DAUPHIN[278].

[277] _Voy._ au 15 mars précédent.

[278] L'original de cette lettre est conservé à la Bibliothèque

impériale (fonds Du Puy). Elle a été reproduite textuellement par

M. Paulin Paris dans la 3e édition des Historiettes de Tallemant

des Réaux, tome I, page 312, et par M. Berger de Xivrey dans

les _Lettres missives_, tome VII, p. 689. On ignorait la date

de cette lettre, dont nous n'avons pas cru devoir reproduire

l'orthographe.

_Le 21 mars, mardi, au Louvre._—Il va chez la Reine; la reine

Marguerite y vient, le prévenant en ce que la Reine le vouloit mener

chez elle pour lui dire adieu.

_Le 22, mercredi._—Il va chez la Reine, qui lui demande s'il est pas

plus aise de s'en retourner à Saint-Germain que de demeurer auprès

d'elle; il répond: _Oui_, froidement, lui dit adieu et, à une heure

mis en litière, est parti pour se y en retourner. Arrivé au Pecq,

il y trouve Madame, qui lui étoit venue au-devant, accompagnée de

M. de Verneuil, la fait mettre avec lui dans la litière, la baise,

l'embrasse, la fait asseoir près de lui.

_Le 27, lundi, à Saint-Germain._—M. de Souvré; sur l'alarme de ceux

qui avoient couru M. de Mansan, l'on fait murer les portes des deux

petits ponts[279].

[279] Héroard est absent depuis le 23, et c'est Guérin qui tient

le Journal d'une manière beaucoup plus concise. Cette phrase

obscure nous paraît signifier que M. de Souvré, gouverneur du

Dauphin, était venu à Saint-Germain, sur la nouvelle d'un danger

couru par l'officier chargé de la garde du Dauphin. Les bois qui

environnaient Saint-Germain étaient alors infestés de bandits.

(_Voy._ au 27 janvier 1610.)

_Le 1er avril, samedi, à Saint-Germain._—J'arrive de Paris, il me

saute au col; je lui apporte un trompette turc à cheval, qu'il fait

manier à courbettes. Il va chez la petite Madame, qu'il aimoit fort,

vient en ma chambre, où je lui montre les figures de la _Castramétation

des Romains_ par du Choul[280]; il y prend plaisir. L'on parloit du

Roi, qui étoit allé assiéger Sedan; il demande: _Mamanga, qui est

dedans?_—«Monsieur, c'est monsieur de Bouillon.»—_Je lui couperai la

tête._

[280] Guillaume du Choul, gentilhomme lyonnais «le plus diligent

et le plus grand rechercheur d'antiquités de son temps», dit La

Croix du Maine.

_Le 2, dimanche, à Saint-Germain._—Il se plaint à Mme de Montglat

que l'on ne donne de la bougie à sa _maman Doundoun_, lesquelles, par

ménage, M. de Montglat avoit retranchées aux officiers, encore que il

en eût de l'argent du Roi pour les fournir.

_Le 5, mercredi._—Sa nourrice parloit d'acheter une maison, mais

disoit n'avoir point d'argent; elle lui en demande.—_Je n'en ai point,

maman, si j'en avois, je vous donnerois tout._ Je lui demande qui le

lui gardoit; il répond en souriant: _C'est moucheu de Rosny_.—Mené en

carrosse au Pecq pour voir prendre, en la rivière, une oie par le gros

barbet de M. de Frontenac, il s'amuse à voir pêcher du poisson, s'en

fait donner des petits qu'il met dans la pelle creuse du batelier, où

il y avoit de l'eau, fait jeter dans l'eau les plus petits disant: _Hé!

les pauvres petits! hé! sauvez-les; jettez-les dans la rivière_.

_Le 6, jeudi._—Il se fait mettre aux fenêtres du préau; il passa un

nommé Dumesnil sans le saluer, suivi de son laquais, qui fit de même.

Il demande: _Qui est cettui-là qui passe sans ôter son chapeau? Bompar,

allez arrêter ce laquais!_ Il y va, l'arrête. L'on disoit derrière

M. le Dauphin: «Voilà un homme mal avisé et son laquais aussi»; il

crie: _Laissez, laissez-le aller, Bompar; il est aussi sot que son

maître_. M. de Crillon le vient voir pendant son goûter; il ne veut

point dire adieu à M. de Crillon; Mme de Montglat l'en tance dans sa

petite chambre: _Mais, Mamanga, c'est un méchant homme. Je suis brave,

moi, je suis furieux_, dit-il en faisant les contenances de M. de

Crillon[281].—Il fait allumer un feu au coin de la cheminée; l'on dit

que c'est le feu de joie pour la prise de Sedan: _Non_, dit-il; _c'est

le feu de joie de la paix_, et avec toutes ses femmes de chambre il

chante: _Vive le Roi_, à grosse voix.

[281] _Voy._ aux 19 avril et 29 novembre 1605.

_Le 10, lundi, à Saint-Germain._—Il va en la chambre de Mme de

Montglat, qui avoit pris médecine, s'amuse à un cabinet d'Allemagne,

y trouve la chambre du Roi, les cabinets, la salle du bal, la galerie

rouge.

_Le 11, mardi._—Mme de Vitry lui donne des poules et un renard

d'ivoire[282].

[282] Il s'en sert plus tard pour jouer sur un damier.

_Le 12, mercredi._—En se couchant il dit: _Mamanga, je veux prier

Dieu; Mamanga, c'étoit la nourrice du feu roi Charles qui se levoit

toujours matin, et c'étoit qu'elle alloit prier Dieu?_

_Le 16, dimanche._—Il prend son tambour, et à la tête de la compagnie

de M. de Mansan, qui faisoit la monstre, il prête le serment, le

fait prêter à M. de Verneuil et à M. le Chevalier, et leur fait

donner un sol à chacun.—Il vient en ma chambre, me demande à voir le

livre des bâtiments (c'étoit Vitruve), demande les noms des machines

principalement et leurs usages, les considère; il avoit une grande

inclination aux mécaniques.

_Le 17, lundi._—Il va en la salle du Roi, où il se trouve dix ou

douze soldats de la compagnie de M. de Mansan qui apprenoient à danser

sous Boileau; il leur fait prendre les armes, les mène à la guerre;

le tambour c'étoit Boileau, qui jouoit du violon. Après avoir fait

quelques tours de salle: _Ça_, dit-il, _dansons_; l'on fait poser les

armes, il se met à danser aux branles, et afin qu'aucun ne le tînt

par la main, il donne à tenir à son page Bompar l'une de ses petites

manches et l'autre au sieur de Birat, son valet.

_Le 18, mardi._—Mené par le petit jardin du bâtiment neuf sur

la terrasse de Neptune, il va voir un modèle de pierre que l'on

faisoit du bâtiment neuf, s'enquiert de tout froidement, considère

mûrement.—Pendant son souper il fait apporter la guenon et le sapajou

de la Reine, et s'entretient avec celui qui en a la garde, parle avec

telle ardeur qu'il en bégaye.

_Le 20 avril, jeudi, à Saint-Germain._—Sa nourrice le tenoit en

son giron; il la caresse, la baise: _Hé! ma folle! mon cu! ma mère

Doundoun! c'est Doundoun qui m'a donné à téter_; elle lui demande

s'il veut téter; il s'efforce à découvrir son sein; elle lui tend la

mamelle, il la prend, suçoit et eût tété s'il y eût eu du lait.

_Le 22, samedi._—Il voit en la cour un marchand de toile, le fait

monter en sa chambre, veut lui-même avec une aune mesurer la toile.—A

souper il fait du gâchis avec du pain esmié, disant: _Je fais comme

papa_, et feint de manger, imitant le Roi lorsqu'il jetoit le jus de

mouton sur du hachis sec.

_Le 25, mardi._—L'ambassadeuse d'Angleterre, M. de Nemours, Mme la

comtesse de Guichen[283] le viennent voir.

[283] _Voy._ page 32, note 51.

_Le 30, dimanche._—M. le prince de Condé le vient voir; il lui en

conte, lui dit qu'il a un beau canon tout d'argent, l'envoie querir, le

lui montre.

_Le 1er mai, lundi, à Saint-Germain._—Il s'amuse à faire mordre les

survenants à un œuf de marbre et à faire sauter une petite grenouille

artificielle. A dix heures mené à la chapelle, puis, par le jardin

et le préau, au bâtiment neuf; il se joue en la galerie et sur les

terrasses, attendant le Roi, qui arriva à onze heures et demie, et

le reçut au bout de la terrasse de Neptune, du côté de Carrière, au

milieu, tout vis-à-vis de la petite porte des pompes de la colonne.

Le Roi lui commanda de donner sa main à baiser à M. de Bouillon et

d'embrasser M. le Grand. A douze heures et demie dîné avec le Roi;

voyant manger au Roi du beurre frais sur du pain avec des aulx, il dit

qu'il en mangera bien, en avale deux petites tranches, de celles que le

Roi lui-même avoit mises sur son pain, et s'y forçoit pour complaire

au Roi. Mené à la galerie par le Roi, où il arme sa compagnie; il étoit

mousquetaire, il entre en garde, se fait mettre en sentinelle par M.

de Vendôme, et à deux heures et demie revient au château avec le Roi.

