Chapitre XV — Le proscrit

D’Artagnan n’était pas au bas de l’escalier que le roi appela son

gentilhomme.

— J’ai une commission à vous donner, monsieur, dit-il.

— Je suis aux ordres de Votre Majesté.

— Attendez alors.

Et le jeune roi se mit à écrire la lettre suivante, qui lui coûta plus

d’un soupir, quoique en même temps quelque chose comme le sentiment du

triomphe brillât dans ses yeux.

«Monsieur le cardinal, Grâce à vos bons conseils, et surtout grâce

à votre fermeté, j’ai su vaincre et dompter une faiblesse indigne

d’un roi. Vous avez trop habilement arrangé ma destinée pour que la

reconnaissance ne m’arrête pas au moment de détruire votre ouvrage.

J’ai compris que j’avais tort de vouloir faire dévier ma vie de la

route que vous lui aviez tracée. Certes, il eût été malheureux pour la

France, et malheureux pour ma famille, que la mésintelligence éclatât

entre moi et mon ministre.

C’est pourtant ce qui fût certainement arrivé si j’avais fait ma femme

de votre nièce. Je le comprends parfaitement, et désormais n’opposerai

rien à l’accomplissement de ma destinée. Je suis donc prêt à épouser

l’infante Marie-Thérèse. Vous pouvez fixer dès cet instant l’ouverture

des conférences.

Le vicomte de Bragelonne, Tome I. · 第 16 / 56 题