L'INTRIGUE ORLÉANISTE

Philippe d'Orléans avait contre la cour de vieilles rancunes. Il n'avait

pas perdu le souvenir des calomnies que le parti de la reine avait

répandues contre lui après le combat d'Ouessant. Il avait encore sur le

coeur le refus de Louis XVI de lui donner la charge de colonel général

des hussards qu'il avait sollicitée pour faire taire les calomniateurs.

Enfin, il savait que le roi blâmait fort ses moeurs et qu'on l'accusait

tout haut à Versailles d'avoir transformé le Palais-Royal en un mauvais

lieu et de s'enrichir avec les vices qu'il y logeait. Il se vengeait de

ces mépris en affectant des opinions libérales, et les applaudissements

populaires le consolaient des avanies de Versailles.... Voulait-il se

servir de sa popularité comme d'un marchepied pour monter sur le trône ou

se contentait-il seulement du plaisir d'humilier ses ennemis? S'il faut en

croire les paroles que Mirabeau prononça, quelques jours avant le 14

juillet, devant quelques députés du parti populaire, le duc d'Orléans

désirait à cette époque la charge de lieutenant général du royaume. De là

à la royauté effective il n'y avait qu'un pas. Mais peut-être ses

ambitions étaient-elles plus celles de son entourage que les siennes

propres. Tous les témoignages sont, en effet, unanimes à nous représenter

le duc d'Orléans comme un homme faible, incapable de décisions viriles,

constamment conduit par ses maîtresses et ses favoris. [Note: A. Mathiez,

_op. cit._, p. 18.]

Lafayette crut le duc coupable et, après l'émeute, l'obligea à accepter

une soi-disante mission diplomatique en Angleterre, exil déguisé.

Le Châtelet, qui enquêta sur les responsabilités des événements du 6

octobre, reçut de nombreuses dépositions hostiles au duc.

Les grandes journées de la Constituante · 第 45 / 101 题