Étrennes de la ville de Paris.—Compliment à l'ambassadeur
d'Espagne.—Reliques de Sainte-Geneviève.—Comédiens,
marionnettes et ballets.—M. de Pluvinel.—Le Dauphin n'aime
pas la flatterie.—Visite à Saint-Germain.—Baptême du fils
de M. de Tresmes.—Portrait du Dauphin par Bunel.—Carrousel,
course de bagues et ballet.—Mot sur Sully.—Mme de Montglat
et M. de Souvré.—La nourrice du Dauphin.—Anecdote sur
Charles IX.—La marquise de Verneuil.—Bruits de guerre.—La
cérémonie de la Cène.—La librairie de Saint-Victor.—Visite à
Saint-Germain.—La lance de chair.—Plan d'une forteresse.—Les
enfants de Paris.—M. Aleaume.—Dernier dîner avec le
Roi.—Dédain pour Sully.—Couronnement de la Reine.—Assassinat
de Henri IV; mot du Dauphin.—Précautions prises dans la nuit.
_Le 1er janvier, vendredi, au Louvre._—Mené en sa petite chapelle,
puis chez LL. MM.; à onze heures et demie mené en Bourbon par le
Roi, puis à douze heures et demie ramené pendant que le Roi touche
les malades. Le prévôt des marchands, M. Sanguin, et [les] échevins
de la Ville, en corps, le viennent saluer et lui apportent une
douzaine de boîtes de confitures et autant de bouteilles de vin
et hypocras; ils en avoient fait autant au Roi. Mené à vêpres à
Saint-Germain-de-l'Auxerrois.
_Le 5, mardi._—L'ambassadeur d'Espagne le visite de la part du Roi,
son maître, il lui dit: _Je remercie bien humblement le roi d'Espagne,
mon oncle, de la souvenance qu'il a de moi; je vous prie de l'asseurer
de mon affection à son service et en votre particulier de mon amitié
et bonne volonté._ Mené chez le Roi, ramené, soupé, il fait souper M.
de Souvré, tous ses petits[634] avec lui (c'est la première fois), et
fait les Rois. Il est le roi, seul en sa table, et en l'autre ce fut M.
de la Luzerne.
[634] Héroard désigne ainsi les petits gentilshommes élevés avec
le Dauphin.
_Le 6, mercredi, au Louvre._—A dîner il commande à une comédiante
françoise[635], et lui dit: _Venez à huit heures, car je me couche à
dix._ Mené en carrosse au faubourg Saint-Jacques chez M. de la Tour,
ramené chez LL. MM., puis chez lui; après souper mené chez le Roi, où
se joue la comédie.
[635] Une comédienne qui devait venir jouer le soir chez le
Roi et qui assistait à son dîner. Henri IV écrivait en 1607:
«Monsieur de Villeroy, je vous fais ce mot pour vous dire que
j'ai permis à l'Ysabelle, comédiante, et à sa compagnie de s'en
retourner en Italie.» (_Lettres missives_, VII, 176.)
_Le 7, jeudi._—Il s'amuse en son cabinet à chanter et faire chanter
par ses petits des chansons d'amour. Mis au lit, il se joue aux échecs;
M. de la Boissière lui veut représenter un coup qu'il jouoit mal; il
prend le roi, le lui jette à la tête. M. de Souvré l'en tance, le va
dire au Roi et à la Reine, qui le condamnent au fouet[636].
[636] Malherbe écrivait le 11 janvier 1610: «Vendredi dernier,
M. le Dauphin jouant aux échecs avec la Luzerne, qui est un de
ses enfants d'honneur, la Luzerne lui donna échec et mat; M. le
Dauphin en fut si fort piqué, qu'il lui jeta les échecs à la
tête: la Reine le sut, qui le fit fouetter par M. de Souvray, et
lui commanda de le nourrir à être plus gracieux; elle l'a jugé
nécessaire pour ce que ce prince, extrêmement généreux, ne veut
rien souffrir qui ne lui cède. Il fut à l'Arsenal il y a trois ou
quatre jours; j'ai ouï dire à un gentilhomme qui y étoit présent
que M. de Sully lui fit un grand accueil; mais que, quoi qu'il
fît, jamais il ne s'arrêta à lui et ne le regarda presque point.
«Il y a, depuis huit ou dix jours, au grand cabinet de la Reine
un tableau où l'infante d'Espagne est peinte de son long, avec
cette inscription: _Dona Anna Mauricia d'Austria_; l'autre soir
M. le Dauphin le montroit à quelques-uns de ces petits qui sont
nourris auprès de lui, et leur disoit: «Voilà ma femme.» M. de
Souvray lui dit que peut-être les Espagnols ne la lui voudroient
pas bailler, et il répondit tout aussitôt: «Eh! il la faudra
aller prendre.» Ce prince est pour donner de la besogne à la
jeunesse qui sera de son siècle: il est d'un naturel extrêmement
bon, mais il veut être respecté, comme il est raisonnable. Madame
sera ici dans cinq ou six jours pour faire un ballet.»—(_Œuvres
de Malherbe_, éd. L. Lalanne, tome III, p. 130.)
