En cette héroïque journée de la Révolution bourgeoise, le sang ouvrier
coula pour la liberté. Sur les cent combattants qui furent tués devant la
Bastille, il en était de si pauvres, de si obscurs, de si humbles que
plusieurs semaines après on n'en avait pas retrouvé les noms et Loustalot
dans les _Révolutions de Paris_ gémit de cette obscurité qui couvre tant
de dévouement sublime: plus de trente laissaient leur femme et leurs
enfants dans un tel état de détresse que des secours immédiats furent
nécessaires. On ne relève pas dans la liste des combattants les rentiers,
les capitalistes pour lesquels en partie la Révolution était faite. Il n'y
eut pas sous le feu meurtrier de la forteresse distinction de _citoyens
actifs_ et de _citoyens passifs_. [Note: J. Jaurès. Histoire socialiste,
_La Constituante_, p. 265. Les citoyens actifs étaient ceux qui payaient
une imposition directe égale à la valeur locale de 3 journées de travail.
Seuls ils étaient en possession du droit de vote.]
_LE ROI CAPITULE DEVANT L'ÉMEUTE_
Le 15 juillet, au matin, Louis XVI se rendit à l'Assemblée nationale,
déclara qu'il avait donné l'ordre aux troupes de s'éloigner de Paris et de
Versailles. Le lendemain, sur une nouvelle démarche de l'Assemblée, il
rappelait Necker et les ministres renvoyés, et le même jour il se rendait
à Paris, sanctionnant par sa présence le fait accompli.
Les contemporains attribuèrent la volte-face royale à une intervention
du duc de Liancourt.