Arras.
Le café blanc et or, ses banquettes de velours grenat. De pilier à
pilier, ondoye la bleuâtre fumée des pipes qui sinue et s'élève. Plus
haut, le plafond a revêtu la teinte saure des vieux tableaux. Dans les
globes dépolis, le gaz flambe comme un oeil; sa lumière s'épand et
cuivre. Elle s'épand et elle cuivre les tables de marbre blanc, et les
verres et les liquides. Elle s'épand et cuivre les glaces adverses, où
s'enfoncent d'infinies perspectives de la salle, réfléchies et
réfléchies toujours dans leurs multiples mirances. De même, au théâtre,
la galerie sans bout du palatial décor. Des têtes pommadées et des
crânes chauves. Et, proférés, des mots étranges de jeux. Bruit des
dominos grattant les tables. Des éphèbes étreignent leurs cartes, les
Rois impassibles trônant avec le sceptre, les Reines à figure ronde, et
les As solitaires. Ils tremblent blêmes, la main frémissant au bord du
tapis rouge, où s'enlacent sataniquement les noires initiales du patron.
Un sou la fiche. Autour des billards, verts comme des prairies
anglaises, les messieurs grisonnants s'appuient sur les queues, en
silence, dans l'attitude du hallebardier royal. Et les blancheurs des
tabliers qui ceignent les garçons lâchent seuls une note crue dans la
symphonie des couleurs cuivrées. La très laide caissière, à peine
découvrable au milieu des flacons à pans et des maillechorts, inscrit.
Ses gros doigts courent sur la page, courent avec une bague à chaton
d'émeraude. Tandis que de jeunes hommes étouffent de criailleries le
bruissement qui plane: «Tu as une veine de cocu! Le roi! Tu es baisé!»
et jettent les cartes sur le marbre avec une bestiale rage.
Magistralement un notaire impose: Whist veut dire silence.