Le lendemain un député de Lorraine, nommé Mayer, est devenu fou. Il avait
prêté le serment et en avait la conscience bourrelée. Il était à côté d'un
filou qui venait de voler sous le costume d'un député du Tiers. Lorsqu'on
est venu prendre ce filou, il a cru qu'on arrêtait tous les députés du
Tiers pour avoir fait le serment; la peur l'a pris et la tête lui a sauté.
Cette frayeur d'être arrêté n'était pas mal fondée, car le bruit général
était que ce parti violent avait été proposé, les uns disaient dans le
conseil et d'autres dans un de ces conseils tenus fréquemment chez MM. de
Polignac et chez M. le comte d'Artois. [Note: Journal de l'abbé Coster
dans Brette, _id._, pp. 37-38.]
Le 21 juin, à une députation de la noblesse conduite par le duc de
Luxembourg, le roi avait répondu qu'il ne permettrait jamais qu'on
altérât l'autorité qui lui avait été confiée pour le bien de ses sujets.
La séance royale qui devait avoir lieu le 22 juin fut remise au 23. Le 22
juin, Bailly trouvant la porte des Menus fermée, se rendit aux Récollets
qui refusèrent de le recevoir. Les marguilliers de l'église Saint-Louis
lui offrirent leur église. On se rendit d'abord dans la chapelle des
Charniers, où avaient lieu les catéchismes, puis dans la nef. Deux membres
de la noblesse du Dauphiné, les premiers de leur ordre, le marquis de
Blacons et le comte d'Agoult se réunirent au Tiers et la majorité du
clergé se réunit aussi, conduite par les archevêques de Vienne et de
Bordeaux, les évêques de Chartres et de Rodez.
L'abbé Grégoire nous dit qu'en prévision de la séance royale du lendemain,
les députés qui se réunissaient au club breton (berceau des Jacobins)
arrêtèrent un plan de résistance: