LOYS.

[453] Dicter.

_Le 29, jeudi, à Noisy._—Il va en la grande salle, où il voit danser

le ballet des Lanterniers, fait par des soldats de la compagnie, puis

danse aux branles.

_Le 3 décembre, lundi._—A une heure et un quart il part de Noisy pour

Saint-Germain[454], dans le carrosse de M. Gobelin, président des

Comptes, que l'on avoit envoyé querir de Paris avec d'autres et trois

litières. Dès qu'il aperçoit Saint-Germain: _Hé! velà Saint-Germain!

hé! Saint-Germain mon mignon! hé! je t'appellerai tant que tu

viendras!_ A trois heures il arrive à Saint-Germain.

[454] _Voy._ la lettre du Roi à Mme de Montglat, du 30 novembre.

(_Lettres missives_, VII, 396.)

_Le 4, mardi, à Saint-Germain._—Il a envie d'avoir un petit pot de

chambre d'argent de Mlle de Vendôme; lui dit: _Sœu-sœu Dôme, si vous

me voulez donner votre petit pot de chambre d'agent, je vous donnerai

ma salière._ Elle lui répond: «Bien, Monsieur, je vous baillerai

ce qu'il vous plaira.»—_Je vous donnerai encore cela_; c'étoient

des balances.—«Monsieur, vous les aimez bien, vous vous en jouez

quelquefois.»—_Oui, je les aime bien._—«Monsieur, je n'en veux donc

point, s'il vous plaît.»—_Prenez donc la salière._—«Bien donc,

puisqu'il vous plaît, je la prendrai.» Le Dauphin se retournant vers

Mlle d'Agre, qui étoit gouvernante de Mlle de Vendôme, lui demande:

_D'Agre, est-ce assez?_—«Oui, Monsieur, c'est assez».—_Ho! non,

non; sœu-sœu, prenez ce que vous voudrez._ L'on lui dit que M. de

Verneuil se nommeroit Henri[455]; il répond: _Je veux pas, moi; je le

nommerai pas Henri, c'est le nom de papa, il seroit pus que moi, et je

m'appelle Loys._ Il est longtemps sur cette opinion, on l'en divertit,

et surtout lui ayant dit que le Roi le vouloit ainsi. Mis au lit, Mme

de Montglat me dit que Monseigneur le Dauphin vouloit bien nommer Henri

M. de Verneuil; je prends occasion de lui dire que son nom étoit bien

plus beau et lui parler du roi saint Louis, de sa piété, de son équité,

et comme il avoit fait la guerre aux Turcs, comme il faisoit percer la

langue aux blasphémateurs avec un fer chaud, et mort en Égypte, faisant

la guerre aux Turcs, et puis monté au ciel, où il étoit saint; il

écoutoit avec attention.

[455] A son baptême. _Voy._ plus bas, au 9 décembre.

_Le 7, vendredi, à Saint-Germain._—Mené à la chapelle, puis par le

pont au bâtiment neuf, pour y attendre le Roi, qui arriva à onze heures

et demie; au bout de l'escalier, en haut de la dernière marche, il lui

saute au col. A midi dîné avec le Roi; le Roi va à la chasse. A trois

heures il entre au carrosse du Roi, et va jusques auprès de la Muette

au devant du Roi; le Roi, entre en carrosse, et le ramène. A neuf

heures il va chez le Roi, où il danse son ballet à la chambre de la

Reine, fort bien; le Roi en demeure fort content. La remueuse portoit

M. d'Orléans, et Madame Christienne étoit portée par sa nourrice; elles

s'étoient mises au branle. Après avoir fait deux tours le Dauphin dit

à Mme de Montglat: _Mamanga, velà un grand plaisir! faire danser des

enfants avec nous! qu'on les ôte!_ Le Roi les fit ôter.

_Le 8, samedi._—Mené au bâtiment neuf, il y entend la messe avec le

Roi; dîné avec le Roi; il accompagne le Roi, qui s'en va à Paris à une

heure; ramené en sa chambre au vieux château.

