LES CONSÉQUENCES

Le massacre du Champ-de-Mars fut, comme on l'a dit, un «acte de guerre de

classes», car la question n'était pas entre la république et la monarchie,

mais entre la démocratie populaire et la nouvelle aristocratie bourgeoise.

Déjà toute la partie conservatrice des jacobins avait fait scission le 16

juillet et avait fondé un nouveau club, le club des Feuillans, qui se

proposa la tâche impossible de réconcilier Louis XVI avec la Révolution et

la Révolution avec Louis XVI. Le massacre rendit la scission irrémédiable.

L'Assemblée avait eu sa grande part de responsabilité dans le massacre.

Le 16 juillet elle avait mandé Bailly à sa barre et lui avait fait honte

de sa mollesse à réprimer l'agitation républicaine. Le 17 juillet, à la

nouvelle des meurtres du Gros-Caillou qui n'avaient aucun rapport avec le

pétitionnement qui devait avoir lieu l'après-midi, le président de

l'Assemblée Treilhard avait écrit de nouveau à Bailly pour l'inviter «à

prendre les mesures les plus sûres et les plus vigoureuses pour arrêter

les désordres et en connaître les auteurs». Le lendemain du massacre, qui

aurait pu être facilement évité, l'Assemblée prit l'initiative et la

direction d'une répression supplémentaire, dont le but secret était de

décapiter le parti démocrate au moment où allaient s'ouvrir les élections

à la Législative. Elle vota un décret spécial, véritable petite loi de

sûreté générale, pour organiser cette répression, en lui donnant un effet

rétroactif. [Note: J'ai publié ce décret qui ne figure pas dans Duvergier

dans mon livre sur le _Club des Cordeliers_, p. 193-194.] Son comité des

recherches lança les mandats d'arrêt.

Plusieurs centaines de patriotes furent emprisonnés: les principaux

Cordeliers Vincent, Momoro, Verrières, Brune. Danton, Camille Desmoulins,

Santerre s'enfuirent pour n'avoir pas le même sort. La petite terreur

tricolore dura jusqu'à l'amnistie du 13 septembre votée au lendemain du

jour où Louis XVI avait accepté la Constitution révisée. Si l'amnistie

ouvrit les prisons, elle laissa au coeur des démocrates de terribles

rancunes.

La procédure du Champ de Mars fut comparée couramment dans les milieux

jacobins à la fameuse procédure du Châtelet sur les journées des 5 et 6

octobre. On peut affirmer qu'elle a beaucoup fait pour accentuer le

caractère de violence des luttes politiques qui vont suivre et pour les

rendre inexpiables. [Note: A. Mathiez, _Le Club des Cordeliers_, p. 225.]

Les grandes journées de la Constituante · 第 101 / 101 题