Vous venez, Messieurs, d'entendre le résultat de mes dispositions et de
mes vues; elles sont conformes au vif désir que j'ai d'opérer le bien
public; et, si, par une fatalité loin de ma pensée, vous m'abandonniez
dans une si belle entreprise, seul, je ferai le bien de mes peuples; seul,
je me considérerai comme leur véritable représentant; et connaissant vos
cahiers, connaissant l'accord parfait qui existe entre le voeu le plus
général de la nation et mes intentions bienfaisantes, j'aurai toute la
confiance que doit inspirer une si rare harmonie, et je marcherai vers le
but auquel je veux atteindre avec tout le courage et la fermeté qu'il doit
m'inspirer.
Réfléchissez, Messieurs, qu'aucun de vos projets, aucune de vos
dispositions ne peut avoir force de loi sans mon approbation spéciale.
Ainsi je suis le garant naturel de vos droits respectifs; et tous les
ordres de l'État peuvent se reposer sur mon équitable impartialité.
Toute défiance de votre part serait une grande injustice. C'est moi
jusqu'à présent qui fais tout le bonheur de mes peuples; et il est rare
peut-être que l'unique ambition d'un souverain soit d'obtenir de ses
sujets qu'ils s'entendent enfin pour accepter ses bienfaits.
Je vous ordonne, Messieurs, de vous séparer tout de suite, et de vous
rendre demain matin chacun dans les chambres affectées à votre ordre, pour
y reprendre vos séances, j'ordonne en conséquence au grand-maître des
cérémonies de faire préparer les salles.
Dreux-Brezé, grand-maître des cérémonies, vint rappeler aux communes
immobiles l'ordre du roi. Bailly lui répondit que les représentants du
peuple ne reçoivent les ordres de personne, que, du reste il allait
prendre les ordres de l'assemblée. Alors Mirabeau lança la célèbre
apostrophe qu'il a lui-même rappelée en ces termes: