notre but du jour sera: faire pleurer Nikita, de rire et d'autre. La toucher
plein coeur, qu'elle soit prête à payer pour connaître la fin d'un roman
hypermedia, en PDF, en CDRom ou même en imprimé.
Bref, l'avenir?
Il se présente à nous sous le soleil d'Icare & des horribles travailleurs.
Sauf que, dans notre domaine DNS, l'avenir n'existe pas, ni le passé (où vont
les liens morts?): l'hyperlien, c'est l'immobilité absolue, le déplacement sans
la durée. Pas de ligne du temps, pas d'horaire d'embarquement... No past, no
future: présents."
= Anne-Bénédicte Joly, écrivain auto-éditeur
Anne-Bénédicte Joly, romancière et essayiste, habite en région parisienne. En
avril 2000, elle décide d'auto-publier ses oeuvres en utilisant l'internet pour
les faire connaître. "Mon site a plusieurs objectifs, raconte-t-elle en juin
2000, deux mois après son ouverture. Présenter mes livres (essais, nouvelles et
romans auto-édités) à travers des fiches signalétiques (dont le format est
identique à celui que l'on trouve dans la base de données Electre) et des
extraits choisis, présenter mon parcours (de professeur de lettres et
d'écrivain), permettre de commander mes ouvrages, offrir la possibilité de
laisser des impressions sur un livre d'or, guider le lecteur à travers des liens
vers des sites littéraires."
Le 13 février 2003, Anne-Bénédicte Joly écrit:
"Le livre numérique ne sera un progrès pour tous que s'il permet un réel accès
universel à la culture, que s'il renforce la libre expression de la pensée et le
plaisir de créer, que s'il propose une alternative aux solutions d'édition
existantes et enfin, que s'il offre un moyen d'expression universelle.
C'est dire que, dans le cadre de mes activités d'auteur auto-éditant ses
oeuvres, je suis en droit de fonder de grands espoirs sur le livre numérique.
Internet est avant tout un merveilleux vecteur de diffusion et de promotion. Je
tente de m'inscrire dans cette logique en proposant sur mon site non seulement
une présentation synthétique de mes travaux mais aussi des extraits de mes
écrits afin que les lecteurs-internautes puissent découvrir mon univers
littéraire. Ne disposant pas de l'appui d'une maison d'édition, ni encore moins
de son réseau de communication et de diffusion, la question de la présentation
de mon livre au public se pose. Le livre numérique me permettrait, en affinant
une politique de prix (les internautes lecteurs semblent disposés à payer un
e-book à 50% de sa valeur en version papier), de proposer mes écrits à un plus
grand nombre de lecteurs. Puisque le net est un promoteur de l'accès à des
livres moins connus (ou absents des réseaux admis de diffusion), je réfléchis
actuellement à l'idée de pousser la logique jusqu'à offrir l'accès au livre
lui-même. La question de la diffusion serait donc réglée.
Par ailleurs, se pose aussi la question de la quantité de tirage d'un livre.
J'édite en moyenne un ouvrage à 300 voire 400 exemplaires. Dommage(s), mon
dernier roman paru en janvier 2003, a été édité à 300 exemplaires. Cette
limitation étant directement liée au coût de fabrication du livre, à
l'investissement global et à la détermination du point mort (combien faut-il que
je vende de livres pour rentrer dans mes frais?). Prenons le cas de deux de mes
précédents livres (Le meublé livres et Deux par d'eux) qui sont aujourd'hui
épuisés. J'ai eu, depuis mon site et directement par certains lecteurs, quelques
demandes concernant ces livres. Malheureusement, à chaque fois ma réponse est la
même. 'Je suis navrée, le livre est épuisé. Vous ne le rééditerez pas? A priori
non.' Je ne peux pas, en effet, financer la réédition (et dans quelles
quantités?) de ces livres. Le livre numérique constitue, pour autant que les
lecteurs souhaitent lire mes écrits sous ce format, une alternative possible.
