— XXV Jama.

LA RÉGION

DU

HAUT TELL

EN TUNISIE

CH. MONCHICOURT

DOCTEUR ES LETTRES

* * * * *

LA RÉGION

DU

HAUT TELL

EN TUNISIE

_(LE KEF, TÉBOURSOUK, MACTAR, THALA)_

Essai de Monographie Géographique

* * * * *

_Avec 14 cartes dont une en couleur hors texte

4 figures et 12 planches de photogravures._

[Décoration]

PARIS

LIBRAIRIE ARMAND COLIN

5, RUE DE MÉZIÈRES, 5

* * * * *

1913

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

* * * * *

Le sujet de ces pages est la partie la plus élevée et la plus intérieure

du Tell tunisien, c’est-à-dire celle qui se développe autour du Kef, de

Téboursouk, de Mactar et de Thala. Avant que la locomotive n’ait gagné

le Kef, Kalaat-Djerda et Kalaat-Senane (fin 1905), c’était, avec la

fraction montagneuse de la Steppe, la zone la plus malaisée d’accès de

toute la Tunisie.

Tandis que le mirage du Sud et la facilité relative des communications

entraînaient chez les Matmata troglodytes ou vers le Djerid couvert de

palmes la grande masse des savants et des touristes, l’Ouest, malgré sa

proximité de l’Algérie, restait longtemps délaissé à cause des

difficultés qu’il y avait à le parcourir. Seul Pervinquière y avait

exécuté des explorations suivies qui lui permirent, en 1903, de décrire

la majeure partie de cette région au point de vue géologique et

orogénique.

Profitant des notions acquises par cet auteur, nous avons pris à cœur de

les compléter par l’exposé des autres phénomènes de géographie physique

ou humaine. Nous avons, en somme, écrit l’ouvrage que nous aurions aimé

trouver lorsque, à notre arrivée à Mactar, en novembre 1898, nous avons

essayé de nous documenter sur le pays environnant.

Cet inventaire du Haut-Tell tunisien, sol et habitants, n’a pas été

composé à l’aide de livres. Néanmoins, comme nous avons glané des

détails non négligeables chez les historiens ou les voyageurs, ainsi que

dans certains travaux parus depuis 1881, il nous semble expédient

d’indiquer dès maintenant les sources écrites.

* * * * *

_a)_ SOURCES ÉCRITES

1o _AUTEURS ARABES_

(Milieu du Xe siècle). — IBN HAUCAL : _Description de l’Afrique_.

Traduction par DE SLANE, Paris, 1842.

(Troisième quart du XIe siècle). — EL BEKRI : _Description de l’Afrique

Septentrionale_. Traduction par DE SLANE, Paris, 1859.

(Milieu du XIIe siècle). — EDRISI : _Description de l’Afrique et de

l’Espagne_. Traduction par DOZY et DE GOEJE, Leyde, 1866.

(Fin du XIIe siècle). — _L’Afrique Septentrionale au XIIe siècle de

notre ère_. Description extraite du _Kitab El Istibçar_ et traduite par

FAGNAN. _Rec. des Notices et Mémoires de la Société Archéologique de

Constantine_, année 1899.

(Premier quart du XIIIe siècle). — IBN EL ATHIR : _Annales du Maghreb et

de l’Espagne_. Traduction par FAGNAN, Alger, 1901.

(XIVe siècle). — IBN KHALDOUN : _Histoire des Berbères et des dynasties

musulmanes de l’Afrique Septentrionale_. Traduction par DE SLANE, Alger,

1852-1856, 4 vol.

(Fin du XVe siècle). — ZERKECHI : _Chronique des Almohades et des

Hafsides_. Traduction par FAGNAN, Constantine, 1895.

(1526). — LÉON L’AFRICAIN : _Description de l’Afrique_. Traduction par

J. TEMPORAL, édition Schefer, Paris, 1896-1898, t. III.

(Fin du XVIe siècle). — _Kitab El Adouani_. Traduction par FÉRAUD. _Rec.

des Not. et Mém. de la Soc. Archéol. de Constantine_, année 1868, p.

1-175.

(XVIIe siècle). — EL KAIROUANI (IBN ABI DINAR) : _Histoire de l’Afrique

Septentrionale_. Traduction par PELLISSIER et DE REMUSAT, Paris, 1845.

(XVIIIe siècle). — MOHAMMED SEGHIR BEN YOUSSEF : _Mechra El Melki_.

(Chronique tunisienne, 1705-1771). Traduction par SERRES et LASRAM,

Tunis, 1900.

2o _VOYAGEURS EUROPÉENS (1550-1881)_

(Seconde moitié du XVIe siècle). — _L’Afrique_, de MARMOL. (Edition

espagnole originale, Grenade, 3 vol., 1573-1599.) Traduction par PERROT

D’ABLANCOURT, 3 vol., Paris, MDCLXVII, in 4o, t. II.

(1724). — PEYSSONNEL : _Relation d’un voyage sur les côtes de Barbarie

fait par ordre du Roi en 1724 et 1725_. Publié par Dureau de la Malle,

Paris, 1838.

(1727). — SHAW : _Voyages dans plusieurs provinces de la Barbarie et du

Levant_. Traduit de l’Anglais, La Haye, 1743, 2 vol.

SHAW n’a pas visité le Haut-Tell. Il tient ce qu’il en dit du Père

Ximénès, de Tunis, qui a poussé jusqu’à Kasserine.

(1744). — G. DUPONT : _Récit d’un voyage de Tunis au Kef exécuté en

1744_. Publié par G. Musset. _Revue de l’Afrique Française_, 1888, p.

341-344, 352-360, 366-369.

(1765). — J. BRUCE : _Voyage pour découvrir les sources du Nil pendant

les années 1768-1773_. Traduit de l’anglais par CASTERA, Paris, 1790.

Voir l’introduction du t. I.

(1784). — DESFONTAINES : _Fragments d’un voyage dans les Régences de

Tunis et d’Alger fait de 1783 à 1786_. Publié par Dureau de la Malle,

Paris, 1838.

(1829). — DE FILIPPINI (comte) : _Voyage en Tunisie_. Ouvrage inédit.

(Bibliothèque de Turin.)

Nous possédons une copie du manuscrit.

(1833). — SIR GRENVILLE TEMPLE : _Excursions in the Mediterranean,

Algiers and Tunis_, London, 1835, 2 vol.

(1835). — Prince DE PUCKLER-MUSKAU : _Chroniques, Lettres et Journal de

Voyage_, extraits des papiers d’un défunt. Deuxième partie. Afrique.

Paris, 1837, 3 vol.

Le t. III concerne le Tell méridional et la Steppe.

(1846). — H. BARTH : _Wanderungen durch die Küstenlander des

Mittelmeeres_, Berlin, 1819, 2 vol. Voir le t. I.

(1848). — PELLISSIER : _Description de la Régence de Tunis_. (_Explor.

Scient. de l’Algérie_), Paris, 1853.

Premier ouvrage moderne d’ensemble sur la géographie de la Tunisie.

Remarquable pour l’époque.

(1850). — BERBRUGGER : _Itinéraires archéologiques en Tunisie_. Première

partie. _Rev. Afric._, 1er année, nos d’avril et juin 1857.

Récit d’un voyage de Souk-Ahras à Tunis par le Kef.

Deuxième partie. — De Tunis à Nefta (_ibid._, 2e année).