_Le 9, dimanche._—A trois heures et demie mené à la chapelle pour

tenir à baptême, avec Madame, M. et Mlle de Verneuil; le Dauphin est

accompagné de M. de Vendôme, de M. le Chevalier, son frère, de M. le

duc de Montbazon, de M. de Frontenac, premier maître d'hôtel du Roi,

de MM. de Lansac et de Courtenvaux, portant les honneurs. Ils furent

baptisés par messire Henri de Gondi, évêque de Paris; M. de Verneuil

fut nommé Henri, et Mlle sa sœur fut nommée Gabrielle. Il va souper

en la salle du Roi, au festin que le Roi avoit commandé qui se fît; il

voit le bal, où il n'y avoit qu'un violon; c'étoit Boileau.

_Le 10, lundi, à Saint-Germain._—M. le cardinal Duperron, revenant de

Rome, lui sert de grand aumônier; ce fut la première fois.—Amusé en sa

chambre à divers jeux, à _sainte Catherine où l'on traîne_; c'étoient

MM. de Lansac, de Courtenvaux, de Cressy, de Montglat. A neuf heures

et un quart dévêtu, mis au lit, il s'amuse à railler, à faire des

rencontres sur les noms des uns et des autres, fait celle-ci: _Lansac,

c'est un sac; Courtenvaux, c'est un veau, qu'on mettra dans ce sac._

_Le 11, mardi._—Il va en l'antichambre de la Reine y recorder son

ballet des Lanterniers, le danse fort bien; il ne y avoit que trois

jours qu'il l'apprenoit.

_Le 13, jeudi._—A quatre heures et demie l'on lui dit que le Roi

arrivoit; le voilà tout transporté de joie; le Roi arrive, il le va

saluer en son cabinet; à sept heures et demie soupé avec le Roi.

_Le 14, vendredi._—Le Roi arrive en sa chambre, le mène chez M.

d'Orléans, puis en sa chambre, où il a dîné de la viande du Roi. A

trois heures le Roi le mène à la chasse en Vésinet. A sept heures

et demie soupé avec le Roi. Ramené en sa chambre, M. de Cési,

qui avoit épousé Mme la comtesse de Moret, puis été démarié, lui

donnoit le bonsoir; il ne le connoissoit pas. Mme de Montglat lui

dit que c'étoit M. de Cési, et qu'il lui donnât le bonsoir; il le

fait: _Bonsoir, Cési. Mamanga, qui est stilà?_—«Monsieur, c'est

M. de Cési.»—_A qui est-il?_—«Monsieur, il est au Roi.»—_De

quoi lui sert-il!_—«Monsieur, il le suit quand il va quelque

part.»—_Chemine-t-il, va-t-il à pied?_—«Monsieur, il va à cheval

et à pied.» Et adressant la parole à moi, elle me dit qu'il en avoit

eu de bon argent et touché trente mille écus. Le Dauphin reprend:

_Pourquoi?_—«Monsieur, c'est qu'il étoit prisonnier.»—_Où?_—«A

Paris.»—_Avec des cordes?_—«Non, Monsieur, mais il y avoit été mis

pour avoir été opiniâtre, et le Roi l'a fait délivrer.» Le Dauphin

ayant un peu songé dit: _Voudroit-il bien être encore prisonnier pour

avoir de l'argent?_

_Le 15, samedi, à Saint-Germain._—A neuf heures déjeûné; le Roi arrive

en sa chambre, le mène à la messe, puis, à dix heures et un quart, dîné

avec le Roi. Ramené en sa chambre, il va recorder son ballet. J'envoie

querir de l'oignon pilé; c'étoit pour M. d'Orléans, qu'un éclat de feu

avoit brûlé un peu au dedans de la cuisse. Il demande ce que c'est; je

lui dis que c'étoit Mercier qui s'étoit brûlé le doigt, il répond: _Il

ne faut que y mettre un emplâtre de diapalma. Voyez_, dit-il à M. de

la Massoire, lui montrant le doigt, _je m'étois l'autre jour brûlé le

doigt, je fis qu'y mette du diapalma, je fus guéri tout incontinent.