Bien entendu, comme tout créateur, je suis très attentive (et parfois même
inquiète) à l'utilisation illicite de mes écrits. La question de la protection
de mes oeuvres occupe une place centrale dans ma réflexion. Il existe
aujourd'hui des techniques interdisant les copies illicites et infinies des
oeuvres, les impressions totales ou partielles des textes... Bref la réponse
technologique existe.
Enfin, je réfléchis également sur la perception des droits d'auteur induits par
la diffusion d'une oeuvre sur le net. Dans une récente étude (réalisée en 1999
par Médiangles pour le compte de la SGDL - Société des gens de lettres), 82% des
2.372 personnes interrogées considèrent que les auteurs devraient toucher des
droits pour la diffusion de leurs oeuvres sur le net. Je partage évidemment
cette position même si elle reste difficile à mettre en oeuvre tant du point de
vue pratique, que du point de vue du mode de perception des droits.
En conclusion, et parce que je me situe déjà en dehors des rouages classiques de
la diffusion d'un livre, je considère que le e-book constitue à n'en pas douter
une nouvelle voie de développement pour accroître la diffusion de mes livres et
me permettre de rencontrer un public encore plus large.
En règle générale, le livre numérique offre des avantages significatifs. Il peut
être acheté 24h/24 et 7j/7 depuis n'importe quelle partie du monde et être
téléchargé facilement. Le prix est toujours inférieur à la version papier, alors
que la qualité (graphisme, mise en page...) n'est en rien diminuée. Les
fonctionnalités multimédia sont accessibles et le support 'livre' devient un
outil interactif: navigation hypertexte, signets, notes, commentaires... Le
livre numérique est moins gourmand en terme de stockage (bibliothèque) et il
est, de fait, plus aisément transportable. Il s'abîme moins. Il n'est jamais
épuisé. Bref, du point de vue des 'fabricants' et des 'producteurs' les
avantages sont certains.
Côté lecteur, hormis les capacités techniques répondant à des besoins réels pour
les lecteurs malvoyants de modifier à dessein la taille des caractères, je ne
sais pas si le plaisir lié à l'objet livre sera identique... Ouvrir un livre,
sentir sa couverture craquer légèrement, respirer l'odeur des feuilles, de
l'encre, toucher le papier, manipuler le livre. Bref tout ce qui nous permet de
considérer le livre comme un objet vivant, comme objet à vivre. De même, comment
s'émerveiller numériquement devant une édition originale, ou encore la finesse
de gravures sur bois dans un ouvrage?
Enfin, au-delà de la littérature, les avantages sont incontestablement très
nombreux dans des domaines aussi variés que l'éducation (remplacer les livres
scolaires par des e-books), les milieux professionnels devant se référer à de
véritables annuaires ou ayant recours à des 'bibles' techniques ou commerciales,
ou encore offrir un produit de substitution aux quotidiens, aux magazines et
autres revues en facilitant un accès simple, rapide et direct à l'information.
En conclusion, je pense que le livre numérique offre une foultitude d'avantages
en sacrifiant peut-être, pour la littérature, les livres d'art et la poésie, la
notion de plaisir de lire.
Or les écrivains n'écrivent-ils pas avant tout pour être lus avec plaisir?
En tout cas, je suis avec un grand intérêt l'évolution des mentalités en la
matière."
= Nicolas Pewny, consultant en édition électronique
Nicolas Pewny est le fondateur du Choucas, petite maison d'édition basée en
Haute-Savoie et spécialisée dans les polars, la littérature, les livres de
photos et les livres d'art. Nicolas Pewny tient aussi à avoir des activités non
commerciales, afin de faire connaître des livres pour lesquels il a un coup de
coeur, par exemple les Fables pour l'an 2000 de l'écrivain-paysan normand
Raymond Godefroy. Les éditions du Choucas cessent malheureusement leur activité
en mars 2001, une disparition de plus à déplorer chez les petits éditeurs
indépendants. Nicolas Pewny met désormais ses compétences éditoriales et
numériques au service d'autres organismes.