Mené au devant de la Reine, qui arrive à six heures, il monte avec le

Roi et la Reine en la chambre de la petite Madame; le Roi s'étant joué

longtemps à M. et à Mlle de Verneuil, il en conçoit de la jalousie,

part soudain de la main, et va dans la garde-robe de sa chambre, se met

derrière la porte, s'assied sur un coffre, et commande impérieusement

à l'exempt: _Fermez la porte, que personne n'entre_. Je lui demande

pourquoi il s'en étoit ainsi venu: _De peur_, dit-il, _que papa ne me

vit pleurer_. Il s'en va en la chambre de Mme de Montglat, on ne l'en

peut tirer pour aller en sa chambre souper que par deux de ces pièces

d'or de dix écus de la Reine que Mlle de Ventelet lui apporta.

_Le 2, mardi._—Mené chez la Reine, la Picarde, seconde nourrice de

Madame, tenant au bras son enfant, se jeta à genoux devant la Reine,

les larmes aux yeux; le Dauphin en eut tant de compassion qu'il part

soudain d'auprès de la Reine et se met derrière Mme de Montglat, le

visage tout en feu de rougeur, de la force dont il se gardoit de

pleurer; il saute au col de Mme de Montglat, où il se tient tant que

la Reine (même qui se leva de son siége pour cet effet) l'eût assuré

qu'elle donneroit de l'argent à la nourrice; là-dessus sa couleur

ordinaire lui revient. Mené par la Reine en carrosse au bâtiment neuf,

il va à la messe avec le Roi et, à midi, a dîné avec Leurs Majestés. Le

Roi et la Reine s'en retournent à Paris.

_Le 4, jeudi._—Il ne veut point déjeuner qu'il n'ait tiré une

harquebusade, se fait mettre de la poudre dans sa harquebuse à mèche et

de l'amorce par M. de Ventelet, puis, sur la terrasse de sa chambre,

avec un petit bâton au bout duquel il y avoit de la mèche, il y met le

feu; la fumée lui passa sur la main et près du visage; puis il dit

par grande allégresse à tout chacun qu'il a tiré une harquebusade et

qu'il n'a pas eu peur; c'étoit de la harquebuse que lui avoit donnée

M. d'Oinville, maréchal de logis de sa compagnie, et la première qu'il

eût[284].

[284] _Voy._ au 31 octobre 1604.

_Le 5, vendredi._—Il entend jouer les joueurs de cornemuse du Roi avec

attention, et jusqu'au transport; les joueurs de musette jouent pendant

son dîner.

_Le 7, dimanche._—Mlle Mercier, l'une de ses femmes de chambre, qui

l'avoit veillé, étoit encore au lit contre le sien; il se joue à elle,

lui fait mettre les jambes en haut, en cornemuse, et des pailles entre

les orteils des pieds, puis les y fait remuer comme si elle eût dû

jouer de l'épinette; après il dit à sa nourrice qu'elle aille querir

des verges pour la fesser, le fait exécuter; puis sa nourrice lui

demande: «Monsieur, qu'avez-vous vu à Mercier?» Il répond: _J'ai vu

son cu_, froidement.—«Est-il bien maigre?»—_Oui_, puis soudain il

se reprend: _Non, non, il est bien gras_.—«Qu'avez-vous vu encore?»

Il répond froidement et sans rire qu'il a vu son conin.—Il voit le

colonel Berman, du canton de Fribourg, qui avoit emmené un régiment

de Suisses pour le siége de Sedan, lui donne sa main à baiser et à

ceux de sa compagnie, puis soudain demande son corselet et ses armes

complètes, va en la salle du Roi, où il se fait armer de la cuirasse,

puis prend sa pique, fait mettre près de lui M. de Verneuil, fait

battre le tambour, et marche en garde. A l'arrivée, les Suisses lui

firent un petit mot de harangue par la bouche du colonel Berman, qui

étoit, en somme, pour lui faire entendre qu'ils étoient venus pour le

service du Roi et pour le sien et qu'ils étoient serviteurs du Roi et

les siens; le Dauphin, sur cette parole, répondit: _Bien_. A la salle,

avant partir, Mme de Montglat fit porter du vin pour la collation, et

dit à l'oreille à M. le Dauphin qu'il falloit qu'il bût à eux; il dit

soudain: _Qu'on apporte mon verre_; on l'envoie querir, l'on y met un

bien peu de vin avec beaucoup d'eau, et il boit à eux; il ne y fait que

tâter. Ils en furent fort aises, disant que cette action iroit bien

loin.

_Le 9, mardi, à Saint-Germain._—Mené au bâtiment neuf, où étoit la

mariée du jardinier, qui dansoit au petit jardin du Roi; l'on y vouloit

jeter le coq; il le jeta par trois fois en la cour, puis il s'en va

en la galerie, où il a dansé en branle où étoit la mariée, dansa la

courante et la bourrée avec Mlle de Vendôme.

_Le 10, mercredi._—Maître Martin, son peintre, vient pour le peindre,

le peint armé de son corselet, sous sa robe de velours cramoisi garnie

d'or, l'épée au côté et la pique de la main droite, la tenant droite,

la tête couverte de son bonnet de satin blanc, d'enfant, avec une

plume blanche; c'est la première fois qu'il ait été ainsi peint. Il

se fait donner des couleurs et un pinceau, imite le peintre mêlant

ses couleurs, regarde parfois la besogne de son peintre. Il tenoit sa

chienne _Isabelle_, la caressoit, la baisoit, l'appeloit sa mignonne,

car il aimoit extrêmement les chiens; il disoit à son peintre qu'il

peignit sa chienne auprès de lui. Mlle Mercier lui dit: «Monsieur, il

ne faut pas que ceux qui sont armés aient des chiens avec eux;» il

répond soudain: _Mais ce sera pour prendre les ennemis par les jambes_.

_Le 11, jeudi._—Il prend en coutume, quand on lui dit quelque chose,

de répondre: _Je m'en soucie bien_.

_Le 12, vendredi._—La reine Marguerite le vient voir; il permet à Mme

de Montglat d'aller au-devant d'elle, puis il y va, et la salue au

milieu de l'allée du jardin qui est sur le fossé, l'emmène voir faire

son jardin.

_Le 14, dimanche._—Il devient amoureux de la nourrice de la petite

Madame; il alloit et revenoit à la chambre de la petite Madame, tout

exprès pour la voir en passant, la guignant de l'œil et se souriant.

_Le 15, lundi._—Je lui maniois le pouls, lui ayant dit que

je reconnoîtrois s'il étoit amoureux; il me demande: _Que

fait-il?_—«Monsieur, il frétille.» Il se laisse coiffer pour l'amour

de la nourrice de Madame sa petite sœur, prend plaisir que l'on lui

en parle et que l'on lui demande de qui il est amoureux. A dîner il

fait les doux yeux à la nourrice de Madame la petite, fait le honteux

et retourne sa face; Mme de Montglat lui dit qu'il ne faut point qu'un

amoureux soit honteux.—Il se joue en sa chambre; arrive une femme,

revendeuse à Paris, nommée, à ce qu'elle me dit, Opportune Julienne;

elle se prend à danser devant, à découvrir ses cuisses bien haut,

tantôt l'une et puis l'autre; il regardoit tout cela avec un extrême

plaisir, auquel il se laisse transporter, et court après cette femme

pour lui soulever la cotte.

_Le 18, jeudi._—Il fait porter son écritoire[285] à la salle à manger

pour écrire sous Dumont[286], dit: _Je pose mon exemple; je m'en vas à

l'école_; il fait des O, fort bien.

[285] C'était, dit Héroard, une écritoire en forme de cassette,

où étaient son papier, sa plume et son encrier; elle lui avait

été donnée par Mme de Loménie.

[286] Clerc de sa chapelle, qui lui montrait à écrire.

_Le 21, dimanche, à Saint-Germain._—M. de Longueville le vient voir, a

dîné avec lui.

_Le 23, mardi._—On lui dit que M. le connétable venoit pour le voir;

le voilà soudain en mauvaise humeur, et il demande d'aller en la salle

du bal. M. le connétable y monte; le voilà à crier; enfin apaisé. On

lui porte son mousquet, sa bandoulière, et il descend en la basse-cour,

puis au jardin, ayant avec lui M. le Chevalier, M. de Verneuil, M. de

Montmorency et M. le comte de Lauraguais, armés aussi; il se met à la

tête de la compagnie, va chez M. de Frontenac pour être à la collation

qui se y faisoit, à cause que M. le connétable tenoit à baptême un sien

fils[287] avec Mlle de Vendôme. M. le connétable prend congé de lui,

s'en allant en Languedoc; M. de Montmorency prend aussi congé de lui.

[287] Henri de Buade, fils d'Antoine de Buade, seigneur de

Frontenac, capitaine des châteaux de Saint-Germain en Laye.

_Le 24 mai, mercredi, à Saint-Germain._—Mlle Value, Mlle

Prévost-Biron, Mlle Gillette[288], maîtresse du feu maréchal de Biron,

assistent à son goûter.

[288] «La belle Gillette; elle étoit noire, claire et agréable.»

(_Note d'Héroard._) Elle se nommait Gillette Sabillotte,

demoiselle de Savenière, et était fille d'un procureur du Roi à

Dijon. Le maréchal de Biron, qui mourut sans avoir été marié, en

eut un fils, nommé Charles, mort au siége de Dole, en 1636.

_Le 26, vendredi._—Arrive M. de Vaudemont, qui baise la main du

Dauphin en la chambre du Roi.

_Le 27, samedi._—M. et Mme de Montpensier viennent voir le Dauphin;

il leur fait bonne chère.—On lui demande si l'Infante est pas sa

maîtresse, il dit: _Non, c'est la nourrice à ma petite sœur_, et de

fait l'ayant rencontrée, il lui sauta au col et la baisa.

