La journée de travail normale est la journée de sept heures! Cela ne
signifie pas que l’on coupe des arbres, que l’on creuse la terre, que
l’on transporte des pierres, bref que l’on fasse les innombrables
travaux qui sont à faire seulement pendant sept heures par jour. Non. On
travaillera quatorze heures. Mais les équipes d’ouvriers se relaieront
toutes les trois heures et demie. L’organisation sera toute militaire,
avec des grades, de l’avancement et des retraites. Il sera dit plus tard
où devra être pris l’argent pour les pensions.
En trois heures et demie, un homme sain peut fournir beaucoup de travail
concentré. Après une pause de trois heures et demie, qu’il consacre à
son repos, à sa famille, à son perfectionnement professionnel, il se
trouve de nouveau tout dispos. De telles forces actives peuvent faire
des miracles.
La journée de travail de sept heures! Elle rend possible quatorze heures
de travail ordinaire. C’est tout ce que peut contenir la journée.
J’ai du reste la conviction que la journée de sept heures est
complètement réalisable. On connaît les expériences qui ont été faites
en Belgique et en Angleterre. Certains sociologues avancés prétendent
que la journée de cinq heures serait tout à fait suffisante. La _Society
of Jews_ et la _Jewish Company_ feront à ce sujet de nouvelles et
abondantes expériences--qui profiteront aussi aux autres peuples--et
s’il est prouvé que la journée de sept heures est pratiquement possible,
notre futur État l’adoptera comme journée normale légale.
La Compagnie seule accordera constamment à son personnel la journée de
sept heures. Elle pourra aussi toujours le faire.
Mais nous avons besoin de la journée de sept heures comme cri de
ralliement universel pour nos gens qui, on le sait, doivent venir de
leur propre gré. Ce doit être vraiment la Terre Promise...
Celui donc qui travaillera plus de sept heures recevra un salaire
complémentaire en argent. Comme tous ses besoins sont couverts, et que
les invalides de sa famille sont pourvus par les établissements de
bienfaisance, centralisés par leur transfert dans le nouveau pays, il
peut par conséquent épargner quelque chose. Nous stimulerons l’instinct
de l’épargne, du reste déjà développé chez les gens de notre race, parce
qu’il facilite l’élévation de l’individu aux couches supérieures, et
parce que nous nous ménageons, par là, une énorme réserve de capitaux
pour de futurs emprunts.
Le surplus de la journée de sept heures ne doit pas dépasser trois
heures, et encore, il ne peut s’effectuer qu’après l’avis conforme de
médecins. Car, dans la vie nouvelle, nos gens aborderont courageusement
le travail, et le monde verra alors seulement quel peuple laborieux nous
sommes.
Je n’expose pas, quant à présent, le fonctionnement du _truck-system_
chez les premiers occupants (bons, etc.), pas plus d’ailleurs que je
n’expose nombre d’autres détails, pour ne pas troubler le lecteur.
Les femmes ne seront point admises aux lourds travaux et ne devront pas
faire d’heures supplémentaires.
Les femmes enceintes seront dispensées de tout travail et recevront du
_truck_ une nourriture très abondante. Car nous avons besoin, pour
l’avenir, de fortes générations.
Nous élèverons tout de suite les enfants dès le commencement, comme nous
l’entendons. Je ne m’étends pas là-dessus pour l’instant.
Ce que je viens de dire à propos des demeures ouvrières des _unskilleds_
et de leur manière de vivre est tout aussi peu une utopie que le reste.
Tout cela existe déjà dans la réalité, mais infiniment petit, inaperçu,
incompris. Pour la solution de la question juive, l’«Assistance par le
travail», que j’ai appris à connaître et à comprendre à Paris, m’a été
d’une grande utilité.