L'année qu'elle a mise à la mener à son point,
Préparant la terre comme une sépulture, l'immense ensevelissement des
graines.
Et pour nous, quoi que nous fassions, la chose qui doit être s'en
arrange.
_(Tout haut)_
Saint-Père, comprenez que c'est de votre cause surtout qu'il s'agit.
Pour nous autres, ce que je viens de faire suffit:
La violence que l'on vous a faite a été manifestée et notre bonne
volonté propre:
Que vous soyez présentement sauvé ou repris,
Il y a avantage des deux parts.
_(Le Pape se tait, comme n'entendant pas)_
M'entendez-vous, Saint-Père?
LE PAPE PIE.--Ne disiez-vous pas que vous nous laisseriez ici ces
quelques jours?
COUFONTAINE.--Mais combien, je ne sais au juste. Il me faut penser et
voir.
LE PAPE PIE.--Laissez à Dieu le temps de nous donner conseil, à tous
deux.
COUFONTAINE.--Votre Sainteté est bien lasse?
LE PAPE PIE.--Lassitude du corps, lassitude de l'âme plus grande!
Laissez-Nous ces quelques jours de repos, mon fils.
Il est dur pour un pauvre moine de préférer sa propre volonté.
_Non meam, Domine_. Non pas la mienne,
Non pas la mienne, Seigneur, mais la Vôtre.
_(Il parle lentement, comme distrait et absorbé)_
_Ut quid persequimini me sicut Deus, vos saltem amici mei?_
Pourquoi me persécutez-vous, mes frères évêques?
Cardinaux, conseillers du Vicaire de Dieu, est-ce pour cela que je vous
ai ouvert la bouche?
Vous voyez qu'il n'est pas en notre pouvoir de faire autrement.
_(Silence. Le Pape peu à peu penche la tête sur sa poitrine et
s'assoupit)_
COUFONTAINE, _se tournant vers le crucifix_.--Seigneur Dieu, si
toutefois Vous existez, comme ma sœur Sygne en est sûre, je Vous
apporte cet innocent qui s'endort entre Vos bras.
Il ne s'agit plus de rester caché; c'est de Vous qu'il s'agit, je vous
ai forcé à paraître.
Le Corse n'a plus cet otage entre les mains. J'ai rétabli les plateaux
de la balance. Décidez donc dans Votre liberté.
Tout est bien tiré au clair,
Tout va se passer en spectacle aux hommes et aux anges.
Moi, quoi que Vous fassiez, j'ai pris mes sûretés.
Puisque l'on repousse ma main, je la retire.
Si le vieillard s'échappe, c'est moi qui l'ai sauvé.
Et si l'ogre le reprend, le scandale est maintenant public, qu'il
s'attache cette meule au cou.
_(Il sort)_