Pendant les premiers mois qui suivirent la mort du comte, le désespoir
de Diane fut tel qu'on eut à craindre pour sa raison. Peu à peu pourtant
sa douleur s'apaisa, et une prostration muette suivit l'exaltation
délirante. Avec l'accalmie relative des regrets, la nature reprit ses
droits: l'exaspérée fermentation des lancinants désirs se mit à battre
de nouveau dans ses veines de femme _chaude_, ses nuits furent hantées
par de hideux cauchemars que d'exténuantes mortifications monastiques ne
parvinrent pas à exorciser. Souvent, réveillée en sursaut, en butte à
des tentations hallucinantes, elle tombait à genoux devant la niche de
la Madone, implorant, avec des sanglots, l'absolution de l'inconsciente
frénésie qui lui brûlait le sang, ou bien encore, après avoir erré comme
une apparition désolée par les sombres corridors du château, elle
passait la nuit jusqu'aux premiers rosissements de l'aube, dans le large
périptère ouvert sur l'étang où pleurent les sarcelles, debout, son
front fiévreux contre le marbre des colonnades, aspirant avec avidité le
vent chargé de brume. Honteuse, elle se surprenait à convoiter les bras
musculeux des jardiniers ou les mollets charnus des valets de chambre.
Parfois, elle pensait aussi à se remarier. Alors un fantôme connu, très
pâle, avec un doux sourire plein de reproches, se dressait devant ses
yeux épouvantés, pour lui rappeler qu'elle lui avait juré à son lit de
mort de ne jamais laisser souiller sa couche par un autre homme.
Ainsi, l'oeil cerclé de bistre, le facies torturé par de névriques
spasmes, elle languissait et s'étiolait, cette Mimalone condamnée au
célibat par un serment irrévocable.