_L'Abbaye des moines Cisterciens de COUFONTAINE achetée par SYGNE.
Au premier étage la bibliothèque: c'est une grande et haute pièce,
éclairée par quatre fenêtres sans rideaux, aux petits carreaux
verdâtres. Au fond, entre deux hautes portes, sur le mur blanchi à la
chaux, une grande croix de bois avec un crucifix en bronze d'aspect
farouche et mutilé. A l'autre bout, au-dessus de la tête de SYGNE, au
lambeau d'une fraîche tapisserie de soie, où l'on voit dans un rinceau,
au milieu d'une pastorale déchirée, l'écu de Coûfontaine divisé: en
chef d'or avec une foi de gueules (deux mains unies), en pointe d'azur
avec une épée d'argent en pal entre le Soleil et la Lune, et pour cri
et devise: COUFONTAINE ADSUM!_
_Le plancher extrêmement propre est de larges planches inégales clouées
de gros clous brillants. SYGNE est assise dans un coin à un joli petit
bureau tout couvert de registres et de liasses de papiers bien rangées.
Plus loin une petite table sur laquelle il y a du pain, du vin et le
reste. De grands meubles rigides, chaises et fauteuils sont alignés
d'un bout à l'autre de la salle qui a un air austère et abandonné.
Par terre une claie où sèchent des pruneaux. ... Tout cela au lever
du rideau n'est pas visible. Il fait nuit; les volets extérieurs sont
fermés. La pièce n'est éclairée que par le flambeau de cire sur la
table._
_Tempête au dehors._
_Porte qui s'ouvre sans que l'on voie personne, sifflement du vent. La
flamme de la bougie s'incline. SYGNE la protège avec la main._
SYGNE, _regardant vers le fond de la pièce_.--Georges!
COUFONTAINE.--Bonne nuit, Sygne! Bonjour, plutôt.
_(Elle porte la main à son cœur comme quelqu'un qui est trop ému. Il
apparaît dans la zone à demi éclairée de la chambre. C'est un homme de
stature athlétique, se tenant très droit)._
SYGNE[1].--Votre chambre est prête.
COUFONTAINE[2].--Tout à l'heure.
Je n'ai pas le temps de dormir. J'ai beaucoup à causer avec vous.
Voici étrangement longtemps que nous ne nous sommes pas vus, ma cousine.
_(Elle se rassied)_
SYGNE.--Vous pouvez venir. Tous mes comptes sont là, nets et purs.
Jamais je ne me suis couchée un soir sans qu'avant de faire ma prière
je n'aie mis mes registres à jour.
Ceux qui sont là pour la police, et ce petit qui est pour vous. De jour
comme de nuit.
On peut venir! Vous trouverez tout clair et en ordre.
COUFONTAINE.--Les comptes! Ces comptes! c'est toujours votre premier
cri!
Je vous retrouve la même, Sygne! Notre vieille Suzanne s'est fait une
bonne élève.
Rien de tel pour vous apprendre l'écriture qu'un maître qui ne sait pas
lire.
Je n'ai pas de comptes à vous demander. Tout est à vous.
SYGNE.--Pour vous, Monsieur.
Vous êtes le chef, et moi la pauvre sibylle qui garde le feu.
COUFONTAINE.--Je n'aime pas cette lumière.
SYGNE.--Les volets sont fermés, au dedans et au dehors.
On ne peut rien voir. Moi-même, c'est à peine si je vous distingue.
COUFONTAINE, _à voix plus basse, levant un doigt_.--_IL_ est ici?
SYGNE, _de même_.--Il est arrivé, il y a deux heures. Justin l'a amené
sur l'âne à travers les bois.
COUFONTAINE.--Qu'a-t-il fait?
SYGNE.--Il s'est assis, les deux mains sur les genoux, respirant fort
comme, un homme qui va passer.
Il a demandé un prêtre pour se confesser.
J'ai envoyé chercher l'abbé Badilon.
_(Geste de COUFONTAINE)_
Vous êtes mécontent?
COUFONTAINE.--Poursuivez.
