La force armée ne compta que peu de victimes, neuf blessés dont deux sont
morts ensuite, dit Charton dont le témoignage est difficile à contrôler.
Du côté de la foule ce fut autre chose. Bailly évalua le lendemain les
morts à 11 ou 12, les blessés à 10 ou 12. Un procès-verbal dressé par
l'officier municipal Filleul constate la présence de 15 cadavres
transportés à l'hôpital du Gros-Caillou. II est muet sur les cadavres
recueillis ailleurs. Aucun état général des victimes n'a été dressé
officiellement, ainsi que le constate Sergent dans son mémoire. Plusieurs
blessés étaient soignés à l'hôpital même. La justice recueillit leurs
dépositions qui sont perdues.
Un pamphlet fayettiste, paru le lendemain du massacre, compte dix morts et
vingt blessés.
Marat prétendit dans son n° du 20 juillet que 400 cadavres avaient été
jetés de nuit dans la Seine par les chasseurs des barrières et que Bailly
avait fait lever les filets de Saint-Cloud pour leur livrer passage. Ce
sont là des exagérations manifestes.
Mais il est certain que le nombre des morts et des blessés fut
considérable. Coffinhal déposa au procès de Bailly que «s'étant transporté
avec le capitaine Ferrât de sa section entre minuit et une heure au champ
de la Fédération, ils ont compté 54 morts». [Note: A. Mathiez, _Le club
des Cordeliers pendant la crise de Varennes et le massacre du Champ de
Mars_. Paris, 1910, pp. 148-149.]