_Le 8, vendredi._—Éveillé à six heures et demie, il demande à se
coucher près de M. de Souvré, pour éviter ce qu'il craignoit; refusé,
fouetté.
_Le 9, samedi._—Mené à l'Arsenal, où il a goûté.
_Le 10, dimanche, au Louvre._—Après souper mené chez LL. MM., où il
voit danser un ballet venu de la ville.
_Le 11, lundi._—A souper M. le Chevalier parle de Sainte-Geneviève
des Ardents, le Dauphin lui demande: _Comment! brûle-t-elle?_—«Non,
mon maître, mais ses reliques guérissent ceux qui brûlent.»—_Qui
étoit-elle?_—«C'étoit une sainte.»—_Ya-t'i longtemps?_—«Oui,
mon maître.»—_Combien?_—«Je ne sais, mon maître.»—_Pourquoi les
guérit-elle?_—«Je ne sais, mon maître.» Il s'enquéroit avec attention,
curiosité, et desir.
_Le 12, mardi._—Mené par la galerie aux Feuillants, il trouve le Roi
aux Tuileries, revient avec lui chez la Reine. Don Philippe, marquis
de Guadalesta, allant de Flandres en Espagne, le vient saluer et entre
autres choses lui demanda s'il trouvoit belle l'Infante?—_Oui_, répond
le Dauphin; il lui demande s'il lui plaisoit qu'il lui en envoyât un
portrait?—_Oui, mais j'ai le cœur françois._»
_Le 14, jeudi._—Dîné avec impatience, pour aller à la chasse où M. le
comte de Soissons le devoit mener et l'attendoit à la salle; il met des
marrons rôtis non pelés dans sa pochette. Botté, il entre en carrosse,
est mené par le Roule, où le pavé étoit couvert du débordement de la
rivière, au parc de Madrid, y est monté sur sa petite haquenée baie,
court deux lièvres. La pluie et la grêle surviennent, il se prend à
galoper pour gagner le château; il change de chemise; l'orage passé, il
remonte à cheval; goûté à cheval, d'une petite tarte de massepain et de
deux marrons qu'il tire de sa pochette.
_Le 15, vendredi._—Il s'amuse à faire travailler des garçons de sa
chambre à enfiler des verres de couleur en façon de broderie, pour en
faire des colliers à ses chiens.
_Le 16, samedi._—Mené chez le Roi, ramené à six heures trois quarts,
soupé, il ne veut point de dragées de fenouil[637], par impatience
d'aller en sa chambre pour y voir jouer un italien nommé Simon, juif
ce disoit-on, qui jouoit lui-même quatre ou cinq personnages. Mené
chez LL. MM., il voit chez la Reine un joueur de marionnettes, y prend
plaisir; ramené à minuit.
[637] Le Dauphin en mange ordinairement après ses repas, ainsi
que le Roi.
_Le 17, dimanche, au Louvre._—Après souper il voit jouer un joueur
de marionnettes, y prend plaisir, puis est mené chez le Roi pour voir
danser le ballet de M. de Vendôme, n'en voit que la singerie, le
demeurant n'ayant pu être dansé à cause de la presse.
_Le 18, lundi._—Mené chez le Roi et au ballet de M. de Vendôme en la
grande salle[638].
[638] «Les danseurs du ballet, dit Malherbe dans une lettre du
6 février, entraient de cette façon quatre à quatre: les quatre
premiers étoient M. de Vendôme et le comte de Cremail, qui
alloient ensemble en forme de tours, M. de Termes et la Ferté,
petit-fils de M. le maréchal de Fervaques, en forme de femmes de
grandeur colossale, suivoient après.
«Des autres quatre, les deux premiers dansoient sous la forme
de deux grands pots à fleurs, et les deux derniers sous la
forme de chats-huants ou hiboux: les pots étoient le baron de
Sainte-Suzanne, etc.; les chats-huants étoient le comte de
Roche-Guyon et le baron de la Chataigneraye.
«Des quatre derniers les deux premiers étoient Sesy et Jouy, qui
étoient en forme de basses de violes, et les derniers en moulins
à vent, qui étoient M. le général des galères et Vinsy.
«Après qu'ils avoient dansé sous ces formes, ils se retiroient
au bas de la salle; et là sortoient de dedans ces instruments,
et dansoient en leurs formes naturelles quatre à quatre, c'est à
savoir les quatre premiers ensemble, puis les quatre seconds, et
puis les quatre derniers, et puis dansoient tous ensemble; puis
se retirèrent dans leurs machines, et lors les nains sortirent.
«Il ne me souvient pas qui étoit l'autre pot à fleurs avec
le baron de Sainte-Suzanne; il n'y eut que les hiboux qui
baillassent des vers.» (_Œuvres de Malherbe_, 1860, in-8º, tome
III, p. 138.)
_Le 21, jeudi._—A souper il entretient M. de Pluvinel de chevaux en
termes et comme personne qui en sait des particularités.—Ce jourd'hui,
à huit heures du soir, mourut M. d'Ornano, maréchal de France, âgé de
septante-huit ans, qui le samedi précédent s'étoit fait tailler de la
pierre.
_Le 22, vendredi, au Louvre._—A dîner M. de Souvré lui dit qu'il
venoit de faire justice des petits Fontaine-Martel et de Pouillay
pource qu'ils avoient été trouvés jouant au dés avec des laquais, et
qu'ils étoient incorrigibles, que c'étoient brebis galeuses, et qu'il
les faudroit renvoyer en leurs maisons. Il le dit par deux diverses
fois, à quoi fut répondu par Mgr le Dauphin: _Mais, mousseu de Souvré,
ce sont leurs gouverneurs qui les flattent; il le leur faut dire._ Il
en parle bien selon son naturel, qui n'aimoit pas la flatterie, et
pource aussi qu'il ne désiroit pas qu'ils fussent renvoyés, d'autant
qu'ils étoient à lui. A six heures et demie soupé; il va en sa chambre
pour voir jouer un joueur de marionnettes; le Roi les envoya querir, il
y va (chez le Roi), est ramené à dix heures.
_Le 24, dimanche._—Après souper mené chez le Roi à la comédie.
_Le 26, mardi._—Dîné avec impatience, pour aller à Saint-Germain où
le Roi alloit; sur les deux heures, il entre en carrosse pour aller à
Saint-Germain-en-Laye, passe par Saint-Cloud et la Celle, arrive sur
les six heures, va trouver le Roi, puis visiter Messieurs et Mesdames;
après, le Roi le mène chez M. de Frontenac, où il a soupé. A neuf
heures et demie dévêtu, mis au lit, couché avec le Roi, où il a gambadé
toute la nuit, lui portant les pieds sur la poitrine et sous la gorge;
le Roi ne faisoit que le chatouiller, il se retiroit sans s'éveiller.
_Le 27, mercredi, à Saint-Germain._—Le Roi l'a mené au jardin, où il
a déjeûné, puis il va voir Messieurs et Mesdames; après il est allé à
la chambre de Madame, où il a dîné. Le Roi étoit allé en la forêt sur
l'avis de quelques voleurs, ce qui fit courir le bruit que c'étoient
nombre de gens bien armés et bien montés qui avoient quelque mauvais
dessein[639]. Le Roi dîna au bout de la route vers Poissy. A six
heures soupé avec le Roi chez M. de Frontenac, en la chambre du Roi;
dévêtu, mis et couché dans le lit de chasse du Roi.
[639] «Le Roi étant allé à Saint-Germain eut avis que dans la
forêt on avoit vu cinq hommes avec des pistoles; la forêt fut
visitée, et ne trouva-t-on rien. On a su depuis que c'étoit une
querelle particulière. Ce n'est pas chose qui vaille être écrite;
mais il n'y a point de mal qu'on sache que cet éléphant n'est
qu'une mouche.» (_Lettre de Malherbe_ du 2 février 1610.)
_Le 28 janvier, jeudi._—Il va prendre congé du Roi pour s'en revenir,
monte à cheval à une heure, vient à cheval jusques à la Celle; il
avoit grand froid, à cause du vent froid. Mis en carrosse il passe par
Saint-Cloud, arrive à Paris à cinq heures et demie, va chez la Reine.
_Le 2 février, mardi, au Louvre._—Le Roi le mène à la procession en la
chapelle de Bourbon; à trois heures il entre en carrosse, est mené à
l'Arsenal y voir M. de Sully, qui étoit malade, enrhumé, puis chez M.
le connétable. Ramené, il va chez la Reine, est enrhumé, se couche sur
des placets et des carreaux.
_Le 3, mercredi._—Étudié, écrit, tiré des armes, dansé; il s'amuse à
jouer des comédies.
_Le 4, jeudi._—A trois heures il est allé chez M. de Gesvres,
secrétaire d'État, pour porter à baptême le fils du sieur de Tresmes,
à Saint-Germain de l'Auxerrois: c'est le premier qu'il a tenu en
cérémonie[640].
[640] Le Journal de Lestoile parle de cette cérémonie à la date
du 5: il dit que la marraine fut Mme de Vendôme, et que pendant
cette cérémonie M. de Vendôme étoit sur le Pont-Neuf qui se
battoit à coups de pelottes de neige. _Voy._ aussi la lettre de
Malherbe du 6 février 1610.
_Le 5, vendredi._—Il va chez LL. MM., et après dîné est mené à la
foire Saint-Germain.
_Le 11, jeudi._—Mené chez LL. MM., puis aux Augustins et à la foire.
_Le 13, samedi._—Il avoit le matin demandé au Roi une chanoinie de
Metz pour un sien chapelain; le Roi avoit accordé. Un garçon de la
chambre du Roi, que l'on appelloit Danobis, le vient supplier de faire
que le Roi la lui accorde, il répond: _J'ai parlé pour un des miens,
je ne saurais ast'heure parler au Roi mon père pour vous._ Il étoit
marri de ne pouvoir le faire, ce garçon lui faisoit pitié. L'on parloit
de la guerre qui se devoit faire à Milan; il dit: _Si je rencontre un
petit escarbot comme moi; s'il se défend, je le prendrai et l'envoyerai
en prison à Paris._ Il croyoit que le Roi le mèneroit à la guerre.
_Le 16, mardi, au Louvre._—En étudiant il est peint par Bunel[641],
peintre excellent qui est au Roi. Mené en carrosse à l'Arsenal.
[641] Jacques Bunel peignait alors la petite galerie du Louvre,
qui fut brûlée en 1660 et remplacée par la galerie d'Apollon.
(Voy. _Lettres missives_, tome VII, page 480.)
_Le 18, jeudi._—Mené en carrosse à la foire, ramené par les
Augustins[642], où il s'est chauffé et y a donné six écus, y a entendu
la messe. Ramené, il va chez LL. MM., recorde son ballet[643].
[642] Le Journal de Lestoile parle de cette visite du Dauphin aux
Augustins.
[643] _Voy._ au 28 février suivant. Malherbe écrivait de Paris,
le 18 février: Le ballet de M. le Dauphin s'attend au premier
jour; il sera de deux mille écus de dépense.»
_Le 20, samedi._—M. d'Anjou, Madame, Mme Christienne, arrivent de
Saint-Germain, accompagnés de Mlles de Vendôme et de Verneuil; il les
mène souper avec lui.
_Le 21, dimanche._—Il se joue avec des petites balottes, qu'il fait
rouler le long du canal de son bougeoir, disant que ce sont des
soldats; M. de Souvré le reprend, et lui dit qu'il s'amusera toujours
à jeux d'enfant.—_Mais, mousseu de Souvré, ce sont des soldats, c'est
pas jeu d'enfant!_—«Monsieur, vous serez toujours en enfance.»—_C'est
vous qui me y tenez!_—Il voit un carrousel en la cour du Louvre.
_Le 22, lundi._—Mené en carrosse à la foire Saint-Germain, ramené chez
LL. MM. Il recorde son ballet; après souper il emmène Mesdames en sa
chambre, leur fait voir jouer les marionnettes et autres passetemps.
_Le 23 février, mardi, au Louvre._—Son précepteur lui racontoit comme
le roi d'Espagne[644] s'empara du royaume de Portugal pendant que le
roi don Sébastien passa en Afrique avec une armée, où il mourut[645];
il demande: _Et si le Roi mon père alloit en Flandre, le roi d'Espagne
prendroit-il la France?_ Mené en carrosse à l'Arsenal avec LL. MM. pour
y voir courir la bague.
[644] Philippe II.
[645] En 1578.
_Le 25, jeudi._—Mené en carrosse à l'Arsenal pour voir les artifices
que l'on y préparoit pour danser son ballet.
_Le 27, samedi._—Il recorde son ballet, est mené à la rue Saint-Honoré
chez un orfèvre, y voir un cabinet de médailles.
_Le 28, dimanche._—A deux heures mené en carrosse chez M. Zamet près
de la Bastille; il y a recordé son ballet (ils l'ont recordé laissant
leurs épées, couronnes et autres choses à terre) devant Mme la marquise
de Verneuil assise et M. de Souvré auprès d'elle. Il va se promener
à l'Arsenal, puis retourne chez M. Zamet à cinq heures. A six heures
soupé, accompagné de Mesdames, ses sœurs aînées, de Mlle de Vendôme et
de Verneuil, de MM. les chevaliers de Vendôme et de Verneuil. Sur les
huit à neuf heures il s'endort entre les jambes de M. de Souvré jusques
à dix heures, qu'il fut habillé à demi endormi puis mené à l'Arsenal.
Il a dansé son ballet fort bien devant LL. MM. C'est le premier qu'il a
dansé en Cour. A minuit couché à l'Arsenal.
_Le 1er mars, lundi, au Louvre._—Éveillé à huit heures, à neuf heures
et demie déjeûné, à dix heures promené au jardin et sans avoir été
visité de M. de Sully, ramené à onze heures au Louvre chez LL. MM. A
midi dîné; il raconte de ceux qui avoient été refusés à l'Arsenal, se
plaint de ce que M. de Sully n'avoit point voulu laisser entrer les
siens, dit par diverses fois: _C'est un glorieux._
_Le 4, jeudi._—Mené chez la reine Marguerite.
_Le 7, dimanche._—A dîner il jette un morceau de massepain contre
M. de Souvré, à demi riant, mais en colère de ce qu'il le faisoit
débattre pour aller à la chasse; il faisoit un froid excessif, le vent
très-grand et très-froid; on le lui représentoit: _Je prendrai plutôt
six manteaux._—M. de Souvré y consent, mais à condition de n'aller
qu'en carrosse, et point à cheval: _J'aimerois mieux n'y aller point._
Enfin, il lui est permis; botté, mis en carrosse à midi, il est mené
à Saint-Maur, il monte à cheval, court deux lièvres; il avoit froid,
demande de revenir en carrosse, témoignage qu'il faisoit grand froid.
_Le 8, lundi._—Ce matin Mme la princesse de Conty est accouchée
d'une fille sur les quatre heures[646].—Mme de Montglat se trouve au
coucher du Dauphin; dévêtu, mis au lit, il s'amuse à de petits engins.
