MERCUTIO.--O, _here's a wit of cheverel, that stretches from an inch
narrow to an ell broad!_
ROMÉO.--_I stretch it out for that word--broad: which added to the
goose, proves thee far and wide a broad goose._
Il a fallu, en traduisant, se contenter de l'à peu près, la liberté de
quelques-unes des plaisanteries, et la puérile recherche de jeux de mots
qui fait le sel de presque toutes, les rendant impossibles à traduire
exactement.
La première de ces plaisanteries porte sur le mot _courtesy_, qui
signifie _révérence_ et _politesse_.
Pour entendre la seconde, il faut savoir que les danseurs portaient
des souliers brodés en fleurs ou attachés avec des rubans en forme de
fleurs.
La chasse _de l'oie sauvage_ fait allusion à une espèce de course de
chevaux qu'on nommait ainsi, et qui consistait à attacher deux chevaux
ensemble avec une longe: celui qui gagnait les devants obligeait l'autre
à le suivre partout où il lui plaisait; et, lorsque l'un des deux
coureurs avait mis son compagnon dans l'impossibilité de le suivre, il
était regardé comme vainqueur.]
MERCUTIO.--C'est comme si vous disiez qu'un homme dans votre position
est obligé de fléchir du jarret.
ROMÉO.--Vous voulez dire faire la révérence.
MERCUTIO.--Tu as très-obligeamment deviné.
ROMÉO.--C'est là une explication fort polie.
MERCUTIO.--Oh! je me pique de politesse.
ROMÉO.--Tu en es la fleur.
MERCUTIO.--Assurément.
ROMÉO.--La fleur de chardon qui se pique à mes souliers.
MERCUTIO.--Bien répondu. Maintenant c'est une pointe qu'il te faut
suivre jusqu'à ce que tes souliers soient usés, parce qu'au moins, quand
les souliers seront partis de la semelle, il t'en restera la pointe qui
sera seule de son espèce.
ROMÉO.--Tu conviendras qu'elle est boiteuse, celle-là: tout son mérite,
c'est de n'avoir pas sa pareille.
MERCUTIO.--Benvolio, viens nous séparer; mon esprit est rendu.
ROMÉO.--Donne du fouet et de l'éperon, du fouet et de l'éperon, ou je
demande un autre coureur.
MERCUTIO.--Oh! ma foi, si tu cours la chasse de l'oie sauvage, j'ai
fini, car tu tiens plus de l'oie sauvage dans un seul de tes sens, que
moi, j'en suis sûr, dans tous les cinq.--Est-ce donc la course de l'oie
que je faisais avec vous?
ROMÉO.--Je ne t'ai jamais vu avec moi nulle part que ce ne fût pour
faire l'oie.
MERCUTIO.--Je vais te mordre l'oreille pour cette mauvaise plaisanterie.
ROMÉO.--Non, bonne oie, ne mords pas.
MERCUTIO.--C'est ton esprit qui a du mordant; il fait la sauce un peu
âpre.
ROMÉO.--Il n'en vaut que mieux pour une oie douce.
MERCUTIO.--Oh! pour celui-là, il prête comme une peau de chevreuil, de
la largeur d'un pouce à la longueur d'une demi-toise.
ROMÉO.--Ce qui veut dire qu'en long et en large tu n'es autre chose
qu'une grosse oie.
MERCUTIO.--Eh bien, ceci ne vaut-il pas mieux que de gémir d'amour? Te
voilà sociable maintenant, te voilà Roméo; te voilà tel que tu es par
éducation et par nature; car cet imbécile d'Amour ressemble à un grand
nigaud qui court niaisement çà et là pour trouver où cacher sa marotte
dans un trou[43].
[Note 43: _That runs lolling up and down to hide his bauble in a hole._]
BENVOLIO.--Allons, allons, ne va pas plus loin.
MERCUTIO.--Ne voilà-t-il pas que tu me coupes la parole au beau milieu
de l'histoire?
ROMÉO.--Tu allais l'étendre à n'en pas finir.
MERCUTIO.--Oh! tu te trompes, j'aurais été fort court; j'avais traité la
matière à fond, et ne prétendais pas occuper le tapis plus longtemps.
(Entrent la nourrice et Pierre.)
ROMÉO.--Voilà une bonne figure.
MERCUTIO.--Une voile! une voile! une voile!
BENVOLIO.--Il y en a bien deux, une jupe et un caleçon[44].
[Note 44: _A shirt and a smock_, une chemise de femme et une chemise
d'homme.]
LA NOURRICE.--Pierre!
PIERRE.--Me voilà!
LA NOURRICE.--Pierre, mon éventail.
MERCUTIO.--Je t'en prie, donne-le-lui, Pierre, pour cacher son visage:
son éventail est le plus beau des deux.
LA NOURRICE.--Dieu vous donne le bonjour, cavaliers.
MERCUTIO.--Dieu vous donne le bonsoir[45], belle dame.
[Note 45: _God ye good den, fair gentlewoman._