Le 9 février 2003, Nicolas Pewny écrit:
"Quel chemin parcouru depuis le temps du papyrus ou du parchemin! Le 15e siècle
a vu naître le livre imprimé et le 19e siècle a démultiplié cette révolution. Au
20e l'informatique et le numérique ont encore tout bouleversé...
A l'aube du 21e il est facile de constater que l'Internet a évolué, et
l'importance du 'contenu' s'est accrue, il est devenu un élément primordial.
L'accès à ce 'contenu' devient peu à peu payant. Et le public concerné - en
forte augmentation - est prêt à payer pour un contenu riche et ciblé.
La presse s'en est rendue compte la première, et des journaux tels que Le Monde
ont mis en place une version numérique, souvent interactive, d'où le nom de
l'édition, incluant des 'services' comme l'accès aux archives, la possibilité de
stocker les informations en ligne, etc.
Des éditeurs (Campus Press, Eyrolles, Eni, par exemple) s'en sont rendus compte
aussi, et produisent des ouvrages numériques pour des sujets tels que
l'informatique, l'Internet, les nouvelles technologies, sciences & techniques,
etc. Plus pratiques à utiliser et bien moins chers que la version 'papier'!
Personnellement je me suis tellement habitué à trouver toute information en
ligne ou dans des ouvrages sous forme numérique que je serais désemparé si
j'étais privé de ces moyens de recherche.
L'informatique évolue rapidement. Les ordinateurs se libèrent des fils de
connexion, deviennent plus rapides et maniables, les écrans plus confortables,
les techniques du 'numérique' vont évoluer également, évoluent déjà.
Je vois le livre numérique du futur comme un 'ouvrage total' réunissant textes,
sons, images, vidéo, interactivité: une nouvelle manière de concevoir et
d'écrire et de lire, peut-être sur un livre unique, sans cesse renouvelable, qui
contiendrait tout ce que l'on a lu, unique et multiple compagnon.
Utopique? Invraisemblable? Peut-être pas tant que cela!"
= Marie-Joseph Pierre, enseignante-chercheuse à La Sorbonne
Marie-Joseph Pierre, enseignante-chercheuse à l'Ecole pratique des hautes études
(EPHE, section Sciences religieuses, Paris-Sorbonne), est depuis toujours férue
de nouvelles technologies, bien avant que cela ne devienne dans l'air du temps.
Elle fait partie de ces professeurs et chercheurs toujours prêts à mettre leur
savoir à la disposition d'autrui, aussi bien ses collègues et étudiants que les
habitants d'Argentan (Normandie), dont elle est l'une des maires-adjoints.
Le 8 février 2003, Marie-Joseph Pierre écrit:
"Il me paraît évident que la publication des articles et ouvrages au moins
scientifiques se fera de plus en plus sous forme numérique, ce qui permettra aux
chercheurs d'avoir accès à d'énormes banques de données, constamment et
immédiatement évolutives, permettant en outre le contact direct et le dialogue
entre les auteurs. Nos organismes de tutelle, comme le CNRS (Centre national de
la recherche scientifique) par exemple, ont déjà commencé à contraindre les
chercheurs à publier sous ce mode, et incitent fortement les laboratoires à
diffuser ainsi leurs recherches pour qu'elles soient rapidement disponibles. Nos
rapports d'activité à deux et à quatre ans - ces énormes dossiers peineux
résumant nos labeurs - devraient prochainement se faire sous cette forme. Le
papier ne disparaîtra pas pour autant, et je crois même que la consommation ne
diminuera pas... Car lorsque l'on veut travailler sur un texte, le livre est
beaucoup plus maniable. Je m'aperçois dans mon domaine que les revues qui ont
commencé récemment sous forme numérique commencent à être aussi imprimées et
diffusées sur papier dignement relié. Le passage de l'un à l'autre peut
permettre des révisions et du recul, et cela me paraît très intéressant."