Cependant Mme de Montglat et M. de Souvré devisoient ensemble. Mme de
Montglat va dire: «Je puis dire que monseigneur le Dauphin est à moi;
le Roi me l'a donné à sa naissance, me disant: «Madame de Montglat,
voilà mon fils que je vous donne, prenez-le.» M. de Souvré lui répond:
«Il a été à vous pour un temps, maintenant il est à moi.» Le Dauphin
dit froidement sans hausser la voix et sans se détourner de sa besogne:
_Et j'espère qu'un jour je serai à moi._—Il écoutoit tout ce qui se
disoit sans en faire semblant, à quelque chose qu'il fût occupé.
[646] Cette fille mourut le 20 mars suivant «en l'abbaye de
Saint-Germain, où elle fut portée, dit Malherbe, aussitôt qu'elle
naquit. Mme la Princesse avoit résolu d'y faire sa couche, et y
avoit fait tout préparer pour cet effet; mais elle fut surprise
de son accouchement dans le Louvre.»
_Le 14, dimanche._—La Reine le mène en son carrosse au sermon à la
Sainte-Chapelle; il étoit trop long, il s'ennuie, envoye dire à M.
de Souvré qu'il ne croira jamais en ses promesses s'il ne le tire
de là. M. de Souvré demande son congé à la Reine; il l'a. Mené aux
Tuileries, puis chez lui; après souper mené chez la Reine; il y tire à
la blanque[647].
[647] Sorte de loterie.
_Le 15 mars, lundi, au Louvre._—Mené en carrosse au-devant du Roi,
qui revenoit de Fontainebleau; il le rencontre au petit Saint-Antoine.
Soupé avec le Roi.
_Le 16, mardi._—Le chevalier de Vendôme disant en soupant qu'il ne y
auroit que lui qui iroit à la guerre en Champagne avec le Roi: _Voyez
quelle insolence, qu'il n'y aura que lui!_ Mené chez LL. MM. il tire
à la blanque, gagne une turquoise; sa nourrice la lui demande, il lui
refuse; elle l'appelle ingrat. Il la bat des pieds et des poings; le
Roi la trouve pleurante; en sachant la cause, lui dit: «Je lui donne
puissance de vous fouetter.» Le Dauphin répond: _Ho! j'ai une bonne
épée!_
_Le 18, mercredi._—Mené en carrosse à la Place Royale chez le sieur
Descures, où il a goûté.
_Le 19, vendredi._—Mesdames avoient soupé avec lui; il les mène en sa
chambre pour leur montrer une petite galère qui marchoit par ressorts
et les hommes voguoient par mêmes moyens.
_Le 20, samedi._—A cinq heures il va chez le Roi, qui revenoit de la
chasse, lui donne sa chemise, va chez la Reine.
_Le 27, samedi._—Il va à la Roquette, y mène Mesdames pour leur faire
voir prendre un renard qu'il y avoit fait porter, par ses chiens
d'Artois.
_Le 28, dimanche._—M. d'Anjou et Mesdames s'en retournent à
Saint-Germain-en-Laye, il leur dit adieu. Mené au sermon du P. Coton,
puis à trois heures au faubourg Saint-Victor, à la maison du sieur
Voisin, où il se joue et roule à écorchecul.
_Le 29, lundi._—A souper il prend plaisir à ouïr raconter des contes
du roi Charles neuvième, comme il mettoit quatre chevaux de front à
son carrosse et le conduisoit à toute bride; demande s'il renversoit
quelquefois, dit qu'il le conduiroit bien.
_Le 30, mardi._—Mené en carrosse à la garenne de Saint-Denis, où il
monte à cheval, court deux lièvres et les prend.
_Le 31, mercredi._—L'on parloit de la Champagne et qu'il ne se y
trouvoit pas seulement un arbre qu'aux _Trois Maisons_, hôtellerie en
allant à Troyes; l'on ne y faisoit du feu qu'avec de la paille, il dit
promptement: _Il ne y faut donc point de chenets._ Un autre dit que
l'on y faisoit six lieues de chemin sans trouver un homme, il demande:
_Où prend-on donc des guides?_
_Le 1er avril, jeudi, au Louvre._—Mené en carrosse à la garenne de
Colombes pour y courir un loup; il ne le voit point pour avoir pris un
autre chemin, court deux lièvres, en prend un.
_Le 2, vendredi._—Mené en carrosse chez un marchand de draps de soie
pour choisir des étoffes.—Mme la marquise de Verneuil le vient voir;
il lui montre toutes les besognes de son cabinet et lui donne deux
petits chiens de verre.
_Le 3, samedi._—Mené en carrosse chez la reine Marguerite; il s'y est
fort promené.
_Le 4, dimanche._—Mené à sa petite chapelle puis chez LL. MM., puis
avec elles en la messe en Bourbon, il s'amuse à faire des croix de
palmes[648], en donne une à la Reine. Mené à vêpres à Saint-Eustache
puis chez Mme de Mareuil, où il a goûté.
[648] C'était le jour des Rameaux.
_Le 5, lundi._—Mené en carrosse à la Roquette, il y fait un tour à
cheval; puis va ainsi sans bottes et sans housse, trouver le Roi, qui
étoit à l'Hôtel-Dieu des pestiférés près de Montfaucon. Il revient en
carrosse avec le Roi.
_Le 6, mardi._—Mené avec le Roi aux Tuileries; à souper il dit,
racontant de la guerre, qu'il vouloit faire armer son cheval blanc que
M. le Grand lui avoit donné, qu'il vouloit prendre prisonnier M. le
prince de Condé.
_Le 7, mercredi, au Louvre._—Mené avec LL. MM. à Notre-Dame. Le prince
d'Anhalt, allemand, qui étoit venu pour résoudre le secours de Clèves,
prend congé de lui. Le Roi étoit allé au bois de Vincennes pour y
passer ses fêtes.
_Le 8, jeudi saint._—A huit heures mené en carrosse au bois de
Vincennes pour trouver le Roi et le servir à la cérémonie. Le Roi se
trouve mal d'un dévoiement, lui commande d'aller faire la cérémonie, il
la fait fort bien et gaiement[649].
[649] La cérémonie de laver les pieds aux pauvres. Il est à
remarquer que Henri IV est souvent malade le jour de cette
cérémonie; on se rappelle la répugnance que le Dauphin avait à le
remplacer.
_Le 9, vendredi._—Mené en carrosse au sermon à Saint-Eustache et de là
à la messe aux Cordeliers.
_Le 10, samedi._—Mené en carrosse au bois de Vincennes, où étoient LL.
MM.; il y entend vêpres aux Bonshommes, puis va à la chasse avec eux
dans le parc.
_Le 11, dimanche, jour de Pâques._—Mené à sa petite chapelle, où le P.
Gontier, jésuite, l'a confessé et y a dit la messe; mené en carrosse
à Notre-Dame, où il a ouï le service. Ramené à onze heures et demie,
dîné, mené au sermon à Saint-Germain-de-l'Auxerrois, de là à vêpres aux
Célestins, puis dans leur parc, où il a goûté.
_Le 12, lundi._—Mené en carrosse au-devant de la Reine par la porte
Saint-Antoine, revenant de passer les fêtes au bois de Vincennes, il la
va trouver à Montmartre, est ramené avec elle, va voir le Roi.
_Le 13, mardi._—Mené chez le Roi, puis en carrosse ouïr la messe à
Sainte-Geneviève, il entend vêpres à Saint-Victor, va à la librairie,
partout, s'informe de tout.
_Le 14, mercredi, au Louvre._—A son souper l'on parloit de Saint-Maur:
_S'il étoit à moi_, dit-il, _je le ferois achever_.
_Le 15, jeudi._—Mené avec la Reine voir les fols à l'hôpital de
Saint-Germain-des-Prés.
_Le 16, vendredi._—Mené en carrosse voir les manufactures au faubourg
Saint-Marceau.—Le Roi devoit aller à Saint-Germain-en-Laye le jour
suivant, le Dauphin avoit envie d'y aller et non M. de Souvré, auquel
il demande: _Mousseu de Souvré, irai-je pas demain à Saint-Germain avec
le Roi mon père?_—«Monsieur, il n'en sera pas grand besoin, le Roi
reviendra coucher ici.»—_Ho! aussi vrai, c'est que vous n'aimez pas
mes frères et mes sœurs; c'est pourquoi vous voulez pas que j'aille
à Saint-Germain._—«Mais, Monsieur, le Roi reviendra demain.»—_Et
tant mieux._ Il va chez LL. MM., obtient permission du Roi d'aller à
Saint-Germain.
_Le 17, samedi._—Il va chez le Roi, lui donne sa chemise; ramené chez
lui, il va à sa petite chapelle, puis, sans prendre son déjeûner, qui
étoit prêt, entre en carrosse à sept heures et un quart et part pour
aller à Saint-Germain-en-Laye; le Roi étoit déjà parti. Il passe par
Neuilly et la chaussée, en l'hôtellerie où il a déjeûné de pain sec, et
arrive à Saint-Germain à dix heures et demie. Dîné en sa chambre avec
Messieurs et Mesdames; il va au bâtiment neuf et à toutes les grottes,
où il fait tout jouer; a de l'impatience pour s'en revenir, rentre en
carrosse, et à trois heures goûte à la chaussée, chez M. le président
Chevallier. Arrivé au Louvre à cinq heures trois quarts, soupé, mené
chez Leurs Majestés.
_Le 19, lundi._—Mené en carrosse au Pré-aux-Clercs voir faire la
monstre au régiment des gardes.
_Le 24, samedi._—Étudié, écrit, tiré des armes, dansé. On lui enseigne
que la grandeur d'Espagne est venue par la lance de chair[650], _lancea
carnea, non lancea ferrea_, comme les François. Mené en carrosse à
la Savonnerie[651] près des Bonhommes, puis à Auteuil au jardin de
l'abbé de Sainte-Geneviève, il y monte à cheval, y court la poste;
M. de Rissay étoit le postillon, il y a goûté. Ramené, il me dit à
souper: _Mais vous savez bien que la femme de la Savonnerie a dit que
je n'étois pas grand pour mon âge et que son fils étoit plus grand que
moi_; il en étoit en colère et ne s'en pouvoit taire.
[650] C'est-à-dire, explique Héroard, par alliances, pour coucher
ensemble.
[651] Ancien établissement où l'on faisait effectivement du
savon, mais transformé, en 1604, par Pierre du Pont, en une
manufacture royale d'étoffes à la turque.
