LE MATIN DE LA FÉDÉRATION

Beaucoup de citoyens avoient passé la nuit au Champ de Mars; des

détachements nombreux de la garde nationale parisienne s'y étoient rendus

pour le garder. Le temps étoit très défavorable, le vent froid, et il

tomboit des ondées de pluie fortes et fréquentes; rien cependant ne

décourageoit les spectateurs; parmi lesquels il y avoit un très grand

nombre de femmes. On y a fait toute la nuit des feux qui ont servi à

réchauffer les braves enfans de la liberté et autour desquels on a formé

des danses. Le jour venu, les soldats citoyens témoignèrent de la manière

la plus expressive la joie que leur inspirait l'approche d'un si beau

moment. Quelques-uns faisoient des évolutions militaires; d'autres

formoient autour de l'autel un cercle immense; quelques-uns s'amusoient à

la course, puis formant des corps nombreux ils tiraient le sabre se

précipitant les uns sur les autres et entrechoquant le glaive, ils

donnoient le spectacle d'une petite guerre; des chansons militaires

accompagnées du son des tambours se mêloient à ces exercices, que la pluie

ne pouvoit interrompre, quelle qu'en fût la violence. [Note:

_Confédération nationale ou récit exact_, pp. 117-118.]

Les grandes journées de la Constituante · 第 65 / 101 题