= Philippe Renaut, gérant des éditions du Presse-Temps
Philippe Renaut est gérant des éditions du Presse-Temps. Fondé en 2002 par cinq
associés passionnés de littérature, Le Presse-Temps est une maison d'édition
littéraire qui mise avant tout sur la qualité et le suivi de chaque livre, avec
un tirage prévu de 2.000 exemplaires par titre et un rythme de publication d'une
dizaine de livres par an, loin des considérations du "toujours plus, toujours
plus vite" du marché actuel. Philippe Renaut est aussi le rédacteur en chef
d'Edition-actu, une lettre électronique bimensuelle (deux fois par mois)
décalée, informative et humoristique sur le monde de l'édition. Edition-actu est
publié par l'éditeur CyLibris, qui fut en son temps un pionnier de l'édition
électronique.
Le 21 février 2003, Philippe Renaut écrit:
"Commençons tout d'abord par établir un sens clair au terme Livre numérique. Car
le Livre numérique est bien un Livre et pas un sous-produit dérivé de
l'informatique. En effet, si on tente de décrire le livre en fonction de son
support physique (objet relié, avec des pages etc.), on arrive vite à une
impasse, car dès lors faut-il bannir le livre de poche sous prétexte que sa
qualité est inférieure et que l'on y retrouve pas 'le plaisir de l'objet livre'?
Non, car le livre de poche est un instrument essentiel de diffusion de la
culture, vers le grand public et en ce sens est un livre à part entière. Aussi,
plutôt que de s'attacher au support attachons-nous au contenu. Même si le livre
numérique possède par essence un contenu plus volatile, téléchargeable,
effaçable, etc, il est avant tout vecteur de transmission d'un contenu culturel,
et d'un contenu culturel fruit d'un travail éditorial. C'est plutôt par la
conjonction de ces deux éléments essentiels - vecteur de communication d'un
contenu travaillé éditorialement - que l'on peut définir le livre par opposition
à la mise en ligne ou mise à disposition massive de texte sans un regard ou une
labellisation professionnels. En effet sans pouvoir assurer que magiquement
l'oeil d'un éditeur permet de déceler le mauvais du bon, il reste néanmoins
l'instrument par lequel un lecteur peut tenter de trier dans la production
désormais pléthorique de livres. Parfois des ouvrages de qualité se retrouveront
malheureusement auto-édités pour n'avoir su être décelés, et d'autres médiocres
se retrouveront édités envers et contre tout, mais cela ne change rien au
processus de base qui veut que le tamis éditorial joue son rôle et aide le
public dans ses choix (il suffit de considérer le niveau moyen des manuscrits
reçus par une maison d'édition pour s'en convaincre!). De la même manière, un
surfeur sur le Web va utiliser ses annuaires préférés pour identifier les sites
qui lui sembleront les plus adaptés, seuls outils permettant encore un tri dans
la masse désordonnée et titanesque d'informations qui lui est accessible.
Dans ce cadre le Livre numérique à toute sa place puisqu'il reste un Livre et
que le support numérique lui offre des possibilités nouvelles. Encore une fois,
de même que le poche n'est pas venu supplanter le livre, mais est venu compléter
le marché du livre en permettant à de nouveaux acheteurs d'accéder à la culture,
le livre numérique n'est pas là en remplacement du livre mais en accompagnement.
A l'heure d'aujourd'hui il est encore bien difficile de discerner quelles seront
les utilisations les plus fréquentes du livre numérique et c'est ce flou qui
rend fragiles les entreprises qui tentent depuis quelques années déjà de
s'emparer du marché. Car pour vendre il faut cibler et pour cibler il faut
anticiper, hors en ce domaine l'anticipation est ardue. Les premières tentatives
ont tenté de créer une demande qui n'existait pas et ce fut un échec. La
nouvelle vague saura sûrement mieux pressentir dans un marché plus mûr les
désirs et les manques du lectorat. Documentation technique, grands voyageurs,
personnes handicapées visuelles, base encyclopédique, et nouveaux romans
interactifs, sont autant de portes entrouvertes qui méritent un nouveau coup de
boutoir.