SYGNE.--Je n'ai pu lui refuser. Il m'a prié d'une manière si aimable,
me regardant de ses grands yeux noirs.
Parlant de son cœur, à la manière ecclésiastique «le poids qu'il a sur
le cœur». Quel poids?
Il s'est confessé et il a dit sa messe aussitôt. J'y étais.
Ah, ce n'était plus le même homme à l'autel! Non plus cette maigre
dépouille! Mais un ange en grande véhémence et suavité, accomplissant
un acte inestimable, le pontife qui parle en lettres d'or!
Qui est-ce, Georges?
COUFONTAINE.--Il repose?
SYGNE.--Il repose. L'abbé est resté près de lui; il dira la messe ici.
_(Rafales de vent au dehors)_
COUFONTAINE.--Il était temps de nous mettre à l'abri.
Je reconnais le vent de mon pays.
SYGNE.--Quel dommage! Les pommiers étaient si beaux!
Il ne restera pas un pépin sur l'arbre.
COUFONTAINE.--La tempête nous garde. Je suis en grand hasard, Sygne!
J'ai osé une chose inouïe.
SYGNE.--Ah, quel que soit le péril, vous êtes en sûreté avec moi!
COUFONTAINE.--Le fait est que je n'ai jamais été inquiété ici.
C'est pourquoi je vous ai amené ma prise.
De quoi je suis obligé à ces mauvais yeux de notre frère Toussaint,
Avec qui je sais que vos relations sont bonnes.
SYGNE.--Mon cousin, je suis un homme d'affaires et ne choisis point mes
relations.
COUFONTAINE.--Il faut l'épouser. Ses armes embarbouillées aux nôtres,
Çà égaierait cette vieille peinturelure.
_(Il montre la tapisserie)._
SYGNE.--Ne vous moquez pas ainsi.
COUFONTAINE.--Je plaisante, Sygne. Fi de moi! La voici les larmes aux
yeux!
Vous êtes si bonne, c'est plus fort que moi, il faut que je vous fasse
de la peine! c'est ma façon de vous aimer.
Quelle jeunesse, ma pauvre cousine, que la vôtre!
Reprenant, remettant ensemble les morceaux épars de cette terre,
Vignes et clos, bois, sablons et terres labourées,
Comme une vieille dentelle déchirée que l'on reprend brin par brin.
SYGNE.--C'est votre bien que nous refaisions ainsi, Coûfontaine,
Suzanne et moi.
COUFONTAINE.--Bien travaillé, tisseuse!
Nos mères de leurs doigts oisifs s'amusaient à parfiler,
Décousant broderies et galons, détachant chaque fil un par un.
Ce qu'elles ont défait, vous le refaites.
J'ai ma cousine Sygne qui est plus pour moi que beaucoup d'or et
d'argent!
Que dit-on des lys qu'ils ne filent pas?
Ah, si chacun de vos blancs frères de France, ma cousine, eût aussi
bien fait,
Toutes les filles de noble maison, le Roi pourrait revenir,
Il n'y aurait pas un trou dans le vieux drapeau!
Hélas, avec un fil qui part, que de mailles qui sautent!
SYGNE, _prenant dans ses deux mains et regardant une miniature posée
sur la table_.--Les voilà! Ce sont mes deux bien-aimés, pour qui il
faut bien que je me donne un peu de la peine.
Tes enfants, Georges, et dis! les miens aussi, n'est-ce pas? Il faut
que la tante fée, la fée araignée qui est restée là-bas, leur refasse
une maison en France par son art magique.
Car nous autres, qui sommes pris entre le souvenir et le devoir, vous
et moi, nous ne travaillons pas pour nous.
Quand est-ce que je les verrai, Georges? Aimables enfants!
Le chevalier avec son petit fouet, il a déjà vos traits, Coûfontaine,
et ce tour Picard, et cet air de commandement et de considération.
Et la petite fille, qu'elle est bonne!
Leur mère se plaignait d'eux dans sa dernière lettre. Est-il possible?
COUFONTAINE.--C'est une vieille lettre.
Ils sont sages maintenant et ne lui donnent aucune peine.
SYGNE.--Et que leur mère est belle qui les tient entre ses deux beaux
bras nus!