_Le 30, mardi._—M. le cardinal de Joyeuse arrive, auquel il donne sa

main à baiser.—A huit heures trois quarts, il avoit envie de dormir,

et toutefois il lui prend une humeur de s'armer, se fait mettre son

corselet, prend sa pique pour se faire mettre en sentinelle par

Hindret, son joueur de luth, qui étoit le caporal. Je lui demandai

s'il seroit longtemps, il répond: _Deux heures_. C'étoit l'heure des

sentinelles de la garnison qu'il avoit apprise, car il savoit toutes

les fonctions d'un soldat. L'on ne sut jamais le dissuader de cette

action; il y est quelque temps, et n'en voulut jamais partir qu'il ne

fût relevé, se promenant la pique haute.

_Le 1er juin, jeudi, à Saint-Germain._—Il récite les quatre premiers

quatrains de M. de Pibrac, qu'il savoit, comme s'il eût récité une

comédie; M. le Chevalier en faisoit autant, puis M. de Verneuil.

_Le 3, samedi._—Mme de Montglat le tance et lui arrache son tablier,

qu'il tenoit à la bouche; le voilà en colère. Il la bat sur la main;

elle ne disoit mot; il se retourne et lui rue des coups de pied,

tant que voyant deux maçons qui travailloient à faire l'enceinte de

la chapelle, l'un avec un balai l'autre avec une hotte, il se jette à

genoux: _Hé! Mamanga, pardonnez-moi!_ Cependant les maçons prennent le

petit laquais de M. de Mansan et l'emportent dans la hotte, le mettent

dans la chapelle. _Hé! Mamanga, parlez pour lui!_

_Le 4, dimanche._—Il se joue à une petite fontaine faite dans un

verre, qui lui venoit d'être donnée par les verriers de la verrerie

de Saint-Germain-des-Prés, s'amuse à une vaisselle de poterie où il y

avoit des serpents et des lézards représentés[289], y faisoit mettre de

l'eau pour les représenter mouvants.—Il appelle Hindret, son joueur

de luth, Boileau, son violon, et un soldat qui jouoit de la mandore,

et lui, prenant un luth, dit: _Faisons la musique_; il les fait ranger

tous autour de lui, au chevet de son lit; il pinçoit son luth comme

s'il eût joué avec intelligence. Il aimoit extrêmement la musique.

[289] Imitation des plats de Bernard de Palissy.

_Le 5, lundi._—M. le marquis de Rainel, revenant de Hongrie, le vient

voir; il lui disoit: «Monsieur, me ferez-vous pas un jour grand maître

de votre artillerie?» Le Dauphin ne répondant point, M. de Ventelet

lui dit: «Monsieur, c'est M. le marquis de Rainel qui vous prie de le

faire un jour grand maître de votre artillerie, le ferez-vous pas?»

Il répond: _Je le veux bien_. J'entendois tout cela, et lui demandai:

«Monsieur, vous plaît-il que j'enregistre cette promesse que vous

avez faite à M. de Rainel, dans mon registre?»—_Oui! oui!_—Mené

au palemail, il fait démasquer la nourrice de la petite Madame, lui

disant: _Démasquez-vous, je vous veux baiser_.

_Le 6, mardi._—Il frotte le derrière de son oreille, en rapporte une

ordure qu'il met en sa bouche, comme il faisoit souvent, et celles du

nez, qu'il avaloit; Mme de Montglat l'en reprend, il répond: _Quoi!

est-ce du poison?_ Il va en la chambre de la petite Madame, en baise

la nourrice à la bouche, aux yeux, au front, au nez, aux tétons, avec

transport, disant: _Je vous baiserai toujours_. Il en étoit amoureux

par inclination.

_Le 8, jeudi, à Saint-Germain._—A cinq heures et demie le Roi et

la Reine arrivent de Paris; il les va recueillir hors du pied de

l'escalier, en la cour. Le Roi lui dit: «Eh bien, mon fils, vous

avez été fouetté!»—_Non pas tous les jours, papa._—«Qu'aviez-vous

fait?»—_Rien._ Il remonte avec eux en la chambre de la petite Madame,

où il s'assied sur la fenêtre, et fut fort longtemps à entretenir le

Roi; à sept heures et un quart soupé avec le Roi. Mené en sa chambre,

le Roi peu de temps après y arrive, et la Reine après; il danse aux

branles, la courante, puis se met au giron de sa nourrice, s'endort,

est mis au lit à neuf heures et demie. Leurs Majestés se retirent; sa

nourrice approchant près de lui trouve qu'il ne dormoit pas, et lui

dit: «Monsieur, vous ne dormez pas?»—_Non_, dit-il tout bas, _papa

s'en est allé?_—«Oui, Monsieur, pourquoi avez-vous fait semblant de

dormir?»—_Pource que papa s'en fût pas allé, et il y avoit tant de

monde, j'avois si chaud!_

_Le 9, vendredi._—Il attend avec impatience un carrosse pour aller

trouver le Roi au bâtiment neuf, y va, le trouve à la chapelle, revient

avec lui à la galerie. Armé de son mousquet, il va à la guerre,

assault la ville (c'étoit la balustre qui étoit autour de l'une des

cheminées où il y avoit des soldats); MM. de Vendôme et de Verneuil,

les deux fils de M. de Frontenac, étoient avec lui. Il fait planter

dans la salle de grands tuyaux de chaume pris des paillasses vidées,

dit que ce sont des _piquiers_, et au-devant, d'un bout à l'autre,

fait faire une traînée de poudre. Le Roi y fait mettre le feu en sa

présence et en celle la Reine. Le Dauphin disoit qu'il vouloit être

mousquetaire, et néanmoins il avoit accoutumé de reprendre ceux qui ne

faisoient pas bien; le Roi lui dit: «Mon fils, vous êtes mousquetaire,

et vous commandez!» A quatre heures le Roi et la Reine partent pour

s'en retourner à Paris; étant au port de Chatou, au delà de l'île,

il faisoit glissant à la descente; les chevaux reculent, poussent le

bac, les roues de derrière du carrosse demeurent dans l'eau, et, à la

descente de celui de Neuilly[290], tout le carrosse tomba dans l'eau,

à la main gauche de la Reine, étant à la portière, et le Roi couché du

long en dedans, où il s'étoit mis un peu auparavant pour dormir. Ce

fut ainsi que les chevaux étoient près d'entrer dans le bac; l'un de

ceux de derrière glisse, le cocher le fouette; se voulant relever, il

retombe, tire et fait tomber son compagnon, et le carrosse renverse

en l'eau, sur la nacelle attachée au bac, qui s'enfonça mais empêcha

que le carrosse n'allât tout au fond. M. de Montpensier se jeta le

premier dehors, par la portière qui étoit en l'air environ demi-pied.

M. de l'Isle-Rouet y va, appelle le Roi, qui n'avoit que la tête et

un bras hors de l'eau, lui prend les mains, le met hors de l'eau, [le

Roi] disant: «Que l'on aille à ma femme», et en sortant rencontre M.

de Vendôme, qu'il met hors de l'eau. Ce pendant la Reine étoit toute

dans l'eau, à la portière; un valet de pied[291] se y jette, la prend

par sa coiffure qui échappe; il la prend sous la gorge, et à l'aide

de M. de la Chastaigneraie ils lui mettent la tête hors de l'eau, et

aussitôt [elle] demanda: «Où est le Roi?» qui, l'entendant, se jeta

dans l'eau pour l'aider à mettre dehors. Mme la princesse de Conty fut

toute la dernière, qui avoit du commencement prins le sieur de l'Isle

par la barbe, comme il tiroit le Roi; elle quitta pour ce qu'elle

l'empêchoit[292].

[290] C'est le troisième accident mentionné par Héroard comme

arrivé au même endroit. (_Voy._ aux 31 mai 1602 et au 6 avril

1605.)

[291] Héroard a laissé son nom en blanc.

[292] Nous reproduisons textuellement ce récit qu'Héroard a

ajouté après coup, en marge de son journal. Henri IV écrivait le

lendemain à Mme de Montglat: «Ma femme et moi l'échappâmes belle

hier; mais Dieu merci nous nous en portons bien.» (_Voy._ aussi

le Journal de Lestoile à cette date.)

_Le 10, samedi, à Saint-Germain._—A onze heures mené à la chapelle;

étant sur son carreau, il se lève, va dire à M. de Verneuil: _Féfé

Vaneuil, priez Dieu pour papa, qui a failli se nayer_, et se va

remettre en sa place.—Mme de Montglat me disoit qu'écrivant au Roi

elle avoit dit une petite menterie; elle vouloit dire que M. le Dauphin

avoit pleuré, ayant su la nouvelle de son danger, bien qu'il fût vrai

qu'il en demeura fort étonné. Lui, qui écoutoit toujours ce que l'on

disoit, la regarde soudain premièrement sans dire mot, puis tout à coup

lui dit: _Ha! vous avez donc menti!_ Mené à la chapelle pour y faire

chanter un _Te Deum_ pour l'heureuse délivrance de Leurs Majestés.

_Le 12, lundi._—Il dit la prière qui lui plaisoit fort et qu'il aimoit

à dire: «Notre Seigneur Dieu et Père, veuille moi assister par ton

saint Esprit et par icelui me gouverner et conduire à celle fin que ce

que je ferai, dirai ou penserai, soit à ton honneur et gloire, au salut

de mon âme et à l'édification des miens.»

_Le 17, samedi._—Le Roi arrive de Paris; il va au devant du Roi,

l'embrasse fort, l'accompagne au bâtiment neuf; il soupe avec le Roi,

va en la cour avec lui[293].

