Cet organe du mouvement national dont à présent seulement nous examinons
la nature et la tâche, se formera, en effet, avant tout autre. Sa
formation sera on ne peut plus simple. C’est dans la sphère des
vaillants Juifs anglais, auxquels j’ai communiqué le projet, à Londres,
que naîtra cette personne morale.
La _Society of Jews_ est le point central du mouvement juif à son début.
La Société a à remplir une mission scientifique et politique. La
fondation de l’État juif, telle que je l’imagine, implique l’existence
préalable d’un état de choses scientifique moderne. Si aujourd’hui nous
émigrions de Mizraïm, cela ne pourrait pas avoir lieu de la façon naïve
du temps jadis. Nous nous rendrions d’abord autrement compte de notre
nombre et de notre force. La _Society of Jews_ est le nouveau Moïse des
Juifs. L’entreprise du grand vieux _gestor_ des Juifs est à la nôtre ce
qu’est un superbe vieil opéra à un drame lyrique moderne. Nous jouons la
même mélodie avec infiniment plus de violons, de flûtes, de harpes, de
violes de gambe et de basses, de lumière électrique, de décorations, de
chœurs, de magnifiques ornements, et avec les premiers chanteurs.
Cet écrit doit ouvrir la discussion générale de la question juive. Amis
et ennemis y prendront part, et, je l’espère, non plus dans la forme
habituelle de défense sentimentale et d’insultes basses. La discussion
doit être approfondie, positive, sérieuse et politique.
La _Society of Jews_ réunira toutes les manifestations des hommes
d’État, des parlements, des communautés juives, des associations, qui se
produiront par la parole et par la plume, à la tribune, dans les
journaux et dans les livres.
De la sorte, la Société apprendra pour la première fois et constatera si
les Juifs veulent déjà et doivent émigrer dans la Terre promise. La
Société recevra des communautés juives du monde entier les matériaux
pour une vaste statistique des Juifs.
Les tâches ultérieures, les études savantes sur le nouveau pays, sur ses
ressources naturelles, le plan uniforme de la migration et de
l’établissement, les travaux préliminaires, la législation et
l’administration, tout cela devra être approprié au but.
A l’extérieur, la Société doit, ainsi que je l’ai dit au commencement,
dans la partie générale, essayer d’être reconnue comme puissance
politique constituante. Dans la libre adhésion de beaucoup de Juifs,
elle peut puiser l’autorité dont elle a besoin vis-à-vis des
gouvernements.
A l’intérieur, c’est-à-dire à l’égard des Juifs, la Société crée
l’organisation sommaire indispensable pour les premiers temps, la
cellule primordiale, pour employer un terme d’histoire naturelle, d’où
doit sortir plus tard l’organisme public de l’État juif.
Le premier but est, ainsi qu’il a déjà été dit, la souveraineté, assurée
sur la base du droit international, d’une étendue de territoire
suffisante à nos légitimes besoins.
Après cela, qu’est-ce qui doit être fait?