O Georges, que cela doit être bête à embrasser quand vous revenez de
la guerre, cette belle rose fraîche tout ensemble où brillent ces six
beaux yeux!
Je comprends bien ce qui vous a plu en elle, c'est cet air mal défendu
et candidement arrogant, la grosse lèvre et le petit front.
Nous travaillons ensemble et je les regarde parfois, le cœur content.
Que ses yeux sont beaux, comme quelqu'un qui donne son cœur, un jeune
être bien tendre qui regarde si vous l'aimez!
Quel courage vous avez, Coûfontaine, de la quitter, toujours loin
d'elle errant!
COUFONTAINE.--Nous sommes au service du roi tous les deux.
SYGNE.--Vous écoute-t-il toujours?
COUFONTAINE.--Je crains d'avoir perdu de mon crédit.
SYGNE.--L'auriez-vous offensé?
COUFONTAINE.--Il n'était pas en mon pouvoir de faire vivre ma femme
toujours.
_(Silence)_
SYGNE.--Georges, je ne comprends pas! quelle horrible parole me
baillez-vous, pleine de poisons?
COUFONTAINE.--Ne savez-vous pas que ma femme était la maîtresse du
Dauphin?
Tout le monde là-bas enviait mon bonheur. Moi seul, stupide, ne savais
rien.
La mort a tout fait paraître.
SYGNE.--Elle est donc morte, Georges?
COUFONTAINE.--Donnez-moi ce portrait.
SYGNE, _le prenant vivement_.--Ne lui faites plus de mal! Ma chérie,
ici du moins tu es en sûreté contre mon cœur.
COUFONTAINE.--C'est la seule image qui me reste d'eux.
_(Elle le regarde comme ne comprenant pas)_
Tout cela que vous tenez entre vos mains n'est plus.
SYGNE.--Georges!
COUFONTAINE.--Ne me comprenez-vous pas? Les deux enfants...
SYGNE.--Assez! ne parlez pas. Ah, pas cela! pas cette chose horrible.
COUFONTAINE.--... sont morts. Tous deux presque en même temps, pendant
que j'étais en France, de cette mauvaise fièvre anglaise.
SYGNE.--Dieu ait pitié de nous!
_SYGNE reste pendant un moment immobile, les yeux fermés et comme
évanouie, puis lentement elle agite la tête comme quelqu'un qui fait_
Non.
Je suppose qu'il n'y a rien à vous dire, Georges?
COUFONTAINE.--Il n'y a rien à me dire,
_(Pause)_
SYGNE.--Venez prendre ce papier pour vous qui est là sur la table.
_(Il approche de la table et comme il tend la main, SYGNE la lui
saisit dans les siennes et éclate en sanglots le visage sur sa main.
COUFONTAINE lui caresse la tête en silence)._
COUFONTAINE.--Il ne faut pas pleurer, Sygneau. Voilà que notre nom est
fini et il ne reste plus que nous, tous les deux.
Mais bien d'autres choses encore, plus belles, finissent avec nous.
Tout le monde n'est pas fait pour être heureux.
Un autre lui a plu, je n'y peux rien, je croyais l'aimer autant qu'il
faut.
Et quant à ces petits enfants, un soldat n'en a pas besoin et c'est un
grand débarras.
SYGNE, _avec une sorte d'ironie_.--Vous êtes dur, Georges.
COUFONTAINE.--Je reste à l'alignement; le reste ne regarde personne.
SYGNE.--Au nom de ces deux innocents! Pardonnez-lui au nom de ces
innocents!
Songez combien elle était jeune et le mal que cela fait de mourir!
Ah, c'est une chose plus enivrante que le vin d'être une belle jeune
femme!
Dites-moi que vous lui avez pardonné.
COUFONTAINE.--Je ne pense plus à cela.
SYGNE.--Mais dites que vous lui avez pardonné!
COUFONTAINE.--Celui qui aime beaucoup ne pardonne pas facilement.
SYGNE.--Mon cœur est brisé de compassion pour vous.
COUFONTAINE.--Il y a la nuit seulement qui est mauvaise à passer, mais
on finit toujours par dormir lorsque l'on est fatigué.