[293] Héroard était parti le 13 pour Vaugrigneuse, et Guérin, qui

tient le journal en son absence, n'a pas la même exactitude pour

marquer les heures d'arrivée et de départ du Roi. Henri IV dut

repartir pour Paris le lendemain.

_Le 19, lundi._—Éveillé à huit heures, il est fouetté pour avoir fait

le fâcheux à la chapelle, le jour précédent.

_Le 21, mercredi._—Le Roi arrive de Paris; il va au devant du Roi,

l'embrasse, le conduit en sa chambre.

_Le 22, jeudi._—Il va trouver en sa chambre le Roi, qui étoit parti

pour aller au bâtiment neuf[294], court sur le pavé au devant de lui;

mené à la chapelle, dîné avec le Roi, qui part à deux heures et demie

pour aller à Paris.

[294] On voit par ce détail que lorsque Henri IV venait seul à

Saint-Germain il demeurait au vieux château, et que lorsqu'il

était accompagné de la Reine et de la Cour il demeurait dans la

partie achevée du château neuf.

_Le 23 juin, vendredi, à Saint-Germain._—Il va mettre le feu au bûcher

de la Saint-Jean, en la basse cour, puis va chez M. de Frontenac.

_Le 25, dimanche._—J'arrive[295]; il court à moi gaiement; je lui

donne un cheval noir et un gendarme dessus.

[295] Héroard était absent depuis le 13.

_Le 26, lundi._—A cinq heures mené par le petit pont au devant du Roi

revenant de la chasse; il est ramené dans la petite chambre de Mme de

Montglat, où le Roi se met dans le lit, y fait mettre en chemise M.

le Dauphin, qui se y joue fort privément [_sic_]. A six heures levé,

à sept soupé avec le Roi; M. Groulard, premier président de Rouen, y

vient; il lui donne sa main à baiser, par commandement du Roi. Le Roi

s'en retourne à Paris à sept heures trois quarts, il le conduit et, en

la cour, le Roi lui montrant M. le premier président et autres députés

de Normandie, lui dit: «Voyez-vous ces gens-là, vous les commanderez

après moi;» il répond froidement: _Bien, papa_; est fort privé avec

le Roi, qu'il craint. Il conduit le Roi jusques au bâtiment neuf

et, en la basse cour, le Roi lui disant: «Adieu, mon fils,» il (le

Dauphin) devient rouge et la larme lui vient aux yeux. Le Roi le baise,

l'embrasse, lui disant qu'il s'alloit promener et qu'il reviendroit

incontinent; il s'apaise. Ramené il s'amuse sur le tapis, entretenu par

Mmes de Vitry et de Saint-Georges, où il dit mots nouveaux et paroles

honteuses et indignes de telle nourriture, disant que celle de papa

est bien plus longue que la sienne, qu'elle est aussi longue que cela,

montrant la moitié de son bras.

_Le 27, mardi._—Mené en carrosse dans la forêt, à la chasse aux

toiles, il voit prendre deux sangliers et un marcassin, et sauver une

biche par-dessus les toiles; il ne s'ennuie point, y prend plaisir

froidement.—Il prend un petit violon, joue en concert avec Hindret,

son joueur de luth, nous fait chanter en concert: _Hau! Guillaume,

Guillaume_, puis: _Maître Ambroise, ho! ho! d'où venez vous_, etc. Il

baise sa nourrice, et lui dit: _J'entrerai par votre bouche, Doundoun,

puis j'irai en votre ventre, vous direz que vous êtes grosse et puis

vous me fairez_.

_Le 28 juin, mercredi, à Saint-Germain._—Il s'amuse à son corselet

neuf, dit qu'il veut être piquier. Vêtu, coiffé à bâtons rompus; pour

le faire hâter, M. Birat lui dit que le Roi venoit. Le Dauphin, se

retournant et souriant, dit tout bas à l'oreille de Mme de Montglat:

_Mamanga, voyez vous ce vieux penard qui me veut faire craire que

papa vient_. Descluseaux, soldat aux gardes, entre après le dîner

du Dauphin, qui dit en le voyant: _Hé! velà mon mignon, venez mon

mignon Décuseaux_; ce soldat avoit accoutumé de le faire jouer. Après

souper il se joue en sa chambre, joue du violon en concert avec le

luth, et chante: _En m'en retournant_, etc., puis danse le ballet des

grenouilles, la morisque, fort joliment et en cadence, sans avoir été

instruit.

_Le 29, jeudi._—Il se fait armer, prend sa pique et sort en la cour,

où l'on fait entrer la compagnie. Il se met à la tête, ayant à côté

gauche M. de Verneuil, et M. de Liancourt au milieu, fait deux tours

de la cour, puis il veut prêter le serment, lève la main, et lui étant

demandé par le commissaire Faure s'il promettoit pas de bien servir le

Roi, il répond: _Oui_, ayant premièrement ôté son chapeau et son gant

de la main.

_Le 30, vendredi._—Mené au jardin, il fait attacher son canon d'argent

avec un jarretier, et le jarretier au derrière de la ceinture de son

tablier, et se promène le faisant rouler après soi; il va ainsi jusques

au palemail, se fâche de ce que les roues se crottent et la bouche

aussi, s'en met en peine pour les faire nettoyer.

_Le 1er juillet, samedi, à Saint-Germain._—Il s'amuse à jouer de

son petit sifflet d'ivoire et à entendre des contes de maître

Guillaume[296]. Il sème des feuilles de rose sur le banc où étoit assis

Descluseaux, soldat aux gardes qui le souloit faire jouer, et dit:

_C'est afin que votre place sente bon_; il aimoit ce soldat. M. de la

Court, exempt aux gardes, arrive; il le reconnoît et par son nom, après

avoir été un an et demi sans le voir.

[296] Fou du Roi.

_Le 5, mercredi._—Mené à la chapelle, il ressort du chœur pour

recevoir, dans la chapelle, l'ambassadeur de la Grande-Bretagne,

accompagné du sieur Gandaloufin, gentilhomme de la chambre du roi de

la Grande-Bretagne et de son jeune fils, échanson du prince de Galles,

ayant charge de le voir de la part du prince de Galles; il lui répondit

qu'il le remercioit de la souvenance qu'il avoit de lui et le prioit de

l'assurer qu'il étoit à son service. Après souper il monte tout en haut

de sa garde-robe, où il fait prendre ses armes toutes complètes, faites

à Moulins, les fait porter en sa chambre avec la croix[297], les fait

accommoder dessus, y travaille lui-même, va querir en son armoire son

épée rouge et la y fait ceindre, puis fait apporter sa pique, la met

lui même sous le brassal, toute droite comme s'il eût été en sentinelle.

[297] Le support, en forme de croix, auquel ses armes étaient

attachées.

_Le 6, jeudi._—Il tenoit un chapelet de corail que le fils de M. de

Montglat lui avoit envoyé de Florence; sa nourrice lui dit: «Monsieur,

donnez-moi ce chapelet.» Il le lui refuse par plusieurs fois, elle lui

dit: «Allez, vous êtes un gros chiche.»

_Le 9, dimanche._—A dix heures il part pour loger au bâtiment

neuf[298]. Mlle de Ventelet lui dit: «Monsieur, il faut être bien sage

pour votre baptême, ou autrement maman auroit un autre Dauphin, qu'elle

feroit baptiser;» il répond froidement: _Et puis il m'en soucie bien,

j'en serois bien aise, j'irois où je voudrois, on me suivroit point_.

Il s'en va en la cour, le tambour se prend à battre pour assembler,

pensant qu'il dût sortir; il l'entend, et crie tout haut: _Je veux pas

sortir, qu'on batte point, c'est que je me joue._

[298] Mlle de Verneuil avait la rougeole et la petite vérole.

_Le 10, lundi, à Saint-Germain._—A cinq heures arriva au vieux château

Mme la marquise de Verneuil.

_Le 11, mardi._—Il se fait mettre au lit de sa nourrice, la baise

partout où il peut, avec âpreté.—Il va faire un tour dans la galerie,

où il faisoit faire un fort de briques dans lequel il faisoit loger

toutes les armes qui étoient dans son armoire et mettre l'enseigne

dans le donjon. Mis au lit, il demande à se jouer, se joue avec Mlle

Mercier, m'appelle me disant que c'est Mercier qui a un conin qui est

gros comme cela (montrant ses deux poings), et qu'il y a bien de l'eau

dedans. Je lui demande: «Monsieur, comment le savez-vous?» Il répond

qu'il a pissé sur maman Doundoun, et me dit: _Écrivez cela dans votre

registre_; il rioit à outrance.

_Le 13, jeudi._—Après dîner il range les noyaux de ses cerises sur

l'assiette et me dit que c'est un moulin à vent. Je lui apprends là

dessus le nom des vents, qu'il rumine, et les retient: _Est_, _ouest_,

_north_, _sud_, les répète en lui-même pour les retenir. Après souper

il range encore les noyaux sur le bord de son assiette, et nomme tout

bas: _Est_, _ouest_, _north_, _sud_, puis m'appelle: _Moucheu Héoua,

velà les quatre vents, comment les appelez-vous en françois?_ Je les

lui nomme: «Levant, ponant, tramontane, midi»; il les redit après

moi.—Il va avec impatience en la cour pour voir deux chevaux que le

jeune Montglat avoit emmenés d'Italie.

_Le 16, dimanche._—A souper il demandoit sa gelée, Mme de Montglat

lui dit: «Dites s'il vous plaît;» il répond: _Papa dit pas s'il vous

plaît_, pource qu'elle lui disoit souvent qu'il falloit tout faire

comme papa.