Demandez à mousseu Héroua. Je me coupis l'autre jour dans le jardin;

j'y mis de la terre, je fus incontinent guéri._ A quatre heures

trois-quarts il va chez le Roi, qui se mettoit au lit, revenant de la

chasse.

_Le 16, dimanche._—A huit heures il va chez le Roi, lui donne sa

chemise; mené par le Roi au bâtiment neuf; il va à pied, encore qu'il

plût un peu, entend la messe avec le Roi, puis à dix heures et un

quart dîné. A onze heures le Roi s'en retourne à Paris, et lui au

vieux château, à pied; il ne voulut jamais être porté, nonobstant les

crottes, la pluie et le vent. Il monte en ma chambre, demande à voir

les livres des oiseaux et des quadrupèdes de Gesner, puis Vitruve,

qu'il n'avoit point vu, il y avoit deux ans.

_Le 17, lundi, à Saint-Germain._—M. le cardinal de Joyeuse, revenant

de Gaillon à Paris, le vient voir. Il recorde son ballet des

Lanterniers, y va fort bien, guidé seulement par l'oreille, car il ne

savoit point faire des pas.

_Le 24, lundi._—Il se fait mettre un bonnet de nuit à façon d'homme,

pour en aller voir Madame; c'est le premier qu'il a porté de cette

façon. A onze heures et demie dîné; il va en sa chambre. Il songeoit

en regardant le feu; sa nourrice lui demande: «Monsieur, à quoi

songez-vous?»—_Je songe à quoi je me jouerai._ Amusé à divers jeux.

_Le 26, mercredi._—Il demande à écrire: _Je veux_, dit-il, _écrire un

petit livre que je veux faire imprimer, pour envoyer à papa pour ses

étrennes_; il se met à écrire, et se fait entretenir de l'Infante.

_Le 30, dimanche._—A deux heures et demie il monte en ma chambre, me

demande ce que j'écrivois; je lui dis que c'étoit à M. de Béthune:

_Équivez, équivez_, dit-il, et ne me vouloit point détourner. Il

s'amuse auprès du feu, puis, à trois heures, me dit: _Adieu mousseu

Hérouard, je m'en vas faire collation._—«Monsieur, vous plaît-il

me faire l'honneur de me permettre que j'achève d'écrire à M. de

Béthune?»—_Oui._—«Monsieur, me voulez-vous commander de lui écrire

quelque chose de votre part?» Il s'en vient à moi, et me dit tout bas

à l'oreille: _Mandez-li que je me recommande à li, et qu'il vous mande

ce qu'il m'apportera pour mes étrennes; mais ne dites mot._ Il va en la

chambre de M. de Verneuil pour y recorder son ballet. A six heures et

un quart soupé; comme il eut achevé de manger ses ris de veau, il dit à

M. de Ventelet, lui baillant la vaisselle: _Tenez, donnez le reste à ma

sœur_; laquelle répond gaiement: _Aussi vrai, j'en avois bien envie;

j'en eusse bien mangé, mais je n'ai osé en demander à Mousseu._

_Le 31, lundi._—Le matin il se fâchoit de ce qu'on lui avoit à son gré

fait les cheveux trop courts: _Hé! Mamanga, je semble un moine_. Il

écrit une lettre au Roi:

Papa, j'ai apprins que l'enfant sage réjouit le père, c'est

pourquoi je ferai tout ce que je pourrai pour vous donner ce

contentement, d'autant que je suis, papa, Votre très-humble et

très-obéissant fils et serviteur.

Journal de Jean Héroard - Tome 1 Sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII (1601-1610) · 第 35 / 51 题