SYGNE.--Et ils sont morts tous les trois!
COUFONTAINE.--Epargnez-moi, mon Sygne, et tâchez d'être plus calme.
SYGNE.--Mon Dieu, ainsi tout est perdu et vain de ce que j'ai fait!
COUFONTAINE.--Parole sur toute chose la dernière. Mais vous du moins,
c'est à Dieu que vous la dites.
SYGNE.--«Ma génération a été roulée et retirée de moi comme la tente du
pasteur!»
Jadis j'ai vu mon père et ma mère, votre père aussi et votre mère,
Coûfontaine, paraître sur l'échafaud ensemble.
Ces quatre figures saintes à la fois qui nous regardaient, liées comme
des victimes, mes quatre pères et mères que l'on a abattus l'un après
l'autre sous la hache!
Et quand ce fut le tour de ma mère, le bourreau roulant autour de son
poing la queue de cheveux gris, lui tirait la tête sous le couteau.
--Nous étions au premier rang, et vous me teniez la main, et leur sang
a rejailli jusque sur nous.
J'ai tout vu et ne me suis pas évanouie, et nous sommes revenus ensuite
à pied à la maison.
Les hommes ont tranché la tige, et maintenant Dieu pense à nous et nous
retire notre fruit.
Mon Dieu, vous avez fait attention à cette pauvre chose que nous avions
encore! Que votre volonté soit faite! Que votre amère volonté, que
votre amère volonté...
Nous restons seuls, Georges, vous et moi.
Vous et moi de plus en plus une seule personne et seuls, et la vie
comme d'elle-même se retire de nous.
Dans un monde où nous avons cessé d'avoir part et proportion.
COUFONTAINE.--Il faut vous séparer de moi et faire votre propre bonheur.
SYGNE.--C'est moi maintenant qui vous tiens la main, comme vous teniez
la mienne ce matin de Prairial.
COUFONTAINE.--Vous êtes jeune, vous êtes riche et la vie est belle
devant vous.
SYGNE.--C'est ce que chantaient les cloches le jour de votre mariage.
COUFONTAINE.--Ce n'est pas le chant que j'ai entendu.
SYGNE.--Je connais que vous avez reçu le sacrement, ne croyant pas.
COUFONTAINE.--Je ne croyais pas. Je savais tout d'avance.
Mais j'étais prisonnier comme un qui ne peut pas faire autre.
SYGNE.--La pauvre enfant aussi vous aimait.
COUFONTAINE.--J'étais comme le mineur qui sort pour un moment de ses
sapes et qui s'aperçoit qu'on en est tout de même au mois d'avril.
De quelle idiote fringale de bonheur j'ai été saisi tout à coup!
SYGNE.--Vous avez eu votre heure.
COUFONTAINE.--Je ne l'ai pas eue. Elle ne m'a pas pris pour un autre.
SYGNE.--Qui donc vous tenait séparés?
COUFONTAINE.--Ce sang de mon père sur ma face.
SYGNE.--Et ce sang aussi à vos mains!
COUFONTAINE.--Est-ce qu'il vous fait horreur, Sygne?
SYGNE.--Ah, j'en demande pardon à Dieu, il ne me fait pas horreur!
COUFONTAINE.--C'est celui pourtant de beaucoup d'innocents.
Souvenez-vous de la rue Saint-Nicaise.
SYGNE.--Ne l'avez-vous pas payé du vôtre?
COUFONTAINE.--Il est vrai. O ma femme et mes pauvres enfants!
SYGNE.--Moi, je reste encore.
COUFONTAINE.--Comme une fille dont le nom un jour va changer.
SYGNE.-- Mais le mien m'a été surimposé d'un second baptême.
COUFONTAINE.--J'ai participé à ce sacrement avec vous.
SYGNE.--Non indignement cette fois.
O Georges, toute notre race en ce jour a été mise sous le pressoir.
COUFONTAINE.--O vin sacré issu de ce quadruple cœur!
SYGNE.--Leur sang a été semé sur le mien.
COUFONTAINE.--Le vieux plan ne nous donne plus sa sève.