_Le 17, lundi._—Il est fouetté pour avoir, le jour précédent, fait

le fâcheux à son habiller. A dix heures arrivent, conduits par M. le

comte de Choisy, chevalier d'honneur de la reine Marguerite, et de

sa part, le président Savaron, président à Clermont en Auvergne, et

autres députés avec lui, pour venir faire l'hommage d'obéissance et

de fidélité comme à leur seigneur, par la donation qui lui en a été

faite dudit comté par ladite Reine. Il les écoute fort attentivement,

froidement et la plupart du temps les mains sur les côtés, par

l'espace d'une demi-heure.—Il s'amuse à faire une tour avec de la

brique, trouve un ais, dit qu'il en faut faire un pont-levis, commande

d'aller chez le menuisier qui travailloit aux offices pour avoir un

_virebrequin_, afin de faire des trous, dit-il, pour y passer les

cordons. On apporte le virebrequin, il en veut travailler lui-même, et

s'apercevant qu'il ne avançoit pas beaucoup avant, pour ne tenir assez

ferme, il donne à tenir la main dessus et, lui, s'amuse à tourner.

_Le 19, mercredi._—Mme de Montglat le fait prier Dieu puis dire des

sentences; à celle-ci: «L'homme fol se fait connoître à ses propos,»

le Dauphin dit: _Velà pour maître Guillaume_; et à celle-ci: «La folle

femme fait toujours beaucoup de bruit»: _Velà pour Mathurine_.

_Le 20, jeudi._—A midi, M. de Sully[299], revenant de Rosny, le vient

voir. Mme de Montglat fait ouvrir la grande porte de la salle; M. le

Dauphin y est mené en attendant M. de Sully; comme il est au milieu de

la cour, elle le fait courir au devant de lui, pour l'embrasser comme

il faisoit au Roi. Il s'arme à l'accoutumée, est piquier, fait armer

la compagnie, entre en garde, va à la charge, fait les exercices. M.

de Sully lui donne cinquante écus en quadruples, ses soldats les lui

arrachent des mains. Il n'eut presque pas le temps de les manier; il

ne lui en demeura qu'une pièce, qu'il tient ferme contre Montailler,

tailleur de Mme de Montglat, dont il s'écrie! _Hé! maman, Montailler

me l'arrache_; elle y vient, la prend et fait rendre les autres,

qu'elle retient[300]. Il n'en dit mot, ne s'en plaint point, mais peu

après il dit: _Mais moi je suis soldat, et je n'ai point eu d'argent!_

M. de Sully lui donne un doublon, puis s'en va.—Mme de Montglat

le tançant de ce qu'il étoit tout hâlé et noir dit que la Reine en

seroit bien courroucée, que pour le Roi il ne s'en soucioit pas. «Ho!

Monsieur, lui dit-elle, si vous continuez à sortir comme vous faites,

il vous faudra retenir, vous seriez tout hâlé!» Il répond: _C'est tout

un, papa veut bien que je sois noir._—Il avoit fort plu, comme il fait

fort mauvais temps depuis six semaines; M. de la Court, exempt aux

gardes, qui étoit en quartier, lui dit: «N'allez pas à la cour, il n'y

fait pas beau;» il lui répond en souriant: _Si fait, allons, allons, je

m'en vas marcher sur vous, puisque vous êtes la Cour._ Il donne le mot

à M. de Belmont: _Sainte-Barbe_, puis dit à M. de la Court en souriant:

_Sainte-Barbe la Cour_, lui montrant sa barbe (la barbe de M. de la

Court).

[299] Le Roi lui avait donné au mois de février précédent les

lettres d'érection de la duché pairie de Sully.

[300] Héroard ajoute en marge: _Nota._ Grande indiscrétion envers

lui (le Dauphin). Mme de Montglat en eut quatre, M. le Chevalier

un, Hindret un, etc. _Voy._ au 30 septembre suivant, une scène

analogue.

_Le 21, vendredi._—M. de Verneuil est revenu, qui avoit été séparé

pour la petite vérole et rougeole de sa sœur.—Il y avoit environ six

semaines qu'il ne se passa jamais jour sans pleuvoir et faisoit une

saison d'hiver, s'étant fallu chauffer comme en hiver.—Mis au lit,

il s'amuse à railler, m'appelle et me dit d'écrire dans mon registre

que le conin de Doundoun est gros comme cela, dit-il, en grossissant

sa voix et élargissant ses poings; qu'il l'a fouetté, qu'il est gras.

Puis il me dit encore d'écrire que le conin de sa mie Saint-Georges est

grand comme cette boîte (c'étoit celle où étoient ses jouets d'argent)

et que le conin de Dubois (damoiselle de Mme de Vitry) est grand comme

son ventre, que c'est un conin de bois. Je lui demande: «Monsieur,

n'en avez-vous point?» Il répond que non, qu'il a une cheville, qui est

au milieu de son ventre, mais que c'est Doundoun qui a un gros conin au

milieu des jambes. Enfin il prie Dieu, et s'endort à neuf heures trois

quarts.

_Le 23, dimanche, à Saint-Germain._—L'on avoit séparé quelques-uns

des petits enfants qui avoient accoutumé d'aller à la guerre avec lui,

à cause des maladies de petite vérole, et de la peste de Paris; se

jouant en la galerie et voyant ses armes dans son armoire, il dit à

Descluseaux: _Je veux vendre mes armes, astheure que toute ma compagnie

s'en est allée._

Cette nuit, entre minuit et une heure, Canier[301] étoit en garde sur

le perron des terrasses quand il vit, par le petit escalier à main

droite, monter à lui un homme vêtu d'un pourpoint blanc, sans vouloir

s'arrêter, quelque chose qu'il lui sût dire par la contrainte de

descendre en bas pour l'arrêter et lui donner des coups d'épée qu'il

rompit sur sa tête, sans dire mot que tout bas: «Hé! Monsieur!» Le

voulant saisir au collet, il lui vient au nez une si puante odeur qu'il

fut contraint de le lâcher, en étant avis être venue d'une boîte qu'il

vit en sa main gauche et un linge autour du bras; quitte cet homme pour

courir à sa pique, et, retournant à lui, le voit s'en retournant du

côté du Pecq. L'on eut opinion que ce fut un graisseur; la peste étoit

lors à Paris[302].

[301] Le nom de ce soldat est peu lisible.

[302] Nous reproduisons textuellement ce récit incohérent

qu'Héroard a écrit en marge de son journal. Lestoile dit à la

date du 31 juillet 1606: «La constitution du temps de cette

saison fut tellement déréglée, maussade, pluvieuse, venteuse

et froide qu'on disoit que la Toussaint se rencontroit cette

année en juillet... Ce qui causa force maladies contagieuses à

Paris, où toutefois l'effroi étoit plus grand que le mal, avec

prédictions de malheurs à venir qui couroient entre le peuple et

l'étonnoient.» Ce _graisseur_, portant une boîte infecte, nous

paraît être un écho des craintes superstitieuses qui couraient

alors dans le peuple de Paris.

_Le 24, lundi._—Il se ressouvient d'avoir ouï parler sur le jour[303]

du sentinelle [_sic_] et de ce qui lui étoit arrivé la nuit précédente,

et ayant entendu de quelques-uns que c'étoit un esprit, il dit: _Si

j'eusse été sentinelle, je l'eusse tué cet esprit._

[303] Sur le matin.

_Le 25, mardi, à Saint-Germain._—On lui demande s'il est pas bien

fâché de ce que M. le Chevalier s'en étoit allé (on l'avoit transporté

au vieux château, à cause de la petite vérole qu'il avoit, sans

fièvre); il répond: _Non._ Il s'amuse à faire des dessins avec du

charbon, (représentant) des forges et des grottes.

_Le 26, mercredi._—Il voit ses femmes s'en aller à la messe, y veut

aller, y va; c'étoit le prêtre qui nourrissoit les petits oiseaux du

Roi [qui la disoit]. Il fait quelque dessin; il avoit l'imagination du

dessin de fontaine qu'il avoit fait en papier le soir précédent. Il

s'amuse à voir faire un modèle de fontaine de terre de potier par M.

Hindret, son joueur de luth. Il faisoit une journée froide comme en

plein hiver et grand vent du nord; il y avoit plus de six semaines que

la constitution de l'air étoit comme d'hiver.

_Le 27, jeudi._—A souper il mange gaiement, et dit: _Je sens la

senteur des lapins qui sont dans ce fossé._ Je lui dis: «Mais,

Monsieur, ce ne sont pas des lapins, la fenêtre est fermée».—_Je sais

pas, mais je sens quéque chose qui pue; je pense c'est c'homme qui

vouloit passer et qui potoit cette boîte; je pense qu'il est dans ce

fossé._—«Monsieur, que sentoit cette boîte?»—_Elle sentoit le safran._

_Le 28, vendredi._—Il se fait mettre son corselet, son épée à sa

ceinture, en écharpe, prend sa pique et se fait mettre en sentinelle

par Descluseaux, soldat aux gardes, qui avoit accoutumé de le faire

jouer et qu'il appeloit son _mignon_; mais il ne vouloit pas qu'il

fût assis à table avec lui, _pource que_, disoit-il, _il est pas

gentilhomme_.

