AUBADE

Lille.

Les maisons sont grises et hautes, leurs fenêtres blanchement linceulées

de rideaux mornes. De faîte à faîte ondoye le violet pâle des brumes.

Plus haut, surgissent les pinacles de vieilles églises dans les nues

cendreuses qui vont, lentes. La ternissure du jour choit vers les

trottoirs où la pluie a laissé des marbrures sombres. Il pullule des

passants silencieux et le bruit de leurs pas a d'inquiétantes sonorités

qui vibrent. Les fillettes étreignent leurs corsets emmaillotés de

journaux; elles trottinent, blêmes, la main crispée sur le louis

d'amour.--Enloqués de velours flasque, jauni, les travailleurs se

dandinent, lourds. Et les chaussures bossuées des bureaucrates luisent

seules dans le pianissime des teintes fades. Sur les rails noirs, les

tramways glissent sans tapage au trot des petits chevaux qui s'agitent

dans les traits lâches, tandis que des gamins au teint vert étouffent

tous les tumultes par la psalmodie continue de leurs voix aigres:

«Demandez _le Petit Nord_», et passent, rapides, décollant de leur pouce

ensalivé les feuilles humides du journal.

Impérieusement, un roquet aboie.

Le thé chez Miranda · 第 54 / 59 题