Vous l'amènerez en dehors cette ville.
_Le 13, dimanche._—Il entre en carrosse, va ouïr la messe à
Picpus[615], puis à dix heures et un quart arrive à Paris, au Louvre;
mandé pour dîner avec LL. MM., qui avoient aussi mandé M. d'Anjou et
Mesdames. Il retourne et arrive à Saint-Maur à six heures et demie.
[615] On écrivait alors: Piquepusse.
_Le 16, mercredi, à Saint-Maur._—On lui demande s'il aime mieux aller
à Fontainebleau, ou demeurer à Saint-Maur; il répond: _Si papa va à
Fontainebleau, j'aime mieux y aller, s'il demeure à Paris j'aime mieux
être ici._ L'on parloit de Scœvole, qui brûla sa main pour avoir
failli à tuer le roi Porsenna, le Dauphin dit: _Il valoit mieux qu'il
eût brûlé sa tête, qui avoit si mal conseillé sa main_[616].
[616] Héroard a écrit en marge: _Mirum responsum et judicii
plenum quod sequenti tetrasticon coegi ex opinione Livii_:
_Sedentem solio Mutius pro Rege trucidat:
Erroris pœnas sentiit arsa manus.
Quin caput hoc meruit torreri ô Scævola flammis
Delphin ait, falso consuluisse manum._
_Le 17, jeudi._—Mené à Charenton et par delà du pont, en une maison
qui est sur la pointe du chemin de Brie et de Villeneuve.
_Le 21, lundi, à Saint-Maur._—Étudié par billets; son précepteur étoit
absent depuis le samedi après dîner. Mme de Montglat vient voir le
Dauphin; il la mène promener au palemail.
_Le 23, mercredi, voyage._—Il part en carrosse à onze heures trois
quarts pour Fontainebleau, passe au bac de Chenevières sur la chaussée
d'Amboile, et arrive à trois heures et demie à Brie.
_Le 24, jeudi._—Il part de Brie à huit heures trois quarts, arrive
à onze heures et un quart à Melun, y dîne et arrive à Fontainebleau
à trois heures et demie. Il va chez la Reine; le Roi, qui étoit à la
chasse, arrive à quatre heures et demie; mené avec LL. MM. au grand
jardin, où il voit pêcher un cormoran aux canaux.
_Le 25, vendredi, à Fontainebleau._—Il étudie un petit compliment
pour un seigneur florentin, où il y avoit: _Monsieur, je vous remercie
qu'avez prins la peine, etc._; il demande à M. de Souvré, qui l'avoit
fait: _Qu'avez? qu'est-ce qu'avez?_ jugeant qu'il falloit dire que
vous avez. Le Florentin arrive; il ne le sut pas bien dire; étant
parti, M. de Souvré le tance, il se fâche; M. de Souvré le menace du
fouet, puis de le dire au Roi. Là-dessus viennent les larmes et les
prières: _J'aime mieux être fouetté et le dites pas au Roi mon père_;
il lui est pardonné. Il étudie un billet que son précepteur avoit
laissé dès le samedi précédent pour leçon: _Experientia in tractatu
rerum consistit_. Écrit, tiré des armes, dansé, mené à la chapelle,
puis au jardin des canaux pour y voir le cormoran prendre du poisson.
Ramené à onze heures chez la Reine; à une heure et demie, lu en
l'absence de son précepteur.
_Le 27, dimanche, à Fontainebleau._—Il apprend le catéchisme; c'étoit
une fois seulement au dimanche. Mené à la chapelle de la salle du bal,
puis chez le Roi, qui le mène promener et faire à pied le tour du
grand canal. Dîné avec le Roi; peu après il va en la chambre du Roi,
où M. de Lesdiguières a été reçu et a prêté le serment de maréchal de
France. A huit heures soupé chez M. Zamet, pour solenniser le jour de
sa naissance[617]; le Roi boit au Dauphin, disant: «Je prie Dieu que
d'ici à vingt ans je vous puisse donner le fouet!»[618] Le Dauphin lui
répond: _Pas, s'il vous plaît._—«Comment! vous ne voudriez pas, que je
le vous puisse donner?»—_Pas, s'il vous plaît._ Ramené à neuf heures
en la chambre du Roi, il s'amuse à écouter la musique.
[617] Le Dauphin entrait ce jour-là dans sa neuvième année.
[618] Moins de huit mois plus tard Henri IV succombait sous le
couteau de Ravaillac.
_Le 28, lundi._—A six heures et demie, en sa chambre, soupé. Le Roi
arrive de la chasse, il y est conduit, se blesse au côté extérieur du
pied gauche, à l'éperon de son huissier, qui portoit les flambeaux
devant lui.
_Le 29, mardi._—A trois heures et un quart goûté; il attend
l'ambassadeur d'Angleterre, qui devoit prendre congé de lui, ce pendant
apprend par cœur ce compliment, dressé par M. de Souvré: _Je vous
prie de dire au roi et à la roine de la Grande-Bretagne, et à monsieur
le prince de Galles, que je suis désireux de l'honneur de leurs bonnes
grâces._ Il attend jusques à six heures, il ne vint point. Arrive M.
Jacob, ambassadeur extraordinaire de M. de Savoie, qui vient prendre
congé de lui; M. de Souvré fait la réponse.
_Le 1er octobre, jeudi, à Fontainebleau._—L'ambassadrice d'Angleterre
vient prendre congé de lui; il la baise et ses deux filles, embrasse
son fils. Elle prie M. de Souvré de lui permettre qu'il mesure sa
hauteur à celle de Mgr le Dauphin; il avoit neuf ans. Mgr le Dauphin se
trouva plus grand de deux doigts.—Il va au jeu de paume, où il joue en
partie.
_Le 3, samedi._—Dîné avec impatience pour ce qu'il devoit aller à la
chasse; à midi il entre en carrosse, est mené à Fontaineport, où il
passe la rivière; il avoit lui-même ordonné de ses relais à se tenir
delà l'eau. Il monte à cheval sur l'une de ses petites haquenées, va au
bois (c'étoit le buisson de Massory), brosse[619] à travers le bois, en
est transporté de joie, dit à chacun: _Voyez! je brosse, je brosse!_
C'est la première fois qu'il a brossé. Puis il va sur les routes, voit
deux fois le cerf. Arrivé à six heures trois quarts, soupé avec le Roi;
il étoit las et avoit la vue abattue; le Roi lui dit que s'il dormoit
il ne iroit plus à la chasse avec lui, et lui de s'éveiller.
[619] _Brosser_, courir à travers les bois et les pays de
bruyères et de broussailles (_Trévoux_). En patois haut-normand
on dit encore _brocher_ à travers une haie ou un taillis.
_Le 4, dimanche._—Il écrit au prince de Galles:
Monsieur et frere, j'ay receu à faveur la souvenance que vous
avés eue de moy, qui serai tousjours tres desireux de vous
tesmoigner combien j'estime la continuation de vostre bonne
grace par tout ce que peut
Votre tres affectionné frere à vous servir,