(1854). — H. Von MALTZAN : _Reise in den Regentschaften Tunis und

Tripolis_, Leipzig, 1870, 3 vol. Voir t. II, p. 197-292.

C’est en 1854 que ce voyageur visita l’intérieur de la Régence. Plus

tard, en 1868 et 1869, il parcourut la côte orientale.

(1859). — DAVIS : _Carthage and her Remains_, London, 1860.

Contient à la fin le récit d’un voyage de Tunis au Kef.

(1860). — V. GUÉRIN : _Voyage archéologique dans la Régence de Tunis_,

Paris, 1862, 2 vol.

(1860). — A. GUITER : _Exploration en Tunisie_. (_Revue Africaine_,

1860), p. 422-426.

Simple aperçu d’un voyage au cours duquel l’auteur alla de Tunis au Kef.

Un mémoire avec cartes et dessins fut remis, en 1860, au Ministère de la

Guerre.

(1861). — DAVIS : _Ruined Cities within Numidian and Carthaginian

Territories_, London, 1863.

(1876). — PLAYFAIR : _Travels in the Footsteps of Bruce in Algeria and

Tunis_, London, 1877.

L’auteur a refait, cent ans plus tard, l’itinéraire de Bruce.

3o _COLLECTIONS DIVERSES_

_Journal Officiel Tunisien_. A partir de 1883.

_Exploration Scientifique de la Tunisie_, Paris, Imp. Nat. A partir de

1884.

_Rapport au Président de la République sur la situation de la Tunisie

en_....., Paris, puis Tunis.

Le premier volume concerne la période 1881-1890. Le rapport est annuel

depuis 1891.

_Procès-verbaux de la Conférence Consultative_, Tunis. A partir de 1891.

_Revue Tunisienne_, organe de l’Institut de Carthage, Tunis. A partir de

1894 : trimestriel, puis bimestriel.

_Bulletin de la Direction de l’Agriculture et du Commerce_, Tunis. A

partir de la fin de 1896 : trimestriel.

4o _OUVRAGES GÉNÉRAUX SUR LA TUNISIE_

H. DUNANT : _Notice sur la Régence de Tunis_, Genève, 1858.

E. RECLUS : _Géographie Universelle_, t. XI ; _L’Afrique

Septentrionale_, Paris, 1886.

DIRECTION DES RENSEIGNEMENTS ET DES CONTROLES CIVILS : _Statistique

générale de la Tunisie_, 1881-1892, Tunis, 1893.

_La Tunisie_ : deux tomes en quatre volumes ; le t. I : _Histoire et

description_, 2 vol. ; t. II : _Agriculture, Industrie, Commerce_, 2

vol., Paris-Nancy, 1896. Le t. II a été réédité en 1900.

Ouvrage dû à la plume des principales personnalités tunisiennes, restées

anonymes. A noter : t. I, vol. 1 (Dr BERTHOLON) : _L’Anthropologie_, p.

207-247. — (GAUCKLER) : _Archéologie_, p. 293-356. — (Lieut. CHAVEYRE,

du Service des Renseignements) : _Les tribus ; Leur état actuel_, p.

381-479.

_La France en Tunisie_, Paris, 1897. Réunion de 24 articles parus en

1896 en deux numéros de la _Revue Générale des Sciences_.

Nombreuses gravures bien choisies. C’est la meilleure vue d’ensemble sur

la Régence. A signaler : MARCEL DUBOIS : _La nature tunisienne_,

Introduction géographique à l’étude de la Tunisie, p. 5-16. — Dr

BERTHOLON : _La population et les races en Tunisie_, p. 40-76. — HAUG :

_Géologie de la Tunisie_, p. 115-122.

_La Tunisie au début du XXe siècle_, Paris, 1904. Recueil de 13

conférences faites en Sorbonne.

A noter : MARCEL DUBOIS : _Introduction géographique_, p. 1-30. —

PERVINQUIÈRE : _Géologie_, p. 33-68. — HAMY : _Esquisse anthropologique

de la Régence de Tunis_, p. 285-311.

5o _GÉOLOGIE_

AUBERT : _Explication de la carte géologique provisoire de la Tunisie_,

Paris, 1892. Carte au 1/800.000e (la carte a vieilli).

FICHEUR et HAUG : _Sur les dômes liasiques du Zaghouan et du Bou-

Kornine_. _Comptes rendus de l’Académie des Sciences_, CXXII, juin 1896,

p. 1354.

HAUG : _Sur quelques points théoriques relatifs à la géologie de la

Tunisie_. _Congrès de l’Afas_, Saint-Etienne, 1897, p. 366.

L. PERVINQUIÈRE : _La Tunisie Centrale, esquisse de géographie

physique_. _Annales de géographie_, 1900, p. 434-455. Carte et diverses

photogravures.

L. PERVINQUIÈRE : _Etude géologique de la Tunisie Centrale_, Paris,

1903, avec carte au 1/200.000e.

Nombreuses coupes et vues photographiques significatives. Au début,

bibliographie quasi exclusivement géologique de 185 numéros sur

l’ensemble de la Tunisie. Œuvre considérable qui annule ou condense tous

les travaux antérieurs. Ne s’occupe pas des régions des Ouargha et de

Téboursouk.

PH. THOMAS : _Essai d’une description géologique de la Tunisie_.

Première partie. Aperçu sur la Géographie physique, Paris, 1907. Cartes.

(_Explor. scient. de la Tunisie_.)

Index bibliographique de 335 numéros où manquent quelques études

essentielles. Ouvrage déjà vieilli lors de son apparition. Surtout

intéressant pour la Steppe montagneuse. Pour le Haut-Tell, résume

Pervinquière sans dispenser d’y recourir.

6o _CLIMAT_

SERVICE MÉTÉOROLOGIQUE : _Années_ 1889-1891, Tunis, 1892.

Idem. — _Résumé des observations pour l’année 1892_, Tunis, s. d.

DIRECTION DE L’ENSEIGNEMENT PUBLIC, SERVICE MÉTÉOROLOGIQUE : _Résumé des

observations pour l’année_ 1893, Tunis, s. d.

Idem. — _Année_ 1893-1894, Tunis, 1896.

Idem. — _Année_ 1894-1895, Tunis, 1896.

Idem. — _Année_ 1895-1896, Tunis, 1897.

DIRECTION GÉNÉRALE DE L’ENSEIGNEMENT PUBLIC, SERVICE MÉTÉOROLOGIQUE :

_Ann._ 1897-1899, Tunis, 1901.

_Ann._ 1900-1901, Tunis, 1903.

_Ann._ 1902-1903, Tunis, 1905.

_Ann._ 1904-1906, Tunis, 1907.

_Ann._ 1907-1908, Tunis, 1910.

_Année_ 1909, Tunis, 1911.

GINESTOUS : _Etude sur le climat de la Tunisie_. I. _Hiver_. — II.

_Printemps_. — III. _Eté_. — IV. _Automne_. — V. _Année_. _Les régions

naturelles de la Tunisie. Leur climat_, Tunis, 1903. Extrait du _Bull.

Direct. Agric. et Comm._, années 1902 et 1903.

Important travail où sont reprises certaines études du même auteur sur

les pluies. A été republié en 1906.

En ce qui concerne le Haut-Tell, on ne possède d’observations que pour

une douzaine de stations, alors qu’en France, des départements comme la

Vendée, moindres pourtant de moitié, en vantent une centaine[1].

