Fait pape, comme il a fait rois ses frères,
Aumônier du Grand Empereur.
LE PAPE PIE, _levant le doigt_.--Il y avait sur les routes de Judée des
possédés qui, dès qu'ils voyaient Notre-Seigneur, se jetaient devant
lui en pleurant et en criant.
Et tout en le poursuivant avec des injures et des pierres, ils ne
cessaient de répéter: Jésus de Nazareth, pourquoi nous persécutes-tu?
Ainsi pendant tous les siècles les hommes impies avec le Vicaire du
Christ.
Il n'y a plus de paix pour les hommes depuis qu'il est apparu entre eux
comme une personne dénuée.
Ils arrangent entre eux de petits pactes pour un jour qu'ils appellent
lois, sociétés, constitutions, états, royaumes,
Selon la puissance qui leur est donnée pour un jour et qui est bonne et
bénie en elle-même.
Et ils pensent qu'ils ont arrêté la marche du monde, réglant toute
chose pour toujours avec leur volonté particulière,
Et parce qu'ils ne savent là-dedans quelle part au juste Lui faire, il
arrive qu'ils se mettent en colère contre Dieu
Qui ne veut point part.
_(Il se tourne gravement vers le Christ)_
Il est nu sans aucune chose qui lui appartienne.
_(Silence)_
Et ils voudraient L'arrêter et L'emprisonner, avec des règles et des
barrières, des libertés et des concordats.
Et Notre devoir est de Nous prêter à leur fantaisie, comme un pêcheur
sur la mer qui s'arrange du temps qu'il fait, n'en ayant point le choix.
Pour le bien des âmes, jusques au point permis.
--Et pour cet Empereur d'aujourd'hui, il est comme un enfant gâté que
l'on contrarie.
Il fait le maître et il ne sait pas qu'il est un de mes pauvres enfants
comme tous les autres.
Vainqueur des hommes, comme il dit, voyez-le aujourd'hui qui veut fixer
et contraindre Dieu et le mettre de son parti, prenant son vicaire
comme otage.