valladolid, 1533. L'auteur de cet

ouvrage est inconnu, comme le sont la plupart de ceux qui ont

écrit des livres de chevalerie.

[40] _Livre de l'invincible chevalier Lepolemo, et des

exploits qu'il fit, s'appelant le chevalier de la Croix, _Tolède,

1562 et 1563. Ce livre a deux parties, dont l'une, au dire de

l'auteur, fut écrite en arabe, sur l'ordre du sultan Zuléma, par

un More nommé Zarton, et traduite par un captif de Tunis ;

l'autre en grec, par le roi Artidore.

[41] Cet ouvrage est formé de quatre parties : la

première, composée par Diego Ordoñez de Calahorra, fut

imprimée en 1502, et dédiée à Martin Cortez, fils de Fernand

Cortez ; la seconde, écrite par Pedro de la Sierra, fut imprimée

à Saragosse, en 1586 ; les deux dernières, composées par le

licencié Marcos Martinez, parurent aussi à Saragosse, en

1603.

[42] Tout le monde sait que Boyardo est auteur de

_Roland amoureux, _et l'Arioste de _Roland furieux._

[43] Ce capitaine est don Geronimo Ximenez de Urrea,

qui fit imprimer sa traduction à Lyon, en 1556. Don Diego de

Mendoza avait dit de lui : « Et don Geronimo de Urrea n'a-t-il

pas gagné renom de noble écrivain et beaucoup d'argent, ce

qui importe plus, pour avoir traduit le _Roland furieux,

_c'est-à-dire pour avoir mis, où l'auteur disait _cavaglieri,

_cavalleros ; _arme, _armas ; _amori, _amores ? De cette

façon, j'écrirais plus de livres que n'en fit Mathusalem. »

[44] Ce poëme, écrit en octaves, est celui d'Agustin

Alonzo, de Salamanque, Tolède, 1585. Il ne faut pas le

confondre avec celui de l'évêque Balbuéna, qui ne parut

qu'après la mort de Cervantès.

[45] De Francisco Garrido de Villena. Tolède, 1585.

[46] Le premier des _Palmerins _est intitulé : _Livre du

fameux chevalier Palmerin d'Olive, qui fit par le monde de

grands exploits d'armes, sans savoir de qui il était fils,

_Médina del Campo, 1563. Son auteur est une femme

portugaise, à ce qu'on suppose, dont le nom est resté inconnu.

L'autre _Palmerin (Chronica do famoso é muito esforzado

cavaleiro Palmeirim da Ingalaterra, _etc.), est formé de six

parties. Les deux premières sont attribuées, par les uns, au roi

Jean II, par d'autres, à l'infant don Louis, père du prieur de

Ocrato, qui disputa la couronne de Portugal à Philippe II ; par

d'autres encore, à Francisco de Moraes. Les troisième et

quatrième parties furent composées par Diego Fernandez ; les

cinquième et sixième, par Balthazar Gonzalez Lobato, tous

Portugais.

[47] Ce roman est intitulé : _Livre du valeureux et

invincible prince don Bélianis de Grèce, fils de l'empereur don

Béliano et de l'impératrice Clorinda ; traduit de la langue

grecque, dans laquelle l'écrivit le sage Friston, par un fils du

vertueux Torribio Fernandez, _Burgos, 1579. Ce fils du

vertueux Torribio était le licencié Geronimo Fernandez,

avocat à Madrid.

[48] C'est-à-dire le délai nécessaire pour assigner en

justice ceux qui résident aux colonies, six mois au moins.

[49] L'une était suivante et l'autre duègne de la princesse

Carmésina, prétendue de Tirant le Blanc.

[50] Cet auteur inconnu, qui méritait les galères, au dire

du curé, intitula son ouvrage : _Tirant le Blanc, de Roche-

Salée, chevalier de la Jarretière, qui, par ses hauts faits de

chevalerie, devint prince et césar de l'empire grec. _Le héros

se nomme Tirant, parce que son père était seigneur de la

marche de Tirania, et Blanco, parce que sa mère s'appelait

Blanche ; on ajouta de Roche-Salée, parce qu'il était seigneur

d'un château fort bâti sur une montagne de sel. Ce livre, l'un

des plus anciens du genre, fut probablement écrit en portugais

par un Valencien nommé Juannot Martorell. Une traduction

en langue limousine, faite par celui-ci et terminée, après sa

mort, par Juan de Galba, fut imprimée à Valence en 1490. Les

exemplaires de la traduction espagnole publiée à Valladolid,

en 1516, sont devenus d'une extrême rareté. Ce livre manque

dans la collection de romans originaux de chevalerie que

possède la bibliothèque impériale de Paris. On l'a même

vainement cherché dans toute l'Espagne, pour la bibliothèque

de Madrid, et les commentateurs sont obligés de le citer en

italien ou en français.

[51] Portugais : il était poëte, musicien et soldat. Il fut

tué dans le Piémont, en 1561.

[52] Salmantin veut dire de Salamanque. C'était un

médecin de cette ville, nommé Alonzo Perez.