En outre, tous ces endroits, sauf un, sont en montagne, de sorte qu’on

dispose pour les plaines d’éléments insuffisants. Cependant, celles-ci

couvrent approximativement le cinquième du pays et ce sont elles qui

représentent la majorité du sol cultivable. La lacune est donc grave.

Les chiffres enregistrés sont, d’ailleurs, loin d’être un bloc cohérent.

Les stations ont subi des fluctuations variées. Seule, celle du Kef a

fonctionné sans interruption depuis 1889, celle de Mactar a été

supprimée de 1894 à 1898, etc. D’autres ont eu une existence éphémère.

Certaines sont toutes récentes. Durant les périodes d’activité même,

plus d’un repos partiel fut causé par les absences des observateurs

bénévoles. Quant aux appareils, le souci de veiller à leur sécurité

oblige à les placer dans des positions qui peuvent ne pas être

excellentes au point de vue météorologique. C’est ainsi qu’à Mactar le

pluviomètre est au centre de la cour du Contrôle civil et les

thermomètres contre un mur. Des documents ainsi fournis, on peut tirer

d’excellentes indications comme le prouvent les études de Ginestous,

mais pour serrer de près la réalité, il faut les contrôler auprès des

habitants du pays. Sauf à Tunis, notre connaissance du climat ne peut,

dans la Régence, reposer exclusivement sur des instruments et des

calculs. La météorologie a encore ici beaucoup à attendre de

l’information orale.

7o _HYDROGRAPHIE — VÉGÉTATION — FAUNE_

BARABAN : _A travers la Tunisie_, Paris, 1887.

BATTANDIER et TRABUT : _Flore analytique et synoptique de l’Algérie et

de la Tunisie_, Alger, 1904.

BONNET et BARATTE : _Catalogue raisonné des plantes vasculaires de la

Tunisie_, avec préface de DOUMET-ADANSON, Paris, 1896. (_Explor. Scient.

de la Tunisie_.)

La préface est un essai intéressant de généralisation des notions

acquises sur la Tunisie au point de vue de la flore.

BONNET : _Géographie botanique de la Tunisie_, 39 pages extraites du

_Journal de Botanique_, t. IX et X, 1895-1896.

_In fine_, petite bibliographie de 37 numéros.

BONNET : _Aperçu historique sur les plantes de Tunisie_, 13 pages

extraites du _Congrès de l’Afas_, Besançon, 1893.

BRUNHES : _L’irrigation dans la péninsule ibérique et dans l’Afrique du

Nord_, Paris, 1902.

COSSON : _Compendium Florae Atlanticae_, Paris, 2 vol. 1881 et 1887.

Le vol. I, aux pages 7-101, contient une « Notice sur les voyages et les

explorations qui ont le plus contribué à faire connaître la flore de

l’Algérie, de la Tunisie et du Maroc. » Un supplément de cette notice se

lit au vol. II, aux pages XXXV-CIII.

COSSON : _Rapport à M. le Ministre de l’Instruction publique et des

Beaux-Arts sur la Mission Botanique chargée, en 1883, de l’exploration

du Nord de la Tunisie_, Paris, 1884.

La publication du compte rendu détaillé, qui devait avoir lieu dans les

_Archives des Voyages et Missions Scientifiques et Littéraires_, n’a pas

été effectuée.

COSSON : _Forêts, bois et broussailles des principales localités du Nord

de la Tunisie explorées, en 1883, par la Mission Botanique_, Paris,

1884.

Cette brochure et la précédente ne font pas partie de la collection de

l’Exploration Scientifique de la Tunisie.

COSSON : _Note sur la flore de la Kroumirie Centrale_, Paris, 1885,

(_Explor. Scient. de la Tunisie_).

DIRECTION DES FORÊTS : _Notice sur les forêts de la Tunisie_, Tunis,

1889.

LATASTE : _Catalogue critique des mammifères apélagiques sauvages de la

Tunisie_, Paris, 1887. (_Explor. Scient. de la Tunisie_.)

LETOURNEUX : _Rapport sur une Mission Botanique exécutée en 1884, dans

le Nord, le Sud et l’Ouest de la Tunisie_, Paris, 1887. (_Explor.

Scient. de la Tunisie_.)

LETOURNEUX : _Voyage botanique en Tunisie_. _Bull. Soc. Bot. de France_,

t. XXXIII, p. 541-546.

Il s’agit d’un voyage accompli en 1886.

CH. MONCHICOURT : _Règlements d’irrigation dans le Haut-Tell. Régions du

Kef, Téboursouk, Mactar et Thala_. _Bull. Direct. Agric. et Comm._,

1911, p. 497-517.

MURBECK : _Contributions à la connaissance de la flore du Nord-Ouest de

l’Afrique et plus spécialement de la Tunisie_.

1re série, Lund, 1897-1900.

2e série, Lund, 1905. Voir le chapitre intitulé : « _Aperçu de la

végétation du Djebel-Bargou_ », p. 5-17.

TELLIER : _Note sur la disparition des boisements dans le Sud de la

Régence_. _Bull. Direct. Agric. et Com._, 1898, 4e trim., p. 48-58.

VALERY-MAYET : _Catalogue raisonné des reptiles et batraciens de la

Tunisie_. Paris, 1903. (_Explor. Scient. de la Tunisie_.)

8o _MONOGRAPHIES DE DIVERSES RÉGIONS TUNISIENNES_

ALLEMAND MARTIN : _Aperçu agricole sur la presqu’île du Cap-Bon_. _Bull.

Direc. Agric. et Comm._, 1902, p. 294-327.

BALUT : _Le pays de Dougga et de Téboursouk_, avec une étude agricole,

par MINANGOIN, Tunis, 96 pages, s. d. (1903).

Dr CARTON : _Le Djebel-Gorra_. _Rev. Tun._, 1901, p. 259-278.

ESPÉRANDIEU : _Etude sur le Kef_, Paris, 1889.

FALLOT : _Une excursion à travers la Tunisie Centrale_, Marseille, 1890.

20 pages.

Récit d’un voyage accompli en 1889.

GUERARD et BOUTINEAU : _La Kroumirie et sa colonisation_, Paris, 1892.

CH. MONCHICOURT : _Le massif de Mactar_. _Ann. de Géog._, 1901, p.

346-369, 1 carte et 4 planches.

CH. MONCHICOURT : _La région de Tunis_. _Ann. de Géog._, 1904, p.

145-170, 1 carte et 2 planches.

CH. MONCHICOURT : _Kalaat-Senane. Note sur l’orthographe et le sens de

ce dernier mot_. _Rev. Tun._, 1906, p. 213-216.

CH. MONCHICOURT : _La Steppe tunisienne chez les Fréchich et les Majeur.

Régions de Fériana, Kasserine, Sbeitla, Djilma, Tunis_, 1906, 85 pages,

1 carte et 5 planches. Extrait du _Bull. Direct. Agric. et Comm._, 1906.

Description de la région qui limite au Sud le Haut-Tell ; contient aussi

quelques renseignements sur ce dernier.

VALERY-MAYET : _Voyage dans le Sud de la Tunisie_. (Extrait du _Bull.

Soc. Languedocienne de Géog._), Montpellier, 1886.