SYGNE.--Il reste un vin pur! Le nom en nous est vivant.
COUFONTAINE.--O âme qui m'es née toute pareille, ô mon étrange jumeau!
Vous comprenez ces choses.
Comme la terre nous donne son nom, je lui donne mon humanité.
En elle nous ne sommes pas dépourvus de racines, en moi par la grâce de
Dieu elle n'est pas dépourvue de son fruit, qui suis le Seigneur.
C'est pourquoi précédé du _de_, je suis l'homme qui porte son nom par
excellence.
Mon fief est en mon royaume comme une petite France, la terre en moi
et ma ligne devient gentille et noble comme une chose qui ne peut être
achetée.
Et comme le miel ou les fleurs ou le vin qu'elle produit sont
reconnaissables entre tous,
Ou le gibier que l'on y tire ou la viande que l'on y paît,
Ainsi entre beaucoup de plantes précaires l'Arbre-Dormant,
Le grand chêne généalogique qui se dressait dans la cour du château,
Et dont les racines comme il apparut le jour qu'il fut arraché, plus
liantes que celles de ces figuiers que j'ai vus au Coromandel, et que
ces veines d'un sein qui font le lait,
Etaient enfoncées à demi dans le noir béton de la substruction romaine,
A demi au travers de la compacte glaise dans le banc natif de la
meulière couleur de fleur de marronnier.
Et comme le vin de Bouzy n'est pas celui d'Esseaume, c'est ainsi que je
suis né Coûfontaine par fait de la nature à quoi les Droits de l'Homme
ne peuvent rien.
Ainsi la nation n'avait pas à se fabriquer elle-même ses chefs et ses
lois, défendue contre les rêves.
Mais la nature dans toute la France les lui donnait avec ses autres
productions, bons ou mauvais, depuis le roi jusqu'au juge,
Au tournant de chaque vallée, au flanc de chaque coteau, chacun en sa
saison refleurissant de son pied ou de sa souche,
Comme les fleurs et les fruits en leur variété.
SYGNE, _relevant la tête et regardant avec fermeté_.--Qu'importe tout
cela, Georges?
COUFONTAINE.--Ce qu'il importe?
SYGNE.--Dieu l'a voulu. C'est bien. Il n'y a pas de notre faute. A quoi
bon le bouder et le quereller?
COUFONTAINE.--Dieu lui-même ne peut m'enlever ce qui est à moi.
SYGNE.--Rien n'est à nous, tout est à Lui qui est le seigneur éminent.
Et il est donc vrai qu'il ne peut rien nous enlever, mais il peut nous
relever nous-mêmes,
De ce poste qu'il nous avait confié.
COUFONTAINE.--Que suis-je sans cette place d'où je tiens mon nom?
SYGNE.-- Cela seul à qui rien ne peut plus être enlevé.
COUFONTAINE.--Moi du moins, il y a une chose que je ne retire pas quand
je l'ai donnée.
SYGNE.--Laquelle, Georges?
COUFONTAINE, _tendant la main_.--Ma main droite.
SYGNE, _lui donnant la sienne_.--Ni moi celle que je te donne, mon
frère!
COUFONTAINE.--Le monde s'est rétréci, mais nous subsistons tous les
deux.
SYGNE, _à voix basse_.--COUFONTAINE ADSUM.
COUFONTAINE.--Tu es ma terre et mon fief, tu es mon parti et mon
héritage. Tu es demeurante et véritable.
A la place de cette femme fausse qui est morte et de ses enfants et de
la terre.
SYGNE.--Dieu seul est véritable.
COUFONTAINE, _d'un ton ambigu_.--Cela, nous allons le voir tout à
l'heure.
SYGNE.--Ne va point contre Sa volonté.
COUFONTAINE.--Que savons-nous d'elle?
Quand le seul moyen pour nous est de la contredire.
SYGNE.--Georges, mon frère! Parole digne de vous!
COUFONTAINE.--A tant faire que d'être condamné,
Autant s'en assurer pour de vrai.
Et toi ne prends point parti contre moi.
SYGNE.--Que prétends-tu faire?