[53] Poëte valencien, qui continua l'oeuvre de

Montemayor, sous le titre de _Diana enamorada._

[54] Voici le titre de l'ouvrage : _Les dix livres de

Fortune d'amour, où l'on trouvera les honnêtes et paisibles

amours du berger Frexano et de la belle bergère Fortune,

_Barcelone, 1573.

[55] Par don Bernardo de la Vega, chanoine de

Tucuman, Séville, 1591.

[56] Par Bernardo Gonzalez de Bobadilla, Alcala, 1587.

[57] Par Bartolome Lopez de Enciso, Madrid, 1586.

[58] Par Luis Galvez de Montalvo, Madrid, 1582.

[59] Par don Pedro Padilla, Madrid, 1575.

[60] Imprimé à Madrid en 1586.

[61] Cervantès renouvela, dans la dédicace de _Persilès y

Sigismunda, _peu de jours avant sa mort, la promesse de

donner cette seconde partie de la _Galatée. _Mais elle ne fut

point trouvée parmi ses écrits.

[62] Le grand poëme épique de l'_Araucana _est le récit

de la conquête de l'_Arauco, _province du Chili, par les

Espagnols. Alonzo de Ecilla faisait partie de l'expédition.

L'_Austriada _est l'histoire héroïque de don Juan d'Autriche,

depuis la révolte des Morisques de Grenade jusqu'à la bataille

de Lépante. Enfin le _Monserrate _décrit la pénitence de saint

Garin et la fondation du monastère de Monserrat, en

Catalogne, dans le neuvième siècle.

[63] Poëme en douze chants, de Luis Barahona de Soto,

1586.

[64] Il y avait, à l'époque de Cervantès, deux poëmes de

ce nom sur les victoires de Charles-Quint : l'un de Geronimo

Sampere, Valence, 1560 ; l'autre de Juan Ochoa de la Salde,

Lisbonne, 1585.

[65] _El León de España, _poëme en octaves, de Pedro

de la Vecilla Castellanos, sur les héros et les martyrs de

l'ancien royaume de Léon. Salamanque, 1586.

[66] _Los hechos del imperador. _C'est un autre poëme

_(Carlo famoso), _en cinquante chants et en l'honneur de

Charles-Quint, composé, non par don Luis de Avila, mais par

don Luis Zapata. Il y a dans le texte une faute de l'auteur ou de

l'imprimeur.

[67] Allusion au tournoi de Persépolis, dans le roman de

_Bélianis de Grèce._

[68] Cervantès aura sans doute écrit Friston, nom de

l'enchanteur, auteur supposé de _Bélianis, _qui habitait la

_forêt de la Mort._

[69] En Espagne, dans la hiérarchie nobiliaire, le titre de

marquis est inférieur à celui de comte. C'est le contraire en

Angleterre et en France.

[70] Cette aventure de Diego Perez de Vargas, surnommé

_Machuca, _arriva à la prise de Xérès, sous saint Ferdinand.

Elle est devenue le sujet de plusieurs _romances._

[71] Règle neuvième : « Qu'aucun chevalier ne se plaigne

d'aucune blessure qu'il ait reçue. » (MARQUEZ, _Tesoro

militar de cavalleria)._

[72] Cervantès divisa la première partie du _Don

Quichotte _en quatre livres fort inégaux entre eux, car le

troisième est plus long que les deux premiers, et le quatrième

plus long que les trois autres. Il abandonna cette division dans

la seconde partie, pour s'en tenir à celle des chapitres.

[73] Ainsi ce fut le sage Alquife qui écrivit la chronique

d'Amadis de Grèce ; le sage Friston, l'histoire de don Bélianis ;

les sages Artémidore et Lirgandéo, celle du chevalier de

Phoebus ; le sage Galténor, celle de Platir, etc.

[74] Ou cette plaisanterie, fort heureusement placée par

Cervantès en cet endroit, avait cours de son temps, même hors

de l'Espagne, ou Shakespeare et lui l'ont imaginée à la fois. On

lit, dans _les Joyeuses bourgeoises de Windsor _(acte II, scène

II) :

FALSTAF

Bonjour, ma bonne femme.

QUICKLY

Plaise à Votre Seigneurie, ce nom ne m'appartient pas.

FALSTAF

Ma bonne fille, donc.

QUICKLY

J'en puis jurer ; comme l'était ma mère quand je suis

venue au monde.

[75] Cervantès veut parler de l'hébreu, et dire qu'il aurait

bien trouvé quelque juif à Tolède.

[76] On a donné le nom de _Morisques _aux

descendants des Arabes et des Mores restés en Espagne après

la prise de Grenade, et convertis par force au christianisme.

Voyez, à ce sujet, mon _Histoire des Arabes et des Mores

d'Espagne, _t. I, chap. VII.

[77] Pour accommoder son livre à la mode des romans

de chevalerie, Cervantès suppose qu'il fut écrit par un More, et

ne se réserve à lui-même que le titre d'éditeur. Avant lui, le

licencié Pedro de Lujan avait fait passer son histoire du

chevalier de la Croix pour l'oeuvre du More Xarton, traduite

par un captif de Tunis.