_Le 26 avril, lundi, au Louvre._—Il s'amuse à faire à terre, dans son
cabinet, un dessin de forteresse carrée et de tours rondes aux coins,
tire l'alignement avec un carreau de velours dont il se sert comme
règle et avec du charbon; il étoit à genoux sur le carreau, ce qui fut
cause qu'il lui prit envie de vomir. Mis au lit, il s'amuse à se faire
faire des messages de la part du roi d'Espagne par le comte de Maure.
Levé, dîné, il se joue à ses petits canons, se remet au lit et s'amuse
comme dessus aux messages de la part de l'Archiduc.
_Le 27, mardi._—Mené en carrosse à l'Arsenal, au jardin, puis chez M.
de Roquelaure, où il a goûté.
_Le 28, mercredi._—Mené en carrosse chez la reine Marguerite, il court
à pied un lièvre dans le clos, une heure durant, et le prend à force. A
souper il fut dit que les enfants de Paris qui devoient être à l'entrée
de la Reine auroient des éperons dorés: _Ho! s'ils en ont de dorés,
j'en veux avoir de fer noir!_
_Le 29, jeudi._—Mené par la galerie chez M. Aleaume[652] qui lui
montre l'ordre des batailles des états de Flandres, puis à voir faire
des doubles; le Roi y étoit avec Mme la marquise de Verneuil[653], à
laquelle Mgr le Dauphin fait grandes caresses.
[652] Jacques Aleaume ou Alleaume, mathématicien, était employé
aux fortifications.—(Voy. _Les Historiettes de Tallemant des
Réaux_, 3e édition, tome IV, p. 204 et 217.)
[653] Malherbe écrivait le mardi 24 mars 1610, à Peiresc: Le
Roi fut dimanche dernier au sermon à Saint-Nicolas des Champs;
«il entretint fort Mme la marquise et, après le sermon, il ouït
vêpres et complies avec elle, et lui donna encore assignation
à la sortie, au logis de Mme sa mère, où l'un et l'autre se
rendirent; ce fut la récompense de ne l'avoir point vue depuis
dix mois. Je ne sais si ce feu se rallumera; il seroit quasi à
désirer, mais il est malaisé: elle dit qu'elle est la bête du
Roi; et son explication, c'est qu'ordinairement on fait peur
aux petits enfants de la bête, quand on ne peut en venir à bout
d'autre façon, et que le Roi fait de même d'elle; que quand il
veut fâcher le monde, il dit qu'il verra la marquise.» (_Œuvres
de Malherbe_, tome III, page 153.)
_Le 30 avril, vendredi._—Il monte à cheval pour aller au-devant de
MM. d'Orléans et d'Anjou et de Madame Christienne, qui venoient de
Saint-Germain pour le couronnement de la Reine, va jusques à Madrid, ne
les rencontre point, revient à six heures, et les trouve chez la Reine.
_Le 1er mai, samedi, au Louvre._—Il demande des aulx pour manger à
déjeûner, dit qu'ils sont si bons, qu'il les aime tant, en fait le bon
compagnon[654], et dit tout à coup: _Aussi vrai, ils ne valent rien_,
et en fait un présent à M. de la Rivière, l'un de ses écuyers, gascon.
Mené chez la Reine, d'où il regarde planter le mai.
[654] C'était pour imiter son père. _Voy._ au 1er avril 1606.
_Le 2, dimanche._—Ce jourd'hui il commença à porter le bonnet de
velours, qu'il ne vouloit pas; il aimoit mieux le chapeau. Mené à la
chapelle, chez LL. MM., en la galerie.
_Le 3, lundi._—A dîner il se fâche contre M. d'Angé, qui avoit servi à
M. le Chevalier son chapon bouilli avant que le lui avoir présenté et
lui jette une asperge.
_Le 4, mardi._—M. de Souvré lui ramentoit ce que le jour précédent il
avoit fait au sieur Hieronimo, son tireur d'armes, auquel il avoit tiré
un coup de fleuret contre l'œil, pendant qu'il lui enseignoit comme
il falloit planter son pied, et aussi à M. d'Angé; ce dont il est
fouetté. Il va à cheval à la chasse au parc de Madrid.
_Le 5, mercredi, au Louvre._—Mené par la galerie aux Tuileries où
il trouve le Roi, revient avec lui chez la Reine. Mené en carrosse à
Picpus pour voir faire la monstre à cheval aux enfants de Paris[655].
[655] Le dimanche 9, dit le Journal de Lestoile, «comme les
enfants de Paris passoient par-dessus le Pont-Neuf pour faire
leurs monstres, un pauvre tailleur, chargé de cinq petits enfants
et sa femme grosse, fut tué d'un mosquet qu'un autre près de lui,
en le voulant tirer, fit crever pour être trop chargé. Le Roi les
voyant passer à la porte Saint-Antoine, en ayant avisé un brave
et en conche (_sic_) par-dessus les autres et monté sur un beau
cheval, voulut savoir qui il étoit, et ayant entendu qu'il étoit
fils d'un mercier du Palais: «Ventre saint gris, dit le Roi, il
a là un beau cheval; mais je craindrois, vu sa qualité, qu'au
lieu de manier le cheval, que le cheval le maniât et lui donnât
enfin quelque mauvaise sécouade.» Et l'ayant fait approcher, Sa
Majesté, après avoir loué son bel équipage et sa monture lui
commande de manier un peu son cheval, ce que l'autre fit si
adextrement qu'en étant sorti à son honneur: «Ventre saint gris,
dit le Roi, encore ne pensois-je pas que mes Parisiens fussent si
bien à cheval qu'ils sont!»
