M. Bernier lui coupa la parole.

--Non, mon garçon: il ne s’agit pas de votre commerce.

--Alors, mouchu, ch’est donc pour auchtre choge?

--Pour une tout autre chose. Monsieur que voici a eu le nez coupé ce

matin.

--Ah! chaprichti, le pauvre homme! Et qui est-che qui lui a fait cha?

--Un Turc; mais il n’importe.

--Un chauvage! On m’avait bien dit que les Turcs étaient des chauvages;

mais je ne chavais pas qu’on les laichait venir à Paris. Attendez

cheulement un peu; je vas charcher le chargent de ville!

M. Bernier arrêta cet élan de zèle du digne Auvergnat et lui expliqua

en peu de mots le service qu’on attendait de lui. Il crut d’abord qu’on

se moquait, car on peut être un excellent porteur d’eau et n’avoir

aucune notion de rhinoplastie. Le docteur lui fit comprendre qu’on

voulait lui acheter un mois de son temps et environ cent cinquante

centimètres carrés de sa peau.

--L’opération n’est rien, lui dit-il, et vous n’avez que fort peu

à souffrir; mais je vous préviens qu’il vous faudra énormément de

patience pour rester immobile un mois durant, le bras cousu au nez de

monsieur.

--De la pachienche, répondit-il, j’en ai de rechte; ch’est pas pour

rien qu’on est Oubergnat. Mais chi je pâche un mois chez vous pour

rendre cherviche à che pauvre homme, il faudra me payer mon temps che

qu’il vaut.

--Bien entendu. Combien voulez-vous?

Il médita un instant et dit:

--La main chur la conschienche, cha vaut une pièce de quatre francs par

jour.

--Non, mon ami, reprit le notaire: cela vaut mille francs pour le mois,

ou trente-trois francs par journée.

--Non, répliqua le docteur avec autorité, cela vaut deux mille francs.

Le nez d'un notaire · 第 14 / 20 题