L'orientaliste don José Conde a récemment découvert la

signification du nom de ce More, auteur supposé du _Don

Quichotte. _Ben-Engéli est un composé arabe dont la racine,

_iggel _ou _eggel, _veut dire cerf, comme Cervantès est un

composé espagnol dont la racine est _ciervo. Engéli _est

l'adjectif arabe correspondant aux adjectifs espagnols _cerval

_ou _cervanteño. _Cervantès, longtemps captif parmi les

Mores d'Alger, dont il avait appris quelque peu la langue, a

donc caché son nom sous un homonyme arabe.

[78] Au contraire, c'est la seule fois que Sancho soit

nommé Zancas. Il est presque superflu de dire que _Panza

_signifie panse, et _Zancas, _jambes longues et cagneuses.

[79] Cervantès fait sans doute allusion au nom de _chien

_que se donnaient réciproquement les chrétiens et les Mores.

On disait en Espagne : _Perro moro._

[80] La _Santa Hermandad, _ou _Sainte Confrérie,

_était une juridiction ayant ses tribunaux et sa maréchaussée,

spécialement chargée de la poursuite et du châtiment des

malfaiteurs. Elle avait pris naissance dès le commencement du

treizième siècle, en Navarre, et par des associations

volontaires ; elle pénétra depuis en Castille et en Aragon, et fut

complètement organisée sous les rois catholiques.

[81] Ou _Fier-à-Bras. _« C'était, dit l'_Histoire de

Charlemagne, _un géant, roi d'Alexandrie, fils de l'amiral

Balan, conquérant de Rome et de Jérusalem, et païen ou

Sarrasin. Il était grand ennemi d'Olivier, qui lui faisait des

blessures mortelles ; mais il en guérissait aussitôt en buvant

d'un baume qu'il portait dans deux petits barils gagnés à la

conquête de Jérusalem. Ce baume était, à ce qu'on croit, une

partie de celui de Joseph d'Arimathie (qui servit à embaumer

le Sauveur). Mais Olivier, ayant réussi à submerger les deux

barils au passage d'une profonde rivière, vainquit Fier-à-Bras,

qui reçut ensuite le baptême et mourut converti, comme le

rapporte Nicolas de Piamonte. » _(Historia de Carlo Magno,

_cap. VIII et XII.)

[82] _Orlando furioso, _canto XVIII, CLXI, etc.

[83] Voici le serment du marquis de Mantoue, tel que le

rapportent les anciens _romances _composés sur son

aventure : « Je jure de ne jamais peigner mes cheveux blancs

ni couper ma barbe, de ne point changer d'habits ni

renouveler ma chaussure, de ne point entrer en lieux habités

ni ôter mes armes, si ce n'est pour une heure, afin de me laver

le corps, de ne point manger sur nappe ni m'asseoir à table,

jusqu'à ce que j'aie tué Charlot, ou que je sois mort dans le

combat... »

[84] Dans le poëme de Boyardo, le roi de Tartarie,

Agrican, vient faire le siége d'Albraque avec une armée de

deux millions de soldats, qui couvrait quatre lieues d'étendue.

Dans le poëme de l'Arioste, le roi Marsilio assiége la même

forteresse avec les trente-deux rois ses tributaires et tous leurs

gens d'armes.

[85] Royaumes imaginaires cités dans l'_Amadis de

Gaule._

[86] Il peut être curieux de comparer cette description

de l'âge d'or avec celles qu'en ont faites Virgile, dans le

premier livre des _Géorgiques, _Ovide, dans le premier livre

des _Métamorphoses, _et le Tasse, dans le choeur de bergers

qui termine le premier acte de l'_Aminta._

[87] Presque tous les instituts de chevalerie adoptèrent la

même devise. Dans l'ordre de Malte, on demandait au

récipiendaire : « Promettez-vous de donner aide et faveur aux

veuves, aux mineurs, aux orphelins et à toutes les personnes

affligées ou malheureuses ? » Le novice répondait : « Je

promets de le faire avec l'aide de Dieu. »

[88] _Rabel, _espèce de violon à trois cordes, que l'on

connaissait en Espagne dès les premières années du

quatorzième siècle, car l'archiprêtre de Hita en fait mention

dans ses poésies.

[89] Il y a dans l'original « ... Plus que _sarna _(la gale) »

pour Sara, femme d'Abraham. Don Quichotte répond ensuite :

« _Sarna _vit plus que Sara. » Ces jeux de mots ne pouvaient

être traduits.

[90] Il est dit, au chapitre XCIX du roman d'Esplandian,

que l'enchanteresse Morgaïna, soeur du roi Artus, le tenait

enchanté, mais qu'il reviendrait sans faute reprendre un jour

le trône de la Grande-Bretagne. Sur son sépulcre, au dire de

don Diégo de Véra _(Epitome de los imperios), _on avait

gravé ce vers pour épitaphe :

HIC JACET ARTURUS, REX QUONDAM, REXQUE

FUTURUS,

qu'on pourrait traduire ainsi :

L'ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Manche - Tome I · 第 72 / 73 题