A quelques années près, le Livre numérique, quelque soit son support
propriétaire, PDA, ou autre devrait percer dans très peu de temps."
= François Vadrot, PDG de FTPress
En août 1999, François Vadrot fonde la société de cyberpresse FTPress (French
Touch Press), basée à Paris. En septembre 1999, il lance Internet Actu, qui
remplace LMB Actu (Le Micro Bulletin Actu). D'autres publications suivent, ainsi
que des réalisations multimédias et des émissions de télévision, dont certaines
suivent de près l'actualité du livre.
Le 9 février 2003, François Vadrot écrit:
"De façon générale, pour ma part je reste à lire les livres sur papier. Quant
aux oeuvres en général, sur internet, elles prennent et prendront des formes que
le livre imprimé ne permet pas, notamment par l'insertion de créations
multimédia, insérées à l'intérieur, à l'instar des illustrations et photos dans
les livres papier. Concernant FTPress, pour l'instant nous ne sommes pas sur
cette voie de l'édition, mais plus sur celle de la communication multimédia pour
les entreprises ou administrations. Cela commence à bouger dans ce sens."
= Russon Wooldridge, créateur du Net des études françaises
Russon Wooldridge est professeur au département d'études françaises de
l'Université de Toronto et créateur de ressources littéraires librement
accessibles en ligne. En mai 2000, il fonde le Net des études françaises (NEF),
suite au colloque qu'il organise pour un groupe de francophones (Colloque
international sur les études françaises favorisées par les nouvelles
technologies d'information et de communication, Toronto, mai 2000). Le Net des
études françaises se veut d'une part "un filet trouvé qui ne capte que des
morceaux choisis du monde des études françaises, tout en tissant des liens entre
eux", d'autre part un réseau dont les "auteurs sont des personnes oeuvrant dans
le champ des études françaises et partageant librement leur savoir et leurs
produits avec autrui".
Le 9 mars 2003, Russon Wooldridge écrit:
"D'abord, qu'est-ce que le livre? C'est toujours, dans l'esprit des gens comme
dans l'usage de la langue, un objet plus ou moins portable fait d'un ensemble de
feuillets de papier reliés. Du point de vue historique c'est le codex de
papyrus, de parchemin ou de papier connu depuis deux millénaires. Le livre
contient un texte dont la lecture se fait linéairement de manière suivie et dont
la maîtrise peut s'aider d'une lecture linéaire ponctuelle ou d'une lecture
verticale permises par l'éventuelle structuration donnée par une table des
matières ou un index. (Voir à ce sujet Alberto Manguel, A History of Reading,
1996.)
Le livre numérique serait une version électronique du contenu du codex sans son
contenant. On doit distinguer deux types de livres numériques: ceux qui
retiennent l'image du codex - il s'agit des livres en 'portable document format'
(pdf), par exemple - et ceux qui profitent du médium informatique pour en
permettre lectures linéaires et verticales - il s'agit alors, pour ce qui est du
World Wide Web, des formats 'hypertext markup language' (html) ou 'text only'
(txt).