_Le 29, samedi, à Saint-Germain._—Il est fouetté le matin, et prie Mme

de Montglat de n'en rien dire. Il va au cabinet, où il regarde donner

le fouet à Bigneux, page de Mme de Montglat, crie trois fois: _Fouettez

fort_; soudain le cœur lui grossit, et il eut envie d'en pleurer, mais

pour assurer sa contenance il se print à rire; il avoit beaucoup de

peine à s'en garder. Mené au parterre et à la coudraie, il court, va

aux vignes pour cueillir du verjus; montant la demi-lune, il m'aperçoit

entrer au parterre pour monter par le degré par où, les jours

précédents, voulut passer l'homme à la boîte. M. Birat le portoit; il

s'avance et, avec soin et crainte que j'eusse du mal, rougit disant:

_Moucheu Hérouard, moucheu Hérouard, passez pas par là, c'est par où

cet homme a passé_; il me le dit plusieurs fois.

_Le 30 juillet, dimanche._—Il donnoit de son pain à son petit chien;

Mme de Montglat lui dit: «Monsieur, il ne faut pas donner du pain

aux chiens, il le faut donner aux pauvres.»—_Les chiens sont-ils

riches?_—A neuf heures et demie dévêtu, pissé, il dit: _Velà comme

pisse papa_; il montroit tout le ventre. Mis au lit, il parle de

l'Orphée de la fontaine, qui joue de la lyre. Je lui demande de quoi

étoient faites les cordes. Il répond: _D'airain_, ce qui étoit vrai. Je

commençai à lui raconter qui étoit Orphée, comme il jouoit bien de la

lyre, ce qu'il enseignoit aux hommes. Je lui représente la figure de la

lyre antique; je lui dis que, après sa mort, sa lyre fut mise au ciel

parmi les autres, il demande: _Y a t'i point de violon?_

_Le 31, lundi._—Il va en la chambre de Mlle de Vendôme, qui étoit

au lit, fait déboutonner les boutons à queue qui le tenoient ferme,

disant: _Déboutonnez tout; sœu-sœu n'a point de plaisir._ Il va en la

chambre de sa nourrice qui étoit au lit, lui saute au col, lui donne

des coups de poing sur les joues par caresses, disant: _Je t'aime tant

que je te veux tuer_, en mâchant sa grosse langue comme il avoit

accoutumé de faire quand il faisoit quelque chose avec grande ardeur.

_Le 3 août, jeudi, à Saint-Germain._—En se couchant il dit à Mme de

Montglat: _Mamanga, me donnez pas le fouet demain matin_[304]; elle lui

répond: «Monsieur, je vous ai promis que vous ne l'aurez point.»—_Ho!

je sais bien que si; vous me fairez dire mes quadrains et puis vous

direz: Ça troussons ce cu._

[304] Le Dauphin avait fait l'opiniâtre dans la journée. «Cette

défiance, dit Héroard, à la date du 24 août suivant, venoit de ce

que par deux diverses fois Mme de Montglat lui avoit promis à son

coucher de ne le fouetter point et le matin elle l'avoit fouetté

au lit.»

_Le 4, vendredi, à Saint-Germain._—Ramené au vieux château, tambour

battant à l'esquadre[305] de la compagnie, lui à la tête, ayant son

haussecol.

[305] _Sic._ Sans doute pour l'escouade.

_Le 7, lundi._—Il se fait donner une enseigne de pierreries et de

diamants que la Reine avoit baillée à mettre à son chapeau, s'en joue

disant: _Velà qui pèse neuf livres_. Je lui dis qu'elle ne pesoit pas

tant, et qu'il falloit envoyer querir les balances de M. Guérin, son

apothicaire. Il répond: _Oui, oui, Pierre_ (c'étoit le valet de chambre

de M. de Ventelet). _Venez ici, allez dire à Guérin qu'il m'appote

ses petites balances pour peser mon enseigne_, puis il me dit: _Il

pensera que c'est mon enseigne quand j'entre en garde_. On lui met une

petite coiffe de toile pour lui ôter le bonnet d'enfant et lui donner

le chapeau. Je lui dis: «Monsieur, maintenant que l'on vous ôte le

bonnet, vous ne serez plus enfant, vous commencerez à devenir homme;

il ne faudra plus faire l'enfant.» Il m'écoute, et dit: _Ho! je n'ai

garde_.—Il va au bâtiment neuf, entre dedans pour y voir les chambres

tendues pour y recevoir Mme la duchesse de Mantoue.

_Le 8, mardi._—Sur les deux heures, il vient au pied de la vis, où

il se tenoit pour le frais[306], et pour y entendre une défense que

Mme de Montglat fit faire à son de trompe par Thomas le suisse et

proclamée par Hugues Rabouyn, huissier de salle, par laquelle, de par

le Roi et Monseigneur le Dauphin, il étoit enjoint à toutes personnes,

de quelque qualité, condition ou nation que ce fût, de n'avoir à faire

leurs ordures dans l'enclos du château, sinon aux lieux destinés pour

ce faire, à peine d'un quart d'écu d'amende applicable: une moitié aux

pauvres et l'autre au dénonciateur des infracteurs, ou, à faute de

ne la pouvoir payer, de tenir prison au pain et à l'eau par l'espace

de vingt et quatre heures. Il y avoit en ce temps ici de la peste

à Paris et autres lieux circonvoisins. Après le souper Mlle d'Agre

surprend le Dauphin pissant contre la muraille de la chambre basse

où il étoit: «Ha! Monsieur, dit-elle, je vous y prends! Vous payerez

un quart d'écu;» il se trouve surpris, rougit, ne sait que dire, se

reconnoissant avoir contrevenu.

[306] Aux froids précédents avait succédé une extrême chaleur.

_Le 9, mercredi._—L'on vient dire que le Roi arrivoit, il va en la

cour, où le Roi arrive de Paris, pour le voir, court au-devant, lui

saute au col. Il va au palemail, par le petit pont avec le Roi et

un peu auparavant, en la salle du conseil, arriva Don Ferdinand de

Gonzague, fils puîné du duc de Mantoue et chevalier de Malte, son

cousin germain. Le Roi le lui fait accoler, puis ils vont au palemail,

où il joue de grands coups jusques à la chapelle[307], où il entend la

messe avec le Roi. Dîné avec le Roi; peu après il a dansé les branles

et autres danses, puis il s'arme de son corselet et de sa pique,

fait armer sa compagnie; M. le Chevalier étoit le capitaine; M. de

Verneuil marchoit avec lui. Il va en la cour, fait les exercices en

la présence du Roi; à la fin M. le Chevalier porta au Roi un papier

où étoient les noms des soldats de la compagnie pour le supplier de

faire ordonner le payement; le sieur de Saint-Aubin-Montglat[308] se

trouva là: le Roi lui bailla le papier, disant: «Tenez, monsieur le

commissaire, faites-leur faire la monstre» (il étoit homme réputé pour

être fort avaricieux). Le Roi dit à M. le Chevalier qu'ils seroient

payés comme ils serviroient, puis, les voyant en bataille, il leur dit

qu'il ne falloit qu'un balai de verges pour faire fuir toute cette

compagnie[309]; à ces mots M. le Dauphin regarde de côté, se souriant

et rougissant. Le Roi s'en va au bâtiment neuf, M. le Dauphin retourne

en sa chambre; il presse son goûter pour aller trouver le Roi, qui

montroit le bâtiment neuf au sieur don Ferdinand de Gonzague. Le Roi

part pour s'en retourner à Paris à quatre heures et trois quarts.

[307] Dans son livre _De l'Institution du Prince_, Héroard parle

de «la chapelle, de cette belle et grande allée où est le jeu de

palle-mail» (_folio 1, verso_).

[308] Louis de Harlay, seigneur de Saint-Aubin; il était

beau-frère de Mme de Montglat.

[309] Cette compagnie n'était composée que d'enfants.

_Le 10, jeudi, à Saint-Germain._—Je lui demande: «Monsieur, qui a été

le premier, la poule ou l'œuf?» il répond: _La poule_, après avoir

tant soit peu songé. Je lui dis que je l'allois écrire en mon registre.

_Le 12, samedi._—Il dit ses quatrains de Pibrac, en dit quinze, et

ses sentences; et en l'une, où il y avoit: «Celui qui contient sa

langue est sage,» il ajoute, du sien et de son mouvement: _Celui donc

qui la lâche est fou_.—A quatre heures mené en carrosse, au bâtiment

neuf, pour y attendre la Reine, qui y arriva à quatre heures trois

quarts, menant Mme la duchesse de Mantoue, à laquelle il fit grandes

caresses; elle lui donna une écharpe de gaze d'or et d'argent, où

pendoit un poignard garni à l'antique, et le lui mit au col. Il va en

la galerie, où il court, joue au palemail et envoie querir ses armes

aux vieux château, s'arme et toute sa compagnie, fait à l'accoutumée.

A six heures et demie, la Reine part pour s'en retourner à Paris; les

dames italiennes le baisèrent. Un quart d'heure après, le Roi arrive,

revenant de la chasse, le baise, l'embrasse; à sept heures soupé avec

le Roi. Pendant qu'il mangeoit le Roi lui demandoit s'il lui vouloit

donner à coucher, et lui dit: «Si vous ne me couchez avec vous, je

coucherai avec maman Doundoun.»

_Le 13, dimanche, à Saint-Germain._—On lui remet son bonnet par le

commandement de la Reine, qui lui fit ôter sa coiffe à son arrivée.

Mené au bâtiment neuf, au Roi, qui le mène à la chapelle, puis aux

grottes de Neptune et d'Orphée. Ramené, il ne se veut point asseoir

pour dîner que M. de Vendôme ne fût venu de chez le Roi, qui dînoit

ayant en sa compagnie le sieur don Ferdinand de Gonzague, le prince

d'Anhalt, M. de Bouillon et M. de Montbazon; enfin il se met à table

sans vouloir manger tant que M. de Vendôme arrive: c'étoit par jalousie

de ce qu'il ne y dînoit pas. A onze heures le Roi s'en retourne à Paris.

_Le 16, mercredi._—Il fait assembler, entre les deux portes de la

chambre et de la salle, tous ceux qu'il connoissoit savoir chanter

et jouer des instruments, et leur commande de faire la musique; il

étoit dans sa chambre, qui les écoutoit à travers la tapisserie avec

transport.

_Le 17, jeudi._—Il accommode son écritoire, la porte en sa chambre,

disant qu'il veut étudier; Dumont, clerc de sa chapelle, lui apprenoit

à lire et à écrire[310].

[310] Ces leçons n'avaient encore rien de régulier.

_Le 20, dimanche._—Le sieur Francesco.....[311], peintre du sieur don

Ferdinand, puîné de M. le duc de Mantoue, le pourtrait de son long; il

s'amuse aussi à peindre et fait, dit-il, Mistaudin, petit garçon qui

servoit le fils de M. de Liancourt, premier écuyer[312].

[311] Héroard a laissé le nom en blanc.

[312] Héroard a conservé ce barbouillage, qui n'a aucune forme.

_Le 21, lundi._—M. de Verneuil lui demande: «Mon maître, vous plaît-il

bien que je dîne avec vous?» Il répond: _Non_, brusquement. Mme de

Montglat lui demanda pourquoi.—_Pource qu'il en feroit coutume, et

je veux pas._—«Monsieur, mais papa le veut.»—_Bien donc, je veux

bien._ On le peignoit en dînant, et comme il voulut boire, je lui dis:

«Monsieur, on vous peindra le verre au poing;» il s'arrête court, me

regarde, se souriant et rougit; il ne vouloit point boire tant que je

l'eusse assuré que je l'avois dit à petit semblant. Il perdoit patience

à se laisser peindre; le peintre l'amuse, disant qu'il avoit un petit

oiseau dans sa main.

_Le 23, mercredi, à Saint-Germain._—Il va au sermon de M. de Saint

Germain[313], a patience pour un quart d'heure, ne veut point entendre

la messe. Mmes de Martigues et de Mercœur et Mlle de Mercœur le

viennent voir; il s'arme de son corselet, prend sa pique et fait ses

exercices devant ces dames. Mme de Rannes lui vouloit faire croire

qu'elle étoit un vieil capitaine, mais qu'elle avoit fait couper sa

barbe. Le Dauphin lui demande: _Où est-elle?_—«Je l'ai brûlée.»—_Ho!

ho! c'est que vous moquez de moi; vous êtes une femme._ Mme de

Saint-Georges lui dit: «Monsieur, où faut-il regarder si c'est un homme

ou une femme?»—_Entre les jambes._

[313] _Voy._ la note du 14 août 1605.

_Le 24, jeudi._—Il fait mettre un mouchoir sous les cordes du luth

à Hindret, et lui commande de jouer le ballet des grenouilles. Il le

danse sur le tapis en faisant les sauts en cadence.

_Le 26, samedi._—Mme de Montglat lui fait dire son catéchisme et, à

la demande: «Pourquoi Dieu avoit condamné Adam et Ève à la mort?» il

répondit selon le sens et non selon la lettre, et de soi-même: _C'est

pource que ils avoient mangé de la pomme et Dieu l'avoit défendu_.

M. le Chevalier et Mlle de Vendôme s'en alloient à Paris; il faisoit

paroître en avoir du déplaisir, et peu s'en falloit qu'il n'en pleurât,

disant: _Ho! féfé Chevalier va bien voir papa, et je n'y vas pas_.—M.

Birat lui disoit: «Monsieur, il faudra, quand vous serez grand, que

vous alliez prendre Milan, que l'on a ôté à vos prédécesseurs[314].» Il

répondit: _Oui_, en s'animant.

[314] Il est à remarquer que l'on entretient souvent le Dauphin

de cette question.

_Le 30 août, mercredi, à Saint-Germain._—Il va au devant de M.

le cardinal de Joyeuse, légat pour le tenir à baptême, le trouve

accompagné de M. le duc de Montbazon et de M. de Ragny; il ne faisoit

que passer pour s'acheminer à Fontainebleau.

_Le 4 septembre, lundi, à Saint-Germain._—Il y avoit deux soldats,

Dufour et Harivet, qui étoient prisonniers pour s'être battus dans

le quartier et contre les défenses; M. de Mansan les vouloit faire

juger par les capitaines. Nous le voulons persuader (le Dauphin) de

demander leur grâce, lui représentant qu'ils seroient arquebusés; cela

le toucha, il rougit, et demande: _Quand? demain?_—«Non, Monsieur,

lui dis-je, ce sera aujourd'hui;» il lui prend de l'inquiétude, et

toutefois ne veut pas demander la grâce. Je lui dis: «Monsieur, vous

demandez bien la grâce et faites donner la vie à des mouches et des

petits oiseaux, et vous ne la voulez faire donner pour des braves

soldats qui vous gardent?» Il répond: _C'est qu'on me le fait dire_;

je le presse: _Non_, dit-il, _je veux pas_, et il eût voulu que ce

fût fait; il en avoit de la peine. _Je veux_, dit-il, _que ce sait

Mamanga_. Mme de Montglat arrive; il lui parle bas à l'oreille:

_Mamanga, un mot; dites à Taine qu'il[315] pardonne à ces soldats; il

les veut faire passer par les armes_. Il se retourne, rougit et cache

sa face quand Mme de Montglat le demanda à M. de Mansan. On lui dit

alors: «Monsieur, remerciez-en M. de Mansan;» il répond: _Non_, en

étant fort aise et le témoignant par un honteux souris[316].

[315] Abréviation de capitaine.

[316] Le Dauphin est souffrant du 1er au 7 septembre, et Héroard

note en marge de son Journal qu'il écrit presque tous les jours à

M. du Laurens, premier médecin du Roi, pour le tenir au courant

de la santé du prince.

_Le 6, mercredi._—Un valet de pied de la Reine racontoit, comme à

Fontainebleau, entre le logis de M. de Rosny, il y avoit soixante

hommes artificiels et autant de diables qui se combattoient[317]:

_Hé! hé!_ dit-il en bégayant d'ardeur, _il faut jeter dessus de l'eau

bénite, en jeter à chacun sur la tête, puis il s'enfuiront en leur

maison_.

[317] C'était alors la mode de tailler les ifs en leur donnant

des formes d'hommes et d'animaux.

_Le 8, vendredi, à Saint-Germain._—Je lui donne six muscardins[318],

où il y entroit du bézoar, de la licorne, etc., sur la nouvelle de ce

laquais qui étoit mort de peste en l'écurie de la reine Marguerite,

et son compagnon qui l'avoit laissé malade étoit venu avec lui à

Saint-Germain, avec la litière de la dite Reine qui devoit porter M. le

Dauphin[319].

[318] C'était une préparation contre la peste. Le 20 septembre

suivant, Héroard donne au Dauphin deux muscardins, «à la charge

de les laisser fondre en la bouche». Le Dauphin lui dit: _J'en

prendrai quand je passerai où il y a du mauvais air_.

[319] Cette phrase est très-obscure et nous avons dû la

reproduire telle quelle. Voici ce que dit le journal de Lestoile

à cette date: «La peste au logis de la reine Marguerite,

dont deux ou trois de ses officiers meurent, et entre autres

un misérablement, dans une pauvre mazure, près les _fratti

ignoranti_, la fait retirer à Issy, au logis de la Haye, se

voyant, à raison de cette maladie, abandonnée de ses officiers et

gentilshommes.»

_Le 9, samedi, voyage._—A douze heures et demie il est mis en litière

et part de Saint-Germain en Laye pour son baptême; il arrive à Meudon

à quatre heures et demie, est logé chez M. Garrault, trésorier de

l'Extraordinaire. Il étoit conduit par M. de Souvré, accompagné

de M. d'Oinville, maréchal des logis de sa compagnie, de M. de

Courtenvaux, guidon, de M. d'Annerville, gendarme de sa compagnie, de

M. de Champagne, lieutenant aux gardes du corps, de M. de la Court,

exempt aux gardes du corps. Je lui disois qu'à Meudon il y avoit un

beau château; il demande: _Où est-il?_—«Monsieur, il est tout là

haut.»—_Pourquoi m'y a-t-on pas logé?_

_Le 10, dimanche, voyage._—A midi parti de Meudon en carrosse, ne

voulant aller en litière; il arrive à trois heures à Chailly[320], près

de Longjumeau.

[320] Ou Chilly, château bâti par Métezeau pour le maréchal

d'Effiat.

_Le 11, lundi, voyage._—On lui apporte un placet de la part d'un

prisonnier qui étoit en la tour de Chailly; il en est si aise qu'il

ne sait en quelle place mettre ce placet, délivre ce prisonnier qui

s'étoit battu avec le curé. Mené à l'église, ramené en sa chambre, M.

de la Court, exempt aux gardes, hausse la tapisserie pour lui faire

voir le portrait de M. de Beaulieu-Ruzé, secrétaire d'État et seigneur

de Chailly, étant armé à cheval comme il étoit à la bataille d'Ivry;

peu après entrant en la salle, il en voit un autre tableau de son long,

demande: _Qui est cettui là?_ M. d'Angès répondit: «Monsieur, c'est M.

de Beaulieu que vous avez vu là dedans à cheval.»—_Il a donc mis pied

à terre[321]?_ A midi parti en carrosse pour aller coucher à Villeroy,

il arrive à trois heures et un quart, va aux jardins, aux fontaines,

partout.

[321] Il existe au musée de Versailles un portrait en pied de

Martin Ruzé, seigneur de Beaulieu et de Chilly, qui pourrait être

celui placé autrefois à Chilly. Voy. _Notice du Musée impérial de

Versailles_, par Eud. Soulié, 2e édition, 3e partie, p. 114, nº

3323.

_Le 12, mardi, voyage._—A douze heures et un quart, il part de

Villeroy en carrosse, arrive à Fleury à quatre heures.

_Le 13, mercredi, voyage._—Mené à la messe au prieuré, il va aux

jardins, fait pêcher au canal[322] qui est au-dessous du parterre. A

dîner Mlle d'Antragues se présente pour lui baiser la main; il fait le

honteux, rougit, se sourit et lui tourne le dos. Parti en carrosse

à une heure pour aller à Fontainebleau; à une lieue de Fontainebleau

arrive au devant de lui grande quantité de noblesse. Il arrive à trois

heures et demie à Fontainebleau, baise et embrasse le Roi, la Reine,

Mme la duchesse de Mantoue, va au jardin de la Reine, joue à la paume

sous la galerie. Soupé avec le Roi. Mis au lit, il s'amuse à deviser

avec MM. d'Épernon, leur parle du canal que le Roi fait faire, qui va

jusques à la rivière.

[322] Le château de Fleury appartenait alors à Henri Clausse,

filleul du roi Henri II, grand maître des eaux et forêts de

France. Le canal de Fleury servit de modèle à Henri IV pour celui

de Fontainebleau. «L'on tient, dit le P. Dan, que le sieur de

Fleury ayant vu depuis celui-ci beaucoup plus grand, plus large

et plus majestueux que le sien, y fit écrire ou pour le moins

dit ces paroles: _Voluit me vincere Cæsar_.» (_Le Trésor des

merveilles de Fontainebleau_, page 185).

_Le 14, jeudi, à Fontainebleau._—A huit heures levé, vêtu de son habit

de satin blanc pour le baptême; à neuf heures trois quarts déjeûné,

mené chez le Roi et la Reine, puis à la chapelle du Braquemard[323];

ramené à onze heures trois quarts; dîné. Il veut voir sa chambre

de parade, y va, se y ennuie incontinent, craint de partir pour le

baptême craignant qu'on lui jetât de l'eau; le Roi lui en avoit donné

l'appréhension, on l'assure[324]. A quatre heures parti de sa chambre

avec les cérémonies et ordre ici inséré[325], donné par M. de Rhodes,

grand maître des cérémonies. Il arrive sous le poële, où étoient les

fonts; à cinq heures et demie il est baptisé, nommé Louis; M. le

cardinal de Joyeuse parrain, Mme la duchesse de Mantoue marraine. M. le

cardinal de Gondi baptisa, c'est-à-dire fit les restes des cérémonies.

Il l'interrogea et répondit à propos, ouvre sa poitrine pour y recevoir

l'huile; M. de Montpensier lui baissa le collet pour y recevoir le

chrême sur les épaules; il se prend à sourire, disant: _Velà qu'est

fraid_. Au sel il dit: _Il est avalé, je le treuve bon_. Cette

cérémonie dura près d'une heure[326], puis on le retire par la chambre

de la Reine et celle du Roi en la sienne. Passant sur la terrasse, il

aperçoit dans la cour Descluseaux qui étoit en la compagnie, et tout le

régiment en la cour; il l'appelle: _Hé! mon mignon! Venez mon mignon!_

Il va en sa chambre; il lui prend une humeur de vouloir entrer en

garde, se fait bailler sa pique, se fait mettre son hausse-col. A sept

heures et un quart soupé, à neuf heures trois quarts dévêtu, mis au lit.

[323] Ou du Jacquemard; c'est la chapelle dédiée à la Vierge et à

saint-Saturnin.

[324] On le rassure.

[325] Héroard avait réservé une place dans son Journal pour

y insérer l'ordre du cérémonial, mais il ne l'a pas fait. On

peut en lire les détails dans le _Trésor des merveilles de

Fontainebleau_, pages 277 et suiv.

[326] Les deux sœurs du Dauphin, Mesdames Élisabeth et Christine

furent baptisées le même jour.

_Le 15, vendredi, à Fontainebleau._—Mené au jardin des canaux, puis

en carrosse à la maison des artifices à feu, il va chez le Roi et la

Reine, est mené en la galerie du Roi d'où il regarde courir la bague en

la basse-cour[327]. M. de Lorraine le vient voir à son souper; il se

fait mettre à bas pour le saluer, le va embrasser; M. de Lorraine lui

donne un fort beau canon. A huit heures et trois quarts le Roi envoya

commander qu'on le menât au pavillon qui est au bout de la grande salle

pour voir les artifices à feu, faits en forme de fort carré, défendu

par des hommes et assailli par des diables. Il y est mené mais ne y

pouvoit durer, s'en vouloit aller; on l'en divertit jusques à ce que le

feu fût donné aux artifices; voyant les diables qui couroient autour

du fort: _Hé! mon Dieu, qu'il est joli!_ dit-il, cela dura longtemps.

Ramené à dix heures en sa chambre.

[327] Le lendemain du baptême, dit le P. Dan, «se passa à courre

la bague, où le Roi, avec son adresse accoutumée, l'emporta

plusieurs fois. C'est ce que j'en ai recueilli de l'imprimé

qui fut alors publié et de plusieurs personnes qui y étoient

présentes.»

_Le 16, samedi._—Il va à la chapelle au bout de la salle du bal, puis

chez le Roi et la Reine, prend congé de Mme la duchesse de Mantoue,

puis s'en va au grand jardin, où il voit faire des verres au fourneau

fait sous une des arcades de la terrasse[328]. Après dîner il va chez

le Roi et la Reine leur dire adieu et, à deux heures, il est parti de

Fontainebleau en carrosse pour aller coucher à Cély, maison appartenant

à M. de Bonneuil de Thou[329]. Il arrive à cinq heures, se joue au

jardin, va voir pêcher au canal. A six heures et demie soupé en se

jouant d'une sarbacane de verre qu'il avoit fait faire à la verrerie.

[328] C'est sans doute l'origine de la verrerie royale érigée en

1641, «en faveur du sieur Antoine Clerici, ouvrier de S. M. en

terre sigillée.» _Voy._ le P. Dan, page 338.

[329] René de Thou, seigneur de Bonneuil et de Cély, introducteur

des ambassadeurs.

_Le 17, dimanche, à Cély._—Il va au jardin, où il se joue diversement,

et à trois heures y fait porter sa collation et fait mettre sa

serviette sur une bordure de buis qui étoit grande et épaisse.

_Le 19, mercredi, à Cély._—Il est mené à Courance[330] dans mon

carrosse, n'ayant point voulu entrer dans celui de M. de Fleury, le

trouvant trop obscur. Il s'amuse à ramasser des cailloux au-dessous

de la source du bois, monte à la grande source, goûte dans la salle

des palissades, sur la table ronde d'ardoise, puis va voir conduire la

nacelle sur le grand réservoir. Il est ramené et arrive à six heures à

Cély.

[330] «La blancheur et le courant des eaux de ce beau lieu, dit

Dargenville, l'ont fait nommer Courance.» Cette seigneurie,

comme celle de Fleury, appartenait alors à Henri Clausse; au

dix-huitième siècle elle avait passé dans la famille de Nicolaï.

(_Voyage pittoresque des environs de Paris_, 1779 in-12, page

250.)

_Le 20, mercredi, à Cély._—Mené au parc, il y avoit une petite planche

à passer, où M. de Souvré glissa et donna d'un pied dans l'eau.

_Mamanga_, dit le Dauphin, _gardez de tomber dedans_. Il craignoit

pour lui; on lui dit: «Monsieur, Birat vous portera, ne craignez

point.»—_Mais_, dit-il, _si Birat tombe dedans!_

_Le 21, jeudi, à Cély._—Je lui parlois des machines de guerre et entre

autres des échelles, lui disant qu'en haut il y avoit des poulies

revêtues de drap de peur du bruit, coulant contre les murailles pour

prendre les ennemis qui étoient dans les villes, et au bas des pointes

de fer de peur qu'elles ne glissent; il me demande: _Papa en avoit-il

pour prendre Sedan_. Il veut écrire au Roi qui s'étoit un peu trouvé

mal, écrit, moi ayant l'honneur de lui conduire la main comme à toutes

les autres qu'il avoit écrites[331]; il m'envoya quérir à mon logis

pour cet office.

Papa, je suis bien marri de votre maladie; je voudrois bien

être auprès de vous pour vous faire service et vous faire

passer le temps, si vous le treuvez bon; mais j'aurai besoin

de votre carrosse et de celle de maman, si vous plaît. Je sais

faire de beaux jardins, j'en ai fait un en cette belle maison,

vous le verrez un jour si vous y venez. J'ai fait aussi une

belle petite fontaine; j'ai commencé une petite maison, mais

c'est que je ne l'ai pu achever pource que mon valet Birat a

oublié mon marteau et mon ciseau à Saint-Germain. J'ai peur de

vous ennuyer, papa, je vous donne le bonsoir et à maman aussi;

ma plume est bien pesante. Je suis et serai toujours, papa,

votre très-humble et très-obéissant fils et serviteur,

Journal de Jean Héroard - Tome 1 Sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII (1601-1610) · 第 29 / 51 题