Après avoir, à la fin de l'année 1599, obtenu la dissolution de son
mariage avec Marguerite de Valois, Henri IV s'était allié, un an plus
tard, à la princesse de Toscane, Marie de Médicis. La grossesse de
la Reine avait été annoncée dès le commencement de mars 1601 et, au
mois de septembre suivant, la Cour était rassemblée à Fontainebleau,
attendant les couches de la Reine. Henri IV désirait vivement un
héritier de sa couronne: «Je suis bien en peine de _notre fils_,
écrivait-il à Marie de Médicis quelques jours avant d'arriver à
Fontainebleau, mais je me résous à la volonté de Dieu, en cela comme en
toute autre chose.» Le Roi avait, avec l'espoir de perdre et peut-être
par suite de quelque idée superstitieuse, parié mille écus avec le
financier Zamet que la Reine accoucherait d'une fille; cependant,
en choisissant la future gouvernante des enfants de France, Henri
IV ne craignait pas de lui écrire le 19 septembre, huit jours avant
l'accouchement de la Reine: «Madame de Montglat, je vous ai choisie
pour être auprès de _mon fils_. C'est pourquoi je vous fais ce mot pour
vous prier, incontinent la présente reçue, de vous en venir ici et vous
y rendre demain au soir.» Le surlendemain, le Roi s'exprimait en termes
presque identiques, lorsqu'il disait au médecin qu'il avait appelé pour
l'attacher à l'enfant à naître: «Je vous ai choisi pour vous mettre
près de _mon fils le Dauphin_; servez-le bien.»
Ce médecin se nommait Jean Héroard (on prononçait Hérouard); il était
alors âgé d'environ cinquante ans et, depuis près de trente années, il
avait été successivement attaché à la personne des rois Charles IX,
Henri III et Henri IV en qualité de médecin ordinaire. Le 27 septembre
1601, naissait enfin le prince tant désiré qui devait régner sous le
nom de Louis XIII, et, dès son entrée en fonctions auprès du Dauphin,
Héroard commençait à écrire un «Journal et registre particulier», dont
la rédaction, poursuivie pendant plus de vingt-six années, ne devait
cesser qu'avec la vie de l'auteur, mort devant la Rochelle «au service
du Roi son maître, à la santé duquel il s'étoit entièrement dédié, âgé
de soixante-dix-huit ans, moins curieux de richesses que de gloire
d'une incomparable affection et fidélité».
Le manuscrit original d'Héroard est conservé à la Bibliothèque
impériale; mais il offre quelques lacunes que nous avons pu
heureusement combler pour les premières années, grâce à une copie
presque contemporaine, appartenant à M. le marquis de Balincourt. Le
Journal d'Héroard, connu dès le dix-septième siècle de Tallemant des
Réaux et des médecins parisiens, mentionné au dix-huitième dans la
_Bibliothèque historique_ du P. Lelong et signalé de notre temps par
MM. Cimber et Danjou, Michelet, Paulin Paris, Armand Baschet, est
un volumineux recueil, d'une lecture difficile, dont la publication
complète serait impossible et fastidieuse. Nous avons essayé d'en
extraire tout ce qui, en dehors de la question médicale qui n'est pas
de notre compétence, nous a paru de nature à compléter par de nouveaux
éclaircissements les nombreux mémoires que l'on possède déjà sur les
vingt-cinq premières années du dix-septième siècle. La lecture même
de ces extraits fera peut-être reculer quelques-uns de ceux qui y
chercheraient une forme suivie, et c'est ce qui nous a engagé, pour
montrer tout d'abord le parti que l'on peut tirer du Journal d'Héroard,
à rapprocher les faits les plus saillants que l'on rencontre épars
dans ce journal: sur Henri IV et ses relations avec sa famille;—sur
l'éducation, les exemples et les soins donnés au Dauphin;—sur le
caractère de Louis XIII comme dauphin et comme roi;—sur les mœurs,
le langage, les usages du temps;—et sur les particularités relatives
aux beaux-arts, aux objets de curiosité, armes, faïences, etc.,
ainsi qu'aux premières constructions de Versailles qui s'y trouvent
mentionnées incidemment. Une notice biographique sur Jean Héroard, sur
ses ouvrages imprimés et sur ses manuscrits, complète et termine notre
introduction à ce journal que des tables chronologique et alphabétique,
placées à la fin de la publication, permettront de consulter et
d'apprécier facilement.