VERRY : _De Hammamet à Kélibia. Aperçu agricole_. _Bull. Direct. Agric.

et Comm._, 1900, p. 22-54.

9o _AGRICULTURE ET INDUSTRIE_

AUGUSTIN BERNARD : _Le Dry-Farming et ses applications dans l’Afrique du

Nord_. _Ann. de Géog._, 1911, p. 411-430.

P. BOURDE : _Rapport sur les cultures fruitières et en particulier sur

la culture de l’olivier dans le Centre de la Tunisie_, Tunis, 1893, 70

pages.

Nombreuses rééditions.

R. MARÉS : _Notice agronomique sur la Tunisie_, Paris, s. d. (1894 ou

1895).

K. ROBERTY : _L’industrie extractive en Tunisie. Mines et carrières_,

Tunis, 1907.

10o _OUVRAGES D’HISTOIRE : ANTIQUITÉ_

J. CARCOPINO : _L’inscription d’Aïn-el-Djemala. Contribution à

l’histoire des saltus africains et du colonat partiaire_. (Extrait des

_Mélanges d’Archéologie et d’Histoire_, publiés par l’Ecole française de

Rome, t. XXVI), Rome, 1906, 2 planches.

Dr CARTON : _Découvertes épigraphiques et archéologiques faites en

Tunisie_, Paris, 1895.

Idem. : _L’occupation forestière dans l’Afrique ancienne_. (_Bull.

Archéol._, 1895.)

Idem. : _De Thubursicum Bure à Aunobari_. (_Rev. Tun._), 1904, p.

407-423.

Idem. : _Ruines de Dougga, Thugga_, Tunis, s. d. (1910). Au début,

bibliographie de Thugga.

CH. DENIS : _Notes sur quelques nécropoles mégalithiques du Centre de la

Tunisie_. (_Bull. Archéol._, 1893.)

DIEHL : _L’Afrique Byzantine_, Paris, 1896.

DIRECTION DES ANTIQUITÉS ET BEAUX-ARTS : _Enquête sur les installations

hydrauliques romaines en Tunisie_, ouverte par ordre de M. René Millet,

Résident Général, sous la direction de PAUL GAUCKLER, t. I en 5

fascicules, Tunis, 1897-1901 ; t. II en 4 fascicules, Tunis, 1902-1912.

Lt HILAIRE : _Etude sur les gisements mégalithiques du Kef et du Ksour-

Thala_. _Bull. Archéol._, 1898.

CH. MONCHICOURT : _Note sur la position de la ville d’Aggar ou Agger

(Tunisie)_. _Bull. Archéol._, 1909.

PELLISSIER : _Lettre à M. Hase sur les antiquités de la partie Ouest de

la Régence_. _Rev. Archéol._, 1847.

CH. TISSOT : _Géographie comparée de la province romaine d’Afrique_, 2

vol., Paris, 1884-1888.

S. REINACH : _Atlas de la province romaine d’Afrique pour servir à

l’ouvrage de M. Ch. Tissot_. Deux tirages, Paris, 1888 et 1891.

TOUTAIN : _Les cités romaines de la Tunisie_, Paris, 1896.

VIVIEN DE SAINT-MARTIN : _Le Nord de l’Afrique dans l’antiquité grecque

et romaine_, Paris, 1873.

11o _OUVRAGES D’HISTOIRE : MOYEN-AGE ET TEMPS MODERNES_

Gal PHILEBERT : _La sixième Brigade en Tunisie_, Paris, 2e éd., 1895.

PLANTET : _Correspondance des Beys de Tunis et des Consuls de France

avec la Cour (1577-1830)_, t. III, Paris, 1899.

ROUSSEAU : _Annales Tunisiennes_, Alger, 1864.

X... _La razzia des Ouled Ayar (1881)_. _Rev. de l’Afr. Franç._, 1888,

t. VI, p. 271-277 ; 291-296.

12o _OUVRAGES SUR L’ALGÉRIE_

Gal PHILEBERT : _La sixième Brigade en Tunisie_, Paris, 1895.

AUG. BERNARD et EM. FICHEUR : _Les régions naturelles de l’Algérie_.

_Ann. de Géog._, 1902, p. 221-246 ; 339-365 ; 419-437.

BATTANDIER et TRABUT : _L’Algérie. Le sol et les habitants_, Paris,

1898.

BLAYAC : _Le pays des Nemenchas à l’Est des monts Aurès_. _Ann. de

Géog._, 1899, p. 141-159.

Capne DE BOSREDON : _Promenade archéologique dans les environs de

Tébessa_. _Rec. des Not. et Mém. de la Soc. Archéol. de Constantine_, t.

XVIII, Constantine, 1878, p. 382-427.

BUGEIA et ROUSSEAU : _Le Seressou_. _Bull. Soc. Géog. Alger_, 1904, p.

61-90.

CARETTE : _Recherches sur la géographie et le commerce de l’Algérie

Méridionale_, Paris, 1844. (_Explor. Scient. de l’Algérie_.)

CARETTE : _Recherches sur l’origine et les migrations des principales

tribus de l’Afrique Septentrionale et principalement de l’Algérie_,

Paris, 1843. (_Explor. Scient. de l’Algérie_.)

CARETTE : _Etude des routes suivies par les Arabes dans la partie

méridionale de l’Algérie et de la Régence de Tunis_, Paris, 1844.

(_Explor. Scient. de l’Algérie_.)

Lieut. CASTEL : _Tébessa. Histoire et description d’un territoire

algérien. Monographie du Cercle Militaire de Tébessa_. T. I :

Géographie ; t. II : Histoire, Paris, s. d. (1905).

FÉRAUD : _Notice sur les Ouled Abd en Nour_. _Rec. des Not. et Mém. de

la Soc. Archéol. de Constantine_, 1864.

FÉRAUD : _Les Harar, seigneurs des Hanencha_. _Rev. Afric._, 1874, p.

11-32 ; 119-149 ; 191-236 ; 281-294 ; 321-396.

FÉRAUD : _Notes sur Tébessa_. _Rev. Afric._, 1874, p. 430-473.

G.-B.-M. FLAMAND : _Recherches géologiques et géographiques sur le Haut-

Pays de l’Oranie et sur le Sahara_, Lyon, 1911.

PH. GAUCKLER : _La pluie à Alger_. _Ann. de Géog._, 1903.

E.-F. GAUTIER : _Les Hauts-Plateaux algériens_. _La Géographie_, t. XXI,

1910, p. 89-98.

GOUVERNEMENT GÉNÉRAL DE L’ALGÉRIE : _Commission d’études forestières. —

Compte rendu des séances et Rapport de la Commission_, Alger, 1904.

A noter les communications de FICHEUR, LEFEBVRE, PRAX et THÉVENET, etc.

Colonl DE LARTIGUE : _Monographie de l’Aurès_, Constantine, 1904.

Nombreuses photogravures caractéristiques.

LATRUFFE : _Itinéraire au pays des Nemencha_. _Bull. Soc. Géog. Paris_,

1882, p. 384-400.

LEFEBVRE : _Les Forêts de l’Algérie_, Alger-Mustapha, 1900.

MANDEVILLE et DEMONTÈS : _Etudes de démographie algérienne_, Paris,

1900. (Extrait des _Questions diplom. et coloniales_.)

MASQUERAY : _Le Djebel-Chechar_. _Rev. Afric._, 1878, p. 26-48 ;

129-144 ; 259-281.