Comment se prononcer sur l'avenir du livre numérique? Faisons une première
constatation sur le degré d'acceptation des nouvelles technologies. Si
l'expression un téléphone portable s'est très vite abrégée en un portable, c'est
que cet appareil permet à son usager de téléphoner à tout moment et en tout
lieu. Jusqu'ici l'expression un livre numérique ne s'est pas, du moins pas
encore, abrégée en *un numérique. Le substantif numérique n'a toujours que le
sens 'ce qui relève du domaine numérique' et ne s'emploie qu'avec l'article
défini: le numérique. Quand je voyage dans le métro, dans un tramway, un
autobus, un train ou un avion, je vois autour de moi des gens qui dorment, qui
sont plongés dans leurs pensées, qui conversent ou qui lisent. Certains lisent
un journal ou un magazine, beaucoup lisent un livre en papier. Aucun ne lit un
livre numérique. Bien que le monde du livre ait été modifié par les forces du
marché et les effets des développements technologiques, les grandes librairies
du type Indigo ou Chapters attirent un grand nombre de personnes de tout âge et
de tous les goûts, que l'on y voit lisant un livre papier confortablement
installés dans des fauteuils ou assis dans la section café à discuter
littérature, cuisine ou jardinage. Le prix de £16.99 (27 euros/dollars, ndlr) et
les 768 pages du dernier Harry Potter, qui doit sortir en librairie le 21 juin
2003, n'ont pas nui aux précommandes et on a prévu un premier tirage de
plusieurs millions d'exemplaires.
Autrement dit, l'écran n'a pas réussi à concurrencer le papier dans la lecture
personnelle, qui est le mode usuel d'utilisation ou d'appropriation du livre.
Quelle est donc la place du livre numérique et, si celui-ci a une place, quel en
est l'avenir? Disons tout de suite qu'il a une place certaine, cruciale, celle
de rendre accessibles des textes difficilement trouvables en librairie ou en
bibliothèque. Le patrimoine livresque d'une culture se trouve ainsi protégé et
diffusé par des programmes tels que Gallica, de la Bibliothèque nationale de
France, ou le Project Gutenberg.
Dans quelle mesure cependant ce patrimoine est-il vraiment protégé? L'encre
posée sur le papier est toujours lisible plusieurs siècles après; le livre
numérique sera-t-il encore lisible dans cent ans? Il y aurait lieu, je crois,
d'évoquer Le chêne et le roseau de La Fontaine. Il y a des livres numériques
lourds et fragiles, d'autres légers et résistants. La lourdeur se mesure en
termes de complexité du langage de stockage et d'affichage, la fragilité en
termes d'utilisabilité du support. La plupart des logiciels de gestion de bases
de données tels que ceux utilisés par les projets Frantext ou ARTFL, par
exemple, sont complexes et dépendants de systèmes d'opération particuliers. Il
n'est pas certain que les fichiers pdf ou les CD-ROMs et DVD-ROMs soient
utilisables à long terme. En revanche, les textes en format html ou txt sont
légers (simples) et pourront être lus pendant longtemps, quels que soient les
plate-formes ou systèmes d'opération.
À ce titre, les éditeurs de livres numériques les plus importants seraient ceux
de programmes collaboratifs comme le Project Gutenberg, dont les textes sont
librement accessibles en ligne sur des sites comme The Online Books Page, The
Internet Public Library, Eldritch Press ou ClassicReader.com; ou des entreprises
individuelles comme Athena, Maupassant par les textes ou la Bibliothèque
électronique de Lisieux. Ma propre contribution personnelle à cet effort est
quelques textes de la Renaissance française accessibles en ligne en mode lecture
(html), plus quelques dictionnaires de la même période (voir RenDico) stockés en
format ASCII-DOS sur un ordinateur à Toronto et un serveur à Paris."
= Denis Zwirn, PDG de Numilog
Denis Zwirn fonde en avril 2000 la société Numilog, avec Hervé Zwirn et Patrick
Armand. Mise en ligne en septembre 2000, la librairie numérique Numilog est la
première librairie à vendre exclusivement des livres numériques, par
téléchargement et dans plusieurs formats. Quant à la société Numilog, elle est à
la fois une librairie en ligne, un studio de fabrication et un diffuseur de
livres numériques. Début 2003, le catalogue comprend plus de 3.000 ebooks
(livres et numéros de revues) en français et en anglais, aux formats PDF
(Acrobat Reader), LIT (Microsoft Reader) ou PRC (Mobipocket Reader), grâce à un
partenariat avec une quarantaine d'éditeurs.
Le 3 février 2003, Denis Zwirn écrit: