La veille au soir nous étions douze ou quinze députés réunis au Club
Breton, ainsi nommé parce que les Bretons en avaient été les fondateurs.
Instruits de ce que méditait la Cour pour le lendemain, chaque article fut
discuté par tous et tous opinèrent sur le parti à prendre. La première
résolution fut celle de rester dans la salle malgré la défense du roi. Il
fut convenu qu'avant l'ouverture de la séance, nous circulerions dans les
groupes de nos collègues pour leur annoncer ce qui allait se passer sous
leurs yeux et ce qu'il fallait y opposer. [Note: _Mémoires de l'Abbé
Grégoire_, t. I, p. 380. Ce récit est confirmé par Bouchette, Lettre du 24
juin 1789: «Nous étions convenus d'avance quoiqu'il arrivât de ne pas nous
séparer avant d'avoir pris une délibération et nous la fîmes ainsi»
(_Lettres_ de Bouchette, Paris, 1909).]