MASQUERAY : _Ruines anciennes de Khenchela (Mascula) à Besseriani (Ad

Majores)_. _Rev. Afric._, 1878, p. 444-472 et 1879 p. 65-80 ; 81-94.

MATHIEU et TRABUT : _Les Hauts Plateaux Oranais_, Alger, 1891.

RIVIÈRE : _Refroidissements nocturnes de l’air et du sol en Algérie, en

Tunisie et au Maroc_, Paris, 1904, 94 pages.

RIVIÈRE : _Météorologie et agrologie. — La famine de 1866-67_. _Algérie

Nouvelle_, 1896, p. 104-106 et 139-141.

RIVIÈRE et LECQ : _Manuel pratique de l’agriculteur algérien_, Paris,

1900.

SCHIFFMACHER : _Les richesses minières du département de Constantine_,

Alger, 1910.

THÉVENET : _Essai de climatologie algérienne_, Alger, 1896.

TRABUT : _Les régions botaniques et agricoles de l’Algérie_. _Rev.

Scient._, 1881, p. 460-468.

TRABUT : _Les zones botaniques de l’Algérie_. _Congrès de l’Afas_, Oran,

1888. Tirage à part, 10 pages.

VAISSIÈRE : _Les Ouled Rechaich_. _Rev. Afric._, 1892.

VARLET : _Les céréales d’Algérie_, Alger-Mustapha, 1900.

13o _OUVRAGES DIVERS_

SECRÉTARIAT GÉNÉRAL DU GOUVERNEMENT TUNISIEN : _Nomenclature et

répartition des tribus de la Tunisie_, Châlon-sur-Saône, 1900.

14o _CARTOGRAPHIE_

SERVICE GÉOGRAPHIQUE DE L’ARMÉE. _Carte au_ 1/50.000e. _Tunisie_.

Feuille XXVI Oued-Zerga.

— XXXIII Téboursouk.

— XXXIV Bou-Arada.

— XXXVIII Ouargha.

— XLII Dj.-Fkirine.

— XLVIII Djebibina.

SERVICE GÉOGRAPHIQUE DE L’ARMÉE. _Carte au_ 1/100.000e.

Feuille XXIII Sidi-Yousef.

— XXIV Le Kef.

— XXV Jama.

— XXVI Djebibina.

— XXVIII Dj.-Harraba.

— XXIX Le Ksour.

— XXX Maktar.

— XXXI Dj. Bou-Dabouss.

— XXXIV Kalaât-es-Snam.

— XXXV Thala.

— XXXVI El-Ala.

— XL Tébessa.

— XLI Bou-Rhanem.

— XLII Hadjeb-el-Aïoun.

— XLVI Bou-Chebka.

— XLVII Kasserine.

SERVICE GÉOGRAPHIQUE DE L’ARMÉE. _Matériaux d’étude topologique pour

l’Algérie et la Tunisie_. Cahier.....

no 10, 1re série, Paris, 1900.

no 14, 2e série, Paris, 1901.

no 16, 3e série, Paris, 1902.

no 19, 4e série, Paris, 1903.

no 23, 6e série, Paris, 1906.

_b)_ DOCUMENTS MANUSCRITS

Cette énumération ne doit pas faire illusion. Sauf pour Pervinquière et

Ginestous, nos emprunts ont été des plus modestes, surtout en ce qui a

trait aux rapports de l’homme avec la nature ambiante. Nous avons en

revanche consulté fructueusement maintes pièces administratives, et

notamment, des rapports ou lettres des Contrôleurs civils Radenac et

Prat (Le Kef), Livet, Giltaire et Grosset-Grange (Téboursouk), Masselot,

Camussi et Balut (Thala), Bordier, Luret, Briquez, Barué et Masselot

(Mactar).

Durant son séjour au Kef, le Contrôleur civil suppléant Olivier a bien

voulu prendre, sur notre demande, plusieurs clichés photographiques des

plus caractéristiques. Quelques collections de documents manuscrits nous

ont également procuré de bonnes indications et, par exemple, les

monographies de tribus, dressées entre 1883 et 1886 par les commandants

des Cercles Militaires. Conservées aux archives du Service des Affaires

Indigènes à la Résidence Générale, la plupart sans nom d’auteur, elles

nous ont fourni d’intéressantes données sur l’histoire légendaire des

peuplades tunisiennes et sur leur état au moment de l’établissement du

Protectorat. Elles ont été déjà utilisées par des officiers ayant gardé

l’anonymat, en vue de la rédaction d’articles sur les tribus de la

Régence, parus en 1896 dans _La Tunisie_, en 4 volumes (cf. plus haut),

et dans la _Revue Tunisienne_ de 1902.

Malgré ces deux catégories de documents, nous avons disposé d’un

matériel infiniment plus réduit que celui dont peut s’aider une personne

étudiant une province française[2], car notre occupation toute récente

n’a pas encore produit ici, comme dans la métropole, une énorme masse de

publications ou de pièces d’archives administratives (Ponts et

Chaussées, Eaux et Forêts, etc.). L’examen direct des choses s’imposait

donc avec beaucoup plus de force qu’en France, car absolument rien ne

pouvait y suppléer. Et cette prise de contact était également plus

difficile à cause du manque de moyens de communication. Nous nous sommes

donc livré à une série de véritables explorations, chevauchant par monts

et par vaux et couchant sous la tente, avec les mille aventures de la

vie nomade parmi lesquelles deux baignades dans la Medjerda et l’oued

Mellègue et notre présence accidentelle à Thala lors du mouvement

maraboutique de Kasserine-Thala (26-27 avril 1906). C’est, en somme,

notre séjour de plus de deux ans à Mactar (novembre 1898 — février

1901), ce sont les excursions accomplies soit à ce moment, soit jusqu’en

juillet 1906 (excursions atteignant un total global d’environ huit mois)

qui nous ont mis à même d’entreprendre notre travail. Vision et

expérience personnelles, interrogation méthodique et critique des

indigènes ou des Européens fixés dans le pays, voilà en définitive ce

qui nous a procuré l’immense majorité des éléments mis en œuvre. Les

livres nous ont moins servi que notre cheval, nos yeux, notre langue et

nos oreilles.

Et maintenant, nous serions entré d’emblée dans notre sujet si nous ne

nous étions heurté à ce phénomène étrange : après plus de quatre-vingts

ans d’occupation française dans l’Afrique du Nord, on ne sait pas encore

d’une façon précise ce que c’est que le Tell.

* * * * *

[Note 1 : Et encore un auteur a-t-il pu déclarer qu’une partie de cette

province n’avait pas son compte normal. SORRE : _Régime pluviométrique

de la Vendée_. _Ann. de Géog._, 1904, p. 56.]

[Note 2 : La bibliographie de DEMANGEON : _La Plaine Picarde_, Paris,

1905, compte 592 imprimés, dont beaucoup de tout à fait premier ordre,

et ce, en dehors des multiples documents d’archives.]

