D’Artagnan n’était pas au bas de l’escalier que le roi appela son
gentilhomme.
— J’ai une commission à vous donner, monsieur, dit-il.
— Je suis aux ordres de Votre Majesté.
— Attendez alors.
Et le jeune roi se mit à écrire la lettre suivante, qui lui coûta plus
d’un soupir, quoique en même temps quelque chose comme le sentiment du
triomphe brillât dans ses yeux.
«Monsieur le cardinal, Grâce à vos bons conseils, et surtout grâce
à votre fermeté, j’ai su vaincre et dompter une faiblesse indigne
d’un roi. Vous avez trop habilement arrangé ma destinée pour que la
reconnaissance ne m’arrête pas au moment de détruire votre ouvrage.
J’ai compris que j’avais tort de vouloir faire dévier ma vie de la
route que vous lui aviez tracée. Certes, il eût été malheureux pour la
France, et malheureux pour ma famille, que la mésintelligence éclatât
entre moi et mon ministre.
C’est pourtant ce qui fût certainement arrivé si j’avais fait ma femme
de votre nièce. Je le comprends parfaitement, et désormais n’opposerai
rien à l’accomplissement de ma destinée. Je suis donc prêt à épouser
l’infante Marie-Thérèse. Vous pouvez fixer dès cet instant l’ouverture
des conférences.