_Le 6, jeudi._—Mené chez LL. MM., il y est mordu par _Brigantin_,
petit chien de la Reine, sur le sourcil droit. Ramené, il voit, en
passant par la grande salle, asseoir le guet et leur voit faire leur
collation; c'est la première fois.
_Le 9, dimanche._—Mené aux Feuillants, ramené avec le Roi; à onze
heures et demie dîné avec le Roi[656]; il va chez la Reine. Mené
en carrosse à l'Arsenal, où M. de Sully lui demande: «Monsieur,
voulez-vous de l'argent?»—_Non_, dit-il, par dédain[657].—«Mais,
Monsieur, dites si vous en voulez,» et il le lui demande par plusieurs
fois.—_Si vous en voulez bailler, faites l'apporter à Monsieur de
Souvré._ Il avoit cueilli des brins fleuris d'un arbre qui lui avoit
plu; M. de Sully lui dit: «Monsieur, quand vous reviendrez ici vous
trouverez cent bourses pleines d'écus sur cet arbre-là que vous avez
trouvé beau.»—_Ce sera un bel arbre_, dit-il négligemment[658] et sans
le regarder.
[656] Le Dauphin ne dînait pas tous les jours avec le Roi,
et Héroard ne manque pas de mentionner cette circonstance,
non-seulement dans son Journal, mais encore en marge. C'est la
dernière fois que Henri IV dîne avec son fils.
[657] Héroard dit en latin: _per contemptum_. Il lui arrive
souvent d'exprimer par des mots latins le caractère du Dauphin.
[658] _Negligenter._
_Le 10, lundi, au Louvre._—Mené en carrosse à la Savonnerie et à la
Ville-l'Évêque, où il a goûté; après souper mené chez Leurs Majestés.
_Le 11, mardi._—Mené en carrosse à l'hôtel du Luxembourg, et de là à
cheval chez la reine Marguerite; après souper mené chez Leurs Majestés.
_Le 12, mercredi._—Étudié, tiré des armes, dansé, mené chez LL. MM.,
et chez lui à onze heures. A trois heures il entre en carrosse pour
aller coucher à Saint-Denis[659]; à six heures soupé, mené chez Leurs
Majestés.
[659] _Voy._ au 25 août 1610.
_Le 13, jeudi._—Éveillé à six heures trois quarts, vêtu, prié Dieu; à
sept heures trois quarts déjeûné, pain sec[660]. Mené à la messe puis
chez LL. MM. A neuf heures et demie dîné. A onze heures trois quarts
il va en cérémonie et entre en l'église avec la Reine que l'on alloit
_coroner et sacrer_[661]. Il en sort à quatre heures, entre en carrosse
et revient à Paris à sept heures. Soupé, mené en sa chambre; en voulant
sauter sur son lit que l'on faisoit, il se heurte sur l'os de la jambe
gauche, un peu effleuré. A neuf heures et un quart dévêtu, mis au lit,
prié Dieu, il s'endort à dix heures.
[660] C'est le plus ordinairement ce qui compose le déjeuner du
Dauphin.
[661] Héroard écrit ces mots en grosses lettres.
_Le 14, vendredi._—Éveillé à sept heures, levé, vêtu, prié Dieu. A
huit heures et demie déjeûné, pain sec. Mené à sa chapelle, puis aux
Tuileries et chez Leurs Majestés; à onze heures dîné, joué, étudié,
etc., fort gai, goûté. Sur les quatre heures le Roi allant à l'Arsenal
en carrosse est tué d'un coup de couteau par François Ravaillac, natif
d'Angoulême, en la rue de la Ferronnerie; le sieur de Saint-Michel,
l'un de ses gentilshommes ordinaires le saisit et lui ôta le couteau.
Monseigneur le Dauphin étoit en carrosse à la Croix du Tiroir s'allant
promener, lors du coup; au bruit on le ramène incontinent dans le
Louvre. Monseigneur le Dauphin l'ayant su en pleura, et dit: _Ha! si
je y eusse été avec mon épée, je l'eusse tué!_ Chacun se vient offrir
à lui en la chambre de la Reine. A sept heures soupé en l'antichambre
de la Reine; mené chez la Reine et chez lui; à neuf heures dévêtu, mis
au lit, prié Dieu, il dit vouloir coucher avec M. de Souvré, _pour
ce qu'il me vient des songes_. Couché avec M. de Souvré, il s'endort
jusques à onze heures et demie; la Reine l'envoie querir pour le faire
coucher dans la chambre, et y fait porter aussi M. de Verneuil, qui
coucha avec lui. Il s'endort à minuit, et jusques à six heures et demie
après minuit a assez mal reposé.