=INTRODUCTION=

(CHAPITRE PREMIER)

LE TELL TUNISIEN — SES DIVISIONS ET SES LIMITES

I

LA FRIGUIA, LE TELL ET LES GRANDES DIVISIONS NATURELLES DE LA TUNISIE

* * * * *

1o =Ifriqia et Friguia=

Les indigènes distinguent, en Tunisie, trois grandes régions

naturelles : la _Friguia_ (on dit aussi _Friqia_ et _Friga_), le

_Sahel_, le _Sahara_. La Friqia de la langue arabe parlée est

l’_Ifriqia_ de la langue écrite ; la leçon Friga reproduit exactement le

latin _Africa_. La lecture des auteurs ne tarde pas à convaincre

qu’Ifriqia se prend en des acceptions diverses et cela assez souvent

chez le même écrivain.

_Lato sensu_, l’Ifriqia « se prolonge depuis Barca, du côté de l’Orient,

jusqu’à Tanger le vert du côté de l’Occident..... L’Ifriqia s’étend en

largeur depuis la mer jusqu’aux sables qui marquent le commencement du

pays des noirs »[3]. Cette Ifriqia d’El Bekri n’est autre que le

_Maghreb_ d’Ibn Khaldoun[4] moins les oasis qui sont au delà de l’Areg.

Ifriqia s’offre à nous également avec un second sens un peu moins étendu

que le précédent. Dans cette deuxième conception, elle n’est plus que la

tranche orientale du Maghreb[5], qui se divise, d’Ouest en Est, en

Maghreb el Aqsa (Extrême-Occident), Maghreb el Oust (Occident Central)

et Ifriqia. Les limites de cette Ifriqia ne sont pas très nettes. El

Bekri laisse Bône en dehors[6]. Edrisi, au contraire, y range la lisière

de la province de Constantine (Bône, Miskiana, Bagaï[7]), la Tunisie et

la Tripolitaine jusqu’au cap Mesrata. Ibn Khaldoun y comprend non

seulement l’Aurès[8], Tébessa[9], Bône, mais encore Bougie[10], la

Kalaat des Beni Hammad[11]. L’Ifriqia est en somme pour lui tout ce qui

obéit aux Hafsides des deux branches à la fin du XIIIe siècle[12], et

pour désigner leurs royaumes il emploie même les termes d’Ifriqia

Occidentale[13] et d’Ifriqia Orientale[14]. Celle-ci correspond à

l’Ifriqia d’Edrisi, à l’Africa Proconsulaire telle que l’organise

Caligula en 87, tandis que l’Ifriqia Occidentale est à peu près la

Numidie du légat[15]. Depuis cette époque, l’Ifriqia a perdu, à l’Ouest

le Haut-Mellègue et la Haute-Medjerda, à l’Est le pays de Tripoli. Puis,

peu à peu, le mot même est tombé en désuétude. Le document officiel où

il apparaît pour la dernière fois, semble-t-il, est le traité franco-

tunisien du 8 août 1830 : le Bey y est qualifié de « maître du royaume

d’Afrique »[16], ce qui implique que dans le texte arabe il y avait

Ifriqia.

Ifriqia a encore dans les auteurs un troisième sens beaucoup plus

restreint et qui n’a pas été relevé jusqu’ici. Ibn Khaldoun n’entend

parfois par Ifriqia qu’une petite portion déterminée du royaume

hafside : « El Mostancer..... concéda quatre villages à Kab et à ses

enfants. L’un de ces villages était situé aux environs de Sfax, un autre

dans la province d’Ifriqia et un troisième dans le Djérid »[17].

Quelques lignes après, Ibn Khaldoun dit que Kalaat-Senane est dans la

province d’Ifriqia. Ailleurs, il parle de la puissance qu’El Moezz

exerçait « en Ifriqia et à Kairouan »[18]. Dans un autre passage, il

écrit, au sujet du caïd Ibn el Hakim « parti de l’Ifriqia, il alla

menacer les villes du Djérid »[19]. Dès le XIVe siècle, on distinguait

donc dans la Tunisie actuelle : au Nord-Ouest, l’Ifriqia proprement

dite ; au Sud-Est, le pays de Kairouan et les villes de la côte ; enfin,

tout au Sud, les oasis. Ces divisions que nous surprenons chez Ibn

Khaldoun, nous les retrouvons trois siècles plus tard chez Ibn Abi Dinar

el Kairouani : « Mohammed-Pacha..... (en 1663) se retira des affaires

après avoir assuré la position de ses fils et de ses petits-fils. Mourad

Bey, son fils aîné, eut le commandement suprême de l’armée, Abou

Abdallah Mohammed Bey, le second, eut le sendjaq de Kairouan, Sousse et

Monastir..... son fils Hassen eut le sendjaq d’Afrique (Ifriqia) avec le

titre de Bey »[20]. Cette acception réduite est la seule qui ait

persisté jusqu’à nos jours sous les formes signalées plus haut de

Friqia, Friguia ou Friga et elle n’a pas échappé à la perspicacité de

quelques voyageurs.

Qu’est-ce donc au juste que la Friguia ? Il n’est pas très aisé de le

déterminer avec rigueur. El Kairouani, après avoir relaté le sens étendu

du mot Ifriqia, ajoute : « Pour moi, j’établis que, de notre temps, on

entend par Ifriqia la contrée qui s’étend de l’Oued-Et-Tine à

Béja »[21]. Les voyageurs européens qui ont mentionné la Friguia ne sont

d’accord sur la surface à reconnaître à cette région, ni avec El

Kairouani, ni entre eux[22]. Il ne pouvait, d’ailleurs, en être

autrement, puisque de nos jours, sauf à l’égard du bled Béja,

l’unanimité est loin d’exister à ce sujet entre les indigènes eux-mêmes.

Pour les gens du Nord, la Friguia est la partie septentrionale du

Contrôle de Mactar, le Nord et l’Est de celui du Kef, l’Annexe de

Téboursouk, le Contrôle de Souk-el-Arba et l’Annexe de Tabarka, le

Contrôle de Béja, l’Ouest du Contrôle de Bizerte avec Mateur. Ni les

environs de Tunis, ni le Cap-Bon, ni les caïdats de Zaghouan et de

Medjez-el-Bab, ni la région de Thala ne sont regardés dans le Nord comme

Friguia. En Algérie, à Tébessa et à Morsott, on appelle Friguia la

contrée entre le Kef, Kasserine et Zaghouan. Dans le Sud tunisien, on

considère aussi comme Friguia le Cap-Bon et toute la région au Nord de

Kasserine et de la chaîne de Zeugitane. Quelques indigènes y placent

même Kairouan.

Si l’on examine ces appréciations, en apparence contradictoires, on ne

tarde pas à discerner qu’elles procèdent, au fond, d’un principe unique.

Pour les gens du Nord, la Friguia est essentiellement le pays où des

pluies suffisantes assurent annuellement des récoltes régulières[23] ;

pour les gens d’Algérie et ceux du Sud, c’est le pays où ils vont

moissonner l’été, où parfois, dès le printemps, ils conduisent leurs

troupeaux menacés par la sécheresse précoce ; c’est l’Eldorado qui les

abrite dans les mauvaises années et les sauve de la famine eux et leurs

familles. Dans l’esprit des indigènes, oublieux de l’acception ancienne,

le mot de Friguia a cessé de désigner un pays historique pour

représenter une grande région naturelle, la région des céréales et des

herbages, mais la valeur de cette notion est relative.

