ROMÉO.--Paix, paix, Mercutio, paix; ce sont des riens que tu nous dis
là.
MERCUTIO.--Tu as raison, car je parle de songes, enfants d'un cerveau
oisif, produit de quelques vaines chimères, d'une substance aussi légère
que l'air, et plus inconstante que le vent, qui, caressant le sein glacé
du nord, s'irrite soudain, et, par une bouffée contraire, tourne sa face
vers le midi qui verse la rosée.
BENVOLIO.--Ce vent dont vous nous parlez nous rejette loin de
nous-mêmes. Le souper est fini et nous arriverons trop tard.
ROMÉO.--Trop tôt, au contraire, j'en ai peur. Un pressentiment funeste
semble me dire qu'au milieu des réjouissances de cette nuit quelque
événement encore suspendu dans les astres va commencer son cours
terrible, et amener, par le traître coup d'une mort prématurée, le terme
de cette vie méprisée que je renferme en mon sein. Mais, que celui qui
gouverne ma course dirige ma voile! Allons, joyeux seigneurs.
BENVOLIO.--Battez, tambours.
(Ils sortent.)