Les Tripolitains ou les Ourghamma, habitués à de maigres pâturages et à

des rendements très faibles de céréales, sont émerveillés quand ils se

rendent vers Kairouan d’y trouver parfois des herbes plus abondantes et

des orges ou des blés qui n’ont pas autant souffert que les leurs. Ils

ne doutent pas d’être dans la fameuse Friguia. Mais le Kairouanais sait

que dans les environs de la capitale et au delà de la chaîne de

Zeugitane, le sol donne des récoltes meilleures, et c’est là ce qu’il

nomme Friguia. Les Tunisois, en revanche, parlent avec admiration des

moissons et des fourrages du bled Béja. La Friguia est pour eux assez

loin de leur ville. En dernière analyse, beaucoup de tribus appellent

Friguia la portion de Tunisie qu’elles estiment bien supérieure à leur

propre domaine au point de vue agricole.

Pour les gens du Sud, la Friguia est ainsi le pays situé au Nord-Ouest

d’une ligne qui passerait par Hammamet, Zaghouan, la chaîne de

Zeugitane, le massif de Mactar et les djebels Tiouacha, Semama, Chambi

et Dernaia. Mais les habitants du secteur ainsi défini réservent

l’appellation de Friguia à un périmètre bien plus réduit. Les indigènes

du Skarna-Berberou et de Mansoura disent qu’ils vont en Friguia quand

ils franchissent les uns l’oued Ousafa pour aller à Mactar, les autres

le Djebel-Serdj pour gagner la plaine de Siliana. Il en est de même pour

les tribus de la zone frontière au Sud du massif Ouargha, pour les

Fréchich ou les Majeur, quand ils se rendent au Kef, dans la plaine de

Zouarine ou chez les Ouartane. Les gens de la vallée de l’oued Marouf

appellent le Roba Ouled Yahia « _Friguietna_ » (notre Friguia). De leur

côté, les habitants de ces derniers pays ont conscience pour la plupart

d’être en Friguia. Cette Friguia plus petite, qui est la Friguia par

excellence, ne dépasse pas, à l’Ouest, au Sud et à l’Est, Sakiet-Sidi-

Yousef, Hammam-Mellègue, Sidi-Abd-el-Basset, Haodh, Fedj-et-Tamer,

Djebel-Rouis, Koudiat-Chaïr, Henchir-Mided, Oued-Ousafa, Djebel-Serdj et

Bargou. Les habitants du couloir El-Aroussa-Bou-Arada-Fahs se déclarent

immédiatement limitrophes de la vraie Friguia dans laquelle ils rangent

le massif du Djouggar et le Gafour. A Testour, on confesse que la

Friguia est derrière le djebel Ech-Chehid et le djebel Tounga. Pour les

gens de Medjez-el-Bab et d’Utique, la Friguia ne débute qu’à l’oued

Zerga et à Mateur.

[Illustration : _Carte 1._ — LES GRANDES DIVISIONS NATURELLES DE LA

TUNISIE

Nous avons tracé d’après une carte du père MESNAGE (_L’Afrique

Chrétienne, Evêchés et Ruines Antiques_, Paris, 1912) la frontière Sud

de la Proconsulaire, alias Zeugitane, sous les Byzantins. Depuis le

Serdj jusqu’à la mer, cette frontière correspond somme toute à celle du

Tell en mordant légèrement sur la Steppe là où celle-ci est le moins

accentuée. Du Serdj à l’Algérie, la ligne ne cadre plus avec une bordure

de région naturelle. Quant à la limite de l’_Africa Proconsularis sive

Zeugitana_ et de la _Numidia_, elle court en Algérie parallèlement et à

faible distance de la frontière algéro-tunisienne actuelle. On

s’explique ainsi pourquoi le nom de Friguia n’est pas employé dans la

colonie voisine.]

2o =Tell, Sahel et Sahara=

Etant donné cette extension de la Friguia propre (voir carte No 1), il y

a lieu maintenant de nous demander quel rapport existe entre la Friguia

et le Tell. Tell est un mot appliqué depuis longtemps à la partie de la

Berbérie riveraine de la Méditerranée. Il se lit déjà dans Ibn Khaldoun

et il correspond à une région naturelle. Les Européens l’ont adopté sans

en savoir la signification exacte. Ouvrons au hasard un dictionnaire

quelconque ; nous y voyons : « _Tell_ » : « colline ». Ce sens se

rencontre couramment dans les ouvrages français relatifs à la Berbérie.

On le vérifie en Egypte et en Orient avec cette réserve que le tell y

est moins une bosse du relief qu’un monticule de décombres provenant de

déchets de civilisations antérieures ; mais, en Tunisie, d’une part, les

indigènes n’appellent jamais Tell la grande région naturelle du Nord,

et, d’autre part, _tell_ n’a pour eux le sens de colline que dans le

désert. Partout ailleurs, les Tunisiens qualifient de tell, non pas une

forme orographique, mais bien une nature de terrain, comme l’avaient

déjà soupçonné Shaw[24] et Carette[25] et, comme l’a assez récemment

signalé Verry, dont les indications ont été reproduites par Brunhes.

Pour désigner les divers sols agricoles, les indigènes de Tunisie

emploient plusieurs termes qui considèrent soit la teinte du terrain

(_asoued_ noir, _asfar_ jaune, _hamri_ rougeâtre), soit sa pénétrabilité

plus ou moins grande à la chaleur ou à l’humidité (_ardh berda_ terre

froide, _ardh hamia_ terre chaude, _ardh kebira_ terre forte), soit sa

constitution proprement dite (_tell_ sol argileux, _aitsa_ sol sableux,

_ardh bein trabine_[26] sol argilo-sableux ou argilo-calcaire). Entre

ces divers vocables, existent des correspondances. L’_asoued_ et

l’_asfar_ sont des _ardh berda_ ou _ardh kebira_ et représentent des

variétés de terrain tell. Le _hamri_ est généralement du _bein trabine_.

La _aitsa_ est une _ardh hamia_.

Le « tell » est donc, disons-nous, un terrain argileux noir ou jaune,

avec les différentes gradations entre ces deux couleurs (jaune foncé,

brun, gris noir). L’origine du tell est variable. La plupart du temps ce

genre de sol est en relation avec des marnes et s’y superpose, de sorte

qu’il semble bien que ce soient ces marnes elles-mêmes qui, travaillées,

aérées et pénétrées par la pluie, donnent du tell dans leur couche

superficielle. Les marnes noires ou grises sénono-suessonniennes sont

surmontées d’une couche de tell noir ou gris (région de Téboursouk, par

exemple) ; les marnes jaunes de l’éocène moyen se changent en un tell de

même nuance qu’elles (plateau de Mactar, Massouge, etc.). On trouve

encore du tell jaune dans l’éocène supérieur du Tellet-El-Graoua, sur la

rive droite de l’oued Ousafa (massif de Mactar) et dans le miocène, à la

Tella de la Mohammédia, aux environs de Tunis.

Les tells quaternaires s’inscrivent au contraire parmi les terres de

transport. Ce sont, en faible proportion, des dépôts éoliens et en

grande majorité des produits de ruissellement. Ce tell alluvial se

rencontre en abondance dans les plaines du Nord de la Tunisie (plaine de

la moyenne Medjerda, plaine du Kef, etc.). Il a en général une couleur

jaune marron. Cependant, dans certains bas-fonds assez humides où

poussent de nombreuses herbes et où s’accumulent des détritus végétaux,

on a du tell noir qui n’est autre chose que de l’humus. C’est ce qu’on

vérifie dans les garaats et les merjas. Une des plus vastes étendues de

sol asoued en plaine est visible dans la plaine du Krib dite aussi

Garaat du Krib et où d’ailleurs ce tell noir a été surtout amené par les

oueds descendus du massif sénono-suessonnien de Téboursouk.

Il n’est pas à exclure que la décomposition de roches plus ou moins

calcaires ait pu créer du tell en divers endroits, par entraînement des

carbonates de chaux dans un sous-sol perméable et maintient sur place du

quartz, des phosphates et des argiles résultant de la dissolution des

feldspaths[27], le tout agrémenté de débris de feuilles ou tiges

herbeuses. Mais ce processus auquel on attribue habituellement la

formation des tirs du Maroc Occidental[28], tirs qui ne sont en somme

autre chose que du tell[29], ne paraît avoir joué que subsidiairement en

Tunisie.

Quoi qu’il en soit de l’origine matérielle du terrain tell, celui-ci est

dans une dépendance étroite du climat et notamment de la pluviosité.

Toutes les terres argileuses noires ou jaunes de Tunisie ne sont pas, en

effet, du tell. Dans la région de Kairouan, par exemple, ni les sols

argileux demi-forts de Cherahil, ni ceux beaucoup plus forts d’Abida ne

sont qualifiés de tell, non plus que les argiles salées à végétation

halophile qui constituent les hériats. Le titre de tell est attribué par

les indigènes aux terres argileuses abondantes en herbages et où les

récoltes ne manquent pas, aux terres notamment où l’orge et surtout le

blé résistent au sirocco grâce à la fraîcheur maintenue dans le sol.

Mais pour les imbiber, il faut qu’il pleuve copieusement, et seul est

appelé tell le sol argileux qui boit suffisamment d’eau pour en rester

imprégné toute l’année. Le tell résulte ainsi de la combinaison d’un

élément pétrographique avec un élément climatique. _C’est, en

définitive, tout sol argileux recevant chaque année une dose de pluie

assez considérable pour en être pénétré au point d’accumuler en lui des

réserves aqueuses assurant constamment le complet développement normal

des plantes annuelles, céréales ou herbages_. Devant cette notion

essentielle, la question de l’origine géologique reste d’un intérêt

moindre. Et de même est relativement secondaire la position

topographique proprement dite.

Pour nous borner aux endroits où le mot tell a les honneurs de la

nomenclature géographique, c’est-à-dire à ceux où des morceaux de tell

se présentent isolés au milieu d’autres terrains, que constatons-nous à

cet égard ? Disons tout d’abord qu’une parcelle de tell s’appelle

_tella_ تلة (au pluriel _tloul_ تلول) ; un petit tell est un _tlil_

تليل. Dans les forêts de pin d’Alep, le sol est sénonien, et les seules

portions cultivables sont formées par l’alluvionnement des oueds. De ce

nombre sont, dans la forêt entre les Ouled Yahia et le Gafour, Tlil bou

Oka, Tlil Es Sahlaï ; dans la forêt au Nord de la plaine de Zaghouan,

Tlil-El-Mokrania ; dans la forêt des Mellita, Tellet-El-Mellita. Tous

ces tells sont des cuvettes ou des vallées. Au pied du djebel Serdj,

Henchir-Et-Tella est une clairière quaternaire dans la haute brousse en-

dessous du village de Zeriba et de niveau avec elle. Ailleurs, Tellet-

El-Graoua et la Tella entre la Mohammédia et l’oued Miliane sont des

collines. Enfin, il existe des tellas en haut du djebel Sidi-Abdallah-

Ech-Chehid et des djebels Mrhila, Selloum et Chambi. Sur cette dernière

montagne, Henchir-Et-Tella est à 1.352m le morceau de terrain tell sans

doute le plus élevé de toute la Tunisie. Il y a donc du tell à toute

altitude, en montagne, en colline, en plaine ou en vallée. Les tells qui

sont colline ou plateau sont crétacés ou tertiaires ; les tells de

plaine ou de vallée sont quaternaires presque toujours. On ne relève

ainsi aucune règle en ce qui concerne la situation orographique. Il est

néanmoins évident que la position en montagne, toutes choses étant

égales par ailleurs, vaut à un terrain une augmentation de

précipitations pluviales par rapport à la plaine.

Quand les tells de montagne couvrent d’assez vastes espaces, ils portent

le nom spécial de _sra_ سرا (au pluriel _sraouate_ : سراوات). Ici encore

nous sommes obligés de constater une divergence entre l’usage et les

dictionnaires arabes. Pour ceux-ci, _sra_ signifie « montagne, cîme ou

crête ». Pour nos indigènes, les _sraouate_ sont les hautes terres de

culture où la neige séjourne longtemps en hiver, où la pluie abondante

imprègne intimement le sol argileux, où les pâturages sont vigoureux et

presque permanents, où les récoltes sont plus assurées que partout

ailleurs. Le _sra_, dont les terres froides étalées sur des plateaux ou

dans des vallonnements sont le tell par excellence, s’oppose ainsi

doublement au _djebel_ qui est plutôt la montagne rocheuse ou encombrée

de brousse ou de forêt, c’est-à-dire la montagne ne présentant pas

d’intérêt agricole. Parmi les _sraouate_ les plus notables, citons ceux

des environs de Téboursouk, le Massouge, le Sra-Ouartane, etc. Dans la

province de Constantine, _sra_ est employé par les indigènes dans le

même sens qu’en Tunisie. Entre cette ville et Sétif, le territoire des

Ouled Abd-en-Nour comporte une division caractéristique en deux parties

bien différentes : les _sraouate_ et les plaines à _sebkhas_[30].

Si, maintenant, nous examinons quelles sont les régions de la Tunisie où

sont visibles du tell et des sraouate, nous constatons que ceux-ci, très

fréquents dans la Friguia propre, sont encore répandus dans la grande

Friguia, c’est-à-dire au Nord et à l’Ouest des chaînes de Byzacène et de

Zeugitane et d’une courbe Djouggar-Bir-bou-Regba-Hammamet. Au contraire,

au Sud et à l’Est de ces mêmes lignes, il n’y a plus du tout de sraouate

et les tellas se font rares pour cesser complètement à brève distance.

Nous voilà donc en mesure à présent de définir le Tell. _Celui-ci n’est,

en somme, autre chose que la région où, par suite de la nature du sol et

de la dose des précipitations, il y a majorité ou abondance de terrain

tell_[31]. Et si l’on cherche à voir quelle peut être l’extension du

Tell, on s’aperçoit bien vite qu’il est identique à la Friguia. En

Tunisie, _Friguia est le nom habituel du Tell_.

Il n’y a donc pas à s’étonner de l’indécision des bornes de la Friguia.

Nous verrons, en effet, sous peu, comment le Tell, résultante de deux

éléments, l’un stable, le sol, l’autre variable, la pluie, augmente ou

se rétrécit selon que cette dernière tombe en quantité suffisante ou

restreinte, et l’on comprend aisément au surplus qu’il puisse exister

dans la qualification de tell à appliquer à un terrain ou à un canton,

des différences d’appréciation, selon que celui qui se prononce est

accoutumé à vivre dans un pays de sraouate ou dans une région presque

désertique. Il y a là une double cause de variation, selon les années et

selon les personnes[32].

La région du Haut Tell en Tunisie (le Kef, Téboursouk, Mactar, Thala) · 第 1 / 45 段